‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 65 sur 374 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

if,s ; ni, shou, osmis. sIt, hurls.

L'INVENTION DES SCIENCES ET DE l/ÊCRITUHE. MÉNf.S ET LES TROIS PREMIÈRES

Iomme la constitution du sol, la formation et la I diffusion de l'Ennéade exigèrent des siècles d'efforts soutenus, dont les Égyptiens eux-mêmes ne savaient ni le nombre, ni l'histoire authentique. Qui les interrogeait sur le passé de leur race, ils se proclamaient les plus anciens des hommes, auprès de qui le reste ne paraissait qu'un ramassis d'enfants en bas âge, et ils éprouvaient pour les peuples qui repoussaient leurs prétentions l'indulgence mêlée de pitié des gens devant lesquels on révoque en doute une vérité connue de tout temps : ils s'étaient manifestés sur les bords du Ml avant même que le créateur eût achevé son œuvre, tant les dieux ivaient hâte de les voir naître. Personne entre eux ne contestait la réalité

arci une photographie de titato (RoMllisi. i de derrière et les pattes levées en ligne

\m L'HISTOIRE LÉGENDAIRE DE L'EGYPTE.

de ce droit d'aînesse qui ennoblissait la race entière, mais quand on leur demandait le nom de leur père divin, l'accord se rompait, et chacun faisait valoir les droits d'un personnage différent1. Phtah avait modelé l'humanité de ses propres mains*. Khnoumou l'avait façonnée sur le tour a potier*. Râ, apercevant la terre déserte et nue à son premier lever, l'avait inondée de ses rayons comme d'un flot de larmes : tout ce qui a vie, plantes, animaux, l'homme lui-même, avait jailli de ses prunelles pêle-mêle et s'était répandu à la surface du monde avec la lumière1. On présentait parfois les faits sous un aspect moins poétique. La boue du Nil, chauffée à outrance par les ardeurs du soleil, avait fermenté et enfante sans germes les races des hommes et des animaux5; elle s'était comme pétrie elle-même en mille formes vivantes, puis sa puissance génératrice s'était affaiblie, presque épuisée. On rencontrait pourtant encore, sur les bords du fleuve, au plus fort de l'été, des bêtes de petite taille, dont l'état témoignait de ce qui s'était passé autrefois pour les espèces les plus grandes. Les unes semblaient déjà complètes et s'agitaient pour se dégager de la boue qui les oppressait; les autres, encore inachevées, remuaient faiblement la tête et les pattes de devant, tandis que le train de derrière finissait de s'articuler et de prendre forme dans sa matrice de terre*. Râ n'était pas

1. Hippys de Rhégum, fragm. 1, dans MCller-Didot, Fragm. Hist. Gr., t. H, p. 13; Aristote, Politique. VU, 9, et Météorol., I, 14; Diodore de Sicile,!, 10, 22, 50, etc. On connaît les paroles que Platon met dans la bouche d'un prêtre égyptien : « 0 Solon, Solon, voua autres Grecs, vous n'êtes toujours que des enfants, et il n'y a point de Grec qui soit vieux. Vous êtes tous jeunes par l'âme, car vous n'y avez pas la tradition antique, ni doctrine ancienne, ni enseignement blanchi par le temps (Timée, p. 22 H) ». D'autres peuples leur disputaient la primauté, les Phrygiens (Hérodote II, n), les Mèdes ou, chez les Mèdes, la tribu des Mages (Aristote dans Diog. Laerce, pr. G), les Éthiopiens (Diodore, III, 2), les Scythes (Ji'stin, II, 1 ; A* ai en Marcellin, XXXI, 15, 2); un cycle de légendes s'était formé à ce sujet, où l'on racontait les expériences instituées par Psainitik ou par d'autres souverains pour savoir qui avait raison des Égyptiens ou des étrangers (Wikdemann, Herodots Zweites Bue h, p. -43-40).

2. Phtah est représenté à Philae (Rosellini, Monumenli del Culto, pi. XXI, 1) et à Dendérah, entassant sur le tour à potier la quantité d'argile plastique d'où il va tirer un corps humain (Lanzone, Dizionario di Mitologia, pi. CCCVIII), ce qu'on appelle assez improprement l'œuf du monde, et qui est en réalité la masse de terre d'où l'homme sortit au moment de la création.

3. A Philaj, Khnoumou s'intitule « le potier façon n eu r des hommes, le modeleur des dieux » (Chahpollion, Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. LXXIII, 1 ; Rosellini, Monument i del Culto, pi. XX, 1 ; Brugsch, Thésaurus Inscriplionum JZgypliacarum, p. 752, n° 11). Il y pétrit les membres d'Osiris, le mari de l'isis locale (Rosellini, Monument! del Culto, pi. XXII, 1), comme il fait à Ermcnt le corps d'Harsamtaoui (Rosellini, Monumenti del Culto, pi. XLVIII, 3), ou plutôt la figure de Ptoléroée Césarion, fils de Jules César et de la célèbre Cléopâtrc, identifié à Harsamtaoui.

4. A propos des substances qui sortent de l'œil de Râ, voir les observations de Birch, Sur un Papyrus magique du Musée Britannique, p. 3 (cf. Revue Archéologique, 2" série, 1863, t. Vil), et de Maspero, Mémoire sur quelques papyrus du Louvre, p. 91-92. Horus, ou son œil identifié avec le soleil, avait donné naissance par ses pleurs (romit) à tous les hommes, aux Égyptiens (romftou. rotou), aux Libyens, et aux Asiatiques, sauf aux Nègres; ceux-ci étaient sortis d'une autre partie de son corps par le même procédé qu'Atoumou employa pour créer Shou et Tafnouît (Lefébure, les Quatre Races humaines au jugement dernier, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. 111, p. 44 sqq., et Le Cham et V Adam égyptien, dans le même recueil, t. IV, 1887, p. 167 sqq.)

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