‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 18 sur 176 · V ASES-KA-W · texte numérisé non relu

V ASES-KA-W

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PÉRIODE MEMPgiTE. 77

Gou/vemeur de la maison des livres ^ Cette simple mention jetée incidemment entre deux titres plus élevés suffirait, à défaut d'autres, pour nous montrer le développement extraordinaire qu'avait pris dès lors la civilisation égyptienne. Non-seulement il y avait déjà une littérature, mais cette littérature était assez considérable pour remplir des bibliothèques, et son importance assez grande pour qu'un des fonctionnaires de la cour fût attaché spécialement à la Conservation de la bibliothèque royale. Il avait sans doute à sa garde, avec les œuvres contemporaines, des livres écrits sous les premières dynasties, des livres datés de Mena et peut-être des rois antérieurs à Mena. Le fonds de cette bibliothèque devait se composer d'ouvrages religieux, de chapitres du Livre des Morts, copiés d'après les textes authentiques conservés dans les temples ; de traités scientifiques sur la géométrie, la médecine et l'astronomie ; de livres historiques où étaient conservés les dits et faits des anciens rois, ensemble le nombre des années de leur vie et la durée exacte de leur règne; des manuels de philosophie et de morale pratique; peutêtre aussi quelques romans*. Tout cela, si nous l'avions, formerait a une bibliothèque qui serait bien plus précieuse pour nous que celle d'Alexandrie ^ ; » par malheur, nous ne possédons plus de tant de richesses que les fragments d'un recueil philosophique. Pour tout le reste, nous en sommes réduits à de rares indications qui, éclairées et complétées au moyen des données monumentales, nous permettent à peine de déterminer avec quelque certitude l'étendue des connaissances qu'avaient alors les Égyptiens. Dès les premiers jours, les astronomes égyptiens reconnurent qu'un certain nombre des astres qui brillaient audessus de leurs tètes paraissaient animés d'un mouvement de translation à travers les espaces, tandis que les autres demeuraient immobiles. Cette observation, répétée maintes et maintes fois, les conduisit à établir la distinction des

l. Lepsias^ Denkm,) II, 50. — 2. Un fragment de conte, écrit d'après an manuscrit antérieur, sous la XII* dyn. (Pap. de Berlitij III) pourrait Mea remonter jusqu'à la V*. — 3. De Rougé, Recherches^ p. 73.

T8 CHAPITRE llp

étoiles voyageuses « qui ne reposent jamais » [âkhimovrowrrfow) et des étoiles fixes qui «jamais ne bougent» (âkhir mou-sekou). Us comptèrent parmi les premières « Hor, guide dcB espaces mystérieux » (Har-tap-shetorou), notre Jupilerj que son éclat fit mettre à la tête des planètes ; « Hor, générateur d'en haut » [Har-kor-her]^ Saturne, la plus éloignée des planètes que l'œil humain puisse apercevoir sans le secours des instruments ; if onyiaAAis, Mars, que sa couleur rougeâtre fit appeler aussi Ha/n-desher-^ l'Hor rouge, et dont le mouvement rétrograde en apparence à certains moments de Tannée ne leur échappa point; SeveJi ou Mercure; Vénus enfin, qui dans son rôle d'étoile du matin se nomme DouâoUj et Bennou peut-être dans son rôle d'étoile du soir *. D semble même résulter de textes fort anciens qu'ils assimilaient la terre aux planètes et lui attribuaient un mouvement de translation analogue à celui de Mars ou de Jupiter *. Le soleil lui-même, ce centre fiixe de tous les systèmes anciens, subit chez eux la loi du mouvement universel et voyagea dans le ciel en compagnie des Ê loi les errantes *.

Pour !cs astronomes égyptiens comme pour l'écrivain du premier chapitre de la Genèse, le ciel -est une masse liquide qui enserre la terre de toutes parts, et repose sur Tat m 0 sphère comme sur un fondement solide. Nous avons déjà vu comme aux jours de la création, quand le chaos se résolut en ses éléments, le dieu Shou souleva les eaux d'en haut et les répandit dans l'espace *. C'est sur cet océan céleste, le Nou^ que flottent les planètes et généralement loua les astres. Les monuments nous les montrent figurés par dûs génies à formes humaines ou animales et naviguant chacun dans sa barque à la suite d'Osiris. Une autre théorie, aussi répandue que la première, présentait les étoiles fixes comme des lampes [khàbesou] suspendues à la

1. De Bougé, Recherches sur le nom égyptien des planètes, àsjis l& Bulletin archéologique de VAthenœum français, 1856, p. 18-21, 25-28. — 2. Ctiabas, Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la terre, dans la Zeitschrift, 1864, p. 91-103. — 3. Papyrus de Berlin, n» VIII, J. 55,-4, Voy.p. 30.

^'Vr^r,

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voûte céleste et qu'une puissance divine allumait chaque soir pour éclairer les nuits de la terre. Au premier rang de ces astres-lampes, on mettait les décans, simples étoiles ou groupes d'étoiles en rapport avec les trente-six ou trente* sept décades dont se composait Tannée égyptienne : Sopt ou SothiSy saint à Isis ; OnonSahoUf notre Sirius, consacré à Osiris et considéré par quelques-uns comme le séjour des âmes heureuses ; les Pléiades, les Hyades, et beaucoup d'autres dont les noms anciens n'ont pu encore être id3ntifié8 d'une manière certaine avec les noms modernes. Bref, toutes les étoiles qu'on peut apercevoir à l'œil nu avaient été relevées, enregistrées, cataloguées avec soin. Les observatoires de la Haute et de la Basse Egypte, à Denderah, Théni, Memphis, Héliopolis, signalaient leurs phases et dressaient chaque année des tables de leurs levers et de leurs couchers dont quelques débris sont arrivés jusqu'à nous.

De tous ces astres, le mieux connu et le plus important était l'astre d'Isis, Sirius, que les Égyptiens nommaient Sopty d'où les Grecs ont fait Sothis. Son lever héliaque, qui marquait le commencement de l'inondation, marquait aussi le commencement de l'année civile, si bien que tout le système chronologique du pays reposait sur lui. L'année primitive des Égyptiens, ou du moins la première année que nous leur connaissions historiquement, se compo^ sait de douze mois de trente jours chaque, soit en tout trois cent soixante jours. Ces douze mois étaient partagés en trois saisons de quatre mois : la saison du commence^ ment (Shà)^ qui répond au temps de l'inondation ; la saison des semailles (Pro)^ qui répond à l'hiver; Isl saison des moissons (8hemou)j qui répond à l'été. Chaque mois se composait de trois décades; chaque jour et chaque nuit se divisait en douze heures : si bien que midi répondait à la sixième heure du jour, et minuit à la sixième heure de la nuit.

Ce système, pour simple qu'il parût, avait ses inconvénients qu'on ne tarda pas à reconnaître. Entre l'année des Egyptiens telle qu'elle était alors et l'année tropique, il y

80 CSHAMTRB n.

avait une différence de cinq jours un quart; à chaque douze mois qui s'écoulèrent, l'écart entre l'année égyptienne et Vannée Ibce augmenta de cinq jours un quart, et par suite les saisons cessèrent de s'accorder avec les phases de la lune. Des observations nouvelles faites sur le cours du soleil décidèrent les astronomes à intercaler chaque année, après le douzième mois, et avant le premier jour de Tannée suivante, cinq jours complémentaires qu'on nomma les cinq jours en sus de Vannée ou jours épagomènes. L'épDqiie de ce changement était si ancienne que nous ne saurions lui assigner aucune date et que les Égyptiens eux-mêmes Tavaient reportée jusque dans les temps mythiques antérieurs à Tavénement de Mena. « Rhéa [Nout) ayant eu un commerce secret avec Kronos (Se&), le soleil [Râ]^ qui s'en aperçut, prononça contre elle un charme qui Tempècha d'accoucher dans aucun mois et dans aucune année 5 mais Hermès [Thot]^ qui avait de l'amour pour la déesse, joua aux dés avec la Lune et lui gagna la soixantième partie de chaque jour, dont il forme cinq jours qu'il ajouta aux trois cent soixante autres jours de l'année*» 3>

Cans ce système, l'année vague de trois cent soixantecinq jours ne répond pas encore exactement à l'année astronomique de trois cent soixante-cinq jours et quart. Il y eut donc tous les quatre ans un retard d'un jour sur cette année, si bien que pour 365 X 4 ou 1460 années astronomiques, on compta 1461 années civiles écoulées. Au bout de quatorze siècles et demi, l'accord, si longtemps rompu, était parfait de nouveau : le commencement de l'année civile coïncidait alors, et pour une fois seulement, avec celui de Tannée astroeomique ; le commencement de ces deux années coïncidait avec le lever héliaque au matin de Sirius- Sotbis et par suite avec le début de l'inondation. Les prêtres célébrèrent le lever de l'astre par des fêtes solennelles, dont l'origine devait remonter plus haut que les rois de la première dynastie, au temps des Shesou-Iîor^ et don-

1* Df Mdt H Osiride^ c. 22,

n^jent à la période de 1460 =1461 qui ramenait cette coïncidence merveilleuse le nom de période sothiaque.

De la littérature mathématique de l'époque, nous ne connaissons rien. Les monuments nous prouvent cependant que dès le temps des pyramides la géométrie devait être fort avancée : sinon la géométrie théorique, au moins la géométrie pratique, celle qui sert à mesurer les surfaces et à calculer le volume des corps solides. Les architectes qui ont bâti les pyramides et les gi^nds tombeaux de Saqqarah étaient nécessairement des géomètres fort estimables. Malheureusement nous n'avons plus rien des livres dans lesquels ils enregistraient leurs doctrines : le seul traité de géométrie qui nous soit parvenu est postérieur de deux nulle ans au moins à l'âge des pyramides, et nous donne l'état de la science pour les temps relativement modernes de la dix-neuvième dynastie.

Pour nous figurer ce que pouvait être la médecine égyptienne, nous n'en sommes pas réduits à de simples inductions. Outre un traité dont l'invention était attribuée au règne de Chéops et qui n'apas encore été publié, nous possédons deux livres : le premier, composé en' partie sou3 le roi Menkera, renferme aussi des recettes attribuées à des savants étrangers * ; le second, trouvé sous Hesepti, aurait été complété par Send *, Les manuscrits de ces deux ouvrages remontent à k XVIÏÏ» et la XIX* dynastie : le texte avait dû s'en modifier à la longue, mais l'ancienneté de leur origine les maintenait dans les écoles. Us faisaient sans doute partie de cette bibliothèque du temple d^Imhotep^ à Memphis, qui existait encore aux temps romains et fournissait des remèdes aux médecins grecs*.

L'Egypte est naturellement un pays fort sain. « Les

1. G. Ebera, Papyros Ehers, der Hermetische Bueh Ô6er Arzeneii^»^l der (Uten JEgypten, Leipzig, 1875. Chabas, Détermination d'une to certaine, Paris, 1877, in-V.— 2. Brugsch, dans le Recueil de monu- ««««» égyptiens^ t. II, p. 101-120', et pi. LXXXV-CVII; Chabas, Mélanges ^WPtoJogiçuef, 1" série, p. 55-79. — 3. Galien, de Compas, medic. sec. fl«Sl.V,c.2.

83 GHAPITKE H.

Égyptiens, disait H6rodote, sont les mieux portants de tous les mortels, ï> Ils n'en étaient que plus attentifs à soigner leur santé. « Chaque mois, trois jours de suite, ils provoquent des êvacualionsau moyen de vomitifs et de clystères; car ila penseîit que toutes les maladies de l'homme viennent des aliments ^ « — « La médecine chez eux est partagée : chaque mûdccin s'occupe d'une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Les médecins en tous lieux abondent j les uns pour les yeux, les autres pour la tête, d'autres pour les dunts^ d'autres pour le ventre, d'autres pour les maux internes ^, » Il ne semble pas que cette division dont parle Hérodote a été aussi absolue que Thistorien a Lien voulu le dire. Le niême individu pouvait traiter toutes les maladies en général; seulement, pour les maux d'yeux et pour quelques autres affections, il y avait commo chez nous des spécialistes que l'on consultait de prélérence aux praticiens ordinaires. Si le nombre en paraissait considérable à riûatorien grec, cela tient à la constitution médicale d'un pays où les ophthalmies et les maladies inieatinaleSj par exemple, sont encore aujourd'hui plus iréquciltes que partout en Europe.

La mddccine théorique ne semble pas avoir fait de grands progrès, Lien que les pratiques de la momification eussent du fournir aux médecins l'occasion d'étudier à loisir Tintéricur du corps humain. Une sorte de crainie religieuse ne leur permettait pas plus qu'aux médecins chrdtiens du moyen âge de mettre en pièces, dans UQ Lut de pure science, le cadavre qui devait reprendre vie un jour. Leur horreur pour quiconque rompait l'intégrité du corps humain était si grande, que Tembàumeur charge de pratiquer les incisions réglementaires était Tobjet de l'exécration universelle. Toutes les fois qu'il venait d'exercer son mâtier, les assistants le poursuivaient à coups de pierres et l'auraient assommé sur place s'il ne s'était enfui à toutes jambes. De plus, les règlements médicaux n'étaient pas do nature à encourager les recher-

l. Hérodote, 11, 77. ^ 2. Hérodote, II, 84.

ches scientifiques. Les médecins devaient traiter le ma/lade d'après les i*ègle8 posées dans certains livres d'origine réputée divine. S'ils s'écartaient des prescriptions sacrées, c'était à leurs risques et périls : en cas de mort du patient, ils étaient convaincus d'homicide volontaire et punis comme assassins ^

Le seul point que nous connaissions de leurs doctrineB est la théorie des esprits vitaux. Le corps renfermait un certain nombre de vaisseaux qui charriaient des esprits vivifiants, ce La tête a trente-deux vaisseaux qui amènent des souffles à son intérieur ; ils transmettent les souffles à toutes les parties du corps. Il y a deux vaisseaux aux seins qui conduisent la chaleur au fondement.... H y a deux vaisseaux de l'occiput, deux du sinciput, deux à la nuque, deux aux paupières, deux aux narines, deux à l'oreille droite par lesquels entrent les souffles de la vie ; il y en a deux de l'oreille gauche, par lesquels entrent les souffles ^ » Les souffles dont il est question dans ce passage sont appelés ailleurs « les bons souffles, les souffles délicieux du Nord. » Ils pénétraient dans les veines et les artères, se mêlaient au sang qui les entraînait par tout le corps, faisaient mouvoir l'animal et le portaient pour ainsi dire. Au moment de la mort, « ils se retirent avec l'âme, « le sang se coagule, les veines et les artères se vident et « l'animal périt*. »

Les maladies dont il est question dans les Papyrus ne sont pas to^ujours faciles à reconnaître. Ce sont, autant qu'on peut en juger, des ophthalmies, des varices ou des ulcères aux jambes, une sorte d'érysipèle, le « ver », « la maladie divine mortelle » le divinus morhus des Latins, l'épilepsie. Un chapitre spécial traite de quelques points relatifs à la conception et à l'accouchement. La diagnose est donnée dans plusieurs cas et permettrait peut-être à un médecin de reconnaître la nature de l'af-

1. Diodore de Sicile, I, 82. — 2. Papyrus médical de Berlin, pi. XV, L5; pi. XVI, 1. 3. Cf. Chabas, Mél. égypt., I; p. 63-64. — 3. Pœman- 4er (édit. Parthey), X.

nk CHAPITRE n.

fectiou. Voici cciIê d'une sorte d'inflammation : « Lourdeur au ventre; le col du cœur, malade; au cœur, inflaraniaiion, battements accélérés. Les vêtements pèsent sur le malade; beaucoup de vêtements ne le réchauffent pas. Soifs nocturnes. Le goût pervers, comme celui d'un bommo qui a mangé des fruits de sycomore. Chairs amorties comme celles d'un homme qui se trouve mal. S'il va à la selle j son Yentre est enflammé et refuse de s'exonérer * . îï

Lc3 médicaments indiqués sont de quatre sortes : pommadesj potions, cataplasmes et clystères. Ils sont composés chacun d'un Eissez grand nombre de substances empruntées à tous les îègnes de la nature. On trouve citées plus de cinquante espèces de végétaux, depuis des herbes et des broussailles jusqu'à des arbres, tels que le cèdre dont la sciure et les copeaux passaient pour avoir des propriétés lénitives, le sycomore et maints autres dont nous ne comprenons plus les noms antiques. Viennent ensuite des substances minérales, le sulfate de cuivre (?), le sel, le nitre, la pierre memphite [aner sopd) qui, appliquée sur des parties malades ou lacérées, avait, dit-on, dcâ vertus anesiliésiques. La chair vive, le cœur, le foie, le fiel^ le sang frais ou desséché de divers animaux, le poil et la corne de cerf, jouaient un grand rôle dans la confection le certains onguents souverains contre les inflammations. Les ingrédients constitutifs de chaque remède étaient piles ensemble, bouillis et passés au linge. Us avaient d'ordinaire pour v61iicule Teau pure; mais souvent on les mélangeait avec des liquides d'espèces variées, la bière [haq]^ la bière douce [hfUj notsem) ou tisane d'orge, le lait de vache et de chèvre , Thuile d'olive verte et l'huile d'olive épurée [baq notsem), ou même, comme dans la médecine de Molière, l'urine humaine ou animale. Le tout, sucré de miclj se prenait chaud matin et soir.

Mais les maladies n'avaient pas toujours une origine naturelle. Elles étaient souvent produites par des esprits

l. Paprjrm de Berlin^ pi. XIII, . 3-6. Cf. Brugscb, l l, p. 112-H3.

PÉRIODE MEMPHITK ^ 85

malfaisants qui entraient dans le corps de Thomme et trahissaient leur présence par des désordres plus ou moins graves. En traitant les effets extérieurs, on parvenait tout au plus à soulager le patient. Pour arriver à la guérison complète, il fallait supprimer la cause première de la maladie en éloignant par des prières Tesprit possesseur. Une tonne ordonnance de médecin se composait dedeux parties : d'une formule magique et d'une formule médicale. Voici une conjuration destinée à corroborer Taction d'un vomitif : « 0 démon qui loges dans le ventre d'un tel fils d'une telle, [ô toi] dont le père est nommé Celui qui abat les têteSy dont le nom est Mort, dont le nom est Mâle de la Mort^ dont le nom est Maudit pour l'éternité * ! 55 Pour guérir le mal de tête on n'avait qu'à dire : « Le devant [de la tête] est aux chacals divins, le derrière [de la tête] est un pourceau de Râ. Place-les sur un brasier; quand l'humeur qui en sortira aura atteint le ciel, il en tombera une goutte de sang sur la terre. Ces paroles devront être répétées quatre fois^ » Si ce galimatias ne guérissait pas le malade, au moins le débarrassaitil des terreurs superstitieuses dont il était assailli. Le médecin, après avoir calmé l'esprit du patient, pouvait essayer sur le corps Tefficacité des remèdes traditionnels. L'invocation magique passait pour anéantir la cause mystérieuse ; le traitement combattait les ir»anifestations visibles du mal.

Le Papyrus donné par M. Prisse à la Bibliothèque nationale de Paris renferme les seuls fragments qui nous restent de la philosophie primitive des Egyptiens ^ Il fut écrit sans doute sous l'un des premiers règnes de la douzième dynastie, et renferme les œuvres de deux auteurs dont l'un vivait sous la troisième, l'autre sous la

{.Papyrus de Leyde, I, 348, verso; pi. XIII, 1. 5-6. Cf. Pleyie Jtudes fmtologtques, t. I, p. 145-146. - 2. Id., pi. IV, 1. 9-IO. Cf. Pleyle fc „'*• I, p. 61-62. — 3. Ce Papyrus a été publié à Paris, en 1847' cûez Franck, m-folio; il a été analysé par M. Chabas, dans la Revue archéologique, 1- série, t. XIV, p. 1 sqq., et traduit en anglais par «. Heath, en allemand par M. Lauth. •

cinquième : ce n'est donc pas sans raison qu'on Ta nommé le plus ancien livre du inonde. Incomplet au début, il contient d'abord la fin d'un traité de morale composé par un certain Kaqimna à Tavénement du Pharaon Snewrou. Venait ensuite un ouvrage aujourd'hui perdu : un des possesseurs antiques du Papyrus l'avait fait effacer afin de lui substituer un autre morceau qui n'a jamais été écrit. Les quinze dernières pages sont^remplies par un opuscule déjà célèbre dans la science sous le nom d'/n- Uructions de Piahhoiep.

Ce Ptahhotep était fils d'un roi de la cinquième dynastie. Il était sans doute assez âgé à l'époque où il écrivit Bon livre, car il entre en matières par un portrait peu flatté dû la vieillesse. « Le nomarque Ptahhotep dit : 0 Hanhan \ seigneur du grand âge, quand la vieillesse se produit, l'impuissance arrive et la faiblesse [enfantine] vient à nouveau. Le vieillard reste couché, souffrant, chaque jour ; les deux yeux se rapetissent, les deux oreilles s'amoindrissent, la force s'use : plus de repos du cœur. La bouche se tait : elle ne parle plus. Le cœur s'obscurcit : il ne se rappelle plus hier. Les os souffrent à leur tour. Le bon tourne en mauvais : le goût s'en va tout à fait. La vieillesse rend un homme misérable en. toutes choses : le nez se bouche, il ne respire plus. C'est fatigue égale de se tenir debout ou de s'asseoir. Dans la condition où je suis que fera un autre vieillard? Lui dirai -je les paroles de ceux qui ont écouté l'histoire des temps antérieurs, celles que les dieux eux-mêmes ont écoutées? Agis selon elles, repoussant le mal des êtres intelligents; attaque les maudits [?) ! » La Sainteté de ce Dieu ^ a dit : « Instruis-le dans les paroles du passé, et il fera l'étonnement des enfants des grands ; ce qu'on entendra près de lui, pénétrera, car ce eera ju&lCÊse de cœur. Ce qu'il dira ne donnera jamais de satiété ^ M Comme on voit, c'est afin de montrer aux vieil-

l. G*est le nom d'un dieu, peut-être d*Osiris. — 2. C'est le dieu Hanhan qui répond à Tinvocation de Ptahhotep. — 3. Papyrus Prisse^ pL IV, U \ ; pL V, 1. 7.

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lards le moyen ae se rendre utiles que Ptahhotep prend le calame en.main. Il veut leur enseigner la sagesse des ancêtres, afin qu'ils puissent l'enseigner à leur tour aU3^ jeunes gens et maintenir la vertu dans le monde.

Il ne faut pas s'attendre à trouver dans cette œuvre une grande profondeur de conception. Les analyses savantes, les distinctions raffinées, les abstractions métaphysiques n'étaient pas de ïnode à l'époque de Ptahhotep. On négligeait les idées spéculatives pour les faits positifs, la théorie pour la pratique : on observait l'homme, ses passions, ses habitudes, ses tentations, ses défaillances, non pas afin de construire à ses dépens un système de philosophie nouveau, mais afin de réformer ce que sa nature a d'imparfait en soi, et de montrer à l'âme le chemin de Téternité

, glorieuse. Aussi Ptahhotep ne se met-il pas en frais d'inventions et de déductions. H donne les réflexions et les conseils qui lui viennent à l'esprit, tels qu'ils lui viennent, sans les grouper et sans en tirer la moindre conclusion d'ensemble. La science est utile pour arriver à la connaissance du bien : il recommande la science. La douceur envers les subalternes est nécessaire au salut : il fait l'éloge de la douceur. Le tout est entremêlé de conseils sur la conduite à tenir dans les diverses circonstances de la vie, quand on se trouve devant un homme impérieux, quand on va dans le monde, quand on prend femme, ce Si tu es sage , munis bien ta maison \ aime ta femme sans cpierelles, nourris-la, pare-la, c'est le luxe de ses membres. Parfume-la, réjouis-la, le temps que tu vis : c'est un bien qui doit être digne de son possesseur. Ne sois pas brutal*. » Analyser en détail un tel ouvrage est impossible : le traduire entièrement, plus impossible encore. La nature du sujet, l'étrangeté de certains préceptes, la tournure du style, tout concourt à dérouter l'étudiant et à l'égarer dans ses recherches. Dès les temps les plus reculés, la moraoe a été considérée comme une science bonne et louable en elle-même, ïnais tellement rebattue

l. Vaf/^^rw Pritse. PI. X, l. 9-1»

qu'on ne peut la rajeunir que par la forme. Ptahhotep n'a pas échappé aux nécessités du genre qu'il avait choisi. D'autres avaient dit et bien dit avant lui les vérités qu'il prétendait exprimer de nouveau : il lui fallut, pour allécher le lecteur, chercher des formules imprévues et piquantes. Il n'y a pas manqué : dans certains cas il a su donner tant de recherche à sa pensée que le sens moral de la phrase nous échappe sous le déguisement des mots.

ne ta ■IxtèBie h la onalème dyaastle.

Il semile que le passage de la cinquième à la sixième dynastie ne se fit pas sans trouble. Tandis qu'un roi Teta continuait à Memphis la lignée de Mena, un autre prince originaire d'Abou (juléphantine)» ou plutôt d'Aboud (Abydos), Ousor-ka-râ Ati, TOthoès deManéthon, régnait dans le sud de TÉgypte. Il fut, dit-on, tué par un de ses gardes ^j mais la couronne n'en resta pas moins dans sa familloj et paasa à Meri-Râ Papi I*', au détriment des derniers rejetons de la cinquième dynastie.

A partir de Meri-Râ Papi I«' (Phios), l'autorité de Memphis sur le reste de l'Egypte commença de décliner. Les princes de la dynastie nouvelle, sans abandonner l'ancienne capitale, paraissent lui avoir préféré les villes de la Moyenne Egypte, et surtout Abydos, dont la nécropole a conservé tant de souvenirs de leur passage. Du reste j ils ne laissèrent pas la grandeur du pays péricliter entre leurs mains : ils l'agrandirent et portèrent leurs conquêtes plus loin qu'aucun autre Pharaon n'avait fait avant eux. Papi P', le second roi de la dynastie, en est aussi le héros. Pendant un règne qui dura au moinô dix-huit ans^ son activité ne se ralentit jamais. Secondé habilement par Ouna, son premier ministre, il reprit sur les nomades asiatiques les établissements du Sinai que ses prédéceseurs avaient perdus, soumit l'Ethiopie et couvrit TÈgypte de monuments.

1. ManéltiOD, édit. Unger, p. 101-102, d'après la correction de Lepaîua. ^ 2. Manéthon^ édit. Unger, p. 101.

Oona avait débuté tout enfanta la cour du roi Teta. D'abord simple page (porte-^ouronne)j il avait bientôt obtenu un emploi au ministère du labourage et un titre sacerdotal de peu d'importance. Papi le prit en grande amitié dès le début de son règne et lui donna successivement les charges d'ami, de surveillant des prophètes de la pyra/mide funé" raire^ Hauditeur^ dont il s'acquitta mieux que personne ayant lui; aussi fut-il envoyé à Bov/œou chercher dans les carrières un bloc de pierre blanche pour en faire un sarcophage. L'activité dont il fit preuve en cette occasion lui valut de nouvelles faveurs : il fut élevé à la dignité d'ami )'oya/, nommé surintendant de la maison delà reine, et prit peu à peu la direction de toutes les affaires. « Je faisais, dit-il, toutes les écritures avec l'aide d'un seul secrétaire. » L'Egypte n'eut pas à se plaindre de son administration. Les mines du Sinaî, exploitées avec plus de suite' et soumises à des inspections régulières, donnèrent des résultats qu'on n'avait jamais obtenus auparavant. Une route fut tracée à travers le désert de Goptos à la mer Rouge et ouTrit une nouvelle voie au commerce. L'exploitation des carrières de Rohannou fut poussée avec vigueur, et bien que touii les monuments édifiés alors aient disparu sans laisser aucun vestige, les inscriptions sont là pour témoigner de lactiyité avec laquelle furent menés les travaux de construction. Une ville nouvelle fut fondée dansl'Heptanomide. Le temple d'Hathor à Denderah, élevé par les serviteurs '^Hor aux temps fabuleux de l'histoire d'Egypte et ruiné depuis, fut rebâti en entier sur les plans primitifs qu'on retrouva par hasard. Cette piété envers l'une des divinités lesplus vénérées fut récompensée comme elle méritaitl'être par le titre de fils d^Hathor que Papi fit désormais insérer dans son cartouche royal.

iu dehors, le ministère d'Ouna fut signalé par la soumission delà Nubie et par une série d'expéditions victorieuses contre les Aamiou et contre certaines tribus de la Syrie <Ju sud, les Heroushây qui s'étaient révoltées contre Pharaon. Les Heroushâ formaient, paraît-il, une nation puissante: ce ne fut pas trop pour les vaincre de toutes les

forces de TÉgypte. «Sa Sainteté eut à repousser les Aamou et les Heroushâ. Sa Sainteté fit une armée de plusieurs fois dix mille soldats, pris dans le pays tout entier, depuis Éléphantine jusqu'à la terre du Nord, dans toutes les maisons, dans les villes, dans les places fortes, dans le pays diAareihet, parmi les nègres du pays de ....m, parmi les nègres du pays d'Amam, parmi les nègres du pays de Ouaouat, parmi les nègres de Kaaou, parmi les nègres du pays de Tomam, et Sa Sainteté m'envoya à la tête de cette armée. Voici que les généraux, voici que les chambellans, voici que les amis du palais, voici que les chefs, les princes des villes du midi et du nord, les (imis dorés^ les chefs des prophètes du midi et du nord, les intendants des temples à la tête des capitaines du midi et du nord, des villes et des temples, instruisirent les 'nègres de ces régions ?> Ce ne fut pas une mince affaire d'organiser ces recrues d'un nouveau genre. « C'était moi qui les dirigeais, » ajoute Ouna, et, à travers les phrases mutilées qui suivent on devine les difficultés de toute nature contre lesquelles il dut lutter. On eut, paraît-il, quelque peine à organiser le service des vivres et de Thabillement. A force de patience et d'industrie, l'ordre finit par s'établir et l'expédition se mit en campagne.

« Cette armée alla [en paix] : elle entra, comme il lui plut, au pays des [Heroushâ], Cette armée [alla] en paix : elle écrasa le pays des Heroushâ. Cette armée alla en paix : elle fit brèche dans [toutes leurs] enceintes fortifiées. [Cette armée alla] en paix : elle coupa leurs figuiers et leurs vignes. Cette armée alla en paix : elle incendia [tous leurs blés]. Cette armée alla en paix : elle massacra leurs soldats Hixï i^ryriades. Cette armée alla en paix : [elle emmena leurs I hommes, leurs femmes et leurs enfants] en grand nombre, \ comme prisonniers vivants, ce dont Sa Sainteté se réjouit ' plus que de toute autre chose. » Ces prisonniers, employés &UX travaux publics ou venduis comme esclaves à des particuliers, contribuèrent pour leur part à la prospérité du règne de Papi. « Sa Sainteté m'envoya [pour écraser ses eanemls^ et j'allai] cinq fois frapper la terre des Heroushâ

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pour abattre leur rébellion ayec cette armée ; et j'agis de telle sorte que le roi fut satisfait, de cela plus que de toute autre chose. » Malgré ces victoires répétées, la guerre n'était pas encore terminée : « On vint dire que des barbares s'étaient assemblés au pays de Takhebà (?). Je partis encore dans des navires avec cette armée, et je pris terre aux extrémités reculées de cette région, au nord du pays des Heroushâ. Voici que cette armée se mit en chemin : elle les battit tous, et détruisit tous ceux d'entre eux qui s'étaient assemblés. » Cette afiaire décisive mit fin à la lutte et entraîna la soumission complète des ennemis. Au retour de ces expéditions, Ouna, déjà comblé d'honneurs, reçut la faveur la plus insigne qu'un roi pût accorder à un sujet, la permission de garder ses sandales dans le palais et même en la présence de Pharaon.

La paix régnait à l'intérieur : au dehors, la Nubie, la Libye et les parties de la Syrie contiguês au Delta reconnaissaient la suzeraineté de l'Egypte. Jamais, depuis Eliéops, le pays n'avait été plus puissant et plus heureux. Papi ne jouit pas longtemps de sa gloire. Peu de temps après le retour d'Ouna, il mourut laissant la couronne à Mer-en-Rd [Ment-em-saw?), l'aîné des fils qu'il avait eus de sa seconde femme la reine Raoïvmeri'ânkhrnas.

Merenrâ n'eut pas de longues guerres à soutenir. Le souvenir des victoires de son père était encore trop présent U'esprit des barbares pour qu'ils éprouvassent la tentation de se révolter. Ouna, qui avait tant fait pour la grandeur du roi précédent, fut confirmé dans tous ses emplois et reçut de nouvelles charges. Il fut nommé prince gouverneur des pays du Sud depuis Éléphantine jusqu'à la pointe du Delta : «Jamais sujet n'avait eu cette dignité auparavant.» Selon lusage, il commença par suspendre les autres travaux pour 8'occuper sans retard du tombeau destiné au nouveau roi. La construction de la pyramide funéraire le força à entreprendre, dans les pays soumis à son autorité, plusieurs Toyages longs et difficiles. « Sa Sainteté m'envoya au pays d'Abeha pour y chercher le sarcophage royal avec son couvercle et le pyramidion précieux de la pyramide funéraire

Hont-Khâ-nower de Merenrâ. Sa Sainteté m'envoya vers Êléphantino pour en rapporter le granit du naos et du seuil, le granit des corniches (?) et des linteaux (?), pour ramener le granit des portes et des seuils de la chambre (?) supérieure de la pyramide Hont-Khâ-nower de Merenvà, Je partis pour la pyramide Nower-Khâ de Merenrâ avec six chalands, trois bateaux de transport, trois radeaux [?) et un navire de guerre : jamais dans le temps d'aucun ancêtre Abeha ou Éléphantine n'avaient construit navires de guerre. Sa Sainteté m'envoya au pays deHanoub pour en rapporter une grande table à libations en albâtre du pays deHanoub. Je lui fis amener cette table à libations en dix-sopt jours. » Pour mettre à flot et transporter tous CCS blocs de pierre, il avait fallu entreprendre et mener à J>Done fin quantité de travaux secondaires, construire des navires^ creuser des bassins et des canaux au sud d'Êléphaniine, dans le pays nouvellement conquis de TOnaouat, Uuna réquisitionna à cet effet les peuplades noires qui lui avaient déjà fourni une armée sous Papi. « Voici que le prince des pays de Arrethet^ Ouaouat^ Amcmiy .... a fournirent le bois 5> nécessaire aux navires. En un an, les différentes missions étaient achevées; les vaisseaux construits en Nubie passaient la première cataracte à la faveur des hautes eaux et descendaient le Nil. Pour la premiÈre fois peut-être depuis Mena, la barrière naturelle qui séparait TÉgypte de l'Ethiopie était franchie non Rans peine. Le roi Merenrâ visita lui-même les travaux et, pour laisser à la postérité le souvenir de son passage, lit graver son image de plain-pied sur les rochers d'Assouan. La construction de la pyramide Nower-Khâ fut le dernier grand acte administratif de la vie d'Ouna. Il mourut peu de temps après et son souverain ne tarda pas à le suivre au tombeau*.

Merenrâ eut pour successeur son frère cadet Nower— karâj dont les listes grecques font un second Papi. Mané- Ltion accordait à ce prince cent années de règne, et son témoi-

j. Dû Eoagé, Recherches sur les monuments, y, 80 sqq.

gnage est confirmé par le Papyrus de Turin qui attribue à un pharaon dont le nom est malheureusement détruit, un règne de quatre-vingt-dix ans au moins. Une inscription d'Ouadi-Magarah, datée de la onzième année, montre qu'il fit continuejp l'exploitation des mines du Sinaï et sut repousser de ce côté les attaques des barbares. D'autre part, le nombre et la beauté des tombeaux qui portent son cartouche semblent attester que, pendant une partie au moins de ce règne séculaire, TÉgypte ne perdit rien de sa grandeur et de sa prospérité. Mais, aussitôt après la mort de Papi II, le trouble se mit dans l'État : Mentésouphis [Meniemsaw?) fut assassiné dans une émeute une année à peine après son avènement. Sa sœur, Nitaqrit, la Nitokris des légendes , la belle aux joues de rose , dont, selon Tusage, il avait fait sa femme, lui succéda et n'accepta la royauté que dans l'idée bien arrêtée de le venger. « Elle fit bâtir une immense salle souterraine; puis, sous prétexte de l'inaugurer, mais en réalité dans une tout autre intention, elle invita à un grand repas, et reçut dans cette salle bon nombre d'Égyptiens, de ceux qu'elle savait avoir été surtout les instigateurs du crime. Pendant le repas, elle fit entrer les eaux du Nil dans la salle par un canal qu'elle avait tenu caché. Voilà donc ce qu'on raconte Wle. On ajoute que, après cela, la reine se jeta d'ellemême dans une grande chambre remplie de cendres, afin d'éviter le châtiment*.»

Pendant les sept années de son règne, Nitokris avait terfliiné la troisième des grandes pyramides que Menkerâ avait laissée inachevée. Elle avait plus que doublé les dimensions du monument et lui avait donné ce coûteux revêtement de syénite qui excitait, plus tard, à si juste titre, l'admiration des voyageurs grecs, romains et arabes. C'est au centre même de cette pyramide, au-dessus de la chambre où le pieux Mykerinos reposait depuis plus de huit siècles, qu'elle fut ensevelie a son tour dans un magnifique sarcophage de basalte bleu dont on a retrouvé les frag-

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