E. Gurtius» Griechische GeschicMe^ 1. 1^ p
ne poreùt subsister qu'à force de concessions et de ménagements ^
Autant qu'on peut en juger, cette révolution s'accomplit vers les dernières années de la dix-huitième dynastie. Les Phrygiens isolés dans l'intérieur des terres n'y prirent au^ cune part et laissèrent le soin de l'achever à cette catégorie de peuples à moitié légendaires : Méoniens, Tyrsén΀tBSj Troyens, Lyciens, que les historiens classiques et les monuments égyptiens nous ont fait connaître *. D'après les traditions du pays, Manès, fils de Zeus et de la Terre, eut Qoïys de Gallirrhoé, fille de l'Océan. Gotys engendra A^os, qui donna son nom à l'Asie, et Atys, qui fonda en Lydie la dynastie des Atyades. Gallithea, fille de Tyllos et femme d'Atys, mit au monde deux fils, nommés, selon les uns, Tyrsênos ou Tyrrhênos et Lydos*, selon les autres, Torrhébos et Lydos*. L'examen de cette généalogie, où sont compris tous les héros éponymes du pays, montre ([n'il y eut d'abord sur la côte ouest de l'Asie Mineure un grand peuple appelé Maeones , formé de plusieurs tribus : le» Lydiens , les Tyrsênes ou Tyrrhênes (Toursha), les T(mrhèbes, les Shardanes. Quelques-unes de ces tribus, attirées vers la mer sans doute par l'attrait de la piraterie, finirent par quitter le pays et par aller chercher fortune au loin, a Aux jours d'Atys, fils de Manès', il y eut une grande famine par toute la terre de Lydie.... Le roi se résolut à partager la nation par moitié et à faire tirer les deux portions au sort : les uns devaient rester dans le pays, les autres s'exiler. Il continuerait de régner luimèAe sur ceux qui obtiendraient de rester: aux émigrants il assigna pour chef son fils Tyrsênos. Le tirage accompli, ceux qui devaient partir descendirent à Smyme, con-
1. £. CuTlius, Griechisehe Geschichie, t. I, p. 58-62. — 2. Pour les sources égyptiennes, voir de Rougé, Extrait d'un Mémoire sur les attaques, dans la Revue archéologique , septembre 1867; Ghabas, Éludes sur V Antiquité historique, p. 191 sqq. — 3. Hérodote, I, 94. — 4. Xanthos de Lydie, dans Denys d*Halicarnasse, Ant. Rom,f î, zzym. » 5. Âtys était petit-fils de Manès, d'après les autres généalogies.
â50 CHAPITRE VI. ^
struisirent des navires, y chargèrent tout ce qui pouvait leur être utile et partirent à la recherche de rabondauce et d^une terre hospitalière. Après avoir passé bien des peuples, ils parvinrent en Ombrie, où ils fondèrent des villes qu^ils habitent jusqu'à ce jour. Ils posèrent leur nom de Lydiens et, d'après le fils de roi qui leur avait servi de guide, se firent appeler Tyrséniens*. » Quoi qu'en dise Hérodote, cette migration ne se fit pas en une seule »foîs et dans une seule direction : elle se prolongea pendant près de deux siècles, du temps de Séti P' au temps de Eamsès III, et porta sur les régions les plus diverses. On trouve les Pélasges tyrrhéniens à Imbros, à Lemnos-, à Samothrace et dans la péninsule de Ghalcis, sur les côtes et dans les îles de la Propontis, à Gythère et à la pointe méridionale de la Laconie. Arrivés en Afrique, ils s'allièrent aux Libyens et attaquèrent TÉgypte vers la fin du règne de Séti I*'. Nous avons déjà vu qu'ils furent repoussés si rudement qu'ils s'abstinrent de toute hostilité pondant le règne de Ramsès II. Les Shardanes, faits prisonniers dans cette campagne, furent incorporés à l'armée égyptienne et se distinguèrent dans la guerre contré les Khêtas. Us s'y trouvèrent face à face avec les Lyciens, les Mysiens et les Troyens , qui essayaient d'accomplir par terre, et avec l*aide des Syriens, ce que les peuples de la mer n'avaient pu faire avec les Libyens*. La défaite de Kadesh dégoûta les Troyens des expéditions lointaines r à partir de ce moment, ne prirent aucune part aux coalitions contre l'Egypte.
Au moment du traité avec le prince de Khêta, Ramsès II était déjà âgé d'au moins cinquante ans et avait fourni quarante années de guerres •. On conçoit qu'il ait éprouvé le besoin du repos et délégué le pouvoir royal à l'un de ses fils. Les trois premiers étant morts, il choisit vews l'an XXX le quatrième, Khâmouàs, qui était chef du sacerdoce memphite. L'autorité de Khâmouàs dura jusqu'à sa mort, en
1. Hérodote, 1. I, 94. — 2. V. plus haut, p. 217-222. — 3 Maspero, Essai sur l'inscription d^Àhydos, p. 80. * *
l'anLV, et passa au treizième fils du roi, Ménephtah. Nommé três^-jeune prince héritier, décoré de titres honorifiques fort élevés, Ménephtah paraît avoir partagé avec la princesse Bet- Anat et le prince Khâmouas, tous deux, comme lui, enfants de la reine Isi-Nowert, la faveur particulière de Sésostris. Au moins est-il qualifié plusieurs fois de prince « qui a surgi comme Phtah au milieu des multitudes pour établir des lois excellentes sur les deux terres. » Il fut régent douze ans, de l'an LV à Tan LXVII, et devint roi à la mort de son père sous les titres de Bânrâ mei*nouterou, fils du Soleil, Ménephtah hotep-hima. C'est du second de ces noms que Manéthon ou plutôt ses compilateurs ont tiré le Pharaon Amenephthès ou Âménophis, successeur de Ramsès ,
Meïamoun.
Au début de son règne, Ménephtah n'était plus un jeune
homme. Né au plus tard dans les premières années du règne de son père, il devait avoir soixante ans, sinon plus : c'était donc un vieillard succédant à un autre vieillard, dans un moment où TÉgypte aurait eu grand besoin d'un roi jeune et actif. Néanmoins les premières années furent heureuses. Au dehors, les garnisons des villes syriennes ne furent point troublées* ; les Khêtas, qu'une famine désolait, reçurent d'Egypte des secours en blé et ne rompirent point la paix par reconnaissance. Au dedans, les grandes constructions continuèrent à Thèbes, à Abydos, àMemphis, surtout dans le Delta, où Ménephtah, à l'exemple de son pèroy avait fixé sa résidence. Tout semblait annoncer un règne paisible, sinon un règne glorieux. Mais, depuis leurs défaites sous Séti et sous Ramsès II, les peuples de l'Asie Mineure et de la Libye avaient eu le temps de reprendre courage. La présence du vieux roi sur le trône les avait tenus à l'écart : i'avénement de Ménephtah les décida à faire une nouvelle tentative^. On apprit soudain à Thèbes que les flottes de l'Archipel avaient débarqué sur la côte de Libye des bandes de Tyrsènes, deShardanes et de Lyciens, accompagnées d'auxiliaires jusqu'alors inconnus, les Achéens et les Sha-
l. Pap. Anastasi IH, verso des pages 5^.
kalash^Le roi des Libyens, Mermaïou, fils de Deïd*, se joignit à eux avec les Tamahou, les Mashoaasli et; lies. Kehak, et tous ensemble prirent le chemin de TÊgyptev L'armée d'invasion ne se composait que de troupes d'èÛte; c^étaient des hommes de premier choix, pris parmi le^cou-t reurs les plus agiles de leur pays. Ils partaient avec la ferme résolution, non pas de faire une simple razzia, mai» de conquérir le Delta et de s'y établir en colonie.
L'annonce de leur approche surprit l'Egypte. La lon^iie paix dont on avait joui depuis l'an XXI de Ramsès II, pea^ dant un demi-siècle, avait calmé singulièrement l'ardeur hel^ iiqueuse des Égyptiens. L'armée, réduite en nombre, n'avait plus de corps auxiliaires; les forteresses, mai entretenues, laissaient la frontière ouverte. Le premier mouvement des populations directement menacées fut de se soumettre sans combat. Ménephtah, accouru sur le lieu du danger, rétablit partout l'ordre et la discipline. Il rassembla et recruta l'armée, fit venir d'Asie des troupes mercenaires et lança sa cavalerie en avant pour signaler l'arrivée de l'ennemi. Luimême couvrait Memphis avec le gros de ses forces et fosv tifiait le grand bras du Nil, pour mettre au moins la partie orientale du Delta à l'abri de toute incursion.
Les préparatifs étaient à peine achevés, que l'ennemi parut dans les plaines de Paarisheps (Prosopis) ' et se répandit sur tous les pays environnants, comme s'il voulait 8*y établir à demeure. Ménephtah lui opposa d'abord sa cavale* rie et ses troupes auxiliaires, et promit aux généraux d'avant-garde de les rejoindre avec le reste de l'armée au bout de qualoijïe jours. Dans l'intervalle le dieu Phtah lui apparut en songe et lui ordonna de ne point se montrer sur le champ de bataille*. Cette circonstance fâcheuse ne troubla pasj h ce qu'il paraît, l'ardeur des Égyptiens : le 3 Épiphi^ après six heures de lutte, ils mirent en pleine déroute les Libyens et leurs alliés. La garde de Mermaïou fut enfoncée ot détrtiiiej lui-même obligé de prendre la fuite en abaù-:
I. cr le nom de la ville de Sagalassosen Pisidie.— 2.Sur ce nom^voy. GooiJwiii, dans \& Zeitichrilt^ 1868, p. 39. — 3. Brugsch, dans la ZeU- ^chnft, ISÛÏ, p. 98. — 4. De Rougé, Mémoire sur les Attaques, p. ^.
domumtt son arcj ' son carquois et sa tente. Le camp fut er^yé; ie butin reconquis : les barbares, poursuivis sans ralâohe par la cavalerie égyptienne, ne purent se reformer et (pittèrent le pa3is plus vite qu'ils ne Tavaient envahi. C'est, tout au plus si le chef libyen réussit à s'échapper sain et siaîf. La nouvelle de cette victoire remplit l'Egypte d'un enthousiasme d'autant plus sincère que l'effroi avait été plus grtaé. Le retour du roi à Thèbes ne fut qu'un long triomphe;. « D est très -fort, Bânrâ v. s. f . ; — très-prudents sont ses projets; — ses paroles sont bienfaisantes comme ïïiot, *- tout ce qu'il fait s'accomplit. — Lorsqu'il est csmme un guide à la tète des archers, -«- ses paroles péoètreat les murailles. -*- Très*-amis de qui a courbé son éddne -— devant Meïamoun v. s. f. — ^ ses soldats vail** lants épargnent celui qui s'est humilié -^ devant son courage et sa force; — ils tombent sur les.... — consument Je, Syrien. — Les Shardanes, que tu as ramenés de ton glaive, — font prisonniers leurs propres tribus. — Très-heureux ton retour à Thèbes, — triomphant! Ton char est traîné à la main ; -^ les chefs vaincus marchent à reculons devant toi, — tandis que tu les conduis à ton père vénérable, — Ammon, mari de sa mère ^ »
' Cette victoire délivra le pays des envahisseurs; mais pour rairaçher à rabattement que signalent les inscriptions, il attrait fallu une main plus ferme que celle d'un vieillai^d de soixante à soixante-^ix ans. La faiblesse de Ménephtah dttt encourager les espérances des princes qui se croyaient dos .droits à la couronne : il semble même que certains d'omise eux n'attendirent pas sa mort pour afficher ouver-^ tement leurs prétentions. Sur une stèle d'Abydos, consetyée au musée de Boulaq, un premier ministre du roi, Biamessès em per-en-Râ , surnommé Merïou , fait suivre Ma nom de la formule inusitée : aimé de Ramsèâ MttamouQ comme le soleil pour l'éternité, a En se rappe^
*i^ Top, Anastasill, pi. IV, 1. 4; pi. V, 1. 4. Cf. de Rougé, Mémoire »r Uf Attaqitesjp, 35-36; Maspero, Du genre épistolaire,^, 8Î-83; Chabâs« Beekerches pour servir à Vhittoire de (a III* dynastie, p. 93-4)4.
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lant que Ramsès II a été divinisé, et eu suppléant après aimé de Ra/msès Meïamoun les mots târ-ankh (vivifîcateur), on n'en sera pas moins surpris de voir qu'un particulier, si élevé en dignité qu'il ait pu être, se soit attribué un titre ordinairement réservé aux rois. En Tabsence de documents, il nous est impossible d'apprécier à sa valeur Tespèce d'usurpation dont cette stèle porte la trace • . » Après tout, ce Ramsès per-en-Râ, au lieu d'être un usurpateur, n'était peut-être qu'un vice-roi, revêtu de titres extraordinaires et de la même autorité que Ménephtah lui-même avait eue du vivant de son père.
Mais, tout en admettant que les usurpations plus ou moins dâguiâées ne commencèrent peut-être pas sous le règne de Mbnephlah, on ne saurait trop nier qu'elles se produisirent après sa mort ^. Au milieu de l'obscurité qui recouvre cette époque ressort un fait à peu près certain : Séti IIj fils de Ménephtah, qui, du vivant de son père, était déjà prince de Koush et héritier présomptif, ne monta pas immédiatement sur le trône d'Egypte. Il fut supplanté par un prirtce nommé Amenmesès, fils ou petit-fils d'un des enfants de Ramsès II, mort avant leur père *. Amenmesès était originaire du nome d'Aphroditopolis, de la ville de KheL, ff d'où Isis l'a tiré pour le faire régner sur tout le pourtour du soleil*; » son autorité s'étendait sur Thèbes et probaLlcment sur TÉgypte entière. Son successeur, Ménephtah II Siphtah, originaire comme lui de la ville de Kheb, parvint à s'établir sur le trône de son père, grâce au dévouement de son ministre Baï • et sans doute aussi grâce à son mariage avec la reine Taousert, dont le nom se trouve toujours accolé au sien. Il gouvernait l'Ethiopie et se vante d'avoir reçu les envoyés de toutes les nations*. Il semble
1. Mariette, Catalogue du musée de Boulaq, p. 156. —2. Chabas, Re- (cherches pour servira Vhistoire de la XIX* dynastie^ p. 114-118) * comprU d'une manière différente toute l'histoire de cette époque. Jusqy'à nouvel ordre, je suis l'arrangement proposé par M. de Rougé, Êiude sur une stèle, p. 185 sqq. — 3. Cf. à cet égard G. Maspero, Lettre >i AI. G. d'Eichthal, p. 40-43. — 4. Lepsius, Denkm., III, 201.— 5. Wem, ibid j ÎÛ2, c. — 6. Idem, ihid., 201, a.
LES GRANDES MICJRATIONS MARITIMES. â55
(ftt'un compromis s'établit entre ses partisans et ceux du fils de Ménephtah : un Séti, qui paraît tien être le même que Séti II, vivait auprès de lui comme « prince de Koush, gouverneur des mines d'or appartenant à Ammon, flabellifère à la droite du roi, intendant du palais, 'directeur de la iibliothèque royale. » La seule date précise qu'on ait du règne de ces princes est de l'an III de Siphtah, et les listes de Manéthon semblent n'indiquer pour eux qu'une douzaine d'années tout au plus. Après la mort du dernier d'entre eux, Séti II monta enfin sur le trône, soit à la suite d'une révolution heureuse, soit à la faveur d'un compromis entre les deux tranches rivales. Une inscription de l'an II lui attribue des victoires sur les nations étrangères*, et l'un des papyrus du Musée Britannique loue sa grandeur en termes éloquents. Je ne sais trop jusqu'à quel point on doit se fier à ces indications : le chant de victoire contenu au papyrus Anastasi IV n'est que la copie presque mot pour mot d'un chant de triomphe dédié jadis à Ménephtah, et approprié à Séti II par une simple substitution de noms. Plusieurs documents contemporains semblent indiquer, sous lui, des troubles et des usurpations analogues à celles qui attristèrent les dernières années de Ménephtah. Séti H, (pii était déjà sans doute d'un certain âge à l'avénement de son^ père, à moins qu'on ne préfère voir en lui un enfant de la vieillesse de Ménephtah, écarté pendant dix à douze ans du trône par l'usurpation des princes de Kheb, était un vieillard à son arrivée au trône, et ne devait plus avoir l'énergie nécessaire pour faire face aux circonstances. Une des statuettes du Louvre représente « un homme accroupi tenant entre ses jambes un naos où figure le dieu Phtah- Sokaris. Les cartouches du roi Séti II sont gravés sur ses épaules et déterminent son époque ; son nom se lit Aïari. Ses titres sont tellement élevés, qu'ils ne conviendraient qu'à un prince héritier du trône, si les troubles profonds qui suivirent le règne de Ménephtah ne nous permettaient
l. Lepsius, DenJm., JH, 204. Cf. les légendes de l'hypogée, dans ChampoUion, Not. Desc, 1. 1, p. 459.
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pas de soupçonner ici Tusurpation d'un degré d'honneur illégitime. Outre les titres ordinaires du souverain pontife de Memphis, que notre personnage s'attribue comme droit héréditaire, il se qualifie héritier dans la demeure du ^ieu Seb (l'Egypte), et héritier supérieur des deux pays. La fin de la légende est brisée , mais aucune parenté royale n'est alléguée, malgré ces titres si éminents *. »
Toutes ces causes diverses, impuissance des rois trop âgés, révoltes des hauts fonctionnaires, usurpations des dynasties collatérales qui depuis près d'un demi-siècle Ira- . vaillaient l'Egypte, amenèrent enfin sous le règne de Séti II, ou immédiatement après sa mort, la dissolution complète, je ne dirai pas de Temjpire égyptien, mais de l'Egypte elle-même. « Le pays d'Egypte s'en allait à la dérive * : les gens qui s'y trouvaient, ils n'avaient plus de chef suprême, [et cela pendant] des années nombreuses, jusqu'à ce que vinrent d'autres temps, car le pays d'Egypte était aux mains de chefs de nomes qui se tuaient entre eux, grands et petits. D'autres temps vinrent après cela, pendant des années de néant •, où un Syrien nommé Arisou* devint chef parmi les princes des nomes, et força le pays entier à payer hommage devant lui : chacun complotait avec le prochain pour piller les biens l'un de l'autre, et comme on traita les dieux de même que les hommes, il n'y eut plus d'offrandes faites dans les temples '. » Les ternies sont explicites et témoignent d'un anarchie complète. Ils nous montrent avec quelle facilité l'agrégat de nomes qui formait l'Egypte pouvait se séparer dès que le pouvoir central venait à faiblir. Sésostris parcourait l'Asie et l'Afrique à la tête de ses armées victorieuses ; moins de cinquante ans après sa mort, l'Egypte était morcelée. « Supposez que
i. De Rougé, Notice des Monuments^ 3* édit., p. 3T-38, A, 71.— 3. Litt. : « était jeté, se jetait au dehors. » — 3. Litt. : « des années vides. » — 4. Cf. ^D^K, nom du fils d'Hamon. — 5. Grand Papyrus Harris, pi. lxxv, 1. 2-6. Cf. Eisenlohr, On the poHHeal eandUion oj Egypt hefore the reign of Ramses UI, dans les Transactions of the Seciety of Biblical Arehasologyj t. I, p. 355-384, et Chabas, Redœrches ^ pour servir à V histoire de la lll* dynastie, p. 1-23.
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le désert devienne plaine et que les montagnes s'abaissent, disait un scribe du temps, les barbares du dehors viendront en Egypte. » Il n'y eut pas besoin de ces miracles pour que l'invasion se fit. Depuis Ramsès II, la puissance militaire de l'Egypte et sa domination extérieure avaient rapidement décliné. Ménephtah avait entretenu l'alliance liittite et tenu garnison dans les principales villes de la Palestine. Mais sous Âmenmesès, sous Siphtah, sous Séti II lui-même, bien qu'on trouve des affirmations de victoires, on né voit plus la trace de grandes expéditions au dehors. Il avait fallu sans doute retirer les troupes des provinces syriennes, afin de parer aux éventualités des guerres civiles. Qàand les peuples étrangers, jusqu'alors repoussés dans leurs tentatives, essayèrent une fois de plus la fortune, ils ne trouvèrent plus devant eux qu'une résistance des plus molles et réussirent pour un moment dans leurs entre-
À la faveur des troubles et de l'invasion, les esclaves étrangers que les Pharaons de la dix-huitième et de la dix-neuvième dynastie avaient emmenés en Egypte se soulevèrent de toutes parts. « On dit que ceux des prisonniers de Sésoôsis qui étaient Babyloniens se révoltèrent contre le roi, incapables qu'ils étaient de supporter plus longtemps les travaux auxquels on les soumettait. Ils s'emparèrent d'une position très-forte qui domine le fleuve, livrèrent divers combats aux Égyptiens et gâtèrent tout le pays environnant; à la fin, quand on leur eut accordé l'impunité, ils colonisèrent la place et l'appelèrent Babylone, du nom de leur patrie. » On contait une histoire analogue sur la bourgade voisine de Troja'. Condamnés à extraire la pierre, à mouler là brique, à creuser les canaux, à construire les temples, les palais et les forteresses, les esclaves avaient une vie fort pénible et ne pouvaient être maintenus dans le devoir que par une surveillance perpétuelle*, A la pre-
l: Diodore de Sicile, 1. I, 56. Trojti est la ville égyptienne de Trou» wou {Bmg3ch j Zeitschrift, 1867, p. 89 sqq.); Babylone est probablefiieat Bâbehben, dont on a les variantes Hârbehen:, Ud'J)eber. — 2. Voir