‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 53 sur 176 · II Sam.^ x-xn; I Chron., xix-jx · texte numérisé non relu

II Sam.^ x-xn; I Chron., xix-jx

. . l'empire juif. 319

l'empire juif ne donna pas à la Syrie Tunité qui lui aurait été nécessaire pour se maintenir indépendante et résister avdc quelque chance de succès aux tentatives de ses puissants voisins. L'antagonisme des religions suffisait à entretenir l'antagonisme des peuples : à la rigueur Baal aurait < pu s'accommoder de Jahveli, si Jahveh avait voulu se prêter à une transaction. Mais Jahveh ne pouvait souffrir aucun autre dieu près de lui: ses fidèles ne devaient adorer et connaître que lui. Quand même on aurait persuadé aux Juifs de tolérer l'idolâtrie syrienne, on aurait échoué devant d'autres obstacles. Les matelots phéniciens, les marchands de Damas, les agriculteurs de la Cœlé-Syrie pouvaient plier un instant devant les Israélites ou devant toute autre nation militaire assez forte pour s'imposer: mais comment les décider à se comprendre les uns les autres et à se fondre en un seul peuple? L'empire juif ne fut qu'un amas de provinces et de royaumes vassaux dont les parties mal soudées tendirent sans cesse à se disjoindre. La force les avait soumis : la force pouvait seule les contenir. Le jour où la force d'Israël disparut, l'empire tomba de lui-même et fut oublié de tous aussi complètement que s'il n'avait iamais existé.

David aurait dû mourir au lendemain de sa dernière victoire : comme la plupart des grands souverains d'Orient^ il vécut plus qu'il ne fallait et passa par les épreuves misérables qui attristent d'ordinaire la fin d'un long règne. Pendant le siège de Rabbah, il. avait séduit Bathsheba, femme d'Uriah le Hittite et fait ther le mari dont la présence lui devenait gênante: vertement réprimandé par le prophète Nathan, il s'était repenti et avait gardé la femme ^ Sa maison n'était déjà que trop peuplée : les querelles entre enfants de mères différentes ne tardèrent pas à y éclater. Amnon, né d'Akhinoam viola sa sœur Tamar, fille de Maacha: Absalom, frère de Tamar, se vengea de ce crime en assassinant le criminel. Gracié par son père, il se révolta bientôt après,^ et entraîna tout le peuple. Ses

1. II Samuel, u, xn. — 2. Le texte hébreu dit : au bout de quarante

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320 CHAPITRE VÏII.

hésitations au moment décisif laissèrent à David le t^mps de se réfugier au delà du Jourdain : la multitude indisciplinée qu'il traînait après lui fut aisément dispersée par la petite armée royale, et lui-même tué par Joab dans la déroute*. Le chef mort, il semblait que la guerre civile n'eût plus d'objet: la jalousie des tribus contre Juda la fit traîner quelques temps encore. Elle ne se termina Yjue sous les murs d'Abel-beth-Maacha par la mort de ^feli le Benjatoinite^. David n'eut plus de révoltes populaît*es à craindre; mais le choix dé son successeur le jeta dans des difficultés inextricables. Selon Tordre naturel, le trône devait appartenir à son quatrième fils Adonijah : Bathsheba et le prophète Nathan décidèrent le vieux roi à faire proclamer Salomon dans Jérusalem et à lui remettre le pouvoir de son vivant. David survécut quelques mois à peine à cette abdication: il mourut à Tâge de soixante et onze ans, dans la quarante et unième année de son règne'. La mémoire de ses fautes et de ses crimes s'effaça bientôt. On oublia qu'il avait servi les Philistins dans sa jeunesse, que plus tard il n'avait pas reculé devant l'adultère et avait prodigué le meurtre, pour ne plus voir en lui que le vrai fondateur jlu royaume, « l'homme selon le cœur de Dieu. » L'aiûant de Bathsheba et le meurtrier d'Driah devint le prototype du Messie, de celui qui devait venir pour purifier Israël. On lui attribua toutes les poésies religieuses que la littérature hébraïque produisit jusqu'à l'époque des Machabées, et on ajouta à sa gloire politique une gloire littéraire plus* durable. Entre les éloges exagérés des vieux écrivains et les attaques passionnées de beaucoup d'écrivains modernes, il faut prendre un terme moyen. David ne fut pas toujours «Thomme selon le cœur de Dieu» ; mais il ne fut pas toujours «un homme de sang».' Son œuvre poétique a péri presque tout entière* : mais ce <jui

ans (II SamMelt xv, 17). Le texte syriaque et Josèphe (Atil. JuéL^ vn, 9, 2) donnent seulement quatre ans, — 1. II Samuel f zeh-xiz. — 2. Ibid, zx. — 3. I RoiSf i-n. — 4. Nous n'avons plus de David que les morceaux contenus au second livre de Samuel et peut-être quelques psaumes (xxit, 7-10; a, etc.).

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LEMPIRE JUIF. B%\ ^

en reste lui assure le titre de grand poëte, comme ce que nous savons de sa carrière politique suffit à lui assurer la renommée d'un grand roi* ^

Aussitôt apr&s la mort de son père^ Salomon se débarnuMa de ses rivaux et de ses ennemis. Adonijah et Joab furent assassinés, ce dernier dans le lieu saint où il s'était réfugié : le grand prêtre Abiathar f&t remplacé par Tsadok et relégué dans la ville d'Anathoth. Tous les sujets de David s'inclinèrent devant son successeur : Tyr, qui seule alors égalait en richesse l'empire Juif, rechercha sop alliance. Depuis la chute de Sidon, Tyr était devenue la capitale de la Phénicie. D'abord gouvernée par deux shophe^ ^, elle s'était donnée un roi Abibaal, à peu près dans le même temps que les Hébreux acclamaient David à Hébron. Hirom !•', fils d'Abibaal, avait toujours entretenu des relations d'amitié avec David: il lui avait fourni des bois et des artistes phéniciens pour la construction du palais royal. U continua la même politique sous Salomon et gagna à cette conduite habile, sinon une extension de territoire, au moins la paix et la liberté. Tyr, qui avait déjà colonisé la Sicile, le Nord de TAfrique et le pays de Tharshish% put consacrer tout ce qu'elle avait de force et d'énergie à l'agrandissement de son empire lointain.

Lorsque Salomon monta sur le trône, la paix durait presque sans interruption depuis un quart de siècle, et avait favorisé partout le développement de la population. « Juda et Israël, étaient en grand nombre, comme le sable qui est sur le bord de la mer, tant ils étaient en grand nombre; ils mangeaient, buvaient et s'éjouissaient.... Ils habitaient en assurance chacun sous sa vigne et sous son figuier, depuis Dan jusqu'à Bersheba*. » Le sol était naturellement fertile et ne demandait qu'un peu de travail : il produisit bientôt en abondance le blé et l'orge, l'huile,

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