‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient classiqueChapitre 94 sur 374 · THOT, INVENTEUR DE L'ÉCRITURE · texte numérisé non relu

THOT, INVENTEUR DE L'ÉCRITURE

Thamos eût raison ou non, la critique venait trop tard : « l'art ingénieu\ de peindre la parole et de parler aux yeux » demeura acquis pour toujours aux Egyptiens, et par eux à la meilleure partie de l'humanité. C'était un système fort complexe, où se trouvent réunis la plupart des procédés propres à fixer l'expression de ia pensée, ceux qui se contentent de prendre les idées comme ceux quî essayent d'enregistrer les sons'. Il ne comportait guère à l'origine que des signes destinés à éveiller dans l'esprit du lecteur la pensée d'un objet par l'image plus ou moins fidèle de l'objet même, et à peindre le soleil par un disque centré 0, la lune par un croissant <), le lion ou l'homme par un lion marchant tto. ou par un petit personnage accroupi ^. Comme on n'arrivait à saisir de la sorte qu'un nombre fort restreint de concepts tous matériels, il fallut recourir presque aussitôt à des artifices variés qui suppléèrent à l'insuffisance des idéogrammes proprement dits. On donna la partie pour le tout, la prunelle m au lieu de l'œil entier -»-, la tète de bœuf m au lieu du bœuf complet *fm. On substitua la cause à l'effet, l'effet à la

cause, l'instrument à l'œuvre accomplie, IH0T t,»ijS18T,t lésantes m vit de baisés h*. et le disque du soleil S signifia le jour, un

brasier fumant \ le feu, le pinceau, l'encrier et la palette du scribe Kl l'écriture ou les pièces écrites. On imagina de prendre tel ou tel objet qui offrait une ressemblance matérielle ou supposée avec l'idée à consigner, et les parties antérieures du lion -# marquèrent ainsi l'antériorité, la primauté, le commandement, la guêpe symbolisa la royauté \X, le têtard de grenouille ^ compta pour les centaines de mille. On se hasarda enfin à procéder par énigmes, comme lorsqu'on dessinait la hache "I pour le dieu, ou la plume

I. La formation progressive du système hiéroglyphique et la nature des divers éléments dont il se compose ont été analysées très linemcnl par Vu. LtminAM, Estai >ur ta propagation lit l'alphabet phénicien parmi le» peupla île l'Ancien limée, t. I, p. l-.'iï.

i. Has-relief du teinpte de Séti 1" à Ahydo», destin de Iloudier d'après une photographie de liéalo. Le dieu marque de son calame, sur un des crans d'une longue pousse de palmier, le nombre de millions d'années que le règne du Pharaon sur celte terre doit durer selon le décret des dieu*.

"in L'HISTOIRE LÉGENDAIRE DE L'EGYPTE.

d'autruche \ pour la justice : le caractère n'avait alors que des liens fictifs avec le concept qui lui était attribué. Deux ou trois de ces symboles s'associaient souvent afin d'exprimer à plusieurs une idée qu'un seul d'entre eux aurait mal rendue : on apercevait une étoile à cinq branches placée sous un croissant de lune renversé 'T% un veau courant devant le signe de l'eau >j *■— * et l'on comprenait le mois ou la soif. Tous ces artifices combinés ne fournissaient qu'un moyen fort incomplet d'arrêter et de transmettre la pensée. Quand on avait aligné bout à bout vingt ou trente de ces figures et les idées auxquelles elles prétendaient prêter un corps, on voyait devant soi le squelette d'une phrase, mais tout ce qui en forme le nerf et la chair avait disparu : l'accent manquait et la musique des mots, et les indices du genre ou du nombre, des flexions et de la personne, qui distinguent les différentes parties du discours et qui déterminent entre elles des rapports variables. D'ailleurs le lecteur était obligé, pour se comprendre lui-même et pour deviner l'intention des écrivains, de traduire les symboles qu'il déchiffrait par les mots attachés dans la langue parlée à l'expression de chacun d'eux. Chaque fois qu'il les rencontrait du regard, ils lui suggéraient en même temps que l'idée le mot de l'idée, partant une prononciation : à force de retrouver sous chacun d'eux trois ou quatre prononciations constantes, il oublia leur valeur purement idéographique et s'habitua à ne plus considérer en eux que des notations de son. Le premier essai de phonétisme se fit par rébus, quand les signes séparés de leur sens primitif en vinrent à couvrir chacun plusieurs mots semblables à l'ouïe, mais divers de sens dans la langue parlée. Le même assemblage d'articulations Naoufir, Nofir, comportait en égyptien l'idée concrète du luth et l'idée abstraite de la beauté : le signe J exprima du même coup le luth et la beauté. Le scarabée s'appelait Khopirrou, et être se disait khopirou : le scarabée •§[ signifia à la fois l'insecte et le verbe, puis en groupant plusieurs signes on détailla chacune des articulations auxquelles il répondait. Le crible 9 khaou, la natte ■ pou, pi, la bouche *=» ra, rou, donnaient la formule khaou-pi-rou, qui équivalaient à l'expression khopirou du verbe être : réunis ®^, ils pouvaient écrire le concept de Vêtre au moyen de trois rébus. Dans ce système, chaque syllabe d'un mot a le choix entre plusieurs signes sonnant exactement comme elle. Une moitié de ces syllabiques cache des syllabes ouvertes, l'autre des syllabes fermées, et l'usage des syllabiques de la première classe amena bientôt la création d'un véritable alphabet. La voyelle finale qu'ils comprenaient se détacha d'eux et ne laissa plus subsister

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