‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 74 sur 176 · L'ASIE AU TEMPS DES SÂRGONIDES · texte numérisé non relu

L'ASIE AU TEMPS DES SÂRGONIDES

L'empire colonial atait éprouTé les mêmes Ticissitades que les villes du* eontinent. Il avait continué de croître jusqu'à Ithobaal I^ et même pendant le règne de ce prince. La Mauritanie et l'Espagne du Sud, occupées en partie par des peuples mixtes nés de Talliance des Sémites avec les tribus indigènes, n'étaient déjà plus la limite extrême da commerce des Phéniciens vers l'Occident. Les amiraux< de Tyr avaient exploré la côte du Maroc bien loin au sud/ et fondé, entre le détroit de Gadir et le Sénégal, des colonies nombreuses ; ils avaient remonté la c6te d'Espagne, traversé la mer des (Hules et pénéti^ jusqu'aux lies de l'Êtain, peut-être même jusque au delà de la Grande- Bretagne. Tyr était vraiment la métropole commerciale du monde entier. Les troubles qui suivirent la mort dltho^ baal I*' interrompirent ce mouvement d'expansion et amoin*^ drirent la force du pays au moment même où des ennemis puissants commençaient à l'attaquer sur plusieurs point!^ à ia fois. La marine étrusque arrêta ses progrès sur les côtes d'Italie et de Gaule, tandi» que la marine grecque, après avoir enlevé dans la mer Egée ce qui restait de la

Histoire ancienne, t. III, p. 74-86. Pour juger de rétendue des renseignements que les monuments assyriens nous ont déjà fournis sur l'his» toire intérieure de la Phénicle, il suffit de comparer les quelques pages que je lui ai consacrées au chapitre de Movers qui traite de cette époque (Die P/icenûter, t. U, V Theil, p. 350-371). La liste des rois Tyriens a reçu également de notables développements, comme le prouve la liste suivante :

Abibal.

Hraoïc I".

Abdastart.

(Anonyme).

ASTART.

ASTARYlC.

Phelles.

Ithobaal I*.

BALETSORi MUTTON 1"".

Ptgmauon.

[HiROM II] [MOTTON II]

Elouli [Ithobaal II]

[BaalI

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kkk - CHAPITBJS XL

vieille colonisation Sidonieime, couvert de ses. colonies les côtes méridionales de l'Asie Mineure et pris pi«à à Chypre, s'aventurait jusqu'en Sicile. En 734, une première expédition fondait au pied de TEtna Nlaxos et Mégare ; en 734 , les Corinthiens et les Corcyréens bâtissaient Syran cuse : en quelques années les Grrecs occupèrent toute la côte orientale et méridionale de Tîle, Carthage acheva ce qu'ils avaient commencé. L'aristocratie tyrienne transpoi^ tée en Afrique y déploya, pour la grandeur de sa nouvelle

Satrie, l'activité qui avait fait la grandeur de Tyr penant les siècles précédents^ La Ville neuve éclipsa ses voisines, Utique, Adrumète, Leptis, et ne tarda pas à entrer en rivalité d'intérêts avec la mère-patrie : soixante années à peine après sa fondation, elle conquérait pour son compte la partie méridionale de la Sardaigne. Les Phéniciens de Sicile, refoulés parles Grecs dans Makhanath (Panormos), Motya et Képher (Solonte), ceux de la côte d'Espagne et ceux de la côte d'Afrique, harassés sans cesse par les barbares, tous les peuples et tous les comptoirs que Tyr empêchée par ses guerres contre l'Assyrie ne pouvait plus défendre, se mirent sous la protection de Carthage. Le vieux nom national de Pœniy d'abord entendu sur les rives du golfe Persique, résonna sur les eaux de la Méditerhtnée et de l'Océan Atlantique, et l'empire Punique remplaça en Occident l'empire Phénicien. Chypre fut conquise par les Assyriens en 708; Thasos par les Pariens à peu près dans le même temps. Vers la fin du règne d'Assour-ban-habal, la Phénicie n'avait plus une colonie qui reconnût son autorité. Sa richesse et son commerce n'en souffrirent point : « elle fit le métier de revendre aux peuples en plusieurs « îles » et servit de commissionnaire en marchandises au monde entier, aux Carthaginois et aux Grecs comme à ceux d'Egypte et de Syrie. Sa force n'en était pas moins brisée : réduite à son territoire continental, elle garda assez d'énergie pour résister aux assauts des conquérants étrangers et pour succomber glorieusement, mais n'eut plus assez de puissance effective pour peser d'un grand poids dans les destinées de la Syrie.

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Nous ayons laissé les Juifs au lendemain de la défaite de Sin-akhè-irib ^ Hizkiah avait attribué sa délivrance à un miracle et s'était septi confirmé dans sa piété par le désastre des Assyriens. Docile aux conseils de Jesalah, il avait décliné Talliance de la Ghaldée et l'appui de l'Egypte. Il s'était borné à mettre son royaume en état de défençe du mieux qu!il pouvait, sans provoquer les soupçons du monarque assyrien, tout-puissant malgré son désastre de libnah. Juda sembla refleurir. « Le peuple qui marcliait dan^ les ténèbres a vu une grande lumière, et la lumière a relui sur ceux qui habitaient au pays de l'ombre de la mort. Tu as multiplié la nation, tu lui as accru la joie ; ils se réjouiront devant toi, comme on se réjouit en la moisson, comme on s'égaye quand on partage le butin. Car tu as mis en pièces le joug dont il était chargé et le bâton dont on lui battait ordinairement les épaules, et la verge de son exacteur comme au jour de Madian '. » L'influence de ces quinze, années de paix où « les campagnes se revêtirent sans cesse de troupeaux et les vallées se couvrirent de froment ' » se fit sentir jusque dans la littérature. Hiz^ kiah, défenseur éprouvé de Jahveh, et poète lui-même, protégea la poésie religieuse, dans laquelle il trouvait encouragement et consolation. Cfest à ses chantres que l'on doit une bonne partie des Psaumes qu'on attribua plus tard à David; c'est lui qui fit rassembler et mettre en ordre plusieurs des monuments les plus anciens de la poésie hébraïque, entre autres les vieux dictons populaires qui couraient sous le nom de Salomon \

Dans cette sorte de renaissance littéraire, dont les prophètes Joël, Amos, Hoshea, avaient été les précurseurs, Jesalah joua le plus grand rôle. Il donna, dans ses écrits, le type de la plus haute perfection que la langue hébraïque ait jamais atteinte. «Tout ce qui constitue les œuvres achevées, le goût, la mesure, la perfection de la forme, se rencontre dans IsaîO) et atteste chez lui un degré de culture

1. Voir p. 413. — 2. Jésaiah, xxxiv, 10-15. — 3. Idem^ ch. ii, v, 1-3. — 4. Proverbes, Tvr, 1.

littéraire inconnu ftux psalmiétes et aux voyants des âges plus anciens*. » Pendant les dernières, années d'His^dah, il vit le culte de Jahveh rétabli dans toute sa splendeur et Juda ramené de nouveau à la crainte d^ Dieu* Et pourtant son esprit était rempli de funèbres visions et de sombres pressentiments. Il connaissait trop ^on peuple, ce peuple « qui disait aux voyants : Ne voyez point ; et à ceux qui voient des visions : Ne voyez point de visions de justice, mais dites-nous des choses agréables, voyez des visions trompeuses*, » pour se faire illusion sur la durée probable de ce temps de sagesse et de prospérité. Il savait qu'un parti nombreux, attaché au culte des dieux, n'attendait que la mort du vieux roi pour relever la tête et faire retomber Juda dans les errements d'où Fou avait eu tant de peine à le tirer. Il voyait, dans un avenir prochain, les autels renversés, le temple souillé de nouveau par les sacrifices païens, l'idolâtrie triomphante et provoquant la colère de rÉternel. Ses chants d'allégresse sont toujours entremêlés de sinistres prédictions : « Femmes qui êtes à votre aise, levez-vous, écoutez ma voix; filles qui vous tenez assurées, prêtez Toreille à ma parole : Dans un an, et quelques jours au delà, vous qui vous tenez assurées, serez troublées, car la vendange manquera; la récolte ne viendra plus. Vous qui êtes à votre aise, tremblez ; vous qui vous tenez assurées, soyez troublées; dépouillez-vous, quittez vos habits et vous ceignez de sacs sur les reins. On se frappe la poitrine à cause des mamelles, à cause des champs désirables^ à cause de la vigne abondante en fruit. Les épines et les ronces monteront sur la terre de mon peuple, même sur toutes les maisons où il y a de la joie et sur la ville qui s'égaye. Car le palais va être abandonné ; la multitude de la cité va être délaissée ; lès lieux inaccessibles du pays et les forteresses seront autant de cavernes à toujours ; là se joueront les ânes sauvages, et les troupaux y paîtront •* »

1. Renan, Histoire générale des langues sémitiques, 1. 1, p. 131. — 2. Jésdiahy xjx, 10. — 3. Idero- wxii, 9-H.

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lâîon elle-même sera détruite, çt ou pourra lui appliquer Ci9 que le prophète a dit du pays d'Ëdoin. c Elle sera désolée de génération en génération,, il n'y aura personne qui passe par elle à jamais. Et le cormoran et le butor la posséderont ; le hibou et le corbeau y habiteront ; et on étendra sur elle la ligne de confusion et le niveau de désordre. Ses magistrats crieront qu^il n'y a plus là de royaume, et tous ses gouverneurs seront réduits à rien. Les épines croîtront dans ses palais, les chardons et les buissons dans ses forteresses, et elle sera le repaire des dragons et le parvis des chats-huants. Là les bètes sauvages des déserts reu' contreront les bètes sauvages des îles, et la chouette criera à sa compagne; là même se posera rorfraie,et il y trouvera son repos. Là le martinet fera son nid, il y couvera, il y éclora, et il recueillera ses petits sous son ombre ; et là aussi seront assemblés les vautour? l'un avec 1 autre*, » Le peuple de Dieu sera emmené captif. Les désastres récents de Damas et de Samarie, ces deux ennemis perpétuels de' Juda laissaient comprendre assez quel sort TAssyrien ou le Chaldéen réservait au reste des douze tribus, le jour où le roi de Ninive fatigué des révoltes perpétuelles du peuple de Dieu songerait sérieusement à la vengeance, La ruine, l'exil, la déportation en pays lointain étaient pro- <^édés habituels de la politique assyrienne. Juda les avait vu trop souvent appliquer aux nations yoisines pour ne pas prévoir le jour où on les lui appliquerait à lui-même.

Si sombres que soient les couleurs sous lesquelles il peint l'avenir prochain, sa confiance en la miséricorde •divine lui donne, pour les siècles futurs, la certitude d'une parfaite félicité. L'Étemel a choisi Israël pour être son peuple : comment pourrait-il vouloir détruire son peuple et livrer toute la terre à l'idolâtrie? Si Jérusalem est brûlée, si le temple est détruit, si Juda est emmené en servitude, les malheurs du temps présent ne sont qu'une épreuve passagère : Dieu veut purifier son peuple par la douleur. Lorsque les jugements dont le Seigneur frappe

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