‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 89 sur 374 · TI10T ET LA MEDECINE · texte numérisé non relu

TI10T ET LA MEDECINE

chanteurs acharnés contre leurs ennemis, mais on les attribuait toutes à la présence d'un être invisible, spectre ou démon, qui avait été introduit chez le patient par quelque opération surnaturelle ou s'y était glissé de lui-même chancelé ou par besoin, sansqu le lui ordonnât'. Il fallait, après avoir chassé l'intrus, rétablir la sauté par des moyens nouveaux. L'étude des simples et des autres substances médicinales les fournissait sans peine :

comme Thot s'était révélé aux hommes le premier sorcier, il s'institua pour eux le premier médecin et le premier chirurgien*.

L'Egypte est de nature un pays fort sain, et les Égyptiens se vantaient d'être s les mieux portants de tous les mortels » ; ils ne s'en montraient que plus attentifs à soigner leur santé.

« Chaque mois, trois jours de suite, ils provoquaient

des évacuations au moyen "'"" ,N'°' ""' '''" """"""~

de vomitifs et de clystères*. La médecine, chez eux, était partagée; les médecins s'occupaient chacun d'une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Ils abondaient en tous lieux, les uns pour les yeux, les autres pour la tète.

I. Sur cette conception du mal et de la mort, voir ce qui est dit aux p. 111-111 de cette Uiitoirr. t. Les témoignages des auteurs classiques et des monuments égyptiens sur Thot médecin et chirurgien ont été recueillis en dernier lieu par Putsch* ski, Hermtt Trumegittot, p. ÏO sqq-, 43 sqq ., 57.

3. Dettin de Faucher-Gudin, d'âpre* une ilèlc d Alexandrie au mutée de Ghéh (S»ueTTE, Monument* dU'tn, pi. 15 et Telle, p. 3-4). La raison pour laquelle tant de botes variées sont réunies sur celte stèle et sur les stèles de même nature s été indiquée par Naspmio, Elude* de Mythologie el d' Archéologie Egyptienne*, t. Il, p. 417-418 : elles passaient toutes pour posséder le mauvais (ril et pour fasciner leur victime avant de la frapper.

4. MianooTï, II, liivii ; le témoignage d'Hérodote sur les potions el les cljsièrcs est confirmé par celui des Papyrus médicaux de l'Egypte (Chabas. Mélangea Egyplnlogique*. 1" série, p. OS sqq.).

d'autres pour les dents, d'autres pour le ventre, d'autres pour les maux internes1. » La subdivision ne s'étendait pas aussi loin qu'Hérodote voulait bien le dire. On ne distinguait d'ordinaire qu'entre le médecin, sorti des écoles sacerdotales et complété par l'étude des livres comme par l'expérience de chaque jour, le rebouteur, attaché au culte de Sokhit et qui guérissait les fractures sous l'intercession de sa déesse, l'exorciste, qui prétendait agir par la seule vertu des amulettes et des paroles magiques'. Le médecin de carrière traitait les maladies en général ; mais, comme chez nous, il y avait pour certaines affections des spécialistes que l'on consultait de préférence aux praticiens vulgaires. Si le nombre en était assez considérable pour attirer l'attention des étrangers, c'est que la constitution médicale du pays l'exigeait ainsi : où les ophtalmies et les affections des intestins sévissent avec énergie, on rencontre nécessairement beaucoup d'oculistes3 et de docteurs es maladies du ventre. Les plus instruits de ces gens connaissaient assez mal l'anatomie. Une crainte religieuse ne leur permettait pas plus qu'aux médecins chrétiens du Moyen Age, de tailler le cadavre identifié à la chair d'Osiris ou de le déchiqueter dans un but de pure science. On ne leur confiait pas les opérations de l'embaumement, qui auraient pu les instruire, et l'horreur pour quiconque rompait l'intégrité de la larve humaine montait si haut, que le paraschite chargé de pratiquer sur les morts les incisions nécessaires devenait l'objet de l'exécration universelle : dès qu'il avait terminé sa tâche, les assistants l'assaillaient à coups de pierres et l'auraient assommé sur place s'il ne s'était enfui à toutes jambes1. Aussi n'entretenaient-ils que des idées assez vagues sur ce qui se passe au dedans de notre corps. La vie était pour eux un peu de vent, un souffle que les veines charrient de membre en membre. « La tête comprend vingt-deux vaisseaux qui amènent les esprits en elle, et les envoient de là à toutes les parties. Il y a deux vaisseaux pour les seins, qui communiquent la chaleur jusqu'au fondement. II y a deux vaisseaux pour les cuisses; il y a deux vaisseaux pour le cou5; il y a deux vais-

1. Hérodote, II, lxxxiv, et le commentaire de Wiedemann sur ces deux passages (Hérodote Zweites Buchf p. 322 sqq., 344-345).

2. La division en trois catégories, indiquée par le Papyrus Ebers, pi. XCIX, I. 2-3, a été confirmée par un curieux passage d'un traité d'alchimie gréco-égyptienne (Maspkro, Note» au jour le jour, § 13, dans les Proceedings de la Société d'Archéologie Biblique, t. XIII, p. 501-503).

3. Les maladies des yeux occupent un quart du Papyrus Ebers (Ebers, Dos Kapitel iiber die Augenkrankheiten, dans les Abh. der phil.-hist. Classe der Kônigl. Sâchs. Gesells. der Wissenscfiafteit* t. XI, p. 199-336 ;cf.J. Hirschberg, jEgypten, Geschichtliche Studicn eincs Augenarztes, p. 31-71).

A. Diodore de Sicile, I, 91.

5. Ces deux vaisseaux, dont la mention manque aux Papyrus Ebers et de Berlin par suite d'une inadvertance du copiste, ont été rétablis dans le texte de l'énumération générale par H. Sch«fkr, Heitrâge iur Erklârung des Papyrus Ebers (dans la Zeitschrif/, t. XXX, p. 35-37).

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