‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 17 sur 176 · Manéthon, «dit. Unger, p. 86-87. - 3. Id.^ p · texte numérisé non relu

Manéthon, «dit. Unger, p. 86-87. - 3. Id.^ p

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et dô granitj le seul spécimen que nous posséd,ions de Tarchîtecture mouumentaJe de TAnden Empire, fut construit à quelque dislance de l'image du dieu; d'autres temples aujourd'hui détruits B*élevèrent çà et là et firent du plateau entier comme un vaste sauctuaire consacré aux divinités funéraires. Les haiitants de Memphis vinrent y déposer leurs morts à T abri de l'inondation. Les gens du vulgaire étaient enterrés dans le sable à un mètre de profondeur, le plus souvent nus et sans cercueils; D'autres étaient ensevelis dans de petites chambres rectangulaires, grossièrement bâties en briques jaunes : le tout surmonté d'un plafond en voûte, d'ordinaire ogivale. Aucun ornement, aucun objet précieux n'accompagnait le mort au tombeau : des vases en poterie commune étaient placés à côté du cadavre et renfermaient les provisions qu'on lui donnait pour le voyage de Fautre vie*.

Les tombes monumentales, lorsqu'elles sont complètes, se divisent on trois parties : une chapelle extérieure, un puits et des caveaux souterrains. La chapelle est une construction quadrangulaire qu'on prendrait de loin pour une pyramide tronquée. Les faces, bâties en pierre ou en briques, sont symétriquement inclinées et le plus souvent unies : parfois cependant] les assises sont en retraite l'une sut l'autre et forment presque gradins. La porte, qui s'ouvre d'ordinaire dans la paroi de l'est , est tantôt surmontée simplement d*un tambour cylindrique, tantôt ornée sur les côtés de bas-reliefs représentant l'image en pied du défunt et couronnée par une large dalle couverte d'une inscription en lignes horizontales. C'est une prière et rindication des jours consacrés au culte des ancêtres. <t Proscynème fait à Anoup, résidant dans le palais diviuj pour que soit donnée une sépulture dans l'Ament, la contrée de Touost, la très-grande et très-bonne, au parfait selon le dieu grand; pour qu'il marche sur les voies où il est bon de marcher, le parfait selon le dieu grand, pour qu'il ait des offrandes en pains, farines et liqueurs

î Mariette^ Sur Ui fomfcw de V Ancien Empire j p. 2-3.

1/ 'Stil" ^« M P ^ 'A . V 'f'P, l '^ ' ■

PÉRIOPE MEMPHITÏÏ. 63

i la fête du commencBment de l'année, à la fête de Tliot, ûu premier jour de TaHj à la fête de Ouàgà^ à la grande fèie de la chaleur, k la procession du dieu Khem^ à la fère des offrandes ^ aux fêtes du mois et du demi-moiSj et chaque jour. »

D'haiitude, l'intérieur de la chapelle ne renferme qu'une seule chambre. Au fond, à la place d'honneur et toujours orientÉe vers Test, se dresse une stèle quadran gui aire de proportions colossales au pied de laquelle on trouve asseï ordinairement une table d'offrandes en albâtre^ granit ott pierre calcaire posée à plat sur le sol , et quelquefois deux petits obélisques ou deux petits autels, évidés au sommet pour recevoir les dons en pains sacrés^ en liqueurs et en Muaillesdontil est parié dans l'inscription du lintel, Aprèa Quepri&re au chacal Anubis et aux autres dieux de TAnient, l'inscription énumère longuement les titres du défunt^ raconte sa vie, cite les rois qu'il a servis et qui Tout estimé ^ plus que nul autre serviteur ». Dans certains cas lastfele seule est gravée : mais en règle générale j on peut dire que les parois de la chambre sont couvertes de tableaux où la ne entière du défunt est représentée avec une richesse de détails et une exactitude merveilleuse. Dans un coin Cft Boat des Bcènea de la vie domestique; des cuisiniers qui activent le feu et préparent le repas, des femmes du harem çii dansent et chantent an son des violes, des Ûûtea et de latarpe; ailleurs, des épisodes de chasse et de pêche, des imites sur Teau, des incidents de l'inondation, le kbou- Ja?e, le semage, la moisson^ remmagaeinement des récoltes. Sur une autre paroi, des ouvriers de toute sorte exécutent chacun les travaux de son métier : des cordonniers, des verriers, des fondeurs, des menuisiers sont rangés et ffroupéa à la file; des charpentiers abattent des arbres et î^ûnslruisent uae barque, des femmes tissent au métier ^us la surveillaiice d'un eunuque renfrogné qui paraît peu toposé à souffrir leur babil. Le maître de la maison, detout à Tarrièred'un grand navire, commande la manœuvre ^ux matelots: la mer sur laquelle il navigue est le bassin i^ l'occidentj et le port vers lequel il se dirige n'est autre

que la tombe. Non loin de là^ il est figuré assis et recevant les dons que lui apportent des files de personnages disposées en hauteur sur plusieurs registres : ce sont ses domaineSj ceux qu'il hérita de ses ancêtres et ceux qu'il tient de la munificence royale, qui lui présentent leurs produits et tiennent à honneur de contribuer aux offrandes funéraires qu'on lui fait. Tous ces tableaux sont accompagnés de légendes explicatives destinées à reproduire les paroles des perâonnàges mis en scène. <x Tiens bon : saisis fortement, » dit à son aide un sacrificateur prêt à tuer un bœuf. c< C'est prêt- Fais vite, ^> lui répond celui-ci. Un batelier de bonne humeur crie de loin à un vieillard attardé sur la rive : « Yiens sur Teau; » et le vieillard: « Allons! pas tant de paroles! » lui dit-il *<

^ G est dans cette chambre que les descendants du défunt et les prêtres attachés à son culte funéraire se réunissaient aux jours indiqués pour rendre hommage à leur ancêtre. Ils le retrouvaient là tel qu'il avait été durant son existence, escorté de ses serviteurs et entouré de ce qui avait fait la joie de sa vie terrestre ^ partout présent et pour ainsi dire vivant au milieu d'eux. Ils savaient que, derrière Tune des parois j dans un étroit réduit ménagé au milieu do la maçonnerie, les statues du défunt étaient entassées pêle-mêle. D'ordinaire ce réduit ne communiquait pas avec la chambre et restait perdu dans la muraille ; quelquefois il était relié avec elle par une sorte de conduit si resserré, qu'on a peine à y glisser la main. A certains jours les parents venaient murmurer quelques prières et brûler des parfums à l'orifice ; prières et parfums étaient censés arriver par là jusqu'à l'oreille du mort * .

Le puits qui descend au caveau se trouve quelquefois dans un coin de la chambre ; mais le plus souvent, pour en découvrir Fouverture, il faut monter sur la plate-forme de la chapelle extérieure. U est carré ou rectangulaire,

h Mariette, Sur Us tombes de VÂncien Empire,^, 17-22; Bragach. DU ^gypiische Grâherwelif p. 1&-26. — 2. Mariette, $ur les tombes de

bâti en grandes et belles pierres jusc[a'à l'endroit où il s'enfonce dans le roc. Sa profondeur moyenne est de douze à quinze mètres, mais il peut aller jusqu'à trente et au delà. Au fond et dans la paroi du sud, s'ouvre un couloir où l'on ne pénètre que courbé et qui mène à la cbam* bre funéraire proprement dite. Elle est taillée dans la roche vive et dépourvue d'ornements ; au milieu se dresse un grand 'Sarcophage en calcaire fin, en granit rose ou en basalte noir, gravé aux noms et titres du défunt. Après avoir scellé le corps, les ouvriers déposaient sur le sol les quartiers d'un bœuf qu'on venait de sacrifier dans la chambre du haut, et de grands vases en poterie rouge pleins de cendres ; puis, ils muraient avec soin l'entrée du couloir et remplissaient le puits jusqu'à la bouche d'éclats de pierre mêlés de sable et de terre. Le tout, largement arrosé d'eau, finisssait par former un ciment presque impénétrable dont la dureté mettait le mort à l'abri de toute profanation *.

Ces tombes, véritables monuments dont l'aspect faisait dire aux Grecs qu'elles étaient les demeures éternelles des égyptiens, auprès desquelles leurs palais ne paraissaient que des hôtelleries, formaient plusieurs villes funéraires plus étendues que la ville des vivants. A Gizeh, elles sont disposées sur un plan symétrique et rangées le long de véritables rues ; à Saqqarah, elles sont semées en désorire à la surface du plateau, espacées dans certains endroits, entassées pêle-mêle dans certains autres. Au plus pressé ie leur foule, on rencontre des pyramides isolées ou assemblées en groupes inégaux. Les unes ont sept à huit mètres de haut et dépassent à peine le niveau des tombes voisines ; les autres atteignent jusqu'à cent cinquante fflêtres et comptent encore aujourd'hui parmi les monulûents les plus considérables que la main de l'homme ait jamais élevés. Ce sont des tombes royales. Pour les édifier, chaçpe Pharaon avait fait tailler le roc et remuer la

i. Mariette, Notice det principaux monumenUf p. 34-36; Sur qua- !»» Umbes de VAncim Empire^ p. 9-10.

nsT. AXG. &

terre dfes le début de son règne ; les personnages les plus importants du pays avaient parcouru tout le royaume à la Techerche d'un bloc d'albâtre ou de granit digne de faire le sarcophage d'un roi; la population de villes et de provinces entières avait été envoyée aux carrières et aux chacders de construction. Un temple était joint à chaque pyramide où le monarque défunt recevait les offrandes de fies sujets et les hommages d'un collège de prêtres attaché spécialement à son culte.

Du fond de ces nécropoles, l'Egypte des dynasties memphites sort peu à peu tout entière et reparaît enfin au grand jour de l'histoire. Rois et peuples, prêtres et soldats, otficiers du palais et simples artisans nous sont rendus chacun avec ses mœurs, son costume, son histoire : les constructeurs des pyramides semblent revivre parmi nous et le portrait de Khawrâ fait l'ornement de nos musées. Les rois de la troisième dynastie n'apparaissent pas encore sur les monuments de cette nature qu'on a retrouvés jusqu'à présent ; mais leurs successeurs sont sortis de robscurité où les traditions étrangères les avaient laissés. Les gens de ces époques reculées sont devenus aussi réels pour nous que le sont les Grecs et les Romains; leurs noms nous sont familiers, et des renseignements recueillis dans leurs tombeaux on pourrait reconstituer V^Zmanac/i royal de la cour de Khouwoû jusque dans ses plus petits détails.

En ce temps-là, « voici que la majesté du roi [Houni) mourut, et que la majesté du roi [Snewrou) s'éleva en qualité de roi bienfaisant dans ce pays tout entier*. » Sneuirou^ le Soris de Manéthon, est le fondateur de la quatrième dynastie et le premier des rois monumentaux*. U fit la guerre aux tribus nomades qui harcelaient sans cesse la frontière orientale du Delta et pénétra jusqu'au fond de la péninsule du Sinal. Un des bas-reliefs à!Ouady- Magarahj trophée de sa campagne, nous montre « le roi

1. Papyrus Prisse, pi. II, 1. 7, 8. — 2, De Rougé, Recherches sur lesmonumenti, etc., p. 28-41. Snewrou figure dans un conte trouvé à Saint- Pétersbourg par M. Golénischeff.

des deux Egypte^, le seigneur des diadèmes, le maître de justice, l'Hor vainqueur, SnewroUy le dieu grand, » écrasant de sa masse d'armes un barbare terrassé devant loi^ n fit exploiter au compte de TÉgypte les mines de cuivre et de turquoises du Sinaî ; et, pour mettre désormais le Delta à Tabri des incursions, il garnit la frontière d'une série de forteresses, dont une au moins, Shè' Snewrou^j existait encore sous les premiers rois de la douzième dynastie*. Son culte, établi immédiatement après sa mort, se perpétua à travers les siècles et dura jusque sous les Ptolémées*.

Mais son renom, si grand qu'il fût en Egypte, s'efface devant le renom de ses trois successeurs immécÛats, Khoyr wm(Khéops)y Khawrâ et Menkerâ^ les constructeurs des pyramides. « Khéops bâtit le vaste monument de sa gloire ou de sa folie dans un siècle si éloigné du temps où commencent les données certaines de l'histoire profane, que nous n'avons pas de mesure qui nous permette d'évaluer la largeur de l'abîme qui sépare les deux époques ; si étranger à toutes les sympathies et à tous les intérêts de la grande famille humaine qui peuple maintenant la terre, que même l'histoire sacrée ne sait rien des hommes ie la génération de Khéops, rien, si ce n'est qu'ils vécurent, devinrent pères et moururent. Et pourtant, la pyra- 3iide de EJiéops domine encore de haut le sable du désert : la blancheur sépulcrale de ses blocs de nummulite flamboie encore au soleil brûlant, son ombre immense s'allonge à travers les plaines stériles qui l'entourent et sur le déclin du jour vient assombrir les champs de maïs et de froment de Gizeh. Quand le spectateur, placé à quelque point de vue favorable, arrive à se faire une idée distincte de l'immensité du monument, aucune parole ne peut décrire le sentiment d'écrasement qui s'abat sur son esprit, n se sent oppressé et chancelle comme sous un far^

1. Lepsius, Denkm., II, 2. — 2. « L'Ouadi de Snewrou. » — 3. Cha- ^8, ks Papyrus de Berlin, p. 91 ; de Rougé, Recherches, p. 90. — 4.Id.,p.4L

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deau. Au contraire de bien d'autres grandes ruines, les pyramides, de quelque point qu'on les regarde, ne deviennent jamaÎB des amas de débris ou des montagnes. Elles restent l'œuvre des mains humaines. La marque de leur origine apparaît et ressort toujours; et c'est de là eans doute que vient ce confus sentiment de crainte et de respect qui bouleverse l'esprit lorsqu'il reçoit pourlapre-' mière fois l'impression distincte de leur immensité*. »

Ce qu'il fallut d'efforts pour élever ces masses gigantesques, le simple aspect des monuments nous le ferait comprendre, quand même l'histoire ne serait pas là pour nous le dire. I^orsquele règne de Khéops et de Khmurâ fut bien passé, longtemps après que les Pharaons de l'Ancien Empire et leurs sujets se furent perdus dans la nuit des âges, le souvenir des peines qu'avait coûtées l'érection des pyramides survécut dans l'esprit du peuple égyptien. Au temps d'Hérodote et de Diodore, Khéops avait acquis la réputation d'un tyran odieux. « Il commença par fermer les temples et par défendre qu'on offrît des sacrifices; puis il contraignit tous les Égyptiens à travailler pour lui. Aux uns^ on assigna la tâche de traîner les blocs des carrières de la chaîne arabique *, jusqu'au Nil; les blocs une fois passés en barque, il prescrivit aux autres de les traîner jusqu'à la chaîne libyque. Ds travaillaient par cent mille hommes qu'on relevait chaque trimestre. Le temps que souffrit le peuple se répartit de la sorte : dix années pour construire la chausséo sur laquelle on tirait les blocs, œuvre, à mon sembler, de fort peu inférieure à la pyramide (car sa longueur est de cinq stades, sa largeur de dix orgyies et sa plus grande hauteur de huit, le tout en pierres de taille et couvert de figures) ; on mit donc dix années à construire cette chaussée et les chambres souterraines, creusées dans la colline où sa dressent les pyramides.... Quant à la pyramide elle-même, on mit vingt ans à la faire ; elle est quadranguldre, et chacune de ses faces a huit plèthres de

L Osîjuriij The Xonumental History ofEgypt, I, 270-271. — 2. Probablemeat les carrières da Taurah,

base, avec une hauteur égale ; le tout en blocs polis et parfaitement ajustés : aucun des blocs n'a moins de trente pieds*. » — a Des caractères égyptiens gravés sur la pyramide marcpient la valeur des sommes dépensées en raves, oignons et aulx pour les ouvriers employés aux travaux ; si j'ai bon souvenir, l'interprète qui me déchiffrait l'inscription m'a dit que le total montait à seize cents talents d'argent. S'il en était ainsi, combien doit-on avoir dépensé en fer pour les outils, en vivres et en vêtements pour les ouvriers, puisqu'il a fallu pour bâtir tout le temps que j'ai dit, et le temps non moins considérable, ce me semble, cp'ont exigé la taille des pierres, leur transport et les excar vations souterraines*?» La tradition conservée par Hérodote allait plus loin encore. Elle représentait Khéops^ à bout de ressources et réduit à faire argent de tout, vendant sa fille à tout venant'. Une autre légende recueillie par Manéthon est moins cruelle pour le Pharaon : sur ses vieux jours, Khéops se serait repenti de son impiété, et, devenu dévot, aurait écrit un livre sacré tenu en grande estime par ses concitoyens*.

a Les Égyptiens me dirent que ce Khéops régna cinquante ans et qu'après sa mort son frère Khéphrên hérita la royauté. Khéphrên en usa de même que son frère en toutes choses et construisit une pyramide, qui n'atteint pas aux dimensions de la première, car nous l'avons mesurée nous-mêmes.... Les deux sont sur une colline, haute d'environ cent pieds. On dit que Khéphrên régna cinquantesix ans. On compte donc cent six ans pendant lesquels les Égyptiens souffrirent toutes sortes de malheurs, et les temples furent fermés sans qu'on les ouvrît une seule fois. Par haine, les Égyptiens évitent de nommer ces princes ; ils vont jusqu'à donner aux pyramides le nom du berger Phi-* litis, qui paissait alors ses troupeaux dans ces parages^. » D'après la tradition, ni Khéops ni Khéphrên ne jouirent

l. Hérodote, II, 124. — 2. Hérodote, II, 125. — 3. Hérodote, II, 126. Cf. Maspero, Fragment d'un commentaire sur le second livre dHé* rodoJc,p.44,— 4. Manéthon, édit. Unger,p. 91.— 5. Hérodote, II, 127-12»

des tombeaux qu'ils s'étaient fait élever au prix de tant de souffrances : le peuple exaspéré se révolta, arracha leurs corps des sarcophages et les mit en pièces*.

A côté de ces deux tyrans, la tradition place un monarque ddbomiaire, Menkera^ fils de Khéops, et constructeur de U troisième pyramide. « Les actions de son père ne lui rurent pas agréables : il rouvrit les temples et renvoya aux cérémonies religieuses et aux affaires le peuple réduit à 1 extrême misère; enfin il rendit la justice plus équitablement que tous les autres rois. Là-dessus on le loue plus <jTie tous cûux qui ont jamais régné sur l'Egypte; car non-seulement il rendait bonne justice, mais à qui se plais^^^nait de son arrêt il faisait quelque présent pour apaiser sa colère ^ " Ce pieux roi eut pourtant grandement à souffrir : il perdit sa fille unique et peu de temps après connut par un oracle qu'il n'avait plus que six ans à vivre. Pour se confiolcrj il fit enfermer le cadavre . de son enfant dans une génisse de bois creux qu'il déposa dans Sais et à r{ui l'on rendit les honneurs divins. Le moyen qu'il employa pour éluder l'oracle est original et mérite d'être rapporté. « 11 envoya des reproches au dieu, se plaignant ifue son père et son oncle après avoir fermé les temples, oublié les dieux, opprimé les hommes, eussent vécu longtemps, tandis que lui, si pieux, devait périr si vite. L'oracle lui répondit que pour cela même sa vie serait abrégée, car il n* avait pas fait ce qu'il fallait faire. L'Egypte aurait dû souffrir cent cinquante ans, et les deux rois ses prédécesseurs Tavaient su, au contraire de lui. A cette réponse, MykerinoB se jugeant condamné, fabriqua nombre de lampes j les alluma chaque soir, à la nuit, et se mit à boire et à se donner du bon temps, sans jamais cesser, nuit et jour, errant sur les étangs et dans les bois, partout où il pensait trouver occasion de plaisir. D avait machiné cela, afin de convaincre l'oracle de faux, et de vivre douze ans^ les nuits comptant comme des jours*. »

T* DIodore de Sicile, I, 64. — 2. Hérodote, II, 129. —3. Hérodote» H, 12M33,

PÉRIODE MEMPHITB, 71

Grâce aux découvertes récentes, il est ai^é de discerner ce (ju'il y a de vrai dans le récit des historiens grecs. Il est impossible que Khéphrên ait été le frère de Khéops : Ja durée des d^ux règnes s'y oppose entièrement. Même Khéphren ne fut pas le successeur immédiat de Khéops : les listes monumentales intercalent entre les deux un roi nommé Doudew-^â^^ dont il nous reste quelques souvenirs. Le règne très-court de ce prince, qui n'a d'ailleurs aucune importance historique, peut nous servir à expliquer l'un des points de la légejide recueillie par les Grecs. Peut-être Doud-ew-Râ était-il le fils de Khéops et le frère aîné de Khéphren. De là cette notion ({MQ Khéphren était le frère de son prédécesseur immédiat, et comme Doud-ew-Râ disparut, sans laisser aucune trace dans la mémoire du peuple, cette notion cfue Khéops était le prédécesseur immédiat et par suite le frère aîné de Khéphren.

L'impiété traditionnelle des deux ' rois n est pas moins problématique que leur parenté. Les titres qu'ils prennent et ceux que portent les personnes de leur famille ou de leur cour témoignent du respect qu'ils marquaient pour la religion. Khéphren s'appelle « l'Hor et le Set », « l'Hor, cœur puissant », <c le bon Hor, le dieu grand, sei* gneur des diadèmes»; sa femme, la reine Meri^sânkh^ est prêtresse de Thot^ ; un de ses parents, le prince Khm-An, était grand prêtre de Thot à Sesoim ou Her^ mpolis^. Enfin, une stèle dans laquelle la princesse ffont-sen enregistre la construction de sa pyramide funéraire nous montre le Khéops historique édifiant et réparant des temples à l'inverse du Khéops légendaire. « L'Hor vivant, [celui qui écrase ses ennemis?], le roi d'Egypte (Khouwou)y vivificateur, a trouvé le temple d'Isis, rectrice

1. De Bougé, Recherches, p. 52-54. M. de Rougé lit le nom Rd-tot-^to et identifie le prince avec le Rathoisès de Manéthon, cinquième roi de la quatrième dynastie. Hais l'analogie des autres noms force à lire A)ttdw-fd, comme on dit Menkerdj et non pas Rd-men-ka. Il me semble donc qu'il faut renoncer et à la lecture et à Tidentification proposées par M. de Rougé. — 2. Id., p. 54. — 3. Id., p. 62,

de k pyramide j près du temple du Sphinx, au nord-ouest du temple d'OsirlB, seigneur du Ro8ta^;il a construit sa pyramide près du templa de cette déesse, et a construit la pyramide de sa royaie fille, H'ont-sen^ près de ce temple. — Il a fait à sa mère IsiB, mère diyine, à Hathor^ dame des eaux [d'en haut]*. Inscrivant sa donation sur une stèle, il lui a doané de nouveau un apanage, il a reconstruit son sanctuaire en pierre, et il trouva ces dieux dans son temple ». Suit la liste et l'image de ces dieux: Hor et Isis, 80U8 plusieurs de leurs formes, Nephthys^ Selk^ Phtah Sakhif OsiriSi HapL Derrière chaque image se trouvent indiquées les matières dont elle était faite : la barque d'Isis, Têpervier d'Hor, l'ibis de Thot étaient en bois doré; Isis était en or et en argent; Nephthys en bronze doré; Sakht en bronze ^ Ailleurs, nous voyons qpie le même prince avait fait construire ou du moins réparer le temple à'Hathorj à Denderah^. Nous voilà bien loin duKhéops d'Hérodote qui fermait tous les temples de TËgypte et proscrivait les dieux.

Khéops et Khéphrên^ ou plutôt, comme les nomment les inscriptions j /f/i(Ji*i^ou ^iKhâAJûrâ^novA apparaissent comme des rois puissants, pieux envers la divinité et redoutables à leurs ennemis, non moins qu'à leurs sujets. Khouwou fit la guerre aux nomades du désert d'Arabie, et défendit victorieusement contre leurs attaques les établissements miniers que Snewrou avait fondés dans la péninsule du Sinai '. Les prisonniers faits dans cette campagne furent sans doute employés, d'après l'usage, à la construction de sa ppamide. Est-ce à dire pour cela que la tradition populaire soit entièmmcnt fausse et qu'il ait ménagé ses sujets? Le nombre des prisonniers, si grand qu'on le suppose, ne pouvait suffire à l'immensité de l'œuvre : il fallut avoir re-

1 * Un des noms de Tfîadès égyptien. — 2. Le ciel^ comme au premier chapitre de la Genève. — 3. Mariette, Notice dêi prmdpaux monuments du musée de Boulaq, H* édit, p. 207-209. Cf. de Rougé, Beeherches, p. 46-50, — 4. BQ mie h en, Bauurkunde, pi. XVI, a, b, — 5. Lepsius. Bcnh^j If, ï.

cours aux Égyptiens de race pure et les mettre en réquisition, comme le rapporte Hérodote. « Il y eut une grande clameur d'un bout à l'autre de son empire ! une clameur de l'oppressé contre Foppresseur ; une clameur de tourment et d'amëre angoisse; une clameur telle (Qu'elle résonne encore dans ma mémoire tandis que j'écris; une de ces dameurs qui, depuis les jours de SouphiSj se sont sou-** vent élevées de la terre d'Egypte et ont percé les oreilles du seigneur des armées. Et Souphis s'en inquiéta ? Pas plus que Mohammed-Ali ou Ibrahim-Pacha ! Le caprice égoïste du tyran, que ce soit la grande pyramide ou le barrage, aTance : quHmportent au maître les souffrances de son peuple*?» L'Egypte peut changer de religion, de langue et de race : que le souverain s'appelle pharaon, sultan ou pacha, la destinée du fellah est toujours la même. Les historiens grecs ont recueilli à quatre mille ans de distance l'écho des malédictions dont les Égypiens chargèrent la mémoire de Khouwou. Rien n'empêche de croire que cette révolte dont parle Diodoreî eut vrai* ment lieu : des statues de Khêmrâ brisées ont été retrouvées, près du temple du Sphinx, dans un puits où ^es avaient été jetées anciennement, peut-être un jour de révolution ».

L'idée de piété que la tradition populaire attachait au règne de Menkerây le Mykerincs d'Hérodote, est confirmée par le témoignage des monuments; non que ce prince ait, comme on le dit, rouvert les temples (nous avons vu qu'ils n'avaient jamais été fermés), mais il ordonna à l'un de ses fils, HoTHioudoU'W, de parcourir les sanctuaires de l'Egypte, sans doute sLfin de restaurer ceux qui se trouve- ) nuent en mauvais état et de faire dans toutes les villes des fondations nouvelles. C'est au cours de cette inspection que le prince découvrit, suivant qpielques documents, le chapitre lxiv du Rituel Funéraire, «à Sésoun (Hermopolis), aux pieds du dieu Thot^ écrit en bleu sur une dalle d'albâ-

1. ùàijjan, The Monumental History ofEgypt, t. I, p. 275-276. — 2. Diodore, 1,64. — 3. Mariette, Lettre à Jf. le vicomte de Rougi, p. "7.

tre.... Le prince l'apporta au roi comme un objet miraculeux ^» Ces révélations de livres risligieux 0}x Scientifiques sont fréquemment mentionnées dans Tancienne littérature égyptienne. Nous avons déjà vu que l'invention du chapitre LXiv est attribuée par quelques autorités au roi Hesep^ ti et que le roi Teta passait pour avoir trouvé un livre de médecine dont nous possédons encore la meilleure part. Un autre traité de médecine récemment signalé remonterait de la même manière au règne de Khéops. Il avait été découvert à Debmoutj une nuit, par un ministre de la déesse qui était entré dans la grande salle du temple et avait pénétré iusqu'au fond du sanctuaire. « Or, la terre était plongée dans les ténèbres, mais la lune brillait sur ce livre de tout côté. U fut apporté, en grand merveille, à la sainteté du roi (Khouwou)yle véridique *. » Le chapitre lxiv, résumé de la doctrine égyptienne sur la vie future et la condition de Tâme, est une des parties les plus obscures du Livre des Morts : « Tu viens à moi, » dit un scribe de Tépoque des Ramessi(^s, « bien muni de grands mystères, tu me dis au sujet [des formules] du prince Hor^doud-ew : « Tu n'y « as rien connu ni bien, ni mal. Un mur d'enceinte est « par devant que [nul profane ne saurait forcer]. » Toi, tu es un scribe habile, à la tête de ses compagnons, instruit [dans les livres], châtié de cœur, parfait de langue, et quand tes paroles sortent, une seule phrase de ta bouche est trois fois importante; tu m'as laissé muet de terreur'.» Les modernes qui ne saisissent pas toujours le sens de ces morceaux mystiques peuvent se consoler; les anciens Egyptiens n'étaient pas beaucoup plus avancés qu'eux.

Le sarcophage de Merûcerâ, retrouvé, dans la troisième pyramide, était l'un des plus admirables monuments de l'art égyptien à ces épocjues reculées. lia péri sur la côte du Portugal avec le navire qui le transportait en Angleterre. Nous n'avons plus aujourd'hui que le couverclo

1. Todib., LXIV, 30-32; Birch, On formulas relating to theheart, dans la ZetUehnft, 1867, p. 64-65. - 2. Birch, Médical Papyrus with the name of Cheops, dans la Zeitsehrift, 1871, p. 61-64. — 3. Papurus Anastasi I, pi. x, 1. 8, ~ pi. xi, 1. 4. ^^^

du cercueil en lois de sycomore dans lequel reposait la momie du pharaon. Ce cercueil, de forme humaine, porte une inscription : « 0 TOsiris , le roi des deux Égyptes (Menkerâ) y vivant pour l'éternité, enfanté par le ciel, porté [dans le sein] de Nout , germe de Seb ! Ta mère Nout s'étend sur toi en son nom d'abîme du ciel. Elle te divinise en mettant à néant tes ennemis, ô roi (AfewAerd), vivant pour l'éternité* !»

Après ces trois pharaons on ne trouve plus à signaler qu'iises-fto-w;, successeur de Menkerâ^ nommé Asychis par Hérodote, et Sasychis 'pax'DioioTe de Sicile. « Il éleva dans le temple de Phtahj à Memphis, le portique méridional, le plus beau et le plus grand de tous ; car, s'ils sont tous ornés de sculptures, si l'aspect de la construction y varie à l'infini, ce côté est plus varié et plus magnifique encore que les autres.... Dans l'intention de surpasser ses prédécesseurs, il bâtit en briques une pyramide où se trouve l'inscription suivante gravée sur une pierre : « Ne ce me méprise pas à cause des pyramides de pierre ; je l'em- « porte sur elles autant que Jupiter sur les autres dieux. « Car plongeant une pièce de bois dans, un marais et réu- « nissant ce (jui s'y attachait d'argile, on a fait la brique « dont j'ai été construite*. » Au témoignage de Diodore, Aseskavir aurait été l'un des cinq grands législateurs de i'Égypte : il aurait réglé avec le plus grand soin les cérémonies du culte, inventé la géométrie et l'art d'observer les astres *. Il rendit aussi une loi sur le prêt, par laquelle il permettait à tout particulier de mettre en gage la momie de son père, avec permission au prêteur de disposer du tombeau de l'emprunteur. Au cas où la dette n'était pas payée, le débiteur ne pouvait obtenir sépulture pour lui

1. Wyse, Pyramid$ ofGixeh, t. II, p. 86 sqq.; Ch. Lenormant, J^cktrcistements sur le cercueil de Mycerinus; de Rougé, Recherches sur les nwMonents, p. 63-66. Je dois dire que ce cercueil se rapproche plus du type de la vingt-cinquième dynastie que du type de l'Ancien Empire; peutrêtre le premier cercueil, tombé en poussière, a-t-il été remplacé à cette époque parle cercueil dont nous avons les débris. — 2. Hérodote^ U, 136. — 3. Diodore, I, 94.

ou pour aucun des siens, ni dans la tombe paternelle, ni dans aucune autre tombe*.

Les rois de la cinquième dynastie entreprirent au dehors plusieurs guerres heureuses contre les nomades d'Asie; au dedauSj ils s'occupèrent à construire leurs pyramides funéraires, à réparer les temples, à élever des villes nouvelles *, Sommû toute, ils maintinrent TÉgypte au point de prospérité et de grandeur où les rois de la dynastie précé* dente avaient bu îélever • .

I»e Ui lltiér»tiire énv^^i^i^® pendant la période BieBiplUte.

Dans un des tombeaux de Gizeh, un grand fonctionnaire des premiers temps de la sixième dynastie prend le titre de

1. Hérodote j II, 136. — 2. De Rougé, Reekerehes, p. 83. — 3. Voici,

restitué aussi complètement qu'on peut le faire en ce moment, le tableau des troisièind, quatrième et cinquième dynasties :

III* Dirr AStm MEMPHITB.

Bebi (Tat'iJ I Ned-ka II

TSESAH III

Tsesar-tetaIV Setrb V

NûWERKiRi VI

Neb-ea-bA VII

viJi H'oDNi vm

[X Snxwaou IX

Nexepwçifi;.

TôcropOpo;.

Tupeic £éaa>xpK.

Suuçiç.

£i^fOvpic.

KepçépYi;.

lY* Dynastie memphite.

I Khodwou

DOUD-BW-aÂ

khâwbi m

IV MenkerJL IY

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