‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 85 sur 374 · L'ANNÉE ET SES DIVISIONS · texte numérisé non relu

L'ANNÉE ET SES DIVISIONS

de leurs devoirs et la leur enseignaient au besoin : ils y voyaient les planètes et les décans défiler sur leurs bateaux, les" constellations se succéder en longues théories. Des listes annexées leur disaient la position que les principaux astérismes occupent au ciel pour chaque mois, les levers, les culminations, les couchers1. Par malheur, les ouvriers chargés d'exécuter ces tableaux ou ne comprenaient pas grand'chose à ce qu'ils faisaient, ou ne se sont pas appliqués à reproduire exactement les originaux : ils ont omis plusieurs passages, transposé certains autres, et semé partout des erreurs qui nous empêchent de reporter sûrement les données anciennes sur les cartes modernes du firmament.

En dirigeant les yeux des hommes vers le champ des étoiles, Thot leur avait révélé du même coup l'art de mesurer le temps et la prescience de l'avenir. Comme il était le dieu-Lune par excellence, il veillait avec un soin jaloux sur l'Œil divin qu'Horus lui avait confié, et les trente jours qu'il employait à le conduire1 par toutes les phases de sa vie nocturne comptaient pour un mois. Douze de ces mois formaient l'année, une année de trois cent soixante jours pendant laquelle la terre voyait s'ouvrir et se fermer progressivement le cercle des saisons. Le Nil montait, se répandait sur les champs, rentrait dans son lit; les travaux de la culture succédaient aux péripéties de l'inondation, les temps de la récolte à ceux des semailles : c'étaient dans l'année trois moments distincts, de durée presque égale. Thot en fit les trois saisons, celle des eaux Shaît, celle de la végétation Pirouît, celle de la moisson Shômou, dont chacune comprenait quatre mois numérotés de un à quatre, 1er, 2e, 3% 4e mois de Shaît, 1er, 2e, 3% 4e mois de Pirouît, 1er, 2e, 3e, 4e mois de Shômou. Les douze mois épuisés, une année nouvelle commençait, dont le lever de Sothis marquait la naissance, vers les premiers jours d'Août8. Le mois initial de l'année égyptienne coïncidait donc avec le huitième de la nôtre.

1. Ces tables, conservées aux tombeaux de Ramsès IV et de Ha m ses IX, ont été signalées d'abord par Champollion (Lettres écrites d'Egypte, t' édit., p. 239-241) et publiées par lui {Monuments de l'Egypte et de la Nubie, pi. CCLXXI1 6Ù-CCLXXU, Texte, t. II, p. 547-568), puis par Lepsius (Denkm., III, 227-228 bis). Elles ont été étudiées par E. de Rouge et Biot (Recherches de quelques dates absolues qui peuvent se conclure des dates vagues inscrites sur des monuments Égyptiens, p. 35-83, et Sur un calendrier astronomique et astrologique trouvé à Thèbes en Egypte dans les tombeaux de Rhainsès VI et de Rhamsès IX), par Lepsius (Einleitung zur Chronologie, p. 110 sqq.), par Gensler (Die Thebanischen Tafeln stùndlichcr Sternaufgànge), par Lepage-Renouf (Calender of Astronomical Observations in Royal Tombs of the XX Dynasty, dans les Transactions de la Société d'Archéologie Biblique, t. III, p. iOO-i2l), par Brugsch (Thésaurus Inscriptionum JEgyptiacarum, p. 185-194), et en dernier lieu parBilftngcr (Die Sterntafeln in den Aùgyptischen KÔnigsgrâbern von Ribân cl-Molûk).

2. L'un des titres le plus fréquents de Thot-Lunc est An-ouzait, « Celui qui apporte, qui amène l'Œil fardé du Soleil • (E. de Bkrgxann, Ilistorische Inschriften, pi. LU).

3. L'ordre et la nature des saisons, mal déterminés par Champollion dans son Mémoire sur les signes employés par les anciens Egyptiens à la notation du temps, ont été rétablis exactement par Brugsch (Nouvelles Recherches sur la division de Vannée chez tes anciens Égyptiens, p. 1-15, 61-62).

Thot l'avait pris sous son patronage et lui avait imposé son nom, puis il avait remis les autres aux mains d'autant de divinités qui les surveillaient : le troisième mois de Shait appartenait de la sorte à la déesse Hâthor et s'appelait comme elle; le quatrième mois de Pi rouit dépendait de Ranouît ou Ramouît, dame des moissons, et dérivait d'elle son sobriquet de Pharmouti1. Les actes officiels ne cessèrent jamais de désigner les mois par le numéro d'ordre qui leur avait été attribué dans chaque saison, mais le peuple leur donnait de préférence le nom de leur dieu protecteur, et ces noms transcrits en grec, puis en arabe, servent encore aux habitants chrétiens de l'Egypte à côté des noms musulmans. Ce n'était pas assez d'ailleurs d'un patron par mois : chaque mois se subdivisa en trois décades auxquelles autant de décans présidèrent, et les jours eux-mêmes furent assignés à des génies chargés de les défendre. Nombre de fêtes étaient répandues à intervalles inégaux du commencement à la fin de l'année : fêtes au premier de l'an, fêtes au début des saisons, des mois, des décades; fêtes des morts, fêtes des grands dieux, fêtes des dieux locaux. Tous les actes de la vie civile s'unissaient si étroitement à ceux de la vie religieuse qu'ils ne pouvaient s'accomplir sans sacrifices, ni fêtes : une fête célébrait la rupture des digues, une fête l'ouverture des canaux, une fête le moment de couper les javelles ou de rentrer le grain ; une récolte faite ou rentrée avant qu'une fête eût appelé sur elle la bénédiction des dieux eût été funeste et sacrilège. La première année de trois cent soixante jours, réglée sur les révolutions de la lune, n'avait pas suffi longtemps aux besoins du peuple égyptien : il s'en fallait de cinq jours un quart qu'elle correspondit à la durée de l'année solaire, et le retard qu'elle subissait, accru régulièrement de douze en douze mois, jetait un trouble si profond dans les relations des saisons calendriques avec les naturelles, qu'on dut y obvier promptement. On intercala chaque année, après le douzième mois et avant le premier jour de l'année suivante, cinq jours épagomènes, qu'on appela les cinq jours en sw.s de Vannée1. La légende d'Osiris affirmait que Thot les avait créés pour permettre à Nouit d'accoucher

1. Pour les noms populaires des mois et pour leurs transcriptions coptes et arabes, voir Britgsch, Theaaurut Inscriptionum ASgyptiacarum, p. 472 sqq., et Die .Egyptologic, p. 359-361 ; les fêtes égyptiennes sont énumérées et décrites dans ce dernier ouvrage p. 362 sqq.

2. La tendance parait être maintenant chez la plupart des Êgyptologues de révoquer en doute l'existence des cinq épagomènes sous l'Ancien Empire, et de fait on ne les y trouve mentionnés expressément nulle part : mais on sait que les cinq dieux du cycle osirien étaient nés pendant les épagomènes (cf. p. 172 de cette Histoire), et les allusions à la légende osirienne qu'on rencontre dans les Pyramides prouvent que ces jours étaient employés depuis longtemps au moment où les textes furent gravés. Comme la rédaction en remonte le plus souvent aux temps préhistoriques, il y a grand chance pour que l'invention des épagomènes soit antérieure aux premières dynasties thinites et memphites.

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