L'ASTRONOMIE, LES TABLES STELLAIRES
ou demeuraient immobiles ou semblaient le demeurer et ne jamais sortir des espaces accessibles au regard humain ; celles qui se tenaient rangées au bord extrême du firmament y accomplissaient des évolutions analogues à celles des
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époques fixes, on les voyait s'abaisser derrière l'horizon, Tune à la suite de l'autre, disparaître, remonter après une éclipse plus ou moins longue, et regagner insensiblement leur place primitive.
On en comptait trente-six, les trente-six décans auxquels on attribuait des pouvoirs mystérieux et dont Sothis était la reine, Sothis transformée en étoile d'Isis lorsque Orion-Sâhou était devenu l'astre d'Osiris1, Les nuits sont si claires et l'atmosphère est si limpide au pays d'Egypte, que le regard s'y enfonce à des profondeurs surprenantes et y perçoit nettement des points de lumière qui lui échappent dans nos climats brumeux. Les Égyptiens n'ont donc pas eu besoin d'instruments particuliers pour constater l'existence d'un assez grand nombre d'astres qui nous seraient invisibles sans le secours de nos télescopes ; ils ont pu voir à l'œil nu les étoiles de la quatrième grandeur et les noter sur leurs catalogues3. Il leur fallait, à vrai dire, une longue préparation et une pratique ininterrompue pour affiner leur vue à toute l'acuité dont elle était capable; les collèges sacerdotaux se chargèrent fort tôt d'élever et d'entretenir des écoles d'astronomes. 11 semble que les sanctuaires du Soleil aient possédé
1. Sur Orion et Sothis, voir p. 96-98 de cette Histoire. Les Décans, signalés par Champollion, ont été déterminés par Lkpsii s (Einleitung zur Chronologie der Alten ,-Egypler, p. 68-69) avec des erreurs que Goodwin (Sur un horoscope grec contenant les noms de plusieurs Décans, dans Chabas, Mélanges Egyptologiquts, 2* série, p. 29-4-306) et Brugsch (Tltesaurus Inscriptionum JEgyptiacarum, p. 131 sqq. ; cf. Die JEgyplologie ', p. 339 sqq.) ont redressées au moyen de documents nouveaux.
2. Dessin de Faucher-Gudin, d'ajn'ès la copie de LKPsnrs, Dcnkm., III, 4i7, 3.
3. Biot (Sur un calendrier astronomique et astrologique trouvé à Thèbes en Egypte, p. 15) affirme du moins que les étoiles de 3M* grandeur « sont les plus petites que l'on puisse observer à la vue simple ». Il me semble avoir constaté que plusieurs des fellahs et des Bédouins attachés au service des Antiquités percevaient des étoiles qu'on classe ordinairement parmi celles de la 5e grandeur.
vue des tables astronomiqit.s du tombeau dr ramsès iv *.
les premiers observatoires qu'on établit sur les rives du Nil; les grands pontifes de Râ, seuls dignes, à en croire leur titre, de contempler l'astre face à face, s'occupèrent activement, dès les temps les plus anciens, à étudier la figure du ciel et à en dresser la carte1. Les prêtres des autres dieux suivirent promptement leur exemple : à l'époque historique, il n'y avait pas, d'un bout à l'autre de la vallée, temple qui ne possédât son personnel d'astronomes ou, comme on disait, ses veilleurs de nuit*. Ils montaient le soir sur les terrasses hautes qui recouvrent le naos ou sur la plate-forme étroite qui termine les pylônes, et, sondant sans cesse du regard l'abîme suspendu au-dessus d'eux, ils y suivaient la marche des constellations et enregistraient avec soin les moindres phénomènes qui s'y produisaient. Une partie de la carte du ciel est parvenue jusqu'à nous, telle que l'Egypte thébaine la connaissait entre le xviuc et le xne siècle avant notre ère : les décorateurs en ont gravé des extraits au plafond des temples et surtout dans les tombes royales3. Les Pharaons morts s'identifiaient à Osiris d'une façon plus intime que leurs sujets. Ils prenaient le rôle du dieu jusque dans ses moindres détails, sur terre, où, après avoir représenté l'Onnophris bienfaisant des âges primitifs, ils subissaient l'embaumement le plus minutieux et le plus complet de l'Osiris infernal; dans l'Hadès, où ils s'embarquaient aux côtés de l'Osiris-Soleil pour traverser la nuit et pour renaître vers le matin; au ciel, où ils brillaient avec Orion-Sâhou sous la garde de Sothis, et menaient, d'année en année, la procession des étoiles. Les cartes du firmament leur rappelaient cette partie
1. Je rappelle que les grands pontifes de Râ s'appelaient Oirou-maouou, « le Grand des vues », le chef de ceux qui voient le Soleil, le seul qui l'aperçoive face à face. Un d'eux s'intitule sur sa statue (Maspero, Rapport sur une mission en Italie, dans le Recueil de Travaux, t. III, p. 126, § xi ; cf. Brugsch, Die JEgyptologie, p. 320) : « le lecteur qui commit la figure du ciel, le Grand des vues dans le Château du Prince (cf. p. 136, 160 de cette Histoire) d'Hermonthis ». Hermonlhis, l'Aounou du Sud, était la contrepartie exacte d'Héliopolis, l'Aounou du Nord : elle possédait donc son Château du Prince où Montou, le Soleil méridional, avait résidé jadis pendant son séjour sur notre terre.
2. Ourshou ! le mot s'applique aussi bien aux soldats qui veillent le jour sur les murs d'une forteresse (Maspero, le Papyrus de Berlin n° 1, 1. 18-19, dans les Mélanges d'Archéologie Égyptienne et Assyrienne, t. III, p. 72). M. Birch avait cru retrouver au British Muséum (Inscriptions in the Hieratic and Démolie Characters, pi. XIX, n° 5635 et p. 8) un catalogue d'observations faites à Thèbes par divers astronomes sur une constellation qui équivaudrait aux Hyades ou aux Pléiades (Birch, Varia, dans la Zeitschrift, 1868, p. 11-12) : il s'agit simplement dans ce texte des quantités d'eau servies régulièrement aux astronomes d'un temple thébain pour leurs usages domestiques.
3. Les principales représentations de la carte du ciel connues jusqu'à présent sont celles du Ramesséum sur la rive gauche du Nil à Thèbes, qui ont été étudiées par Biot (Sur tannée vague des Égyptiens, 1831. 118 sqq.), par G. Toralinson (On the Astronomical Ceiling of the Memnonium at Thèbes, dans les Transactions of the /?. Soc. of Lilerature, t. III, pi. II, p. 484-499), par Lepsius (Einleitung sur Chronologie, p. 20-2!) et en dernier lieu par Brugsch (Thésaurus Inscript ionum Aïgypliacarum, p. 87 sqq.); celles de Dendérah, qui ont été reproduites dans la Description de l'Egypte (Ant., t. IV, pi. 20-21) et éclaircies par Brugsch (Thésaurus Inscriplionum Aïgyptiacarum . p. 1 sqq.): celles de la tombe de Séti l*r, qui ont été éditées par Belzoni (A Narrative of the Opérations, Suppl., III), par Rosellini (Monumenti del Culto, pi. 69), par Lepsius (Denkmâler, III, 137), par Lefébure (le Tombeau de Séti I", IV» partie, pi. XXXVI. dans les Mémoires de la Mission Française du Caire, t. II), puis étudiées en dernier lieu par Brugsch dans son Thésaurus, p. 64 sqq.