LA CONFESSION NÉGATIVE
sont les dames des deux Vérités : or, moi, je vous connais, seigneurs des deux Vérités, et je vous apporte la Vérité, j'ai détruit pour vous les péchés. — Je n'ai point commis d'iniquités contre les hommes! Je n'ai point opprimé les petites gens! Je n'ai pas opéré de détournements dans la nécropole! Je n'ai jamais imposé du travail à homme libre quelconque, en plus de celui qu'il faisait pour lui-même! Je n'ai point transgressé, je n'ai point faibli, je n'ai point défailli, je n'ai point accompli ce qui est abominable aux dieux! Je
n'ai pas fait maltraiter un esclave par son maître! Je n'ai affamé personne. je n'ai point fait pleurer, je n'ai pas assassiné, je n'ai point fait assassiner traîtreusement, et je n'ai commis de trahison envers personne! Je n'ai rien retranché aux provisions des temples! Je n'ai point gâté les pains de proposition des dieux! Je n'ai pas enlevé les gâteaux et le maillot des morts! Je n'ai point fait œuvre de chair dans l'enceinte sacrée des temples! Je n'ai pas juré! Je n'ai rien retranché aux redevances sacrées! Je n'ai pas tiré sur le peson de la balance! Je n'ai pas faussé le fléau de la balance! Je n'ai pas enlevé le lait de la bouche des nourrissons! Je n'ai point lacé les bestiaux sur leurs herbages! Je n'ai pas pris au fdet les oiseaux des dieux! Je n'ai pas péché les poissons de leurs étangs! Je n'ai pas repoussé l'eau en sa saison! Je n'ai pas coupé une rigole sur son passage! Je n'ai pas éteint le feu en son heure! Je n'ai pas fraudé la Neuvaine des dieux des morceaux
choisis des victimes ! Je n'ai pas repoussé les bœufs des liens des dieux ! Je n'ai point repoussé le dieu en sa sortie! — Je suis pur! Je suis pur! Je suis pur! Je suis pur! Pur comme est pur ce Grand Bonou d'Héracléopolis!... 11 n'y a aucun crime contre moi en cette terre de la Double Vérité! Comme je connais le nom des dieux qui sont avec toi dans la Salle de la Double Vérité, sauve-moi d'eux !» Il se tournait ensuite vers les jurés et plaidait sa cause auprès d'eux. Us étaient appelés chacun à connaître d'un péché particulier, et le mort les prenait à témoin par leur nom qu'il était innocent du péché qu'ils enregistraient. Sa requête terminée, il revenait au juge suprême et répétait, sous une forme parfois très mystique, les idées qu'il lui avait exposées dans la première partie de son discours. « Salut à vous, dieux qui êtes dans la Grande Salle de la Double Vérité, qui n'avez point le mensonge en votre sein, mais qui vivez de Vérité dans Àounou et en nourrissez votre cœur par-devant le Seigneur dieu qui habite en son disque solaire. Délivrezmoi du Typhon qui se nourrit d'entrailles, à chefs, en ce jour du jugement suprême ; — donnez au défunt de venir à vous, lui qui n'a point péché, qui n'a ni menti, ni fait le mal, qui n'a commis nul crime, qui n'a point rendu de faux témoignage, qui n'a rien fait contre lui-même, mais qui vit de vérité, se nourrit de vérité. Il a répandu partout la joie; ce qu'il a fait, les hommes en parlent et les dieux s'en réjouissent. Il s'est concilié le dieu par son amour; il a donné du pain à l'affamé, de l'eau à l'altéré, des vêtements au nu; il a donné une barque au naufragé, il a offert des sacrifices aux dieux, des repas funéraires aux mânes. Délivrez-le de lui-même, ne parlez point contre lui par-devant le Seigneur des Morts, car sa bouche est pure, et ses deux mains sont pures ! » Cependant au centre de la Salle, les assesseurs s'occupaient de peser ses actions. La balance est fée, comme tous les objets qui appartiennent aux divinités, et le génie qui l'anime montre parfois sa tête, une tête humaine, mignonne et fine, au-dessus du pied droit qui forme son corps1. Tout en elle rappelle une origine surhumaine : un cynocéphale, emblème de Thot, perche sur le montant et veille au fléau ; les cordes qui soutiennent les plateaux se composent de croix ansées et de tats alternés*. La Vérité s'accroupit sur l'un des plateaux; Thot, à tête d'Ibis, place le cœur sur l'autre, et toujours
1. L'âme des objets animes de la sorte est mentionnée et représentée assez souvent dans le Livre de savoir ce qu'il y a dans l'Hadès; elle sort sa tête du corps matériel auquel elle est attachée, quand le Soleil passe devant elle, puis elle la rentre quand il a disparu, et son corps la résorbe, la mange, (cf. p. 83, note 4, de cette Histoire), comme dit énergiquement le texte égyptien (Maspf.ro, Eludes de Mythologie et d'Archéologie Egyptiennes, t. II, p. 104, 105, 106, 144, etc.).
2. Voir la figure de l'amulette appelée Tatou Didou, à la page 130 de cette Histoire (cf. p. 84, note 3).