PARTAGE DE L'EGYPTE ENTRE HORUS ET S1T
aîné! > et les fers se détachèrent de lui, et les deux ennemis se retrouvèrent en présence, comme deux hommes qui ne veulent point s'entendre. » Horus, furieux de voir que sa mère lui enlevait sa proie, se retourcu contre elle comme une panthère du Midi. Elle se sauva devant lui en ce jour où bataille fut livrée à Sit le violent, et il lu: trancha la tête ; mais Thot la transforma par ses enchantements et lui lit une tête de vache », qui l'identifia à sa compagne Hàthor'. La guerre se poursuivait avec des chances diverses lorsque les dieux prirent le parti d'évoquer tes deux rivaux devant leur tribunal. D'après une tradition fort ancienne, ceux-ci choisirent pour arbitre de leur querelle le maître d'une cité voisine, Thot seigneur d'HermopolÎB la petite*. Sit plaida le premier et soutint qu'Horus n'était pas le fils d'Osiris, mais un bâtard qu'lsis avait conçu après la mort de son mari : Horus prouva victorieusement la légitimité de sa naissance et Thot condamna Sit à restituer les uns disaient totalité de l'héritage qu'il détenait indûment, les autres, une p< tion seulement. Les dieux ratifièrent le jugement et décernèrent à l'arbitre le titre à'Ottapi-rahouhoui, celui qui décide entre les deux compagnons. Une légende, d'origine plus récente, et qui se propagea quand le culte d'Osiris se fut répandu par ,si*.hatiio« l'Egypte entière, affirmait que la cause avait été retenue par * TL,t Dt 1AC" ' Sibou, le père et l'aïeul des parties. Sibou s'était prononcé d'ailleurs dans le même sens que Thot et avait divisé le royaume en deux moitiés — poxhoui : Si't conserva la vallée, des environs de Memphis à la première cataracte, tandis qu'Horus entrait en possession du Delta*. L'Egypte forma désormais deux royaumes distincts, dont l'un, celui du Nord, reconnut comme
1. Papyrus Sallier IV, pi. Il, I. fi sqq.; Cmiis, U Calendrier dtt jour» faites et néfastes de l'année, |>. 38-3(1. 1*8. U même histoire au de Itide et Otiride (édit. Leeva.is). g 19, p. U, cf. g ÎO.
■i. La forme grecque de la Iradilion représente Thot comme ayant été l'avocat, non t'arbitre (de Itide, éilil. Lemmm, S 19, p. 3i}. II résulte du titre même de Ûuapi-rahnuhoui, que Thot fut réellement le juge du différend. Hahouhou signifie au propre camarade, compagnon, aitocié (K. de Br.sGmwi, Imchrïftlïche Dtitkmâlcr der Sammlung ngyptitchen Allrrthiimer, dans le Recueil de Travaux, t. IX, p. 51. note i, et Mispebo, Eluda Egyptiennes, t. Il, p. 83-83).
3. beitin de Fauchrr-Gudin, d'aprtt une statuette en brome d'époque toile, conservée au mutée de Gizéh (II«kiit7i, Album photographique du mutée de Boulaq, pi. 5, n" 161).
4. Cette légende a été découverte par Goodwin (Upon an Inscription of the reign o( Shaba/ta, dans Ciiiu, Mélangée égyptologiquet, 3* Série, t. 1, p. 216-îflr.) dan» un lente du Britinh Muséum que Sharpe a publié (Egyptian Intcriptiont, I" série, pi. XXXVI-XXXVIII). L'eicm plaire que nous en possédons date seulement du temps de Sabacon, mais un avertissement du scribe égyptien nous apprend que c'élail une copie d'un monument très ancien. La réconciliation des deux ennemis est indiquée également dans le de Itide et Otiride (édit. Lehahs), § SS. p. 98.
patron Horus, fils d'Isis, et dont l'autre, celui du Sud, se plaça sous la protection de Sît Noubîti, le dieu d'Ombos1 : la moitié d'Horus et celle de Sît constituaient le domaine, l'héritage de Sibou, que les enfants du dieu n'avaient pas su garder intact, et que les Pharaons de race humaine réunirent plus tard entre leurs mains*.
Les trois dieux qui avaient précédé Osiris sur le trône avaient cessé de régner, mais non de vivre : Râ s'était réfugié au ciel par dégoût de ses propres créatures, Shou avait disparu au milieu d'une tempête3 et Sibou rentra pacifiquement dans son palais, son temps de terre accompli. Non que la mort n'existât point : elle était née au commencement avec le reste des êtres et des choses, mais sévissant sur les hommes et sur les bêtes, elle avait respecté les dieux. Osiris fut le premier d'entre eux qu'elle frappa et dont il fallut célébrer les funérailles : ce fut aussi le premier à qui la piété des siens se préoccupa de préparer une existence heureuse au delà du tombeau. Bien qu'il exerçât à Mendès la royauté des morts et des vivants, selon le droit de toutes les divinités féodales, sa souveraineté d'outre-vie ne lui épargnait pas plus qu'au vulgaire cette torpeur douloureuse où tout ce qui est mortel tombait après avoir rendu le dernier souffle. L'imagination populaire ne se résigna pas à le laisser éternellement dans cette condition misérable : à quoi lui aurait-il servi d'avoir pour femme Isis la grande Sorcière, le sage Horus pour enfant, deux maîtres en magie pour serviteurs, Thot l'ibis et le chacal Ânubis, si leur habileté n'avait pas réussi à lui procurer une survie moins sombre et moins lamentable que celle de l'humanité? Anubis avait inventé la momification depuis longtemps déjà4, et sa science mystérieuse assurait la persistance infinie de la chair, mais à quel prix ! Elle substituait au corps palpitant, chaud, coloré, libre de ses mouvements et de ses fonctions, une masse immobile, glacée, noirâtre, sur laquelle le double s'appuyait encore pour durer machinalement, mais qu'il ne pouvait ni soulever ni conduire, dont le poids le paralysait et dont l'inertie le condamnait à végéter dans les
1. Une autre forme de la légende plaçait le jugement vers le 27 Athyr, et attribuait à Horus l'Egypte, à SU la Nubie ou le Doshirit, le pays rouge (Papyrus Sa Hier IV, pi. IX, 1. 4 sqq.). Elle doit dater du moment, vers la XVI II* dynastie, où la piété ne permit plus aux dévots d'admettre que le meurtrier d'Osiris pût être le patron légitime d'une moitié du pays; on plaçait alors la moitié de Sft soit en Nubie, soit dans le désert à l'Ouest de l'Egypte qui était en effet son domaine de tout temps.
2. Sit et Horus, considérés comme dieux du Midi et du Nord, s'appellent parfois les deux Horus, et leurs royaumes les deux moitiés des deux Horus. Les exemples de ces locutions ont été réunis par Ed. Meyer, Set-Typhon, p. 31-40, où le sens n'en est pas indiqué assez clairement.
3. Griffith, the Antiquities of Tell-el-Yahûdtyeh, pi. XXV, 1. 6-8. On remarquera ici la première mention connue de la tempête dont les éclats cachent aux hommes la disparition et l'apothéose des souverains montés vivants au ciel : cf., entre autres exemples, l'histoire de Homulus.
4. Voir ce qui est dit de l'embaumement d'Anubis au chapitre II, p. 112 sqq. de cette Histoire.
L'EMBAUMEMENT OSIHIEN. 179
ténèbres, sans joie et presque sans conscience de lui-même. Thot, Isis et Horus s'appliquèrent à corriger pour Osiris ce que la pratique première de l'embaumenient présentait de nuisible au bien-être et à la mobilité de ceux qui la subissaient. Ils ne supprimèrent pas les manipulations qu'Anubis avait
M hûiiie 0smiEs.11: PHÉptitKc et cocciUe sgr li
instituées, mais ils leur infusèrent une force nouvelle par leurs opérations magiques : ils inscrivirent sur les bandelettes principales des figures et des formules préservatrices, ils garnirent les membres d'amulettes aux vertus assorties, ils tracèrent les scènes multiples de l'existence terrestre et de la vie d'outre-tombe sur les ais du cercueil et sur les parois de la chambre
1. Bewin dr. Faucher-Gudin, d'âpre» Rosellim, Monumeriti civiti, jil. CXXXIV, t. Tandis qu'Anubis éterid les deux main» pour allonger la momie sur son lit, l'âme plane au-dessus de la poitrine, el porte aux narines le sceptre et la voile gonflée, emblème de la respiration el de la vie nouvelle.
funéraire'. La chair une fois rendue indestructible, ils s'ingénièrent à lui restituer l'une après l'autre toutes les facultés dont leurs manœuvres venaient de la priver. Ils dressèrent la momie à l'entrée du caveau, placèrent à coté d'elle une statue qui représentait le vivant, et tirent le simulacre de leur ouvrir. la bouche, les yeux, les oreilles, de leur délier bras et jambes, de rendre le souffle à leurs gosiers et le battement à leur cœur : les incantations dont ils accompagnèrent chacun de ces actes furent si puissantes que le dieu parla et mangea, vit et entendit, se servit de ses membres aussi librement que s'il ne s'était jamais macéré dans les cuves de l'embaumeur*. II aurait pu
reprendre sa place parmi les hommes, et diverses légendes prouvent qu'il se montra quelquefois à ses fidèles. Il préféra quitter leurs villes, comme ses ancêtres avaient fait avant lui, et se retirer dans un domaine qui lui appartint en propre. Les cimetières des habitants de Busiris et de Mendès s'appelaient Sokhil ïalou, la prairie des Souchets, Sokhit Holpou, la prairie du Repos'; ils se cachaient au milieu des marais, dans de petits archipels d'ilôts sablonneux où les cadavres entassés reposaient à l'abri des inondations1. Ce fut le
I. Les incantations qui accompagnaient le* opérations et lient décrites dans le Hituel de l'Embaumement, ilont la lin seule nous est parvenue (Makiet™, Papym* égyptiene du mutée de Boulaq, t. I, pi. Vl-XIVj DfitÉRU, Catalogue de* Manuscrit* égyptien* gui tout eontervét au Mutée Égyptien du Louvre, p. t fiR- 169; Humo, Mémoire *ur quelqvri jxipyrut du Louvre, p. t i-1114).
■î. Le Livre de l'ouverture de la bouche, qui nous a conservé la description de ces cérémonies, a été publié, traduit et commenté par E. Schuparelli, Il Libro dei Fuurrali dei Anlichi Egiziani. On [■n lit îles extrait! fort longs dans les pyramides de la V- et de la VI' dynastie, puis dans beaucoup de tombeaux memphites ou thébains, et surtout dans celui de Pétéménophis, qui date de la XXVI- dynastie (lirmcKEi, àer Grabpalait det Paluamenap in der Thebanitcheii Hekropolit, l-ll). l'ne grande partie en a été étudiée par Mastmo, Etude* de Mythologie et d'Archéologie Égyptienne!, t. I. p. 4R3 sqq.
S. Dettin de Faurher-Cudin, rfajirèt une peinture du tombeau dé Roi dam la nécropole thébainr (llti-n.ii m, Moimmenli eh-ili, pi. CXXIX, n° I ; Cm«w)u.ios, Monument* de FEgypte et de la tiubîr, pi. CLXXVIII; Wii.ïissos, Manuer* and Cuitomt, f éd., t, III. pi. LXVIII).
4., Liera, Au* £gypten* Voneil, p. 53 sqq.. qui le premier signala ce fait important pour l'hisloire des doctrines égyptiennes; cf. Uni iach, Dirtinnnairt i/éoip-iip/iique, p. fil-tiï, et Religion und Mythologie der allé» AJgypter, p. 1T3-ITG : Misptko, Etudet de Mythologie, t. Il, p. ii-lfi.
5, Sur la découverte de quelques-unes de ces nécropoles insulaires par les Arabes, voir un passage d'K. Q.i'AT*EiiÊae, Mémoire* hiitorique* et géographique* lur l'Egypte, t. I, p. 331-3ÏÎ.