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LE RÈGNE D'OSIRIS ONNOPHRIS ET D'ISIS

Piarit, dans le canton de la mèche divine du Seigneur Rà, — et, voici, ce feu s'en alla des membres de La Majesté de Sibou. El, beaucoup d'années après cela, quand on reporta cette mèche, qui avait appartenu de la sorte au dieu Sibou, à Piarît dans Aît-nobsou, et qu'on la jeta dans le grand lac de Piarit, dont le nom est Ait-loslesou, la demeure des vagues, afin de la purifier, voici que cette mèche devint un crocodile : elle s'envola à l'eau et devint Sobkou, le crocodile divin d'Aît-nobsou'. » C'est ainsi que, de génération en génération, les dieux de la dynastie solaire multipliaient les talismans et enrichissaient de reliques les sanctuaires de l'Egypte.

Vit-on jamais légendes plus plates et de fantaisie plus vieillotte? Elles ne sont pas écloses spontanément sur les lèvres d'un peuple; elles ont été composées à loisir par des prêtres désireux de rehausser l'antiquité de leur culte, et d'accroître à son profit la vénération des fidèles. On voulait, dans chaque cité, que le sanctuaire féodal eût été fondé le jour même de la création, que ses privilèges eussent été étendus ou confirmés au cours de la première dynastie divine, que son trésor renfermât, à l'appui de ces prétentions, des objets ayant appartenu aux plus anciens des rois-dieux1. De là ces contes où l'on dépeint de façon souvent ridicule le personnage du Pharaon bienfaiteur : si nous possédions l'ensemble des archives sacrées, nous y verrions mentionné, comme pièce authentique, plus d'un document aussi artificiel que la chronique d'Aît-nobsou. Le caractère et la forme des récits changent dès qu'on arrive

I. Gnirrini. Ihe Anliquitin of Telltl-Yahûdtyeh, pi. XXV, I. |Mi.

t. Deuin de Fauchtr-Gudtn, a"aprtt U croquis tic Gnimm, the AntiquiHe» of Tetl-el-Yahûdlyth, pi. XXIII, 3. L« trois talismans représentés ici sont deux couronnes dans un naos et l'ursus brûlante.

3. Dendérah, par eiemple. avait été fondée bous les dynasties divines, su temps des Srrvitturi d'IIorui iDfmor.s, Itauurkumfe der Trmprtaiilagcn van Deadera, p. 18-10 et pi. XV, I. 37-38).

m L'HISTOIRE LÉGENDAIRE DE L'EGYPTE.

aux derniers membres de l'Ennéade. Sans doute Osiris et Sit n'échappèrent pas sans blessures aux mains des théologiens, mais l'intervention sacerdotale, si elle gâta leur légende, ne la défigura pas complètement. On y remarque encore par endroits une sincérité de sentiments et une vivacité d'imagination, qu'on ne rencontre jamais dans les annales de Shou et de Sibou. C'est qu'en effet l'emploi de ces dieux les laisse étrangers, ou peu s'en faut, aux affaires courantes de l'univers. Shou est l'étai, Sibou l'assise brute du monde : tant que l'un continue à porter sans plier le poids du firmament, et que l'autre tolère sur son dos le piétinement des générations humaines, les dévots ne s'inquiètent pas plus d'eux qu'ils ne s'inquiètent eux-mêmes des dévots. Mais Osiris, sa vie se mêlait intimement à celle des Égyptiens et son acte le moindre influait sur leurs destinées d'un contre-coup immédiat. On suivait le mouvement de ses eaux, on notait les péripéties de ses luttes contre la sécheresse, on enregistrait ses défaillances de chaque année compensées chaque année par des retours offensifs et par la victoire passagère qu'il remportait sur Typhon, on étudiait minutieusement son tempérament et ses allures. S'il se gonfle presque à jour fixe et se répand sur la terre noire de la vallée, ce n'est point fonction machinale d'un être indifférent aux conséquences de ce qu'il fait : il agit après réflexion et dans la pleine conscience du service qu'il rend. Il sait qu'en répandant l'inondation, il empêche le triomphe du désert : il est la vie, il est le bon — Onnofriou — et Isis, associée à ses efforts, devient, comme lui, le type de la bonté parfaite. Dans le temps qu'il se développe pour le mieux, Sît se transforme pour le pis et gagne en méchanceté tout ce que son frère acquiert en pureté et en élévation morale. A mesure que sa personne se précise et se détache en traits plus nets, ce qu'elle recelait de mauvais s'accentue par contraste à ce qu'Osiris renferme de bon. Ce qui était d'abord lutte instinctive de deux êtres assez vaguement définis, du désert contre le Nil, de l'eau contre la sécheresse, se change en inimitié raisonnée et en volonté de détruire. Il n'y a plus conflit de deux éléments, mais guerre entre deux dieux, dont l'un travaille à donner la richesse quand l'autre s'efforce de l'anéantir, dont l'un est le bien et la vie quand l'autre incarne le mal et la mort.

Une légende fort ancienne plaçait la naissance d'Osiris et de ses frères dans les cinq jours additionnels qui terminent l'année1. On l'expliqua plus tard en

1. Ces cinq jours picnaient aux yeux des Égyptiens une importance particulière; ils étaient autant de fêtes consacrées aux cultes des morts. Nous possédons encore, dans un papyrus hiératique de l'époque

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