‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 87 sur 374 · L'INFLUENCE DES JOURS SUR LA DESTINÉE HUMAINE · texte numérisé non relu

L'INFLUENCE DES JOURS SUR LA DESTINÉE HUMAINE

dans l'inaction que les heures du danger se fussent usées une à une, et que le soleil du jour suivant eût mis le malin en déroute1. Il avait intérêt à connaître ces influences mauvaises, et qui les aurait connues toutes, si Thot ne les avait signalées et recueillies dans ses calendriers? L'un d'eux, dont de longs fragments nous sont parvenus, désignait de façon très brève la

qualité de chaque jour, les dieux qui y prédominaient, le péril qu'ils apportaient ou la fortune qu'on pouvait espérer d'eux*. Le détail n'en est pas toujours intelligible pour nous, qui ignorons encore tant de points dans la vie d'Osiris : les Égyptiens savaient dès l'enfance ce dont il s'agissait et se guidaient sur ces indications sans trop se tromper. Les heures de la nuit étaient toutes néfastes3; celles du jour se divisaient en trois saisons de quatre heures, dont les unes se montraient clémentes, tandis que les autres restaient obstinément funestes4. « Le 4 Tybi : Bon, bon, bon. Quoi que tu voies en ce jour, ce sera heureux. Quiconque naît en ce jour mourra le plus vieux des siens; il arrivera à un âge plus avancé que son père. — Le 5 Tybi : hostile, hostile, hostile. C'est le jour où la déesse Sokhit, maîtresse du double Palais blanc, brûla les chefs, lorsqu'ils suscitèrent des troubles, se produisirent et vinrent8. Offrandes de pain à Shou, Phtah, Thot; brûler de l'encens pour Râ et les dieux de sa suite, pour Phtah, Thot, Hou-Saou, en ce jour. Quoi que tu voies en ce jour, ce sera heureux. — Le 6 Tybi : bon, bon, bon. Quoi que tu voies en ce jour, ce sera heureux. — Le 7 Tybi : hostile, hostile, hostile. Ne t'unis pas à une femme en présence de l'Œil d'Horus. Le feu qui est dans ta maison, garde-toi de l'y laisser tomber. — Le 8 Tybi : bon, bon,

1. Le 20 Thot, il fallait n'exécuter aucun travail, ne pas tuer un bœuf, ne pas recevoir un étranger (Papyrus Sallier IV, pi. 1, 1. 2-3). Le 22, on ne devait pas manger de poissons, ni allumer une lampe à huile (id., pi. 1, 1. 8-9). Le 23, « ne mets pas d'encens sur le feu, ne tue ni gros bétail, ni chèvres, ni canards; ne mange ni oie ni rien de ce qui a vécu » (id., pi. I, I. 9, pi. II, l. 1). Le 26, « ne fais absolument rien, ce jour-là » (id., pi. Il, 1. 6-7), et la même recommandation se retrouve le 7 Paophi (id., pi. IV, 1. 6), le 18 (id., pi. V, 1. 8), le 26 (id., pi. VI, 1. 9), le 27 (id., pi. VI, 1. 10), plus de trente fois dans ce qui reste du Calendrier Sallier. Le 30 Mcchlr, défense de parler haut à personne (îrf., pi. XVIII, I. 7-8).

2. C'est le Papyrus Sallier IV du British Muséum, publié dans les Select Papyri, t. I, pi. CXLIV- CLXVIII. La valeur en avait été reconnue par Champollion (Salvolini, Campagne de Ramsès le Grand, p. 121, note 1), et l'analyse faite par E. de Rougé (Mémoire sur quelques phénomènes célestes, p. 35- 39; cf. Revue Archéologique, lr* série, t. IX); il a été traduit entièrement par Chabas (le Calendrier des jours fastes et néfastes de Cannée égyptienne).

3. Quelques nuits étaient plus néfastes que d'autres, et fournissaient prétexte à des recommandations particulières. Le 9 Thot, « ne sors pas la nuit » (Pap. Sallier IV, pi. III, 1. 8), de même le 15 Khoiak (id., pi. XI, l. 5), le 27 (id., pi. XII, 1. 6); le 5 Phaménôth, la quatrième heure de la nuit était seule dangereuse (id., pi. XIX, 1. 2).

4. Pour cette division du jour en trois saisons — tori, cf. Maspero, Études Égyptiennes, t. I, p. 30, note 2. Le lever et le coucher du Soleil avaient surtout leurs influences mauvaises dont il fallait se défier (Papyrus Sallier IV, pi. II, I. 4; pi. V, 1. 5; pi. VI, 1. 6; pi. XV, I. 2, 6; pi. XVII, 1. 2-3; pi. XV1U, I. 6-7; pl. XIX, 1. 4; pi. XXIII, 1. 2-3).

5. C'est une allusion à la révolte des hommes contre Rà, et à la vengeance que le dieu Pharaon eu tira par le moyen de la déesse Sokhtt; cf. ce qui est dit à la page 165 de cette Histoire.

bon. Quoi que tu voies de ton œil en ce jour, l'Ennéade des Dieux te l'accordera : le malade se rétablira. — Le 9 Tybi : bon, bon, bon. Les dieux crient de joie dans le midi, ce jour-là. Servir des offrandes de gâteaux de fête et de pains frais, qui réjouissent le cœur des dieux et des mânes. — Le 10 Tybi : hostile, hostile, hostile. Ne mets pas le feu aux herbes en ce jour : c'est le jour où le dieu Sap-hôou mit le feu au pays de Bouto1. — Le

11 Tybi : hostile, hostile, hostile. N'approche d'aucune flamme en ce jour, car Rà s'est placé dans la flamme pour frapper tous les ennemis, et quiconque s'approchera d'eux en ce jour ne se portera bien de toute sa vie. — Le

1 2 Tybi : hostile, hostile, hostile. Tâche de ne pas voir de rat en ce jour, ni de t'approcher d'aucun rat dans ta maison : c'est le jour où Sokhit rend des décrets en ce jour1. » Ici du moins un peu de vigilance ou de mémoire suffisait à mettre l'homme en garde contre les pronostics funestes : toute l'attention du monde ne lui servait point dans bien des cas, et la fatalité du jour l'atteignait sans qu'il fût libre de rien faire pour la conjurer. Nul ne peut à volonté reporter son heure de naître sur un moment favorable : il doit l'accepter comme elle se présente, et pourtant elle exerce une influence décisive sur le genre de sa mort. Selon qu'il entre dans ce monde le 4, le 5 ou le 6 Paophi, il meurt par les fièvres paludéennes, par l'amour ou par l'ivresse3. L'enfant du 23 périt sous la dent d'un crocodile4; celui du 27, un serpent le mord et le tue5. En revanche, les heureux dont l'anniversaire tombait le 9 ou le 29 vivaient jusqu'à l'extrême vieillesse et s'éteignaient doucement, respectés de tous6.

Thot, qui avait indiqué le mal aux hommes, leur avait en même temps signalé le remède. Les arts magiques dont il était le dépositaire faisaient de lui le maître réel des autres dieux7. Il connaissait leurs noms mystiques, leurs faiblesses secrètes, le genre de péril qu'ils redoutaient le plus, les cérémonies qui les asservissaient à sa volonté, les prières auxquelles ils ne pouvaient point désobéir sous peine de malheur ou de mort. Sa science, transmise à ses serviteurs, leur assurait la même autorité qu'il exerçait sur eux au ciel, sur la terre ou dans les enfers. Les magiciens instruits à son école disposaient

1. L'épisode des guerres divines auquel ce passage se rapporte nous est inconnu jusqu'à présent.

2. Papyrus Sallier IV, pi. XIII, 1. 3, pi. XIV, 1. 3; cf, Maspero, Éludes Egyptiennes, t. I. p. 30-35, Chabas, le Calendrier des jours fastes et néfastes, p. 65-69. Les décrets de Sokhit sont ceux que la déesse rend pour détruire les hommes, comme clic l'avait fait à la fin du règne de Rà.

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