La YOÛte céleste
L*ÉGYPTK PRIMITIVE. 33
mère Nolltl Lève^toi, Râ-Harmakhisl Tu te lèves, [et] te levant, culminant, tu prononces' ta parole contre tes adtersaires. Tu fais ouvrir ta cabino, tu repousses le méchant en son heure, afin qu'il n'avancé pas, l'espace d'un moment I Tu as anéanti la valeur de l'impie : l'adversaire de Râ tombe dans le feu ; Nehi-ho* est repoussé en ses heures; les enfants de la rébellion n'ont plus de force; Râ prévaut contre ses adversaires. Les obstinés de cœur tombent sous les coups ; tu fais vomir à l'impie ce qu'il avait dévoré. Lève-toi, Rft, dans l'intérieur de ta cabine :
» Fort est Bft ; feble, l'impie 1
« Haut est Rft ; foulé, l'impie !
« Vivant est Rft; mort, l'impie !
« Grand est Rft; petit, l'impie!
« Rassasié est Rft; affamé, l'impie I
« Abreuvé est Rft; altéré, l'impi^I
« Lumineux est Rft; terne, l'impie I
« Bon est Bft; mauvais, l'impie !
« Puissant est Rft; faible, l'impie!
« Bâ existé ; Apap est anéanti !
Oh! Râ! donne toute vie au Pharaon! Donne des pains à son ventre, de l'eau à son gosier, des parfums à sa chevelure! Oh! i)ienfaisant Râ-Hai;lnaàhis, navigue avec lui, en prière ! Ceux qui sont dans ta barque sont en exulta* tion; troublés, confondus, sont les impies !
a Un bruit de joie est dans le lieu grand; la cabine de laWque est en exultation. Ils poussent des exclamations lans la barque des millions d'années les nautoniers de Râ; leur cœur est joyeux quand ils voient Râ. Les dieux sont «u exultation; le grand cycle divin est comblé de joie en rendant gloire à la grande bari ; des réjouissances se font dans la chapelle mystérieuse.
« Oh lève-toi, Ammon-Râ-Harmakhis, qui se crée luimême! Tes deux sœurs* se tiennent à TOrient, elles sont wcneillies, elles sont portées vers ta barque, cette bonne hanjue de toute procréation. Râ, qui a émis tous les biens,
l* Un des noms du démon.— 2. Isis et Nephtbys.
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vienfi, Râ (juî se crée lui-même I Fais que le Pharaon reçoive les offrandes qui se font dans Hâ-benben*, sur les autels du Dieu dont secret est le nom! Honneur à toi, vieillard qui se manifeste en son heure, seigneur aux faces nombreuseSjUrseus qui produit les rayons destructeurs des ténèbres I Tous les chemins sont pleins de tes rayons. C'est à toi que les cynocéphales donnent les o&andes qui sont dans leurs mains, à toi qu'ils adressent leurs chants, dansant pour toi, faisant pour toi leurs incantations et leurs prièrcsV Ib sont appelés dans le ciel et sur la terre; ilssont conduits à tes gracieux levers ; ils t'ouvrent (variante^ ils brisent pour toi) les portes de l'horizon occidental du ciel; ils font aller Râ dans la paix, dans l'exaltation de ta mère Nout, Ton âme examine ceux qui sont dans le ciel inférieur^ et les âmes sont dans le ravissement matin et soir. [Car] tu fais le fléau qui tue et tu adoucis la souffrance d'Osiris^ tu donnes les souffles à qui est dans la vallée funéraire.
« Tu as illuminé la terre plongée dans les ténèbres ; tu adoucis la douleur d'Osiris. Ceux qui sont goûtent les souffles de la vie, ils poussent des exclamations vers toi, ils s'agenouillent devant cette forme qui est tienne de Seigneur des formes! Us rendent honneur à ta force dans cette figure bienfaisante qui est tienne de Dieu Matin f Les dieux tendent leurs bras vers toi, lorsqu'ils sont enfantés par ta mère Nout. Viens au Pharaon, donne-lui ses mérites dans le cielj sa puissance sur la terre, ô Râ! qui as réjoui le ciel, ô Hâî qui as frappé la terre de crainte.
a 0 bienfaisant Râ-Harmakhis'I
a. Tu as soulevé le ciel d'en haut pour élever ton âme; tu as voilé le ciel inférieur pour [y cacher] tes formes funéraires î
« Tu as élevé le ciel d'en haut à la longueur de tes bras; tu as élargi la terre à [l'écartement de] tes enjambées.
] . La demeure du Phénix, le grand temple d'Héliopolis. — 2. Lea mo* ûum«Dts nous montrent en effet les cynocéphales adorant le soleil levant. — 3. Cetta invocation doit être répétée devant chaque verset.
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flc Ta as réjotiî le ciel d'en haut par la grandeur de ton ime ; la terre te craint, grâce à Toracle de ta statue;
« Epender saint, àTaiie fulgurante; Phénix aux multiples couleurs ; \
ce Grrand lion qui est par soi-même et qui ouvre les voies de la barque Sekti *,
ce Ton rugissement abat tes adversaires, tandis que tu fais avancer la grande barque ;
ce Les hommes t'invoquent, les dieux te craignent ; tu as abattu les ennemis sur leurs faces.
a Coureur du ciel, qu^on ne peut atteindre au matin de ses naissances, élevé plus que les dieux et les hommes,
« Lève-toi pour nous, nous ne connaissons pas ton image; apparais à notre face, nous ne connaissons pas ton corps I
<K 0 bienfaisant Rft-Harmakhis I
« Tu te rues, mâle [sur les femelles].
« Taureau la nuit, chef en plein jour, beau disque bleu%
« Roi du ciel, souverain sur la terre, grande image d&Qs les deux horizons du ciel,
«c Râ ^- créateur des êtres, Totounen, vérificateur des êtres intelligents,
« Que le fils du Soleil, le Pharaon, soit vénéré pour tes mérites; qu'il soit adoré quand tu te lèves bienfaisant à rhorizon oriental du ciel. C'est lui qui dirige ta course, renverse tes ennemis devant toi, repousse tous tes adversaîrei, examine pour toi Vœil^ en son lieu*. »
Cependant le Dieu passe enveloppé de cette lumière ébbuiflsante qui ne permet pas à l'œil humain de sonder les profondeurs de son être :
« 0 Dieu qui t'es ouvert les voies, 6 toi qui as percé à travers les murailles I Oh! Dieu qui se lève en qualité de Boleill Être qui devient sous la forme de Ehepra dans le
1. Labarqae Scfcte' était la barque du Soleil.— 2. Le disqae qu'on voit sur la tftte de plusieiirs divinités est peint souvent en bleu ou en vert L'œil droit du dieu est le Soleil^ son œil gauche est la Lune. — 3. Lepsius, Penkm,, VI, pi. CXV. - PL CXYII.
double horizon! Tu as éveillé ceux qui te font parcourir les chemins du ciel; approcke-toi du Grand Chef pour faire le plan du temps durant le cours de Féternitél
<c Enfant qui nais chaque jour,
ff Vieillard [enfermé] dans les bornes du temps,
« Vieillard qui parcours Tétemité !
<ï Si immobile, qu'il ouvre toutes ses faces,
tî Si élevé qu'on ne peut l'atteindre !
tt Seigneur de la demeure mystérieuse où il se tient caché, , a Etre caché dont on ne connaît point l'image I
a Seigneur des années, qui donne la vie à qui lui a plu!
tl^mmttmm» •• •••
V Tu es venu, tu as ouvert les chemins, tu as parcouru les voies deTéternité^ » C'est ainsi, au milieu des acclamations et dm prières, qu'il poursuit sa marche radieuse, jusqu'au moment où, poussé toujours par le courant irrésistible, il plongû à l'occident et disparaît pour un temps dans la nuit du ciel inférieur.
Les pouvoirs malfaisants vaincus et contenus, l'œuvre du Dieu n'est pas encore complète. « Il a créé le sol, l'argent, Tor, — le lapis vrai à son bon plaisir *• — Ù fait les herbages pour les bestiaux, — les plantes dont se nourrissent les humains. — Il fait vivant le poisson dans le fleuve,
— les oiseaux dans le ciel, — donnant les souffles à ceux qui sont dans un œuf. — Il vivifie les reptiles, — fait ce dont vivent les oiseaux; — reptiles et oiseaux sont égaux [à ses yeux]» — Il fait des provisions au rat dans son trou,
— [et] nourrit l'oiseau sur la branche. — Sois béni pour tout cela, ^ Un unique, multiple de bras'. » Enfin «les hommes sortent de ses deux yeux*», et se répandent à la surface de la terre, « troupeau de Râ, » divisé en quatre races, les Égyptiens [Reiou)^lQS hommes par excellence et
K Lepsius, Denkm,, VI, pi. CXX, 1. 66-77. — 2. Papyrus de Boti* laq, U II, pL XI, p. 8, !• 6-7. — 3. Id., pi. XI, p. 6, 1. 3-7. — 4. Id..
les Nègres [Ncihsi) qui sont sous le patronage d'Hor; les .\siatiqucs [Aâmou] et les peuples du Nord, à peau blanck, sur lesquels Sekhet^ la dùeese à tête de lionuej étesd sa protectioB*. k Salut à toil diseni*ile tous, — louange à toi parce que tu demeures parmi nous 1 — Prosternation 3 devant toi, parce que tu nous crées î » — Tu es béni do lotîtes créatures ; — tu as des adorateurs en toute région,
— au plus haut des cieux^ dans toute la largeur delà terre
— au profond des mers. — Les dieux a'incHnent devant ta Sainteté ; — les âmes exaltent qui les a créées, — elles se réjouissent de se présenter devant leur générateur, — elles le disent : « Ta en paix, — père des pères de tons les adieux, — qui as suspendu le ciel, — étendu la terre; V ^ créateur des êtres, formateur des choees, — roi sou- 5 verain, v, s- f.^, chei des dieux, — nous adorons tes ^ esprits j parce qne tu nous as faits j — nous te faisons « [des offrandes], parce que tu nous as donné naissance j — « nous te faisons des Lénédictions, parce que tu demeures n parmi nous^. »
Au sortir des mains du créateur, Thomme ne connaissait [encore aucun des arts nécessaires à la vie ; il n'avait même pas de langage et en était réduit à imiter les cris des animanx. Dieu descendît sur la terre et se manifesta aux humains sous différentes formes dont la succession est enregistrée dans les dynasties divines* Le nom de ces formes og plutôt de ces dieux varia selon les temps et les lieux, A. Memphis, Phtah prenait la tête de la liste. Venaient en&uite :
Le roi de la Haute et de la Basse Egypte [Ra) v. b, f.
Le roi de la Haute et de la Basse ïïgypte [SnoUjfils de Râ) V* s, f.
Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Seb) v. s. f.
l Denhm.jUli pi. CXXXV-CXXïVJ» — 2, F. s. f^ est rabcéviation de ^ [ùrmuie vie, santé ^ force ^ qui suit loujours le nora des rois ou tes litre J rpwrvès eicliisivemetit à la royauté. — 3. Papyms de Boula qj t. H, pm, p, 7, h 3, p, 8, 1. L Cfr. Grébaat, Uhymne â Àmmon-Rd, des Papyrujde Jowfo^t Ï875j Stem^ Zeiîschrift, 1873, p» 76; Goodwin, ^m les TrantactioKM of the Society of Biblical Archeoîogyf îî, 550-^63,
Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Osiris-Oun- NOWRÉj roi des dieux) v, s. f.
Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Set) v. s. f.
Le roi de la Haute et de la Basse Egypte (Hor) v. s. f. A HêliopoliSj Atoum avait la première place. A Thèbes. Phtah et Atoum cédaient la primauté à Ammon-Râ, le roi des dieux, le dieu de la première fois. Le règne de cette dynastie divine était regardé par les Égyptiens des temps postérieurs comme un âge d'or auq[uel ils ne songeaient jamais sans envie : pour dire d'une chose qu'elle était su^ pÉrieure à tout ce (ju'on pouvait imaginer, ils affirmaient « ne pas en avoir vu la pareille depuis les jours du dieu
Osiris était le plus populaire des dieux-rois. Je n'entrepreadrai pas de raconter sa légende; la plupart des documents nécessaires à pareille tâche nous font encore défaut, et ceux quB nous avons sont trop obscurs pour nous permettre de démêler ce qui appartient à chacune dos écoles de théologie qui ont successivement passé en Egypte. Son mythe n^est qu'une des formes sous lesquelles on se plai- Bait à représenter la lutte du bien et du mal, du dieu ordonnateur contre le désordre du chaos. Osiris, l'être bon par excellence (Ounnowré), est en guerre perpétuelle avec Set (Typhon) le maudit : Osiris, dieu solaire et forme infernale de Râ, est l'ennemi éternel de Set, le dieu des ténèbres et de la nuit. Après sa disparition à l'ouest du ciel, « le roi du jour, souverain de la nuit, qui avance sans station ni relâche, « Râ, n'arrêtait point sa course. Il allait « sur la voie mystérieuse de la région d'occident 3» à travers les ténèbroa de l'enfer «d'où nul vivant n'est jamais revenu* », et voyageait pendant douze heures pour regagner l'Orient et reparaître à la lumière. Cette naissance et cette mort journalières du soleil, indéfiniment répétées, avaient suggéré aux Egyptiens le mythe d'Osiris. Gomme tous les
1 , Voici les noms de ces dieux-rois, sous la forme grecque : '^(panaroç, 'HkiQCt ïti;, Kpiâvoc, \)<«piç ("Ovvoçptç), Tuçtûv, *Ûpoç.— 2. Cf. Goodwin [ les R4Çùrdt ofthe Past, t. IV, p. 117, 1, 8 et p. 118, 1. 14.
dieuijOsins est le eoleil : sous la figure de Râ^ il brille au del pendant les douze heures de la journée; êous la forme d'Ofliria Ounnowréj il régit la terre. De même tjue Râ est chaque soir attaqué et vaincu par la nuit qui semble l*engloutir à jamaiSj Osiris est trahi par Set qui le met en pièces et disperse ses membres pour l'empêcher de reparaître. Malgré cette éclipse momentanée, ni Osiris ni Râ ne âont morts, Osiris Kheut-Ament, Osiris infernal, soleil de niiitj renaît, comme le soleil au matin, sous le nom d*Har* pechroud, Hor enfant, THarpocrate des Grecs- Harpocrate qm est Osiris, lutte contre Set et le bat, comme le soleil levant dissipe les ombres de la nuit; il Teuge son père, maiB sans anéantir son ennemi- Cette lutte, qui recommence chaqiie jour et symbolisait la vie divine, servait anesi de symbole à la vie humaine* La vie n'était pas, en effet, conlïnée à cette terre. L'être qui naissait à notre monde avait déjà vécu et devait vivre ailleurs : les moment?^ de son existence terrestre n'étaient qu'un des stages, un des davenirs (khepraou) d'une existence dont il ne connaissait m le commencement ni la fin. Chacun des stages de cette existence, et partant la vie humaine, répondait à un jour de la vie du soleil et d'Osiris» La naissance de Fhomme était le lever du soleil à rOrientj sa mort, la disparition dïi soleil à l'Occident du cîeL Une fois mort, Thomme devenait Osiiis et s'enfonçait dans la nuit jusqu'au moment où C renaissait k une autre vie comme Hor-Osiris à une autre journée.
Pendant sa vie terrestre^ l'homme se compose surtout d'intelligence [Khou) et de corps : par l'une, il lient à Dieu; par l'autre, il se rattache à la matière et participe de ses Ticea. Dans le principe, la parcelle d'intelligence qui fait soa ètre^revôtue d'une lumière subtile*, est en liberté de parcourir les mondes, d*agir sur les éléments, de les Oï^ donner et de les féconder selon qu'il lui semble expédient. Maifi^ à l'entrer dana une prison de terre^ elle dépoulLle cet
î. ÎEOO veut dire hriU^, resplenâir. De 111e nom de khotJj le brUlanî^ k hmineux, que porte rinteUigeûce revêtue de luinière
..J^kM-ST;
habit de feu dont le 9eul contact suffirait à détruire les éléments grossiers dont nous sommes pétris^ et se glisse dans une substance moins excellente, bien que divine encore. Cette substance qu'on appelle ôme (ba), reçoit Tintelligence et la tient couverte comme d'un voile qui en affaiblit l'éclat; mais, trop pure elle-même pour se marier directement avec la matière, elle emploie à la transmission de sea ordres et à l'accomplissement de ses volontés un agent inférieur qui est V esprit ou le souffle (niwtgu). Seul, en raison de son imperfection, l'esprit peut se répandre dans le corps sans l'anéantir ou le blesser; il pénètre les veineSj gonfle les artères, se mêle au sang, remplit et porte pour ainsi dire l'animal entier. Ua/me (ba) est l'enveloppe de Vintelligence (khou), Yesprit (Nivyrou) l'enveloppe de Tâme, le corps (khat) l'enveloppe de l'esprit : toutes ces parties, d'origine et de vertus différentes, s'entretiennent par un lien invisible qui dure autant que la vie, et leur assemblage fait l'homme.
Le corps, l'esprit, l'âme lui sont communs avec les bêtes. Mais les bêtes, dénuées de raison, vivent à l'aveugle, bonïies ou mauvaises par instinct ou par aventure, non par règle certaine; leur âme, enfoncée dans la matière, ne voit rien au delà. L'homme a de plus qu'elles l'intelligence dont les directions le maintiennent dans la voie droite et lui apprennent à faire la distinction du bien et du mal. L'intelligence, entrée dans une âme humaine, essaie de l'arracher à la tyrannie du corps et de l'élever jusqu'à soi; mais comme elle est dépouillée de son vêtement de feu, elle n'est plus assez forte pour mettre à néant les passions et les désirs grossiers que la chair nous inspire. Le corps, contrarié dans ses inclinations, s'insurge, les mauvais instincts se réveillent, la guerre s'engage et se prolonge avec des chances variées. Souvent l'intelligence, trahie par l'âme qni ne peut pas ou ne veut pas rompre ses attachements au monde, se retire du combat pour n'y plus revenir : l'homme, privé de l'étincelle divine, ne vit plus que par machine et s'abaisse à la brute. Souvent aussi , à force de patience et de courage, elle triomphe : les passions dominées devien--
nent vertus, les vertus s'affermissent et s'exaltent; râme^ dégagée de ses liens, aspire au bien et devine les splendeurs éternelles, à travers le voile de matière qui obscurcit sa vue.
La fin est arrivée, l'homme est mort à la terre. Aussitôt, l'esprit se retire dans l'âme, le sang se coagule, hs veines et les artères se vident, le corps laissé à lui-même se résoudrait promptement en molécules informes si les procédés derembaumement ne lui prêtaient un semblant d'éternité. L'intelligence délivrée reprend son enveloppe lumineuse et devient démon (khou). L'âme abandonnée de l'intelligence (jui la guidait, allégée en même temps du corps qui l'aggravait, comparait seule devant le tribunal où Osiris Khent-Ament siège entouré des quarante-deux membres du jury infernal*. Sa conscience, ou, comme disaient les v Égyptiens, son cœur^ parle contre elle ' ; le témoignage de savieFaccable ou l'absout; ses actions sont pesées dans la klance infaillible de vérité et de justice, et, selon qu'elles sont trouvées lourdes ou légères, le jury infernal porte yn jugement que l'intelligence est chargée d'exécuter. Elle rentre dans l'âme impie, non plus nue et sans force, mais armé^ du feu divin, lui rappelle ses conseils méprisés, ses prières tournées en dérision, la flagelle du fouet de ses péchés et la livre aux tempêtes et aux tourbillons des éléments conjurés. Toujours ballottée entre ciel et toe, sans jamais échapper aux malédictions qui la lient, la damnée cherche un corps humain pour s'y loger, et, dès qu'elle l'a trouvé, elle le torture, l'accable de maladies, le précipite au meurtre et à la folie*. Lorsque après des siècles die touche enfin au terme de ses souffrances, c'est pour subir la seconde mort et retomber dans le néant. Mais l'âme juste, après avoir passé son jugement, n'est pas ad-
1. Todib., ch. cxxv, — 2. Todth.^ ch. xxx, 1. 1 sqq. : « o cœur, cœur TU me vient de ma mère, mon cœur de quand j'étais sur terre, ne ^e dresse pas comme témoin; ne lutte pas contre moi en chef divin, ne ine charge point devant le Dieu grand. » — 3. Les recettes médico-ma- Pîues traduites par M. Pleyte (Étude sur le Papyrus I, 348, de Leyde] m\ dirigées contre des esprits possesseurs de cette nature.
4i CHAPITRÉ I.
raise à contempler les vérités suprêmes : avant de parvenir à la gloire, elle doit encore éprouver plus d'une épreuve et lutter plaa d'une lutte. Elle s'élance à travers les espaces inconnus que la mort vient d'ouvrir à son vol, guidée par rintèlligence et soutenue par Tespoir certain d'une prochaine félicité. Sa science s'est accrue, ses pouvoirs se sont agrandis, elle est libre de prendre toutes les formes qu'il lui plaît revêtir*. En vain le mal se dresse contre elle sous mille figures hideuses et tente de l'arrêter par ses menaces et ses épouvantements * ; identifiée avec Osiria*, et partant, victorieuse comme lui, elle parcourt les demeures célestes * et accomplit dans les Champs (TAalou les cérémonies du labourage mystique *. La fin de ses épreuves approche, les ombres se dissipent peu à peu, le jour de la bienheureuse éternité se lève et la pénètre de ses clartés; elle se mêle à la troupe des dieux et' marche Avec euï dans l'adoration de l'Être parfait*. Il y a deux chœurs de dieux, les uns errants, les autres fixes; .celuici est le dernier degré de l'initiation glorieuse de l'âme''. A ce point j Tâme devient toute intelligence : elle voit Dieu face à face et s'abîme en lui.
Cette félicité parfaite, tout le monde ne l'espérait point : le doute avait envahi certaines âmes à qui la mort apparaissait comme une nécessité terrible, et les régions d'outre-vie comme un pays de silence où tout n'est que deuil et tristesse. « 0 mon frère, 6 mon ami, 6 mon mari, dit une
1 . Celles de VÉpervier â^or {Todth., ch. Lxxvn), du Lotus (ch. lxxxi), du Phénix (ch. ufixin), de la Grue (ch. lxxxiy), de VBirondelle (ch. lxxxvi), de la Vipère (cb, lxxxvii). Il ne faut pas oublier que l'assomption de toutes «es formes est purement volontaire et ne marque nullement le passage û& L'àme humaine âans un corps de hôte. Chacune des figures que revêtait le JtTt ou était une des figures symboliques de la divinité ; Feutrée de rame dans ces fîgures ne marquait donc en fait que l'assimilation de Tâme humaine au type divin qu'elle représentait. — 2. Dans les vignettes des Papyrus funéraires^ le nuiuvais principe est figuré par le Crocodile (ch. xxet, zxzn), la Tortue (ch. xixyi) et diverses espèces de serpenta (ch« xxxm, xxxv, xxzvii, zli). ^ 3. Le défunt est toujours nommé VOsint N, — 4. ToéUb,, ch.LXXiv-Lxxv. — &. Id., ch. ex, cxlvi. — G. Id,, du cxxzi. — 7. Id., du c, civ, cxi-cxvi, gxxix-cxxx« .
femme défunte, ne cesse pas de boire, de manger, de vider la coupe de la joie, d'aimer et de célébrer des fêtes; suis toujours ton désir et ne laisse jamais entrer le chagrin en ton cœur, si longtemps que tu es sur la terre I Car TAment est le pays du lourd sommeil et des ténèbres, une demeure de deuil pour ceux qui y restent. Ils dorment dans leurs formes incorporelles, ils ne s'éveillent pas pour voir leurs frères, ils ne reconnaissent plus père et mère, leur cœur ne s'émeut plus vers leur femme ni vers leurs enfants. Un chacun se rassasie de l'eau de vie, moi seule ai soif. L'eau vient à qui demeure sur la terre; où je suis, l'eau même me donne soif. Je ne sais plus où je suis depuis que j'entrai dans ce pays; je pleure après l'eau qui a jailli de làhaat. — Je pleure après la brise, au bord du courant (du Nil], afin qu'elle ra&aîchisse mon cœur en son chagrin^ Car ici demeure le dieu dont le nom est Toute mort II ap* pelle tout le monde à lui et tout le monde vient se soumettre, tremblant devant sa colère. Peu lui importent et les dieux et les hommes; grands et petits sont égaux pour lui. — Un chacun tremble de le prier, car il n'écoute pas. Personne ne vient le louer, car Û n'est pas bienveillant pour qui l'adore : il ne regarde aucune offrande qu'on lui tendes»
Afin de mériter les destinées que leur promettait la religion et d'éviter la mort d'outre-tombe, les Égyptiens avaient rédigé comme un code de morale pratique dont les articles se retrouvent plus ou moins développés sur les monuments de toutes les époques. Un grand fonctionnaire contemporain des rois de la cinquième dynastie disait déjà : « Ayant vu les choses, je suis sorti de ce lieu (le monde) où j'ai dit la vérité, où j'ai fait la justice, Soyes bons pour moi, vous qui viendrez après, rendez témoignage à votre ancêtre. « C'est le bien (qu'il a fait] ;
1* Lepsius, ÀuswoM» t. XVII; Brugsch, die JBf/yptiiehe Grashernoelt, P- 39-4a Cf. pour rexpression du môme sentiment, le Chant du Harpiste, ^aduit par H. Stern {ZeiUchrift, 1874), et la chanson du roi Entew, 'i^uyerte et publiée par H. Goodwin IReeardt of lAe Past, t. IV, p. 116-118).
44 CHAPITRE l.
« puissions-nous agir de même en ce monde; » qu'ainsi parlent ceux qui viendront après. Jamais je n'ai soulevé de plaintes j jamais je n'ai tué. 0 seigneur du ciel, puissant..., maître universel I Je suis qui passe en paix pratiquant le dévouement, aimant son père, aimant sa mère, dévoué à quiconque était avec lui, la joie de ses frères, l'amour de ses serviteurs^ qui n'a jamais soulevé de plaintes*. — Je suis venu des choses, je suis sorti du monde, enseveli dans ce tombeau. J'ai dit la vérité, amie de Dieu, chaque jour; c*est le bien que j'ai dit aux frères royaux. Jamais je n'ai dit calomnie contre homme au monde par-devant la majesté de mon seigneur (le roi) '. »
C'est au chapitre cxxv du Livre des Morts que se trouve FexpresBÏon la plus belle et la plus complète de ces idées d'amour et de charité universelle. Le Livre des Morts, dont chaque momie portait un exemplaire, était un recueil de prières et de formules à l'usage du défunt dans l'autre monde. L'âme, amenée au tribunal d'Osiris, plaide sa cause par-devant le jury infernal. « Hommage à vous. Seigneurs de Vérité et de Justice ! Hommage à toi , Dieu grand, Seigneur de Vérité et de Justice ! Je suis venu vers toi, ù mon maître ; je me présente à toi pour contempler tes perfections ! Car il est connu que je sais ton nom et les noms de ces quarante-deux divinités qui sont avec toi dans la salle de Vérité et de Justice, vivant des débris des pécheurs et se gorgeant de leur sang, au jour où se pèsent les paroles par-devant Osiris, le véridique. Esprit double, seigneur de la Vérité et de la Justice est ton nom. Moi, certes, je vous connais, seigneurs de la Vérité et de la Justice ; je vous ai apporté la vérité, j'ai détruit pour vous le mensonge. Je n'ai commis aucune fraude contre les hommes! Je n'ai pas tourmenté la veuve! Je n'ai pas menti dans le tribunal! Je ne connais pas le mensonge! Je n'ai fait aucune chose défendue ! Je n'ai pas fait exécuter à un chef de travailleurs, chaque jour, plus de travaux qu'il n'en devaitfairel... Je n'ai pas été négligent! Je n'ai pas été oisif!