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mière occasion ils se révoItalQnl et cherchaient à s'échapper. Leur nombre était considérable, surtout dans la Basse-Egypte, où les Pharaons avaient transplanté des tribus entières d'origine libyenne et sémitique, les Wenkhou, les Matsiaou. Parmi eux se trouvaient les enfants d'Israël, ceux du moins qui avaient préféré rester en Egypte après l'expulsion des Pasteurs. Réduits à la condition d'esclaves publics, ils n'avaient pas tardé à regretter le temps des Pharaons « qui connaissaient Joseph* ». Ramsès IIplus que tout autre dut leur être cruel : privé par la paix avec lesKhêtas des ressources que lui procurait la guerre, il se servit, pour la construction de ses monuments, d'Égyptiens et surtout des tribus étrangères établies en Egypte. Les traditions nationales des Hébreux faisaient de la condition de leur peuple pendant son temps une peinture lamentable. « Ils établirent sur le peuple des commissaires d'impôts pour l'affliger en le surchargeant; car le peuple bâtit des villes fortes à Pharaon, savoir : Pithôm et Ramsès. — Mais plus ils l'affligeaient, plus il multipliait et croissait en toute abondance ; c'est pourquoi ils haïssaient les enfants d'Israël. — Et les Égyptiens faisaient servir les enfants d'Israël avec rigueur; — tellement qu'ils leur rendirent la vie amère par une rude servitude, leur faisant faire du mortier de briques et toute sorte cL* ouvrage qui se fait aux champs; tout le service qu'on tirait d'eux était avec rigueur^.» De même que les autres prisonniers, les Hébreux n'attendaient qu'une occasion pour se dérober à leur servitude.
La tradition la plus accréditée place l'Exode sous le règne de Ménephtah*. Ce prince serait le Pharaon de la Bible, celui qui refusa aux Hébreux la permission d'aller sacrifier dans le désert. Mais, à tenir compte des monuments jusqu'à présent connus, rien encore dans l'état de l'Egypte
à cet égard Brugsch, Histoire d'Egypte^ t. I, p. 106, et Ghabas, Mél. ^9WU 2« série, p. 108-165. — 1. Exode^ i, 8. — 2. Exode, 1, 11-14. — 3. De Rougé, Examen critique de l'ouvrage de M» le ckevalier de Bunsen» V partie, p. 74.
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flous Ménephtah n^indiqiie une décomposition assez profonde pour que la révolte et la fuite d'une tribu considérable aient pu se produire heureilsement. L'attaque des peuples de la mer porta à Foccident du Delta et ne pénétra jamais jusqu'au pays de Goshen, où les livres juifs nous montrent les principaux cantonnements du peuple hébreu. Elle ne dura pas assez longtemps pour doimer aux esclaves étrangers le temps de se concerter et de prendre les mesures néces^ saires à leur délivrance. Ce n'est donc pas sous le règne de Ménephtah, après une victoire qui maintint quelque temps encore à l'extérieur le prestige des armées égyptiennes, et dans un moment où toutes les forces de l'Egypte étaient prêtes â la répression, que les Hébreux auraient pu effectuer impunément leur périlleuse sortie. C'est seulement pendant les années qui précédèrent et suivirent la mort de Séti n que se trouvent réunies les conditions favorables à l'Exode : décomposition et démembrement de la monarcbie égyptienne, invasion étrangère, guerre contre les envahisseurs, qui s'étendirent sur tout le Delta et durèrent longtemps. On comprend aisément qu'au milieu du désordre général une tribu étrangère persécutée par les Égyptiens et lasse de la persécution ait pu quitter ses cantonnements et prendre le chemin du désert sans être énergiquement combattue par ses anciens maîtres, trop menacés dans leur propre existence pour [s'inquiéter beaucoup de la fuite d'une bande d'esclaves.
Les traditions nationales des juifs contaient que Pharaon, soucieux de l'accroissement d'Israël, voulut faire tuer tous les enfants mâles qui naîtraient. Une femme de la tribu de Lévi, après avoir caché le sien pendant trois mois, l'exposa sur le Nil dans un berceau d'osier, à l'endroit où la fille de Pharaon avait accoutumé de venir se baigner. La fille de Pharaon eut pitié de l'enfant, l'appela Moïse, le sauvé des eaux, et le fit élever près d'elle dans toute la science de l'Egypte. H avait déjà quarante ans lorsqu'un jour il assassina un Égyptien qui frappait un Hébreu et se sauva au désert du Sinaï. Après quarante années d'exil, Dieu lui apparut dans un buisson ar-*
i60 : CHAPITRE VI.
dent et lui ordonna de tirer son peuple d'esclavage. Mo|^ et son frère Aaron se rendirent à la cour du roi et demandèrent pour les Hébreux l'autorisation d'aller sacrifier daoïs le désert. Ils ne l'obtinrent qu'après avoir frappé le p^jps des dix plaies légendaires et fait périr tous les premiersnés de la nation. Poursuivis par Pharaon, les Hébreux traversèrent à pied sec la mer Rouge, dont les eaux se séparèrent pour les laisser passer et se refermèrent po«ir engloutir les Egyptiens*. Alors Moïse et les enfants d'Isritêl chantèrent ce cantique à l'Etemel et dirent : « Je chance terai à TËtemel, car il s'est hautement élevé; il a jeté c< dans la mer le cheval et celui qui le montait. — L'Étercc nel est ma force et ma louange et il a été mon Sauveur, (c mon Dieu fort Je lui dresserai un tabernacle, c'est le <c Dieu de mon père, je l'exalterai. — L'Étemel est un «c vaillant guerrier, son nom est l'Étemel. — Il a jeté dans ce la mer les chariots du Pharaon et son armée; l'élite de ce ses capitaines a été submergée dans la mer Rouge. — Les ce gouffres les ont couverts ; ils sont descendus au fond <(es ce eaux comme une pierre. » — .... L'ennemi disait : «Je ec poursuivrai, j'atteindrai, je partagerai le butin; mon âme <c sera assouvie d'eux ; je tirerai mon épée,ma main les dé- <e truira. — Tu as soufflé de ton vent : la mer les a couce verts ; ils ont été enfoncés comme du plomb au profond ce des eaux*. »
La tradition égyptienne prenait les choses autrement* LiC roi Aménophis eut, dit-elle, la fantaisie de conten>pier les dieux comme avait fait Hôros, un de ses ancêtres. Un voyant qu'il consulta à cet égard lui répondit qu'il devait avant tout délivrer le pays des lépreux et autres hommes impurs; sur quoi il fit rassembler au nombre de (juàtrevingt mille tous les Égyptiens affligés de vices corporels et les jeta dans les carrières de Tourah. Il y avwt pii^rmi eux des prêtres, et ce sacrilège irrita les dieux : lovoyi^nt, craignant leur colère, écrivit une prophétie dans laquelle il annonçait que certaines gens s'allieraient avec les Im^
L Ewode, 1, 14. — 2. Ibid., xv, 1-10.
pdrs' et domineraient TÊgypte pendant treize ans, puis se tua. Le roi finit par avoir pitié des proscrits et leur concéda la Tille d'Avaris, demeurée déserte depuis le temps doB Pasteurs. Ils s'y constituèrent en corps dé nation sous là conduite d'un prêtre d'Héliopolis, Osarsyph ou Moïse, qoi leur donna des lois contraires aux coutumes égyptiennes, les arma en guerre et conclut une alliance avec hs débris des Pasteurs réfugiés en Syrie depuis plusieurs siècles. Tous ensemble attaquèrent TÉgypte et l'occupèrent sans combat. Aménophis se rappela la prédiction du voyant, rassembla les images des dieux et s'enfuit en Ethiopie avec son armée et une multitude d'Ëgyp tiens. « Les Solymiles, qui avaient envahi le pays avec les Lnpnrs, se comportèrent si indignement envers les hommes, que leur domination devint insupportable à ceux qui. durent alors subir- leurs impietés. En effet, non-seulement ils brûlèrent les villes et les villages, et ne se retinrent point de piller les temples et de briser les images des dieux, mais ils se servirent pour leur cuisine des animaux les plus révérés et forcèrent à les immoler et à les dépecer les prêtres et les prophètes qu'ensuite ils jetaient tout nus au dehors.... Après cela, Aménophis revint d'Ethiopie avec une grande armée ainsi que son fils Ramsès qui, lui aussi^ avait une armée. Tous deux attaquèrent ensemble les Pasteurs et les Impurs, les vainquirent et, après en avoir tué un grand nombre, les poursuivirent jusqu'aux frontières de Syrie *. »
wuaaaèm XIX ci la vlBCtlènie dynastie.
Au milieu du désordre général une dynastie nouvelle s'éleva. Son chef Nekht-Séti, descendant de Ramsès II et maître de Thèbes, réduisit les rebelles et déposséda le Syrien Arisou. «Il fut comme les dieux Khepra et Soutekh en sa violence, remettant en état le pays entier qui était en désordre, tuant les rebelles qui étaient dans le Delta,
U Manéthon, dans Josèphe^ Contra Àpûmem, l, xxvi, zzTn»
purifiant le grand trône d'Egypte; il fut régent, des deux terres à la place de Toum, s'appliquant à réorganiser ce qui avait été bouleversé^ si bien que chacun reconnut un frère dans ceux qui avaient été séparés de lui pendant si longtemps^, rétablissant les temples et les sacrifices, si bieu qu'on rendit aux cycles divins leurs hommages traditionn nels*. 5>
Son fils Ramsès III, qu'il avait déjà associé au trône de son vivant, fut le dernier des grands souverains de r£!gypte. Pendant les trente-deux années de son règne, il ae cessa de travailler à rétablir au dehors l'intégrité de Texubpire, isLU dedans la prospérité du pays. Malgré les succès qu'avait obtenus son père, il trouva les provinces syriennes perdues et les frontières entamées de toutes parts. A l'ouest les Bédouins harcelaient les postes fortifiés du Delta et les colonies minières du Sina! ; k l'est les nations de Libye avaient envahi la vallée du Mil. Entraînés par leurs chefs, Déîd, probablement le fils du Mermalou qui avait été battu sous Ménephtah , Mashaken, Tamar et Tsaoutmar,lesTahennou,lesTamahou,lesEehak et leurs voisins avaient quitté les plateaux sablonneux du désert. Ils avaient occupé le nome Maréotique, le nome Saltique^ les embouchures du Nil jusqu'au grand bras du fleuve, bref toute la partie occidentale du Delta depuis la ville de Karbana à Test* jusqu'à la banlieue de Memphis au sud* Ramsès m, après avoir châtié vertement les Bédouins, se tourna contre les Libyens en l'an Y, et les battit compl6« tement. « Ils furent épouvantés comme des chèvres attaquées par un taureau qui bat du pied, frappe de la corne et ébranle les montagnes en se ruant sur qui l'approche. » Les ravages des barbares avaient exaspéré les Egyptiens : ils ne firent point quartier dans la bataille. Les Libyens s'enfuirent en désordre: quelques-unes de leurs tribus
1. Lltt. : « son frère de ceux qui avaient été murés, » •— 2. Grand Pof^ pyrut UarriSy pi. LXXVI, 1. 8-9. Cf. Eisenlohr^ On the political con^ dition, p. 363, 364; Chabas, Recherches pour servir à Vhistoire de la HX* dynastie, p. 23-27. — 3. Sur Karbana, voir G. Maspero, dans les Mélanges d*archéolQgie égyptienne, 1. 1,^* l\Q.
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LES GRANÙES MIGRATIONS .MARITIMES. 26a
attardées dans le Delta furent isurprises, enlevées et incor^ poiées à l'armée auxiliaire ' .
A peine délivré de ce côté, Ramsës III dut se tourner contre k Syrie. Les peuples de l'Asie Mineure et des ile^ de la 6rè6e, encouragés par le désordre où ils avaient vu TÉ^te plongée, s'étaient levés en |masse et avaient pris une fois encore le chemin du Delta. Les Danaens, les Tyrséniens, les Shakalash, les Teucriens, qui avaient succédé aux Dardaniens dans l'hégémonie des nations troyen-^ nés, les Lyciens, lesPhilisti, entrèrent dans la, confédération. Les uns, montés sur les navires, devaient attaquer les côtes; les autres devaient traverser la Syrie entière et assaillir les forteresses de l'isthme. Le rendez-^vous de la flotte et de l'armée de terre était à la pointe orientale du Delta, non loin du site où plus tard s'éleva Péluse. Ramsès III arma les bouches du Nil, mit lés places des m>me8 limitrophes en état de défense et se porta à la rencontre de l'ennemi en l'an ym. Les alliés avaient écrasé et entraîné à leur suite les Ehêtas, les gens de Karkémish, du Eati, d'Ârad, de Kadesh; après avoir séjourné quelque temps aux environs de cette ville dans le pays des Amorrliéens, ils avaient poussé droit sur TÉgypte. Leur armée et leur ûotte rencontrèrent Tarmée et la flotte égyptiennes qui les attendaient entre Raphia et Péluse, sous les murs d'un château fort qu'on appelait la Tow de Ramsès III i « Les eml>ouchures du fleuve étaient comme un mur poissant de galères, de vaisseaux, de navires de toute sorte, garnis de la proue à la poupe de vaillants bras aiv més. Les soldats d'infanterie, toute l'élite de l'armée d'Egypte, étaient là comme des lions rugissants sur la mon-* tstgne; les gens de chars, choisis parmi les plus rapides des kéros, étaient guidés par toute espèce d'officiers sûrs d'eux-mêmes'. Les chevaux frémissaient de tous leurs meiobres et brûlaient de fouler aux pieds les nations. Pour moi, dit Ramsès, j'étais comme Month le belliqueux :
1. Chal)as, Études surVAtaiqwté historique ^v* 330-2ô0« <- 2. Litt. : connaitsant leur main.
je me dressai devant eux, et ils virent l'ef ort de mes mains« . Moi, le roi Ramsès, j'ai agi comme un héros qui connaît sa valeur et qui étend son bras sur son peuple au jour de la mêlée. Ceux qui ont violé mes frontières ne moissonneront plus sur la terre : le temps de leur âme est mesuré pour l'éternité.... Ceux qui étaient sur le rivage, je les fis tomber étendus au bord de l'eau, massacrés comme des charniers; [je chavirai] leurs vaisseaux; leurs biens tombèrent à l'eau*. »
Cette victoire si prompte ne termina pas cependant les guerres de Ramsès III. Les anciens alliés des peuples de la mer, les Libyens, n'auraient pas mieux demandé que de prendre part à la campagne de l'an VIII contre l'Egypte : s'ils ne le firent pas, ce fut sans doute parce qu'ils n'avalent pas encore eu le temps de réparer leurs pertes. Dès qu'ils se sentirent prêts, ils entrèrent en scène. Leur chef Kapour et son fils Mashashar entraînèrent les Mashouash, les Sabata, les Eaîqash et d'autres tribus moins importantes, puis, aidés par des auxiliaires tyrséniens et lyciens, envahirent le Delta en l'an XI. « Leur âme s'était dît pour la deuxième fois qu'ils passseraient leur vie dans les nomes de l'Egypte et qu'ils en laboureraient les vallées et les plaines comme taur propre territoire. » Le succès ne répondit pas à leur attente. « La mort vint sur eux en Egypte, car ils étaient accourus de leurs propres pieds vers la fournaise qui consume la corruption, sous le feu de la vaillance du roi qui sévit comme Baal du haut des cieux. Tous ses membres sont investis de force victorieuse; de sa droite il saisit des multitudes ; sa gauche s'étend sur ceux qui sont devant lui, semblable à des flèches contre eux^ pour les détruire; son glaive est tranchant comme celui de son père Month. Kapour, qui était venu pour exiger l'hommage, aveuglé par la peur, jeta ses armes, et son armée agit comme lui : il éleva au ciel un cri suppliant et
1. Greene, Fouilles à ThèheSy 1855. Cf.* de Rougé, Notice de qutlques textes hiéroglyphiques, daais VAthenasumfrançaiSt 18^5^ et Chabas, Etudes sur V Antiquité historique, p. 250-288.
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son filà suspendit son pied et sa main. Mais voilà que se leva près de lui le dieu qui connaissait ses plus secrètes penséesl Sa Majesté tomba sur leur tète comme une montagne de granit; elle les écrasa et mélangea la terre de leur sang comme de Teau : leur armée fut massacrée, mas sacrés leurs soldats.... On s'empara d'eux; on les frappa, les bras attachés, pareils à des oiseaux jetés au fond d'une barque, sous les pieds de Sa Majesté. Le roi était semblable à Montb; ses pieds victorieux pesèrent sur la tête de l'ennemi ; les chefs qui étaient devant lui furent frappés et tenus dans son poing. Ses pensées étaient joyeuses , car ses exploits étaient accomplis/. » Les Libyens se gardèrent de troubler désormais la paix de l'Egypte.
Les victoired de ces douze années réparèrent les dé-^ sastres des années précédentes. Les anciennes provinces syriennes, les nations alliées de Khêta, de Karkémish, du Eati, s'étaient soumises sans résistance après la défaite des peuples de la mer. Une expédition maritime fut dirigée bientôt après contre l'Arabie. « J'équipai des vaisseaux et des galères, pourvus de nombreux matelots et de nombreux ouvriers. Les chefs des auxiliaires maritimes s'y trouvaient avec des vérificateurs et des comptables pour les approvisionner des produits innombrables de l'Egypte : il y en avait de toute grandeur par dizaines de mille. Allant sur la grande mer de l'eau de Kati*, ils arrivèrent aux pays de Pount, sans que le mal les abattit, et préparèrent le chargement des galères et des vaisseaux en produits de Tonouter, avec toutes les merveilles mystérieuses de leur pays, et en des quantités considérables de parfums de Pount, chargés par dizaines de mille, innombrables. Leurs fils, les chefs du Tonouter, vinrent eux-mêmes en Egypte avec leurs tributs ; ils arrivèrent sains et saufs au pays de Goptos, et abordèrent en paix avec leurs richesses. Qs les apportèrent en caravanes d'ânes et d'hommes et les chargèrent dans des barques sur le fleuve, au port de
l. Chabas, Études sur VAntiquité historique, p. 243-249..— 2. Un de»
noms de ta mer Bouge.
Goptos ^* » D'autres expéditions dans la péninsule du Sinal replacèrent les districts miniers sous Tautorité du Pharaon^. L'empire égyptien se trouva reconstitué tel qu'il était un siècle auparavant au temps de Ramsès II. On ne vit plus les ShardaneSy les Tyrsènes, les Lyciens, les Troyens, débarquer en masse sur les côtes d' Afrique. Le courant de l'émigration asiatiquB^ tourné contre la vallée du Nil pendant cent cinquante ans au moins, reprit sa route vers FOuest ef arriva «n Italie à la suite des colonies phéniciennes. Les Tyrséniens prirent terre au nord de remhouchure du Tibre ; les Shardanesr occupèrent la grande île qui fut plus tard appelée Sardaigne. Il ne resta bientôt plus en Asie et en Egypte que le souvenir de leurs déprédations et le récit légeiidaire des migrations- qui les avaient conduits des côtes de T Archipel aux eôt«s de la Méditerranée occidentale. Un seul des peuples conféd^és, celui des Philisti, réussit à s'établir en Syrie : il se logea le long de la côte méridionale entre Joppé et le torrent d'Egypte, dans une région occupée jusqu'alors par les Cananéens, et y vécut d'abord dans le vasselage de Pharaon. A l'autre frontière du Delta, une tribu libyenne, celle des Mashouash, obtint de même une concession de territoire : les soldats mashouash levés soit en Libye- même, soit dans la portion de la tribu campée aux bords du Nil, formèrent un corps d'élite dont les chefs jouèrent bientôt mx grand rôle dans l'histoire intérieure de l'Egypte.
Hérodote racontait qu'au retour de ses campagnes Sésostris faillit être tué par trahison. « Son frère, à qui il avait confié le gouvernement, l'invita à un grand repas et avec lui ses enfants, puis il fit entourer 4e bois la maison où se trouvait le roi et ordonna qu'on y mît le feu. Le roi l'ayant appris, délibéra sur-le-champ avec sa femme, qu'il avait amenée avec lui : celle-ci lui conseilla de prendre deux de ses six enfants, de les étendre sur le bois enflammé et de se sauver sur leurs corps comme sur un pom. Sésostrislefit, et
1. Grand Paj^rui Barris. Cf. Chabas, Beefwches sur la XII* dynastie, p. 59-63. —2. Idem, t&t'd., p. 63-68.
'V LES GRANDES. MIGRATIONS MARITIMES. i6T
hrùth de la sortedeux de ses enfants; le reste se «auva avec le pke*, » Les monuments nous ont prouvé que le Sésostria de la légende d'Hérodote est ici non pas Ramsès II, mais son homonyme Ramsès III. Un des frères du roicfUe lesdo^ cuments désignent sous le nom fictif de Pentaourt conspira contre lui ayec un certain nombre de grands of&ciers et de femmes du harem : il s'agissait de tuer le Pharaon et de mettre son frère à sa place. Le complot fut découvert, les conjurés cités devant les tribunaux et condamnés, les uns à mort, les autres à la prison^. Ramsès III, délivré de toute inquiétude, passa en paix les dernières années de son règne. U construisit à Thèbes, en souvenir de ses guerres, le grand pakisdeMédinet-Habou, agrandit Ramak, restaura Louqsor. Le détail de ses fondations dans le Delta nous a été conservé par un manuscrit de la bibliothèque d'Héliopolis, le grand papyrus Harris' : on voit par ce document que TËgypte avait non-seulement recouvré son empire extérieur, mais repris toute son activité commerciale et industrielle. Les beaux jours de Thotmès III et de Ramsès II semblaient être revenus.
Pourtant la décadence était proche. L'Egypte, épuisée par quatre siècles de guerres perpétuelles, devenait de plus en plus incapable d'un effort sérieux: la population, décimée par le recrutement, mal renouvelée par l'introduction incessante d'éléments étrangers, n'avait plus la patience et l'enthousiasme des premiers temps. Les classes élevées, ac» eoQtumées au bien-être et à la richesse, n'estimaient plus que les professions civiles et raillaient tout ce qui touchait au militaire. «Pourquoi dis^tu que l'officier d'infanterie est plus heureux que le scribe? demandait un scribe à son élève. — Arrive, que je te peigne le sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses misères I — On l'amène, tout en^ fant, pour l'enfermer dans la caserne : — une plaie qui le coupe se forme sur son ventre, --^ une plaie d'usure est sur
1. Hérodote, II, 107. — 2. Th. Devéria, Le Papyrus judiciaire de Turin, où les pièces du prooès fient traduites et commentées. — 3. Voir, sur ce papyrus, Chabas^ LePapyrue magique Barris, p. 2, et les tra-» ductions de MM. Birch et Eisenlohr,da]is.laZeô<cftrt/'<,1873<1874.