‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 24 sur 176 · OR · texte numérisé non relu

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LA CHALDÉB. 137

Le bassin du Tigre et de TEuphrate n'avait pas à toutes les époques l'aspect qu'il présente aujourd'hui. Au commencement de notre période géologique, les deux fleuves couraient l'espace d'environ cinq degrés dans une grande plaine ondulée, de formation secondaire, sillonnée par les quelques cours d'eau qui descendent du mont Masios^ C'est un territoire fertile au bord des rivières et dans les endroits où jaillissent des sources, stérile et nu partout ailleurs*. L'extrémité méridionale de cette plaine formait le rivage de la mer, et les deux fleuves se jetaient à quelque vingt lieues l'un de l'autre, dans un golfe qui prolongeait le golfe Persique de nos jours, et s'étendait à l'est jusqu'aux derniers contre-forts des monts de l'Iran, à l'ouest jusqu'au pied des hauteurs sablonneuses, qui marquent la limite du plateau d'Arabie. Toute la partie inférieure de la vallée n'est qu'un terrain de formation relativement moderne, créé par les alluvions du Tigre, de l'Euphrate et des rivières comme ÏAdhem, le Gyndès, le Khoaspès, qui, après avoir été longtemps indépendantes et avoir contribué à combler la mer dans laquelle elles se jetaient, ont fini par devenir de simples affluents du Tigre Aujourd'hui encore, le Delta du Shatt-el-Arah avance rapidement, et l'accroissement du rivage monte à près d'un mille anglais par soixante-dix ans*; dans les temps anciens, le progrès des terres était plus sensible et devait s'élever à environ un nulle par trente ans*. Il est donc probable qu'au moment où les colons descendirent dans la vallée, le golfe Persique pénétrait à quarante ou quarante-cinq lieues plus haut qu'il ne fait aujourd'hui * : le Tigre et l'Euphrate se

ffreot fonarefctes, 1. 1, p. 11-13. Le témoignage des modernes est contiaire au témoignage d'Hérodote^ d'après lequel « la rivière ne se répand pas d'elle-même^ comme en Egypte, sur les terres ensemencées, mais y eit répandue au moyen de machines. » {Hérodote, I, 193.) — 1* 0* RawlÎMon, IWd., t. I, p. 3-4. — 2. G. Rawlinson, lUd., t. I, p. 182. — 3. Loftus, Chaldœa and Susiana, p. 282. — 4. H. Rawlinson, dans le Jomêlofthe Geographical Society, vol. XXVII, p. 186. —5. Loftus, dans le Journal of the Geographical Society, vol. XXVI, p. 142; 0. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 4-5#

jetaient dans la mer à cpielque distance l'un de l'autre et ne confondirent leurs eaux que plusieurs siècles plus tard.

Là région dôs alluvions, et surtout la partie de cette ré> gion qui confine aux rives du golfe Persique, servit d'asile aux premiers colons. C'était une immense plaine basse dont aucun accident de terrain ne rompait la monotonie. L'Euphrate^ mal encaissé dans ses rives, lançait à droite 6t À gauche des branches, dont les unes allaient rejoindre le Tigre, et Job autres se perdaient dans des marais. Une partie du sol, toujours privée d'eau, se durcissait aux rayons d'un Bolcil brûlant : une autre partie disparaissait presque en entier sous les monceaux de sable qu'apporte le vont du désert ; le reste n'était qu'une lagune empestée, encombrée de Joncs énormes, dont la hauteur varie entre douze et quinze pieds '• Pour faire de ce pays désolé un des plus richesj sinon le plus riche pays de l'univers, il fdlait régler le cours des eaux, répartir équitablement au moyen de i: anaux et de digues l'inondation qui tendait à se porter sur certains points de préférence à certains autres : ce fut l'œuvre que durent entreprendre les premiers colons de la Ghaldêe.

Le pays ^ même en cet état , était loin de manquer de ressources. Il renferme peu d'espèces d'arbres utiles, « car il n& possède ni le figuier, ni la vigne, ni l'olivier^; i:f en revanche, il porte naturellement le froment * et le dattier, v^ Le sol y est si favorable aux céréales, qu'elles y rendent habkuellement deux cents pour un, et, dans les terres d'une qualité exceptionnelle, trois cents. Les feuilles du blé et de l'orge y sont larges de quatre doigts. Quant au millet et au sésapae, qui pour la grandeur de^ viennent là de véritables arbres, je ne dirai pas leur hauteur, bien que je la connaisse par expérience, sachant bien qu'auprès de ceux qui n'ont pas été en terre babylonienne, ce que je dis des productions ne rencontrera qu'incrédu-

1. Tous leâ traits de ce tableau sont empruntés à Tétat moderne de la contrée, maïs s'appliquent fort bien au passé. Cf. Loftus, Stisiana and ChaldxiXj p* U 3qq. — 2. Hérodote, I, 193. — 3. Bérose, Fragm.^ l, 4dlt Lenorinaiitj p. 6.

lité.On ne se sert nullement d'huile d'olive, mais on extrait de l'huile du sésame ^ »— <cLe palmier fournit à tous les antres hesoins de la population. On en tire une sorte de pain, du vin, du vinaigre, du miel, des gâteaux et toute espèce de tissus ; les forgerons se servent de ses noyaux en guise de charbon ; ces mêmes noyaux concassés et macérés servent de nourriture aux bœufs et aux moutons qu'on engraisse. On dit (ju'il y a une chanson perse qui énumère trois cent soixante usages différents du palmier '. » Les poissons abondent dans les rivières et les marais, surtout le barbeau et la carpe : ils entrent, encore pour beaucoup dans Talimentation des habitants modernes de la Ghaldée*. Dès le temps de leur arrivée aux bords de TEuphrate, les Touraniens étaient constitués en corps de nation, pos» sédaient l'écriture *, les principales industries nécessaires à Thumanité, une législation et une religion complète. Leur écriture était à Torigine purement hiéroglyphique conune celle de l'Egypte. Qiaque signe était l'image de la chose même qu'on voulait représenter ou de l'objet matériel qui paraissait offrir le plus d'analogie avec l'idée abstraite qu'il s'agissait d'exprimer. Ainsi pour marquer l'idée de dieu on prenait l'étoile à huit pointes; pour rendre celle du roi^ on employait l'abeille \J||^. La maladresse du graveur et de l'écrivain altéra ces deux signes et leur substitua des équivalents plus ou moins informes : i^$lK3- et i-*-^ à l'étoile, i<ïlllllllll^ ^fe> ett$> à l'abeille. L'image primitive s'altéra de plus en plus, si bien qu'il devint impossible de retrouver dans l'ensemble de traits ou de clous qui forme un groupe, le type que ces traits avaient représenté. Par bonheur, au nioment où s'accomplit cette modification, l'on n'avait déjà plus besoin pour lire le caractère de reconnaître l'objet dont il avait été la figure. Le signe de l'étoile »><^ rap-

1. Hérodote, I, 193; et Théophrasle, HUL PlanU, vm, 7, et Pline, ff.iï.,XVllI, 17, 45.-2. Strabon, XVI, i, xiv; cf. Théophrasle, Hist. Wam., n, 2, et PUne, H. N., XIU, 4. — 3. Layard, Nineveh and Bo6y- K p. &67. — 4. Cela a été prouvé par M. Oppert.

pcJait aux yeux l'idée de dieu, et ridée de dieu éveillait dans Tcsprit du lecteur le mot qui répond h. cette idéCj an. Aussi i-^J^j tout eB couBervaotle seus symbolique de dteitj devint le représentant de la syllabe an dans une foule de mots qui n'ont aucun rapport avec la divinité. En groupant ensemble plusieurs signes, on obtint des expressions de mots dont le son se composait en partie de la prononciation d'un signe, en partie de la prononciation d^un autre signe. Il représente trois gouttes d'eau, signifie edu^ se lit Al joint au signe *-»-| qui représente l'étoile, signifie dieUj se lit an ; il forme un groupe \] *-^f, a -|- an, AAN, qui veut dire pluie* Ce système présente de graves inconvénients. Nombre de signes peuvent avoir plueieurFi valeurs et se lire de plusieurs manières différentes. •— i rend les idées de finir ^ vieillir ^ achever^ mourir ^ ouvrir^ sang y cadavre^ et se litj selon Tidée qu'il rend, be, BAT,T!L, KHOOR, ous : en un mot c'est un polyphone* Entre tous ces sens et toutes ces prononciations dissemblables, le lecteur choisis sait, d'après la marche générale de la phrase et la position du signe, le sens et la lecture qui lui paraissaient le mieux convenir. L'obscurité résti liant de cette polyphonie était telle, que les Assyriens et les Babyloniens eux-mêmes s'y perdaient quelquefois^ « Nous n'en voulons pour preuve que le nombre des fragments de syllabaires et de vocabulaires grammaticaux tracés sur des tablettes d'argile, et destinés à révéler les arcanes du système graphique national, qu'on a trouvés en telle abondance dans les ruines de Ninive* Une bonne moitié de ce que nous possédons de monuments de l'écriture cunéiforme se compose de guide-ânes qui peuvent nous servir à déchiffrer Tautre moitié, et que nous consultons exactement comme le faisaient il y a deux mille cinq cents ans les étudiants de l'antique pays d'Assour^. »

1 . Fp, Lenûnnanty Essai sur la propagation de Valphabet phénicien^ t, I, p, 4B. M, Hslévy a voulu piouver dans ces derniers temps TûrigiiKi aéiaitîqiie de récriture et de la civilisation cbaidéennes {Journal asiatique^ 1^7 5) . Son opinion n'a été admise par aucun assyriologue. Cf. Fr, Lenormant, La langue primitive de la Chaldéei Oppertdans le Journal Asiatique^ 187&, et Schrader dans le Zeitschrift. d. Z?. Morg. G., 1875-

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Parmi ces hiéroglyphes on trouve des signes spéciaux pour désigner les métaux usuels et les métaux précieux. Les Touraniens vivant au milieu des gisements de TAltaï, où les minerais et les métaux à peu près purs se rencontraient presque à fleur de terre, apprirent bien vite Tart du mineur, du fondeur et de Torfévre : ils l'implantèrent en Ghaldée. Les plus vieilles tombes de ce pays renferment des objets en or, en bronze et en fer, couteaux, hachettes, faux, bracelets, boucles d'oreilles ciselées*. «A côté se trouvent encore, et concurremment employés, des instruments et des armes en silex taillé et poli, têtes de flèches, haches et marteaux. Le métal le plus répandu est le bronze; c'est en bronze que sont tous les instruments métalliques. Quant au fer, il est plus rare et semble avoir encore le caractère tf un métal précieux par la difficulté de la production ; au lieu d'en faire des outils, on en forme des bracelets et autres parures grossières '. » Des autres industries, comme le tissage, il ne nous est rieii resté. La constitution politique et la législation nous sont presque entièrement inconnues. Le seul fragment que nous possédions de l'ancien droit touranien traite des liens et des devoirs de la famille. Il nous prouve que la femme jouissait de droits et d'honneurs assez grands. Même en puissance de mari, elle pouvait avoir une propriété personnelle. Le mari qui reniait sa femme devait lui donner en guise d'indemnité une demimine d'argent. Le fils qui reniait sa mère était « exclu de la terre et de l'eau ». Le fils qui disait à son père : « Tu n'es pas mon père, » était condamné à rétracter sa parole et payait l'amende. Par contre , la femme qui reniait son mari était jetée au fleuve; le père et la mère qui refusaient de reconnaître leur enfant étaient passibles de la prison ^

Les Touraniens de Ghaldée se représentaient la terre comme une barque renversée et creuse par-dessous*, non pas une de ces barques oblongues en usage parmi nous,

l. G. RawlinsoTï, The five great Monarchies, t. I, p. 98-99. -* 2. Fr. Lenormant, Les premières civilisationSy t. I, p. 118-119. — 3. J. Opperl, dan» îe Journal asiatique, V« série, t. I, p. 371 sqq.; Fr. Lenormant, La tnagiè ehex les Chaldéens, p. 310-312. — 4. Diodore de Sicile, II, 29.

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mais cette espèce d'auge entièrement ronde que les basreliefs nous montrent si souvent, et dont les tnhus du bas Euphrate se servent eTicore aujourd'hui. Dans le creux inférieur était caché l'abîme (ge), séjour des ténèbres et de la mort. Sur lespente&dela surface convexe s'étendait la terre proprement dite (fti), enveloppée de tous côtés par le fleuve Océan (zoitab) : la Chaldée était regardée comme le centre du monde. Bien loin au delà du Tigre se dressait la montagne d'Orient (Khoursah'kovrra)jqm unissait le ciel à la terre. Le ciel (cmna) avait la forme d'une vaste calotte hémisphéri(jue dont la partie inférieure reposait sur les extrémités de la barc[ue terrestre, au delà du fleuve Océan. Le firmament, « déployé au-dessus de la terre ainsi cpi'une couverture, » tournait comme sur un pivot autour de la montagne d'Orient et entraînait dans sa course perpétuelle les étoiles fixes (moul) dont sa voûte était semée. Entre del et terre circulaient d'abord les sept planètes (lovhat) ^ sortes de grands animaux doués de vie, puis les nuages, les vents, la foudre, la pluie. La terre reposait sur l'abîme, le ciel sur la terre : l'imagination des premiers Ghaldéens n'allait pas jusc[u'à se demander sur quoi reposait l'abîme.

Cet univers en trois parties était peuplé d'une foule d'êtres et de races diverses, les unes renfermées, comme les hommes et les animaux, dans une petite portion du grand tout, les autres répandues indistinctement à travers les régions du monde, comme les esprits et les dieux. Les esprits [zî] sont la personnification des forces bonnes, mauvaises ou indifférentes de la nature : ils font le bien et le mal à leur gré, règlent l'ordre et la marche des corps célestes, partant des BaisonB, soufQent le vent et versent la pluie, germent le grain et lèvent la moisson, vivifient ou tuent ce qui a vie. Les dieux [an^ dingir^ dimir) sont des esprits de haut rang qui président aux grandes divisions du monde ou aux grande phénomènes de la nature. A chacune des trois régiouB de Tunivers commande un dieu suprême : Anna dans lé cieJ, Ea sur la terre et Moulgé au fond de l'abîme. Anna, Tesprit du ciel, était à la fois le corps et l'âme du ciel, le ciel matériel et l'intelligence qui régit la matière

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e. Ea, l'esprit de là terre (zt-/H-^], règne sur la surface terrestre et sur Tatmosphère, mais sa demeure favorite est le fleuve Océan; aussi lui donne-t-on parfois pour mère une déesse Riah, « le fluide, l'eau par excellence. » Lui-même est appelé souvent « le grand poisson de TOcéan, le poisson sublime » : il parcourt son empire sur un vaisseau symbolicpe manœuvré par les dieux ses enfants, comme chez les Égyptiens la barque solaire par les formes de Râ. Sa compagne Damkina ou Davkina est la personnification de la terre : le dieu s'étend sur elle, la féconde, et de leurs embrassements naissent les eaux matérielles qui font tout verdir. Moulgé et sa forme féminine Ningé vivent dans ral)îme infernal et reçoivent les âmes humaines au sortir de la vie. Transportées au delà du fleuve étemel, les âmes arrivent au pied de la grande montagne d'Occident, derrière laquelle se couche le soleil, et pénètrent dans «le pays immuable (Koiumoudé)y>, dans «la région d'oui' on ne revient pas, la demeure où l'on entre sans en sortir, le chemin qu'on descend sans jamais rebrousser, la demeure où l'on entre toujours plus avant, la prison, le lieu où l'on n'a que la poussière pour sa faim et la boue pour aliment, où Ton ne voit plus la lumière et où l'on erre dans les ténèbres, où les ombres, comme des oiseaux, remplissent la voûte. » H n'y a là ni récompense pour les justes, ni châtiment pour les impies : la rémunération du bien et du mal commence et finit sur la terre. Pourtant dans un des recoins de Tabîme est cachée une source de vie que les génies infernaux dissimulent (avec un soin jaloux à la vue des mânes : seuls les dieux peuvent en ouvrir l'accès et renvoyer sur la terre l'âme qu'ils ont abreuvée de ses eaux* Au-dessous des grands dieux s'agitait un peuple innomhwhle de dieux et d'esprits toujours en lutte les uns contre les autres. Le dieu du soleil diurne, Oud^ « fait évanouir les mensonges, dissipe les mauvaises influences et déjoue les complots méchants. » — « Soleil, dans le plus profond des cieux, tu brilles ; tu ouvres les verrous qui ferment les cieux élevés, tu ouvres la porte du ciel. Soleil, vers la superficie de la terre, tu tournes ta face; soleil, tu étends au-

Ikk CHAPITRE IV.

dessus de la superficie de la terre, comme une couverture^ rimmensité des cieux^» Le feu (hbar ou bilgi)^ supérieur au soleil même, est « le pontife suprême à la surface de la terre », soit cpi'il brûle dans la flamme du sacrifice, soit qu'il brille au foyer domestique. « Je suis la flamme d'or, la grande, la flamme qui jaillit des roseaux secs, l'insigne (levé des dieux, la flamme de cuivre, la protectrice qui darde ses langues ardentes ; je suis le messager de Silik-moulou-khi. » Silik-moulou-khi^ « celui qui dispose le bien pour les hommes, » est le fils d'Ea, l'intermédiaire entre son père divin et l'humanité souffrante. C'est par lui qu'Ea f3.it connaître ses décrets aux hommes et aux dieux et révèle le grand nom, le nom mystérieux qui met les démons en fuite. « Devant sa grêle, qui se soustrait? Sa volonté est un décret sublime que tu établis dans le ciel et sur la terre.. Seigneur, tu es sublime : (jui t'égale?»

Les démons et les mauvais esprits sortent de l'enfer. Ils ^ se glissent partout et se dissimulent sous toutes les formes pour nuire aux bons esprits et aux hommes. Les uns ont rang de demi-dieux et sont connus sous les noms de mas, co rabattants, lamma, colosses; les autres sont rangés hiérarchiquement par classes de sept, les alal, destructeurs, les lelal^ guerriers, les mcbskim ou tendeurs d'embûches, « qui se cachent au plus profond de l'abîme et dans les entrailles de la terre, ni mâles ni femelles, n'ayant pas d'épouses et ne produisant pas d'enfants. » Certains d'entre eux s'attaquent à l'ordre général de la nature et s'efforcent de bouleverser l'univers. D'autres se mêlent aux liommea pour le mal : « de maison en maison ils pénètrent ; dans les portes comme des serpents ils se glissent. Ils empêchent l'épouse d'être fécondée par l'époux ; ils ravissent Tenfant sur les genoux de l'homme ; ils font fuir la feifime Libre de !a demeure où elle a enfanté;... ils font fuir le fila de la maison du père. » Ils vivaient de préférence dans les lieux déserts et n'en sortaient que pour assaillir les hommes et les animaux. Ils s'introduisaient dans les corps cl y faisaient naître les makditts. La peste et la iievre [idpa), le fantôme, le spectre, le vampire, les in-

cul)es et les succubes étaient autant d'êtres distincts appai'tenant à cette engeance redoutable. Sans cesse en butte t leurs attaques, l'homme se trouvait sur la terre comme un voyageur égaré dans une tér^e inconnue, au milieu de tribus sauvages. Pour se défendre, il devait se ménager des alliés parmi les dieux et les esprits, se munir d'armes offensives ou défensives contre 4es démons, en un mot avoir recours à la magie. Le culte touranien est en effet une véritable magie où les hymnes à la divinité prenaient tous plus ou moins la tournure d'incantations et où le prêtre est vmns un prêtre (ju'un sorcier *.

A côté des Touraniens, les monuments nous font connaître une autre race, de tempérament et de tendances fort différentes, la race de Koush. Les Koushites avaient la taille pertite, le corps élancé et bien fait, la chevelure abondante, souvent frisée,, mais jamais crépue comme celle du nègre; le teint foncé, variant du brun clair au noir; les traits réguliers, parfois délicats; le front droit, étroit, suffisamment élevé; ie nez long, mince et fin, d'une saillie moins accusée que ie nez d'un arien; seule la bouche était défectueuse, munie de lèvres épaisses et charnues*. La tradition place Jeur berceau en Bactriane, au pays de Koush qu'arrose le Gihon*. Quelques-unes de leurs tribus s'établirent sur les bords de l'Amou-Daria et du Syr-Daria, au pied de la montagne qui sépare les plaines de la Boukharie du plateau de l'Iran et qui porte encore le nom d'Hindou-Eoush^. D'autres pénétrèrent jus» qu'en Asie Mineure, s'il faut en croire les légendes qui font des Gares et de leurs congénères un rameau de la race kousbite'; plusieurs descendirent le long de l'Lidos et se répandirent dans le Décan. Les plus hardies, traversant la

1. Tout cet exposé est emprunté au travail de M. Fr. lionormant sur Ift Maffie ehex les Chaldéem et les origines accadiennes, in-8% Paris, 1874. — 2. Pritchard, Physieal history of Mankind, t. II, p. 44. — 3. Genèse, n, 13. — 4. Obry, op. cit., p. 103-125 ; d'Eckstein, dans VAthetUBum françaiSy 22 avril, 27 mai, 19 août 1854; De quelques légendes brahmaniques, dans le Journal asiatique de 1856. — 5. D'Eckstein. Us Cotes dans Vantiquité,

Perse et TArabie, poussèrent jusqu'au détroit de Bab-el- Mandeb, le frandûrent et se fixèrent sur les bords du Nil Bleu, où leur postérité, « Koush la vile, » fut pendant des siècles Tennemie acharnée des Égyptiens. Les Eousilices paraissent avoir eu de bonne heure le goût de la mer. «Depuis les bouches de Flndus, les côtes du Catoch, du Guzerate, du Goncanet du Malabar; depuis les rivages de la Gédrosie, de la Garamanie, de la Perside, ainsi cpe par tous les contours du golfe Persique, il y a une série d'exploits mythologiques qui remontent à eux comme à lour principe. Ils longent les côtes de l'Arabie jusqu'aux rives de TAfrique éthiopienne, où ils s'étendent vers la région de Sofala; ils pénètrent par le détroit de Bab-el- Miujtltib et s'avancent jusqu'à l'extrémité du golfe Élanitique. Leur activité franchît ces bornes. Nous pouvons les suivre sur la route de la Méditerranée, depuis le Delta de TÊgypte jusqu'à Joppé sur les rivages de la Palestine*. » Ainsi du Gange au Nil, de la mer de Grèce à la mer des IndeB s'étendit Koush, la plus importante peut-être des races primitives dont l'humanité ait gardé souvenir. Sa renommée et son pouvoir, bien affaiblis pourtant aux siècles oCi les tribus helléniques naissaient à la vie de rhistûire, pénétrèrent jusqu'en Grèce; les poètes mirent enBcèneMemnon*,le fondateur de Suse', l'allié de Priam, et le vieil Homère célébra les Éthiopiens, les plus sages et les plus lointains des hommes, dont les uns habitent au soleil levant, les autres au soleil couchant*.

Les Koushites parlaient une langue apparentée de trèsprès àThÉbreu, à l'arabe et aux autres idiomes sémitiques. L'explication la plus simple de ce phénomène est celle qui verrait dans les Koushites et dans les Sémites, non pas des

1. D'Ecfesteîn dans rjlt/iena?um français, 22 avril 1854. — 2. Hésiode, ThéogoniSj 934 ; Pindare, Néméennes, III, 62-64 ; Eschyle dans Strabon, XV, 3, S 2.— 3. Hérodote, V, 54; Diodore de Sicile, II, 22, § 3. — 4. MbiQ'Kix^^ TOI ÔixOà fisèataTat, l<rxa'roi àvdpûv, 01 {Jièv 6uoo(iivov *Vr.t^i<ivoz, ol 6'àvtévTOç. Odyssée y I^ 23, 24. Éphore entendait ce passage do la division des Éthiopiens en Ethiopiens d'Afrique et en Éthiopiens d'Asie (Fragm,, 38) ; quoi qu'en dise Strabon, l'explication d'Êphore est la vraie.

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races entièrement distinctes, mais les deux parties d'une même race civilisées à des époques difi'érentes. Les Koushites, « cette branche ancienne de la famille sémitique, partie la première du berceau commun, la première aussi parmi cette foule de hordes longtemps nomades, se fixa, puis s'éleva à la civilisation, pour devenir à ses frères demeurés pasteurs un objet d'envie et d'exécration tout à la fois ^ » Aussi bien les plus anciennes traditions des Sémites nous montrent-elles les peuples de cette race établis sur les confins de laGhaldée. Ils arrivaient de TOrient, et descendaient de ce plateau central d'où sont sorties toutes les races nobles de l'ancien monde ; ils apportaient avec eux le souvenir de leur patrie transoxienne et du grand déluge qui les en avait chassés. D'abord cantonnés en Arménie, au pied de l'Ararat, entre le cours supérieur du Tigre, de l'Euphrate et du Kyros*, ils se répandirent vers le sud, au pays d'Arphaxad', en Mésopotamie, et de là plus tard en Syrie. Plusieurs de leurs tribus poussèrent jusqu'en Qialdée, et ajoutèrent aux deux éléments ^ue renfermait déjà ce pays un troisième élément moins important que les deux autres. Les unes se fondirent bientôt avec les Koushites, dont elles parlaient la langue ; les autres, après s'être maintenues un temps plus ou moins long, finirent par quitter la Ghaldée et par aller chercher au loin un sol plus favorable à leurs goûts no-

Trois des principaux peuples Koùshites se fixèrent dans les alentours du golfe Persique. Le premier, appelé Kosséens ou Kissiens par les auteurs classiques, s'établit dans la région montueuse qui s'étend à l'orient du Tigre*, L second s'échelonna le long du Tigre et de l'Euphrate

1. Creutzer et Guigniaut, Religions de Vantiquitéj t. II, 3* partie, p. 822. — 2. Amos, IX, 17; Gesenius, Thésaurus, s. v. Kir; Knobel, ^ fœUcertafel der Genesis, p. 150, sqq ; Renan, Histoire des langues «*»»»ttçuc», p. 29 sqq. — 3. Àrph-Kasdim, Atùr-Kasdim, litt. : « Frontière des Chaldéens. » Michaêlis, Spieilegiumf II, p. 75 ; Gesenius, Themm. — 4. Hérodote appelle la Susiane Ktaoiti y^ (V. 49) ou xwpr (V. 52: VI, 119) et ses habitants Kitraioi (ni, 92 ; VII, 62-86-210); d'autres Oût la forme KogaaCa et Ko<x(jaîot (cf. Arrien, Indica, 40, 6).

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infêrîeuTB} oCi il forma plus taxd rélément prépondérant de la population chaldéenne. Le troisième vint habiter les rives méridionales du golfe Persique qu'il quitta plus tard pour aller s'installer aux bords de la Méditerranée. Ce ne fut pâs d'abord sur le continent même, ce fut dans les petites lies de la côte que les Koushites élevèrent leurs sanctuaires les plus vénérés, sans doute pour les mettre à Tabri d'un coup de main et les soustraire aux chances d'une invasion. Les gens de la troisième tribu, qui furent plus tard les ancêtres des Phéniciens, avaient occupé les Bahréln, et surtout deux d'entre elles, qu'ils appelèrent TsQur et Arad'. Une autre lie sacrée, Dilmoun ou Dilvoun, était située à quelque distance de l'embouchure du Tigre, sur la côte susienne*. C'est dans ces retraites inviolables que s'organisèrent à loisir les premiers collèges sacerdotaux où s'élabora la civilisation à la fois religieuse et scienufique des populations koushites. En astronomie, on leur doit l'invention du zodiaque et de ses douze divisions CD trois cent soixante parties ou degrés, dont chacun se subdivisait en soixante minutes, la répartition du jour naturel ou nycthémère en douze heures équinoxiales formées chacune de deux heures ordinaires. Les Grecs trouvèrent, dit"On, à Babylone, des séries d'observations notées sur tablettes d'argile cuite et remontant aune fort haute antiquité'. Les fouilles modernes nous ont livré les fragments d'un ouvrage de mathématiques où sont enregistrés les carrés des nombres fractionnaires ^ 2 jusqu'à {g 2

Au fond des religions koushites comme au fond de toutes les religions, nous retrouvons un dieu à la fois un et multiple : un, parce que la matière émane de lui et qu'il se confond avec la matière; multiple parce que chacun des

h Tyros et àrados, Strabon, 1. XVI, p. 766. D'après Pline, VI, 32, l*lle se uûmmait Tylos. Cf. Androsthènes dans Théophraste, De eaïu. plant. ^ Ut b, &. ^ 2. Fr. Lenormant, Essai sur un document mathéma' lîque chaidéefit p. 123-145; cf. Essai de commentaire, p. 220-222. — J. Epi gènes dans Pline, Vil, 65. — 4. Fr. Lenormant, Essai suruf^do^ eument mathématique chaldéen, Pari3^ 1868, in-8««

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actes qu'il accomplit en lui-même sur la matière est considéré comme produit par un être distinct et porte un nom spécial. Au début ces êtres distincts ne sont pas encore groupés et distribués selon une hiérarchie régulière ; ils coexistent sans être subordonnés, et chacun d'eux est adoré de préférence à tous les autres dans une ville ou par on peuple, Anou dans Ouroukh, Bel à Nipour, Sin à Our, Mardouk à Babylone. Anou, Bel, Sin, Mardouk ne sont qu'une substance unique, et pourtant la substance unicpie dont ils sont les noms possède double essence : elle réunit en une même personne les deux principes nécessaires de toute génération, le principe mâle et le principe femelle. Chaque dieu se dédouble en une déesse correspondante, Anou et Sin en la déesse Kana, Bel en Bêlit, Mar-^ douk en Zarpanit. Les êtres divins ne se conçoivent plus isolément, mais par couples, et chacun des couples qu'ils forment n'est qu'une expression du dieu primordial uniipe, malgré le dédoublement de sa nature, comme il est unique malgré la multiplicité de ses noms. L'ordre de préséance de ces couples divins se règle au hasard de la politique; celle des villes qui exerce l'hégémonie sur les autres villes chaldéennes impose son dieu aux autres dieux. Sin a le pas au temps de la suprématie d'Our ; Samas au temps de la suprématie de Larsam. Ge fiit seulement deux mille ans avant notre ère, sous Saryoukin !•», roi d'Agané, et sous son fils Naramsin, que les prêtres, travaillant sur leneux fonds des traditions, essayèrent d'établir un système régulier où les émanations de la divinité, au lieu d'être toutes placées sur le même rang, furent subordonnées les unes aux autres. Ils réussirent à former une religion officielle qui remplaça les cultes locaux et régna désormais sur toute la Chaldée*.

Au sommet de la hiérarchie trdne le dieu suprême, Ilou, ({u'à Ninive on nomme plus tard Assour. Du dieu suprême émana le chaos primordial, la matière encore sans forme et dans laquelle toutes les formes sont confondues. La

l?r. Lenormant, la Magie ehex let ChaHéens, p. 113-124*

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TolontÊj le Terbe de dieu, sépara les éléments du chaos; la lumière de dieu pénétra Tunivers, l'anima et maintint Tordre établi par le verbe. Ces trois puissances, la matière, le verbe, la providence, sont la première trinité de la religion chaldéenne, celle qui sort directement de dieu et nous montre Ic6 formes divines employées à la création et à la conservation du monde: la matière s'appelle Anou (Oannés); le verbe, Bel; la providence, Nouah. Sur les monuments, Anou, a l'antique, le père des dieux, le seigneur du monde inférieur, le maître des ténèbres et des trésors cachés, » a la âgured'un homme à queue d'aigle, coiffé de Ja tête d*un poisson monstrueux dont le corps lui retombe sur lea épaules et sur les reins. Bel, « le démiurge, le seigneur du monde, le maître de toutes les contrées, le souverain des esprits, » est un roi assis sur un trône. Il a deux formes secondaires : Bel-Mardouk, àBabylone, et Bel- Dagaii au corps de poisson surmonté d'un buste humain. Nouah, nommé aussi Nisrok et Shalmanou (le sauveur}, a le guide intelligent, le seigneur du monde visible, le maître des sciences, de la gloire, de la vie, » est un génie muni de cjuatre aile? éployêes comme les chérubins. Chacun de ces dieux se dédouble en une divinité femelle qui est sa forme passive et comme son « reflet », Anat (Anaïtis), Bélit (BêltiSj Mylitta) et Tihavti (Thauatth). Anat, Bélit et Tihavti, moins viVaces que leurs associés mâles, se perdent aisément les unes dans les autres et se réunissent le plus souvent en une seule qui prend le nom de Bélit et représente le principe féminin de la nature, la matière humide et féconde*.

Cette première trinité ne renferme que des êtres d'un caractère vague et indéterminé. La seconde se compose du dieu-lune Sin, du dieu-soleil Samas et de l'atmosphère Bin. Les Chaldéens, astronomes avant tout, accordaient le pas au dieu -lune sur le dieu-soleil; Sin pétait pour eux « Je chef, le puissant, l'étincelant » et aussi « le seigneur

1, G. Rawlinson, The five great MQnarchies, t. I, p. 115-123 ; Fr. Lenormatit, Hùtoire d'Orient, t. II, p. 182-184 j Essai de commentaire des fn^metUs cotmogoniques de Bérose, p. 64-70.

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LA GHÂIlDÉE. 151

des trente jours du mois. » Samas est <k le grand moteur, le régent, l'arbitre du ciel et de la terre. » Bin, « le ministre du ciel et de la terre, le distributeur de l'abondance, le seigneur des canaux, » joue un rôle à la fois bienfaisant ettemble : « chef de la tempête, du tourbillon, de l'inondation, » il tient à la main, comme une épée flamboyante, la foudre au quadruple dard. Après cette seconde triade, nennent les dieux des planètes : Adar (Saturne), Mardouk (Jupiter), Nergal (Mars), Istar (Vénus) et Nabou (Mercure). Adar, souvent désigné sous le nom de Samdan (le puissant), n'est autre que l'Hercule assyrien : c'est loi que les grands bas-reliefs du Louvre nous montrent sous les traits d'un géant qui étouffe un lion entre ses Iras. Aussi lui donne-t-on les titres les plus énergiques : il est « le terrible, le seigneur des braves, le maître de la force, le destructeur des ennemis, celui qui châtie les désobëssants et extermine les rebelles, le maître du fer. » Mardouk, de dieu planétaire, devint plus tard le dieu principal de Babylone et se confondit avec Bel. Nergal passe pour « le grand héros, le roi des mêlées, le maître des batailles, le champion des dieux; » il a la figure d'un liim à tête ou à buste d'homme. Istar, de même qu'Anat etBôltis, personnifie la nature. Dans un de ses rAIes, elle ^t gnerrière, « reine de victoire » et « juge des exploits ^la guerre 3»; comme telle *on la voit debout sur un lion on sur un taureau, coiffée de la tiare étoilée, armée de l'arc et du carquois. Elle est aussi la déesse de la volupté et de la génération, et prend alors le surnom de Zir-banit, « productrice des êtres » ou Zarpanit : elle est repré- ^ntée de face, toute nue et les deux mains pressées contre la poitrine. Nabou, enfin, est « le capitaine de l'univers, Tordonnateur des œuvres de la nature, qui fait succéder au loyer du soleil son coucher »; on le regardait comme le type de tout ce qu'il y avait de parfait sur la terre, et le i&odèle auquel les rois devaient s'efforcer de ressemblera

l*Fr. Unormant. Histoire, t. Il,* p. 184-186; Essai de commentaire,

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î 52 CHAPITRE IV.

Les dieux des cinq planètes, unis aux dieux des deux trinités et au dieu souverain, formaient Ib grand conseil des douze dieux, les seigneurs des dieux qui présidaient aux douze mois de Tannée et aux douze signes du zodiaque ^ ^ Leur culte était répandu par tout le pays et faisait le fonds dé la religion officielle; mais la religion populaire plaçait au-dessous d'eux nombre de divinités secondaires. QnelqaeB-unes de ces divinités n'étaient en réalité que des formes secondaires des grands dieux auxquelles la tradition locale donnait une existence distincte : Zagar est une des épithètss d'Adar, Bélit-Balati ce la dame de vie », une de» êpithètes de Bélit personnifiée. B'autres étaient de véritables personnes et avaient des fonctions d'une certaine importance, présidaient à des constellations comme Ashmoun etEoummout, ou veillaient sur les récoltes comme Serakh ; Bel-Aoura était le génie du feu, Baou le Chaos, Martou, fils d'Anou, rOccident et Shadou l'Orient. Plusieurs avaient été empruntées à des peuples voisins, aux Susiens, comme Lagamar et Sousinka ou peut-être aux Syriens. Les trentesix décans étaient représentés par autant de dieux qn'oxi nommait « dieux secondaires ». « De ces dieux secondaires, la moitié habite au-dessus, Tautre moitié au-dessous de la terre pour la surveiller : tous les dix jours, l'un d'eux est envoyé en qualité de messager de la région supérieure à rinférieure, et un autre passé de celle-ci dans çelle-làpar un invariable échange *• »

BlAi«ire fAboleiifle de la Chaldéet le délvipei les premieni roki MsteHques.

Placées Vune è cOté de l'autre et comme enchevêtrées Tune dans l'autre, las tribus touraniennes et koushites ne tardèrent pas à s'aJlieretà se confondre. De leur union sor- Lireat des populations mixtes , dont le domaine, compris entre le plateau de l'Iran et le grand désert d'Arabie, se dirisa naturellement çn deux parts. A l'est du Tigre se

LDiodore de Sicile, II, 30. — 2. Id., II, 30.

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LÀ GHALDËE. 15:

forma la nation susienne et le royaume d'Élam; à l'ouest s'éleTa le premier empire chaldéen.

L'Élam commence aux bords du fleuye par une rich plaine d'allusions aussi fertile que la Ghaldêe elle-même Le froment et Forge y rendaient cent et parfois deux cent pour un* ; le palmier et le dattier y croissaient abondam ment, surtout dans le voisinage des villes; d'autres espèce d'arbres, l'acacia, le peuplier, étaient répandues en fu>on dance à la surface du pays^. BientAt cependant le sol s'élèy gradin à gradin yers le plateau de Médie ; le climat deVien de plus en plus froid, la terre de moins en moins proiuc tife. Des montagnes coulent nombre de rivières, dont le plus importantes, le ELhoaspès, le Pasitigris, TEulseo (Oulaî), sont dans leur partie inférieure aussi larges qu le Tigre et l'Euphrate. Au confluent des deux bras di Khoaspès, sur la lisière de la grande plaine et à huit 01 dix lieues des montagnes, les rois d'Élam avaient bâti Suse leur capitale. La forteresse et le palais royal s'élevaient su un monticule qui dominait au loin la plaine : à ses pied et dans la direction de l'Orient s'étendait la ville construit de briques séchées au soleil*. Plus haut, sur le fleuve, o: i^eontrait Madaktou, la Badaca des auteurs classiques; 1 le reste du pays était couvert de grandes cités, Naditou Khamanou, qui portent, pour la plupart, le titre de ville royales*. La Susiane formait en effet une sorte d'empir féodal, divisé en petits États indépendants Tun de l'autre mais réunis sous l'autorité d'un môme prince, qui résidai de préférence à Suse. L'élément touranien y dominait c avait fini par &ire dominer sa langue, au moins comm langue officielle et comme idiome commun'; néanmoins le Eoushites gardèrent jusqu'aux derniers temps leur natio nalité et sont reconnaissables sur les bas-reliefs ninivite à leur type négroïde. La Susiane devint tout d'abord 1 siège d'une civilisation puissante, antérieure même à celJ

1. Strabon, 1. XV, 3. — 2. Loflus, Chaldaa and Sutiana, p. 270-34( — 3. Id., ibid.f p. 347.— 4. Finzij Rieerehe per lo studio deW antichii assira, p. 993-304. — &• Fr. Leoormant, La Magie, p« 320.

Ibk CHAPITRE IV.

de la Ghaldée. Le peu que nous savons de sa religion par les monuments d'époque postérieure nous transporte dans un monde nouveau, plein de noms et de formes étranges. Au sommet de la hiérarchie divine, il semble qu'on trouve un dieu et une déesse suprêmes, nommés à Suse Sousinka et Nakhounté : la statue de NaUiounté, inaccessible aux profanes^ était cachée dans le bois sacré de Suse, dont Assourban-habal la tira au septième siècle avant notre ère. Yiennent enBulte six dieux de premier ordre, répartis en deux triades et dont le plus connu, Oumman, est peut-être le Memcondes Grecs*. Pour le reste, la civilisation susienne parait avoir prêisenté toujours les plus grandes analogies avec la civilisation chaldéenne. Autant qu'on peut en juger, Susicns et Chaldéens avaient à peu près les mêmes mœurs, Ibb mêmes usages militaires, les mêmes aptitudes industriel! es et commerciales.

A Toueat du Tigre dominaient deux nations souveraines, les Soumirs et les Accads, dont la fusion produisit la race chaldéenne ^ En arrivant sur le sol de la (Sialdée, les émigrants n'y avaient trouvé ni carrières ni mines*. Ils en forent réduits à construire leurs habitations avec les plantes de marais ; liant plusieurs tiges ensemble et courbant les faisceaux en manière d'arche, on obtenait une sorte de charpente sur laquelle des nattes étendues formaient les murs\ PI as tard, on substitua aux joncs le palmier, puis la brique» Le sol de la Babylonie fournit en effet une argile excellente qui, séchée au four, ou simplement exposée au Eoleil, devient assez dure pour entrer dans la construction d'un édifice. C'est avec ces matériaux divers que furent construitea les premières villes de la Ghaldée, Our ', Ou-

1, Unorinant, la Magie^ p. 137-323. — MM. Oppert et Delitzsch tienleDt les Soumirs pour Touraniens; les Anglais et M. F. Lenormant considèrent 169 Soumirs comme Koushites et voient des Touraniens dans les Accads. — 3. G. Rawlinson, Thefivegreat Monarchies, p. 38. —4. C*est encore la façon dont les Arabes chaldéens construisent leurs huttes €r. Layard^ Nineveh et Bahylon, p. 554-555; Lof tus, Chaldspa and Susianat p. 91-92. — 6. Aujourd'hui Moughéir « la bituminée ».

LA GHALDÉE. 155

roukh*, Larsam',Nipour*, Sippara*, Borsip», Babel. Our, située sur la rive droite de TEuphrate, non loin de l'an^ cienne embouchure, fut le grand entrepôt du commerce maritime de ces premiers temps : ses vaisseaux allaient au loin, sur le golfe Persique etjusquedans la mer des Indes ^ Elle s'élevait au milieu d'une plaine basse, coupée çà et là de collines sablonneuses. Au centre se dresse un temple à trois étages, construit en briques revêtues de bitume; tout autour de la ville règne une ceinture de tombeaux, que les voyageurs ont largement exploités au profit de la science'. Sur les deux rives de TEuphrate, entre Our et Sippar, s'éàelonnaient ZLrgilla", Eridou', Karrak", Kouti", Aganê**. La plupart de ces villes ont laissé des ruines considérables, qni, sans remonter tout à fait aux premiers temps de la colonisation touranienne, nous reportent vers une antiquité si reculée, qu'on n'a pas encore réussi à l'évaluer avec cer-

C'est dans l'enceinte de ces vieilles cités aujourd'hui perdues que se fit l'énorme croisement de races et d'idées d'où sortirent la nation et la civilisation chaldéennes. La fusion de deux éléments aussi contraires que le sont l'élément koQshite et l'élément touranien ne put s'accomplir qu'au

1. Erekh ou Oreih de la Bible (Genèse, nv, 1), VOrehoé des anciens (Strabon, XVI, 1 ; Ptolémée, V, 20), aujourd'hui Warka, — 2. Peut- Ctre la Laranehœ de Bérose (Fr. I, édit. Lenormant) et la Larissa d'Appoliodore (Bibliolh. II, 4, 4), aujourd'hui Senkereh ou Sinkara (Oppert, Espéâitioriy t. l, p. 266, sqq). — 3. La Nopher du Talmud, la CalMh [Genèse, x, 10) ou Calno {Isaie, z, 9) des Hébreux; diaprés Oppert [BisUnre des empires de CfuMée et d'Assyrie, p. 21)» Hekal Anou « la demeure du dieu Anou », aujourd'hui Niffer. — 4. La Sepkarvaîm de r&ritnre; cf. Finzi, Rieerehe per lo studio, etc., p. 193-195. -> &. Id., ibid., p. 189-190. — 6. H. Rawlinson dans le Journal of the 9fographieàt Society , t. XXVII, p. 185. —7. G. Rawlinson^ The five freol Monarchies, t. I, p. 15-16; Finzi, Ricerche, p. 174-177. — 8. Aujourd'hui Zerghoul (Fr. Lenormant, Études aceadiennes, t. I, 3* partie, p. 77). -.9. LaJSato de Ptolémée (V, 22); cf. Oppert, Expédition de Mésopotamie, l, 269, qui lit le signe Roi. — 10. Fr. Lenormant, Études oeeadientiéf, t. 1, 3* partie, p. 77. — 11. Cutha (Finzi, Ricerche, v ^^O- 192). — 12. C'était un quartier de Sippara, situé sur la rive droite de TEaphrate et qu'on regardait comme une ville distincte (Fr. Le* Bonnant, Les Premières civilisations, t, II, p. 105).

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milieu de luttes sanglantes et de déchirements perpétuels. Nul écho de ces guerres lointaines n'est encore arrivé jusqu'à nous. Si haut que les monuments nous fassent remonter dans l'histoire, nous trouvons les Soumirs et les Accads mêlés en un seul peuple. La terre de Soumir n'est plus, comme la terre salique des écrivains du moyen âge, qu^un souvenir à demi effacé, une tradition du passé dont on recherche curieusement l'origine '. La langue touranienne s'éteint peu à peu et ne.survit plus que dans les temples ou dans les écoles comme langue sacrée*. Le syllabaire touranien, adapté aux usages des Koushites, sert à écrire un idiome sémitique : chaque caractère répond à de nouveaux sons, sans laisser pour cela de garder sa valeur primitive. Le son ilou, qui rend l'idée de dieu, s'attache au caractère »»-|" sans lui faire perdre le son an. Le signe i^J, soleil et jour^ a la prononciation shamas, youm à côté des valeurs îouraniennesouT, oud, par, parra. Les deux cultes se sont m^!és l'un à l'autre dans des prorportions inégales. Le koushiîeMardouk s'unit au touranien Silik-molou-klii*,Eâ se confond avec Nouah, Sin avec Hourki; mais les dieux à noms sémitiques l'emportent sur leurs rivaux. Les dieux touraniens en sont réduits à se réfugier dans les pratique? de la magie et forment, à côté de la religion ofBcielle, une sorte de religion populaire, ou plutôt une sorcellerie soli-^ dcmont organisée. Le sacerdoce magique se divisait en trois classes : les conjurateurs, les médecins, les théosophes. D « essayait de détourner le mal et de procurer le bien, soit par des purifications, soit par des sacrifices ou des enchantements \» Les rites et les incantations qu'il employait sont conservés en partie dans un grand ouvrage dont les débris se trouvent au Musée britannique.

Il était divisé en trois livres. Bans le livre des Mauvais esprits sont les formules dirigées contre les démons; le second livre est rempli d'incantations contre les maladies ; le troisième, d'hymnes mystérieux, destinés à évo-

1. NorriS; Assyrian Diction., part. 11^ p. 701. — 2. Fr. Lenormant, La Magie, p. 289, 199. — 3. Id., ibid,, p. 9, 18, 175-177. — 4. Diodore dd Sicile, II, 29.

LA GHÂLDÉB. 157

quer les dieux. La plus efficace des formules prêservar triées emprunlait sa puissance a au grand nom suprême » delà divinité qu'Eâ seul connaît et dont il communique la science à Silik-moulou-khi. Aux formules d'incantation venaient se joindre les talismans de diverses. espèces, bandes d'étoffe attachées aux meubles et aux vêtements, amulettes de bois, de pierre ou de terre cuite, statuettes de monstres et de génies. Le porteur ou le possesseur de ces talismans était inviolable même aux dieux; car le talisman était ce une borne qu'on n'enlève pas, une borne que les cieux ne franchissent pas, borne du ciel et de la terre qu'on ne déplace pas, qu'aucun dieu n'a déracinée; une barrière qu'on n'enlève pas disposée contre le maléfice; une barrière qui ne s'en va pas et qu'on oppose au maléfice. » On peut voir au Louvre une statuette en bronze qui représente un démon au corps de chien, aux pieds d'aigle, aux bras armés de giiffes de lion^ à la queue de scorpion, à la tête de squelette et ainx cornes de chèvre : quatre grandes ailes éployées ombragent son dos. C'est un talisman. Une inscription touranienne tracée le long des reins nous apprend que « ce joli personnage est le démon du vent du Sud-Ouest » et qu'il suffisait d'en placer l'image à la porte ou à la fenêtre d'une maison pour éloigner les mauvais génies.

A côté du magicien d'action bienfaisante, il y avait l'enchanteur qui évoque les démons dans une intention criminelle, le charmeur, la charmeuse, le jeteur de sorts, le faiseur de philtres. Le sorcier chaldéen, comme ses confrères iQodemes, vendait des poisons, envoûtait, déchaînait par ses imprécations les esprits de l'abîme, a L'imprécation ^tsur l'homme comme un démon mauvais,... l'imprécation de malice est l'origine de la maladie. » Tout malade passait pour ensorcelé et ne pouvait être guéri que par l'effet d'une conjuration contraire à la conjuration qui l'avait %pé. Aussi n'y avait-il pas à proprement parler de méde- ÔDs h Babylone* : il y avait des prêtres sorciers qui ven- I daient des philtres et des amulettes contre les maladies.

lHéiodote9l«czcvn.

Saas doute Texpêrience des siècles leur avait fait cotinaître les vertus d'un certain nombre de plantes et de substances médicinales : leurs breuvages et leurs poudres magiques étaient souvent de véritables remèdes appliqués aux différentes maladies. Mais poudres et breuvages n'allaient jamais sauB rincantatian : si le malade guérissait, Tincantation et non le remède avait l'honneur de la cure^.

En se fondant^ les races chaldéennes perdirent la mémoire de leurs origines : le souvenir de leurs migrations et de leurs luttes s'ellaça de leur esprit. Elles localisèrent aux bords du Tigre et de l'Euphrate les traditions qu'elles avaient apportées de leur patrie transoxienne, et placèrent en Qhaldée Tori^ine des hommes et des choses. Tout un cycle de légendes épiques et religieuses se développa « dont la conception et la marche ont quelque chose de très-analogue aux épopées de l'Inde. C'étaient de même des histoires de béros divins, de dieux transformés en rois primitifs, dont on racontait les actions, l'existence terrestre, les exploits guerri^sr^, les aventures fabuleuses, les fondations de villes et d'empires, histoires qui servaient d'occasion et de prétexte pour amener au cours des événements les légendes cosmogoniques^. » Bérose et les débris delà littérature assyrienne nous permettent de reconstituer au moins en partie quelques épisodes de ces légendes qui formaient riustoire fabuleuse de la Oialdée.

« Dans Torigine, il y eut à Babylone une grande multitude d'hommes de races diverses qui avaient colonisé la Ghaldée. lis vivaient sans règle à la manière des animaux. Mais dans la première année apparut, sortant de la mer Bouge, en Tendreit où elle confine à la Babylonie, un animal doué dû raison, nommé Oannés'. Il avait tout le corps d'un poisson, mais par-dessous sa tête de poisson une autre tête [qui était celle d'un homme], ainsi que des pieds d'homme qui gortaient de sa queue de poisson : il avait la voix humaine, et son image se conserve encore aujour-

1. Fr, Lenormant, La, Magte, p. 11-20. — 2. Lenormant, Les Premières civiliSfUions^ t. II, p. 82. — 3. Helladius dans Photius {Biblioth^ cod. 179, p. 1593) rappelle 'û^^is; Hygin {Fab, cglxiy), Euhanes.

LA CHÂLDÉE. 159

d'bui. Cet animal passait la journée au milieu des hommes sans prendre aucune nourriture; il leur enseignait la pratique des lettres, des sciences et des arts de toute sorte, les règles de la fondation des villes et de la construction des temples, les principes des lois et la géométrie, leur montrait les semailles et les moissons ; en un mot, il donnait aux hommes tout ce qui contribue à l'adoucissement de la ne. Depuis ce temps, rien d'excellent n'a été inventé. Au coucher du soleil, ce monstrueux Oannès se plongeait de nouveau dans la mer et passait la nuit sous les flots : car il était amphibie. Il écrivit sur l'origine des choses et de la civilisation un livre qu'il remit aux hommes ^ »

Un long intervalle s'écoula entre cette première manifestation du dieu et l'apparition d'une dynastie mythique. «Le premier roi fut Alôros, de Babylone, Ghaldéen, duquel on ne conte rien, si ce n'est qu'il fut choisi de la divinité même pour être pasteur du peuple. Il régna dix sares^ ce qui fait trentensix mille ans, car le sare est de trois mille Bix cents ans, le nère de six cents ans, le sâsse de soixante/ ans. Alôros étant mort, son fils Alaparos commanda trois sares durant; après quoi, Amillaros', de la ville de Pantibihlia*, régna treize sares. C'est sous lui que sortit de la mer Erythrée le second Annêdôtos, très-rapproché d' Oannès par sa forme semi-divine, moitié homme, moitié poisson. Après lui, Ammenon, aussi de Pantibiblia, Ghaldéen, commanda l'espace de douze sares : sous lui parut, dit-on, l'Oannès mystique. Ensuite Amelagaros de Pantibiblia, commanda dix-huit sares. Ensuite Bavos, pasteur, de Pantibiblia, régna dix sares : sous lui sortit encore de la mer Erythrée le quatrième Annêdôtos, qui avait la même figure <{ue les autres, mélangée d'homme et de poisson. Après lui fégna Evèdoranchos, de Pantibiblia, pendant dix-huit sa- ^ ; de son temps, sortit encore de la mer un autre monstre, nommé Anôdaphos. Ces divers monstres développèrent soigneusement et point par point ce qu'Oannès avait exposé

1. Bérose, Fragm,, I, édit. Lenormant.— 2. Var. Almelôo. — 3. Sip^ Pflra, on plutôt, d'après le^ -echerches nouvelles de M. Fr. Lenormaat (U langue primitive de la Chaldée^ p. 341-342), Ouroukh.

160 CHAPITRB IV.

sommairement. Puis régnèrent Amempsinos de Larancha \ Glmldéen, pendant dix sares, et Obartès % aussi de Larancha, Ghaldéen, pendant huit sares. Enfin, Obartès étant mort, son fils Xisouthros * tint le sceptre pendant dix-ciuit eareft. C'est sous lui qu'arriva le grand déluge, de sorte que l'on compte en tout dix rois, et que la durée de leur pouvoir monte ensemble à cent vingt sares *.

Les écrivains classiques se sont moqués du chiffre fabuleux d'années que les Ghaldéens attribuaient à leurs premiers rois\ Il semble en effet que du commencement du monde au déluge on admettait un intervalle de six cent qualre-vingt-onze mille deux cents ans, dont deux cent cinquaïite-neui mille deux cents s'étaient écoulés à l'avénement d'Âldros, et quatre cent trente-deux mille étaient répartis généreusement entre lui et ses successeurs immédiats ^ Aussi la plupart des historiens modernes se sont-ils accordés à revêtir ces dix rois d'un caractère astronomique et à reconnaître en eux la personnification de dix des signes du zodiaque ^ La durée de quatre cent trente-deux mille ans attribuée à Tensemble de leurs règnes, soit quarantetrois mille deux cents ans pour chacun d'eux, a été calculée évidemment de manière à entrer dans une grande période astronomique de douze fois quarante-trois mille deux cents ans dont l'existence paraît prouvée, bien que l'origine et la raison en soient inconnues. Les temps qui précèdent le déhigo représentaient une période d'essai pendant laquelle rhumanité encore barbare eut besoin des secours d'en haut pour surmonter les difficultés qui l'entouraient. Ils sont remplis par six maniiestations de la divinité, qui sans doute répondaient au nombre de livres sacrés dans lesquels les prêtres voyaient Texpression la plus complète de la loi révélée '.

l. LarsaîQ^ ou, s^il faut admettre la correction proposée par M. Lenormant {l(i langm primitive, p. 342) au texte de Bérose, [£ov]pa[9c]xa pour [Aa]pft[ï!x*> Sourippak. —2. Var. Otiartès. — 3. Var. Sisithès. — 4, Bérase {Fragm. K, X, XI, éd. Lenormant).— 5. Cicéron De Divinaftar»] 1^ 19; African., ap^Sync,, p. 17.— 6. Fr. Lenormant, Essai dHnterpréltUionf p, ÎÎ6-240. — 7. Movers, Die Phanixier, t. I, p. 105 sqq. ; Lenormantj Etsaij p.236-240.— S.Movers, DiePhominier, t. (, p. 93, sqq.

Une nuit^ le roi Xisouthros <c entendit le dieii Nouah ^ qui lui dit : « Homme de Sourippak, fils d*Obartoutou, « fais un grand vaisseau pour toi [et les tiens; car] je vais « détruire les pécheurs et la vie... Fais entrer en ce vais- « seau la semence de vie de la totalité des êtres pour les « conserver. » D lui commanda d'enfouir les livres, ceux qui contenaient le commencement, le milieu et la fin, dans k yille de Sippara, et, après avoir tout préparé, de partir. Gomme Xisouthros lui demandait : « Où aller? » il répondit : 1

« Vers les dieux, » et ajouta qu'il fallait prier pour qu'il 'I

arrivât du bien aux hommes. Xisouthros obéit et se con- j

struisit un navire calfeutré de bitume. « Tout ce que je pos- \

sédais, je le réunis ; tout ce que je possédais d'argent, je le ^

réunis; tout ce que je possédais d'or, je le réunis; tout ce que je possédais de la semence de vie, je le réunis ; le tout, je le fis entrer dans le vaisseau. Tous mes serviteurs mâles et femelles, les animaux domestiques des champs, les animaux sauvages des champs et les jeunes hommes de l'armée, eux tous, je les fis entrer. » L'opération terminée, le dieu Samas éleva la voix au milieu de la nuit : « Je « ferai pleuvoir du ciel abondamment : entre dans le vais^ « seau et ferme ta porte. » Il suscita l'inondation et il, parla, disant dans la nuit : « Je ferai pleuvoir du ciel abondam- « ment. » Dans le jour où je célébrai sa fête, le jour qu'il aTait déterminé, j'eus peur, j'entrai dans mon navire et je fermai ma porte : pour guider le vaisseau vers les sommets maccesiibles des montagnes, je confiai la demeure au pilote.

« Aà matin, la fureur d'une tempête s'éleva et s'étendit hrgenient sur le ciel. Bin* tonna au milieu du ciel, Nébo* etSarou* s'avancèrent en face; les dévastateurs marchèrent snr les montagnes et les plaines; Nergal*, le destructeur, bouleversa (tout) ; Adar marcha en avant et terrassa ; les Génies portèrent partout la destruction et balayèrent la ^erre dans leur gloire : la terre brillante fut changée en un

1- Saturne dans le texte de Bérose.— 2. Le dieu de la tempête. — ^- U dieu de la planète Mercure. — 4. Génie qui accompagne Nébo. — ^ U dieu de la planète Mars.

BIST. AXC. Il

désert..-. Le frère ne vit plus son frère. La tempête n'épax^ gna pas le peuple; les dieux mêmes la craignirent* dans le ciel et cherchèrent un refuge : ils montèrent jusqu'au firmament. » letar pleura sur le sort de l'humanité, et « les dieux ainsi que les esprits pleurèrent avec elle; les dieux sur leurs trônes se lamentèrent.... Six jours et six nuits passèrent ; le tonnerre, la tempête et Touragan, dominaient. Dans le cours du septième jour Touragan se calma et la tempête, qiai avait tout détruit comme dans un tremblement de terre, s'apaisa. La mer se dessécha; le vent et la tempête prirent fin. Je fus porté à travers la mer : celui qiii avait fait le mal et toute la race humaine qui avait tourné au péché, leurs corps flottaient comme des roseaux. J'ouvris la fenêtre, et la lumière entra dans ma retraite ; je m'assis tranquille, et la paix vint sur ma retraite. »

L'arche qui renfermait les destinées de la race humaine vint s'arrêter âu pays de Nizir, sur le sommet des monts Gordyœens* Après sept jours d'attente « je lâchai dehors une colombe^ et elle partit. La colombe partit, elle chercha, et, ne trouvant point de place où se reposer, elle revint. Je lâchai dehors une hirondelle, et elle partit. L'hirondelle parlit, elle chercha, et, ne trouvant point de place où se reposer, elle revint- Je lâchai dehors un corbeau, et il partît. Le corbeau partit, et il vit des cadavres sur les eaux, et il les mangea; il flotta et erra au loin et ne revint pas. Je lâchai dehors les animaux aux quatre vents. Je versai une libation^ je bâtis un autel sur le pic de la montagne. » Les prières de Xisouthros et des dieux calmèrent enfin la colère de Bel : il consentit à. laisser vivre ce que l'arche avait sauvé de Thumanité et à ne jamais renouveler le déluge, (ï Quand sa sentence fut décidée. Bel entra au milieu du vaisseau ; il prit ma main et me conduisit dehors ; moi, il me conduisit dehors et fit amener ma femme à mon côté. Il purifia lô pays, établit un pacte et prit en main le peuple. » La légende ajoutait qu'après avoir offert le sacrifice avec sa femme, sa fille et le pilote, Xisouthros, « pour être tiL^mblable aux dieux, fut emporté » et disparut à jamais, 'u Geux qui 4laient restés à bord ne le voyant pas rentrer

LÀ CHÂLDËE. 163

débarquèrent et se mirent à le chercher en l'appelant par son nota. Il ne se montra pas lui-même, mais une voix vint du ciel qui leur ordonna d'être pieux envers les dieux : car lui, en récompense de sa piété, il allait habiter avec les dieux, et sa femme, sa fille et le pilote, partageaient le même honneur. Il leur dit de retourner à Babylone; qu'il leur était réservé à eux, partis de Sippara, de déterrer les livres et de les remettre aux hommes; enfin, que la terre où ils se trouvaient était la terre d'Arménie. Après avoir entendu ces paroles, ils sacrifièrent aux dieux et s'en allèrent à pied à Babylone. Une partie de cette arche qui s'était arrêtée en Arménie subsiste encore dans les monts Gordyœens d'Arménie : quelques pèlerins raclent l'asphalte qui la recouvre et s'en servent comme d'amulette pour détourner les maléfices *. Arrivés à Babylone, les compagnons de Xisouthros déterrèrent les livres de Sippara, écrivirent beaucoup de livres, construisirent des temples et fondèrent de nouveau Babylone*. »

La race qui peupla de nouveau la terre fut une race de géants, ce On raconte que les premiers hommes, enfiés de leur force et de leur grandeur, méprisèrent les dieux et se crurent supérieurs à eux : ils élevèrent donc une tour trèshaute, à l'endroit où est maintenant Babylone. Déjà elle approchait du ciel, quand les vents, accourus au secours des dieux, renversèrent la construction sur les ouvriers : les ruines en sont appelées Babel. Jusqu'alors les hommes n'avaient eu qu'une seule langue : mais les dieux les forcèrent à parler désormais des idiomes différents*. » La même tradition se retrouve à peu près sous la même forme dans les livres sacrés des Hébreux*. Elle est d'ailleurs localisée

1. On a trouvé, en effet, des amulettes babyloniens de basse époque îaits d'un morceau de bitume sur lequel sont gravés des mots cabalistiques en lettres grecques. — 2. Bérose, Fragm., 15-16, édit. Lenorniant. Le récit du déluge est emprunté, partie aux fragments de Bérose, partie aux tablettes assyriennes tiïduites pour la première fois par 6. Smith, The Chaldaan accouru of the Dduge, dans les Transactions ofthe^etetyofBiblieal Àrchxologyy t. I, p. 213-234; cf. Lenormant^ Ut^emiireseiX!ilMations,X.l,p. 1-146 et G.Smiih^ÂssyrianDiscoveries 181&, p. 165-222.— 2. Bérose, Fragm., XVII, XVIIl— 4. Genèse, XI, 1-9.

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daûB h plaine de Sennaar, c'est-à-dire en Gihaldée, et fait entièremûnt défaut aux au/.res peuples de la famille .sémitique, à plus forte raison aux peuples de race aryenne* ou touranienne. Il y a donc lieu de croire que c'est une tradition, propre aux Koushites des bords de l'Euphrate, Une des Torsions du récit mettait la Tour des Langues dans Our ou CaJanneh, Tune des plus anciennes, sinon la plus ancienne j parmi les métropoles de la Ghaldée méridionale^: mais la tradition le plus généralement acceptée la place non loin de Babylone ou dans Babylone même. Non que Tétymologie biblique Babel, de belel^ confondre, soit conforme à l'orthographe réelle du mot : Babel ^ Bab-iloUy signifie simplement « la porte du dieu Ilou ». Quant à la tour ellemême, les Chaldéens Tidentifiaient avec la tour de Borsippa, quij au témoignage du roi Naboukoudouroussour, était restée inachevée de temps immémorial*. Elle se composait de sept terrasses superposées, consacrées chacune à un dieu différent et peinte de la couleur propre à son dieu. Chaque lerrasee avait la forme d*un carré parfait et était construite en retraite sur la terrasse inférieure, si bien que Tédifice présentait l'aspect d'une vaste pyramide à gradins, trèslarge à la base, très-étroite au sommet. Le tout reposait sur un |soubassement rectangulaire qui portait à huit le nombre des étages superposés. Les faces de l'édifice, et non les angles, étaient orientées d'après les quatre points cardinaux, contrairement à l'usage babylonien *.

Aussitôt après le déluge et la confusion des langues se pltit^-ait Tavénement de la première dynastie humaine. Au dire de Bérose, elle était chaldéenne et comptait quatrevingi-six rois, qui avaient régné en tout trente-quatre mille quatrû'viDgts ans : les deux premiers d'entre eux, Évêkhous et Khoma^bêlos, étaient restés sur le trône deux mille quatre cents et deux mille sept cents ans. D'après le Syn-

1, les Arméniens exceptés, qui l'ont empruntée, soit aux livres sacrés des CbaLdéens, soit aux livres sacrés des Hébreux. — 2. Esaîe^ IX, 10 (Version des LXX). — 3. W.A. L T. I, 51. 1; Op^ert, Études assyriennes , p- 91-I32j et Pr. Lenormant, Essai dinterprétatioriy p. 351-352. — 4. 0]i^ert, Expédition en Mésopotamie, t. I, p. 168482; 200-216.

pr<Jgr^hT*^'^'ï^H7:T«'-;f S^f^^ïif^^^»-»;

LA GHALDiÎE. 165

celle, elle ne se composait que de ^ix monarques : Évekhous, Khomasbêlos, PôroB, Nekhoubas, Nabios, OnibaJios et Zinziros, et n'avait régné que deux cent vîngt-cin(J ans*, n ne faut chercher à ces noms aucune valeur historique, ni essayer de ramener à la vraisemblance la durée de cette première dynastie. Les Ghaldéens avaient rempli les époques primitives de leur histoire de fables et de légendes épiques dont la tradition et les monuments nous ont gardé quelques traces. Au nord , ils faisaient régner « Nimrod y qui commençiBL d'être puissant sur la terre. — Il fut un puissant chasseur devant TÊternel ; c'est pourquoi l'on dit jusqu'à ce jour : Comme Nimrod, le puissant chasseur devant l'Éternel. — Et le commencement de son règne fui Babel, ïlrekh, Accad et Galneh, au pays de Sennaar*. » Josèphe lui attribuait la construction de la Tour des Langues'. Les interprètes chrétiens l'identifiaient avec Bêles*. La légende arabe prétend qu'il jeta Abraham le Juif dans une fournaise ardente et qu'il essaya de monter au ciel sur un aigle*. Aujourd'hui encore, au pays de sa gloire, la tradition attache son nom à toutes les ruines importantes de la haute et de la basse Ghaldée '. Mais lui seul a su échapper à l'oubli : ses successeurs sont inconnus, on ne dit pas combien de temps lui survécut son empire, ni même si son empire lui survécut.

D'autres légendes plaçaient à côté de lui Izdoubar^, roi de Sourippak. A l'aide de son serviteur Nouahbani, il capture un taureau ailé, prototype des taureaux qui ornèrent plus tard les palais des monarques assyriens. Avec son veneur Ssaïd il délivre le pays d'un monstre marin nommé Boul, qui dévorait les jeunes filles exposées à sa fureur, a Izdoubar dit à son veneur : Va, mon veneur, avec la femme Hakoitou et la femme Oupasamrou, et quand le monstre paraîtra, sortant de son empire^ que chaque femme

1. Bérose^ Fragm., dans MùUer, H, Gr, Fragm», t. IL —2. Genèse, X, 8, 10. — 3. ArU. Jud., l, 4^ § 2. — 4. Moïse de Khoren, Trad. Italf p. 23,1. 1, ch. vn.— 5. Le Coran, Souraie 29, ▼. 28. Yakout, Learie, geogr., s. V. Hiffer. — 6. G. Rawlinson, The five great Monarchies, 1. 1, p. 154. — 7. La lecture du nom est douteuse.

dépose son vêtement : ainsi leur beauté sera en vue, et lui, le monstre, se précipitera vers elles. Alors, toi, immole-le se livrant ainsi. » Au bout de trois jours Ssaïd rentra trionaphant dans la ville d'Ouroukh. Ces exploits contre les monstres sont accompagnés de guerres contre les hommes et d^unionB avec les dieux. Izdoubar « avilit Bélésou. Gomme un taureau, il foula son pays après lui ; — il le détruisit, et sa mémoire périt. — Le pays fut subjugué, et après il prit la tiare. " — « Avec complaisance la reine Istar tourna ses yeux vers Izdoubar, et elle lui parla ainsi : Izdoubar, tu seras mon mari ; ta parole me liera dans des liens ; tu seras mon mari et je serai ta femme.... Alors te seront soumis rois, seigneurs et princes; ils t'apporteront les tributs des montagnes et des plaines, ils te donneront des présents d'hommage.... Tu n'auras pas de rival. »

Cependant Tamour de la déesse n'a pu préserver le héros de la maladie : il « craint la mort, ce dernier ennemi de l'homme. » Il se résout à consulter son ancêtre Xisouthros, pour apprendre de lui comment on cesse d'être mortel. Un songe lui révèle la route qu'il doit suivre pour aller rejoindre Xisouthros, et les sortilèges du magicien Ourbel* lui abrègent le chemin. Izdoubar et Ourbel s'embarquent sur l'Euphrate, le descendent un mois et demi durant et parviennent dans un pays situé au milieu des marais où demeure le vieux roi divinisé : ils l'aperçoivent à distance, endormi auprès de sa femme, mais ne peuvent franchir le cours d^eau qui les sépare de la région divine. Xisouthros, enfin éveill<5j raconte comment sa piété l'a sauvé du déluge et lui a vdu l'immortalité*. Il finit par enseigner à Izdoubar les cérémonies expiatoires qui lui assureront une vie perpétuelle. Tels étaient les récits merveilleux que les poètes chaldécns avaient placés aux commencements de leur histoire ',

Chaque ville, au moins chaque ville importante, parait tvoir en ses rois particuliers et ses dynasties locales, qui

1. ChtrJEc/iamn, d'après M. Smith.— 2. Ici se place le récit du déluge.

3.. Fr. LÊnormant, Les premières civilisatioruy t. II, p. 1-146; Schrader, Die HôUenfahrt der Istar, 1874, p. 56-68 ; G Smith, Assyrian Discove^ ries, p, 165-222.

TA CHÂLDÉ£. 167

lant6t subissaient Tinfluence des rois voisins, tantôt les rangeaient sous leur domination. Le plus ancien groupe de rois dont nous ayons des monuments avait sa capitale à Our. Le nom du premier d'entre eux qu'on a lu dans ridiome sémitique Ouroukh ou Ourkham, dans Tidiome touranien Likbagas^, se trouve dans la CShaldée entière, à Larsam, à Ouroukh, à Nipour, à Sippar, aussi bien que danç la capitale elle-même. Tout ce qui nous reste de lui porte le caractère d'une antiquité incontestable. Non-seulement les briques estampées à son nom sont enfouies plus profondément que celles des autres princes chaldéens, mais le style même des monuments où on les trouve employées est rude et primitif. Ge sont des temples de proportions gigantesques, dont les quatre angles étaient orientés soigneusement sur les quatre points cardinaux du ciel. Les débris du plus grand d'entre eux, celui d'Ouroukh, forment un monticule d'environ soixante-dix mètres de c6té et trente-cinq mètres de haut ; près de trente millions de briques ont dû entrer dans sa construction^. Les autres monuments de Likbagas, bien que de moindre étendue, présentent encore des dimensions considérables. Leur nombre et leur grandeur suffisent^ en l'absence de tout autre document, à nous donner une idée de la civilisation du peuple et de la puissance du prince qui les a élevés. C'est à la conquête ^ule que le roi d'Our pouvait demander le nombre d'ouvriers nécessaires à bâtir tant d'édifices sans épuiser son

Les grands travaux entrepris par LiUagas furent continués sous Doungi et Bgi, ses successeurs; on ne connaît guère de ces princes et des vice-rois {patest) de Zirgilla et dlSridon, leurs vassaux, que des noms sans histoire. H sem-

1. La lecture Owr<mkh, Ouriyàk, avait été proposée par MM. Rawlinson et Hincks, en souyenir du roi Ariokh de la Genèse, X3Y, 1; la lecture Oiif* khammou, par H. Oppert, en souvenir du roi Orehamus de la légende claaslqae (Ovide^ Jfetom., IV, 212). — 2. loftus, ChàUUea and SuHana^ p. 167 aqq,; G. Rawlinson, The fioe great Monarchies, t. I, p. 156. — 3. Oppert, Histoire^ p. 46 sqq.; G. Rawlinson, t. I, p. 156; 6. Smitb. Ifotet on the early hUkny of Babylonia»

l>le seulement que la ville d'Our perdit sous eux fia.]mift' 'sance et fut remplacée dans rhégémonie de la Ghaldée par la. ville que. les textes touraniens ncmunent Nisiu et;:lQS textes séoiitiques Earrak. Les princes de Karrak, d'orifpne kûushite, €ramil-Adar, Ismi-^Dagan, etc., finirent par s'empsârer de tout le pays, même d'Our et d'Ouroukh, puis, au bout de quelque temps, furent dépossédés à leur tour par les rois de Larsam, Sin-IdinnouT, Nou]>*Bin. L'autorité de ces princes semble ne pas avoir dépassé Nipour, vera le Nord; Babylone, gouvernée par ses rois pontifes (sakkar nakkou), et Aganè, restaient indépendantes des dynasties méridionales ^ Une invasion des Elamites mit fin à cette première époque de Thistoire chaldéenne. En(re 2300 et 2280 avant notre ère% un roi de Suse, Roudour-Nakhounta, descendit dans les plaines de l'Euphrate, ravagea le pays, prit les villes depuis Our jusqu'à Babylone et emporta comme trophée les images des dieux chaldéens. Il se retira après avoir imposé le tribut à tout le pays, et ses sucieesseurs formèrent une dynastie nouvelle que Bérose appelle Mède et qu'on a prise à tort pour une dynastie aryenne'.

S 3. — Xi^nTMiloB CftMméMUM et les vastear* en liéyple.

La chute de l'empire chaldéen avait été précédée de plusieurs migrations volontaires ou forcées. L'une d'elles sortit vers Assour* et s'arrêta dans lé bassin du Tigre moyen; Tharé, l'ancêtre mythique des Hébreux, quitta Our des Chaldéens pour venir s'établir près de Kharrân, en Mésopotamie^; les nations du golfe Perisique abandonnèrent leurs sanctuaires de Tyr et d'Arad et passèrent au pays de Syrie. Je ne sais si l'on doit voir dans ces mouvements de peuples

1. G. Smith, i\ro/ef;Fr. Lenormant, Études accadiennes, 1. 1, fasc.S, p. 76-79. — 2. La date est donnée parune inscription d'Assour-ban-habal. — 3. Voy. à ce sujet Oppert, Histoire^ p. 9-10; Pr. Lenormant, ffùloitv, t. II, p. 21-23, 28-29; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. I, p. 159-161. — 4. Genèse, X, 11-12. — 5. ibid., XI, 31. Dans ces derniers temps, M. Halévy a voulu prouver que Dur Casdim ot Harran étaien non pas en Ghaldée, mais dans les environs de Damas (Xélanges d^épi graphie sémitique, p. 72-86).

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LA CHÏAXDÉE. 169

dee ivéïieineiiu contemporains Tun de l'antre, on s'il con« vient d'y voir trois migrations snccéssives ; en tout cas, ils me paraissent proyenir d'une seule et même cause, l'appa^ ritioB dans l'Asie occidentale de nouvelles populations tou-> raoieiines. Les historiens qui recueillirent plus tard le vague éehodes traditions asiaticpies mettaient cette invasion sur. le compte des Scythes : un roi Scythe, nommé d'une ma* nière invraisemblable Indathyrsês, aurait couru en T4iiii- [ ({aeur l'Asie entière et pénétré jusqu'en Egypte ^ L'£gypte / ne devait pas en effet échapper aux désastres de l'invasion.

Nous avons déjà montré qu'une grande partie des tribus koQshites s'était concentrée dès la plus haute antiquité sur la rive occidentale et méridionale du golfe Persique. Favorisées par la nature des lieux, elles avaient appris l'art de la navigation, et, rayonnant sans cesse au. dehors, s'étaient enrichies par le commerce avec l'Inde. Leurs caravanes poussaient à travers le désert jusque vers les côtes de la mer Rouge et de là jusqu'en Afrique. C'est pour cela sans doute que le nom national d'une de ces tribus, Poun, PmijFuni, fut appliqué par les Égyptiens à l'Arabie et au pays des Somâl *. La tradition classique attribuait à de violents tremblements de terre le départ précipité que nous aitribuons de préférence à une invasion. Les Koushites du Pount quittèrent leur patrie et se dirigèrent vers l'Occident, entraînant à leur suite les peuples qu'ils rencontrèrent sur leur passage. Selon une version, ils auraient, longé le cours de TEuphrate, se seraient reposés aux environs de Babylone, sur les bords du grand lac d'Assyrie •Bahr-i-Nedjif), et auraient pénétré en Syrie par la route du Nord*. Diaprés les historiens arabes, ils traversèrent la gorge de la péninsule arabique de Tembouchure de l'Euptratc à la vallée du Jourdain* . A leur arrivée, ils culbutèrent sans peine les nations à demi barbares, Réphaïm,

1. Strabon, 1. XV, c. 1, Indica, 5-6.— 2. Mariette, Sur une découverte fiemneiu faiU à Kamak dans les Comptes Rendus 1874, p. 247-249. Dès laivdynastie,ilest mention d'Hatlior, dame de Paant.— 3. Justin, l.XVIII, "= 3, S 2. — 4, Cf. Caussin de Perceval, Histoire des Arabes, i,l,^.^8^(i(i.

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