HÀ SE LAISSE TROMPER ET DÉPOUILLER PAR ISIS
succès de l'exorcisme. Elle ramassa la boue imprégnée de la bave divine, et en pétrit un serpent sacré qu'elle enfouit dans la poussière du chemin. Le dieu, mordu à l'improviste tandis qu'il partait pour sa ronde journalière, poussa un hurlement ; « sa voix monta jusqu'au ciel et sa Neuvaine, « Qu'est-ce, qu'est-ce? » et ses dieux, « Quoi donc, quoi donc? » mais il ne trouva que leur répondre, tant ses lèvres claquaient, tant ses membres tremblaient, tant le venin prenait sur ses chairs, comme le Nil prend sur le terrain qu'il envahit1 ». Il revint à lui pourtant et réussit à exprimer ce qu'il ressentait. « Quelque chose de douloureux m'a poinct : mon cœur le perçoit et pourtant mes deux yeux ne le voient; ma main ne l'a point ouvré, rien de ce que j'ai fabriqué ne sait ce que c'est, et pourtant je n'ai jamais goûté peine pareille et il n'y a douleur au-dessus.... Ce n'est point du feu, ce n'est point de l'eau, et pourtant mon cœur est en flammes, mes chairs tremblent, tous mes membres sont pleins de frissons nés de souffles magiques. Çà, qu'on m'amène les enfants des dieux aux paroles bienfaisantes, qui connaissent le pouvoir de leur bouche et dont la science atteint le ciel ! » Ils vinrent, les enfants des dieux, un chacun d'eux avec ses grimoires. Elle vint Isis avec sa sorcellerie, la bouche pleine de souffles vivifiants, sa recette pour détruire la douleur, ses paroles qui versent la vie aux gosiers sans haleine, et elle dit : « Qu'est-ce, qu'est-ce, ô père-dieux? Serait-ce pas qu'un serpent produit la souffrance en toi, qu'un de tes enfants lève la tête contre toi? Certes il sera renversé par des incantations bienfaisantes et je le forcerai de battre en retraite à la vue de tes rayons'. » Le Soleil, apprenant la cause de ses tourments, s'épouvante et recommence à se lamenter de plus belle, c Moi donc, tandis que j'allais par les routes, voyageant à travers mon double pays d'Egypte et sur mes montagnes, afin de contempler ce que j'ai créé, j'ai été mordu d'un serpent que je ne voyais pas. Ce n'est point du feu, ce n'est point de l'eau, et pourtant j'ai froid plus que l'eau, je brûle plus que le feu, tous mes membres ruissellent de sueur, je tremble, mon œil n'est point ferme et je ne distingue plus le ciel, l'eau coule sur ma face comme en la saison d'été\ » lsis lui propose son remède et lui demande discrètement le nom ineffable, mais il devine la ruse et tente de se tirer d'affaire par l'énumération de ses titres. 11 prend l'univers à témoin qu'il s'appelle « Khopri le matin, Râ au midi, Toumou le soir ». Le venin ne refluait pas, mais il marchait toujours et le
1. Plkyte-Rossi, les Papyrus hiératiques de Turin, pi. CXXXII, I. G-8.