‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 88 sur 374 · Id., pi. IV, I. 8; pi. VII · texte numérisé non relu

Id., pi. IV, I. 8; pi. VII

7. Sur le pouvoir magique de Thot, sur la voix juste dont il dispose, sur ses livres d'incantation, voir p. 145-146 de cette Histoire.

LES ARTS MAUIQUES, LES CONJURATIONS, L'ENVOCTEMENT. 213

comme lui des mots et des sons qui, émis au moment favorable avec la voix juste, allaient évoquer les divinités les plus formidables jusque par delà les confins de l'univers : ils enchaînaient Osiris, Sît, Anubis, Thot lui-même, et les déchaînaient à leur gré, ils les lançaient, ils les rappelaient, ils les contraignaient à travailler et à combattre pour eux. L'étendue de leur puissance les exposait à des tentations redoutables : ils étaient entraînés souvent à se servir d'elle au détriment d'autrui, pour satisfaire leurs rancunes ou pour assouvir leurs appétits les plus grossiers. Beaucoup d'ailleurs trafiquaient de leur savoir et le louaient docilement à l'ignorant qui les payait. Lorsqu'on

leur demandait de tourmenter ou de supprimer un ennemi, ils avaient cent façons de l'investir brusquement et sans qu'il s'en doutât : ils le tourmentaient de songes terrifiants ou trompeurs', ils le harcelaient d'apparitions et de voix mystérieuses, ils le livraient en proie aux maladies, aux spectres errants qui se logeaient en lui et qui le rongeaient lentement*. Ils brisaient à distance la volonté des hommes; ils affolaient les femmes de désirs et les forçaient à fuir ce qu'elles avaient aimé, à aimer ce qu'elles détestaient auparavant*. Un peu du sang d'une personne, quelques rognures de ses ongles et de ses cheveux, un morceau du linge qu'elle avait porté et qui s'était comme imbibé d'elle au contact de sa chair, leur suffisaient pour composer des charmes irrésistibles. Ils en mêlaient des parcelles à la cire d'une poupée qu'ils modelaient et qu'ils habillaient à la ressemblance de leur victime, et dés lors tous les traitements qu'on infligeait à l'image, le modèle les ressentait aussitôt : il brûlait de fièvre quand on exposait son effigie au feu et souffrait comme

I. Destin de Fauiher-Gudin. d'après le calque de GoÙkiwrkf r. Die Metteinich-Stetc, pi. 111, u«.

i. La plupart des livres magiques renferment des formule» destinées ù envoyer de» songe» : tels le l'apyrut 3S39 du Louvre (Haikro, Mémoire sur quelque! Papyrus du touire.pl. I-VIII, et p. 113-113), le Papyrus gitoitigue de Leyde et les iiit'aiila liens en langue grecque qui l'accompagnent (Liuwts, Monument* Egyptiens, t. I, pi. I-U, el Papyri Grrci, t. Il, p. itî st|q.).

3. Ainsi dans le leste hiéroglyphique (Sbabpe, Egyptien Inscriptions , 1™ sér., pi. XII, I. 15-tfi] cité pour la première fois par Chabag {De quelques texte» hiéroglyphiques relatifs aux esprits possesseurs, dans le Bulletin Archéologique de l'Athénrum Français, 18iit>, p. 4-1) : ■ Que mort ni morte n'entrent en lui, que l'ombre de nul nianc ne le hanle. ■

.1. Papyrus gnottique de Leyde, p. XIV, I. I sqq. (dans Lteats*. Monument» Égyptien» du Musée de Leyde, pi. VII); cf. RimLOi'T, les Art» Egyptien» dans la lievue Egyptalagique, 1. 1, p. 188-17*.

d'une blessure quand on la perçait d'un couteau; les Pharaons eux-mêmes n'échappaient pas à l'envoûtement1. On opposait à ces manœuvres d'autres manœuvres du même genre, et la magie, invoquée à temps, détruisait souvent le mal que la magie avait commencé. Elle n'était pas, à dire vrai, souveraine contre le destin : l'homme né le 27 Paophi mourait d'une piqûre de serpent, quelque enchantement qu'il pratiquât pour se défendre. Mais si le jour de sa mort était fixé, du moins l'année qui renfermait ce jour ne l'était point, et le sorcier avait beau jeu procurer qu'elle n'arrivât trop tôt. Une formule récitée à propos, un bout de prière tracée sur un papyrus, une figurine qu'on gardait sur soi, le moindre amulette béni et consacré, jetait en déroute les serpents, instruments de la destinée. Ces stèles étranges où l'on voit un Horus à moitié nu, debout sur deux crocodiles et brandissant à poignées des bêtes fascinatri ces, ou réputées telles, ce sont autant de talismans préservateurs : dressées à l'entrée d'une chambre ou d'une maison, elles en écartaient tous les animaux représentés et annulaient le mauvais sort. Sans doute la fatalité l'emportait à longue échéance, et le jour finissait par se lever où le serpent prédestiné, déjouant toute précaution, réussissait à exécuter la sentence. Au moins l'homme avait-il duré, peut-être jusqu'à l'entrée de la vieillesse, peut-être jusqu'à cet âge de cent dix ans que les plus sages parmi les Égyptiens souhaitaient d'atteindre, et que nul mortel, né de mère mortelle, ne devait dépasser5. Si les arts magiques suspendaient ainsi la loi du destin, combien n'étaient-ils pas plus efficaces lorsqu'ils combattaient les influences des divinités secondaires, le mauvais œil et les maléfices des hommes. Thot, qui était le maître des sortilèges, était aussi celui des exorcismes, et les crimes que les uns commettaient en son nom, c'était en son nom que d'autres les réparaient. Ils opposaient des génies plus forts aux génies malins, des amulettes protecteurs aux pernicieux, des pratiques vivifiantes aux manipulations mortelles, et ce n'était pas encore la partie la plus malaisée de leur tâche. Personne en effet, parmi ceux que leur intervention délivrait, ne se tirait indemne des épreuves qui l'avaient assailli. Les esprits possesseurs, en abandonnant leur victime, laissaient ordinairement derrière eux des traces de leur passage, dans le cerveau, dans le cœur, dans le poumon, dans les entrailles, dans le corps entier. Toutes les maladies qui désolent le genre humain n'étaient pas le fait d'en-

1. L'envoûtement fut pratiqué contre Kamsès III (Chabas, le Papyrus Magique Harrù, p. 170,1"-: Dkvkria, le Papyrus judiciaire de Turin, p. 125-126, 131), et les pièces du procès criminel intenté au\ magiciens parlent formellement des figures de cire et îles philtres employés à cette occasion.

2. Sur l'âge de cent dix ans et sur sa mention dans les documents pharaoniques et coptes, voir le curieux mémoire de Goodwin dans Chabas, Mélanges Égyptoiogiques, 2° série, p. 231-237.

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