‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 2)Chapitre 77 sur 176 · Hérodote · texte numérisé non relu

Hérodote

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462 GHAPITtlE XI.

grand palaiu et 8*entoùfa d'une garde royale. Il comziiaiiita eiiduite à ses snjets d'abandonner leurs villages et de se réunir auprès de lui, dans les murs d'une grande capi^ taie, «t Les Mèdes, dociles à ses ordres, bâtirent cette yUle iihinense et bien fortifiée qu'on nomme Acbatana. Ses enceintes sont excentriques et construites de telle sorte que chacune dépasse l'enceinte inférieure seulement de la hauteur de ses créneaux. L'assiette du lieu, qui s'élèTe en colline, favorisa cet arrangement. Il y avait em tout * sept enceintes, et dans la dernière le palais et le tréser du roi. Le pourtour de la plus grande égale à peu près le pourtour d'Athènes. Les créneaux de la première sont peints en blanc; ceux de la seconde en noir; ceux de la troisième en pourpre; ceux de la | quatrième en bleu; ceux de la cinquième sont d'un rouge orangé. Aux deux dernières les créneaux sont argentés pour Tune et dorés pour l'autre. Toutes ces fortifications, Déîokès les fit élever pour lui-môme et pour son palais; il commanda au peuple de se loger hors de la citadelle. La ville tei-* minée, il posa le premier en règle que nul n'entrerait chez le roi, mais,que toutes les affaires s'expédieraient par ^entremise de certains officiers qui les rapporteraient au monarque; qu'il serait indécent de regarder le prince en face, de rire ou de cracher en sa présence. Il établissait ce cérémonial autour de lui pour ne pas donner à ses contemporains élevés avec lui, aussi bien nés et aussi bien doués que lui, l'occasion de s'aigrir à sa vue et de conspirer contre lui : il pensait qu'en se rendant invisible à ses sujets ils finiraient par le considérer comme un être d'une nature différente*. »

Le personnage de Déîokès n'a rien d'historique*; le nom a été retrouvé sur les monuments. En 713, Sargon soumit un pays de Bet-Dayakkou, ainsi nommé d'après son souverain : Dayakkou répond évidemment à Déîokès*. Mais il :

1. Hérodote, I, 9^99. — 2. Voir sur la tournure grecque de Thistolre de Déîokès les observations de Grote {History of Greece, t. III, p. 307 sqq.) et G. Rawlinson {Herodotus, t I, p. 321) ; The five great MftnarchieSy t. II, p. 380-383). — 3. M. Henri Rawlinson avaii. pensé

LES SAHGONIDBS. 463

y t «Dire |)a;akkou et Déiokés une différence essentielle : Dftyttkkott fut et resta toute sa Vie un petit chef obscur de. Médie; Déiokès est un fondateur d'empire. Il faut donc regarder et le personnage de Déiokès et son règne de cinquaate^trois ans comme une fiction poétique agréable à la vanité des peuples aryens, démentie par l'histoire '. Sous Saryoukin, sous Sin-akhè-irib, sous Assour-akhè-'idin,. c'est-è-dire pendant le demi-siècle de puissance que la. légende accorde généreusement à Déîokès (708-655), la Mé-, die était morcelée en petites principautés dont la plupart payaient tribut à l'Assyrie ^

lia religion Iranienne ) SoroMitre ) le» Hna^efl*

La religion des Mèdes et des Perses dérivait du culte des anciennes populations aryennes, tel que nous le font connaître en partie les livres sacrés de îlnde. Ç'avaient d'abord été les mêmes rites, les mêmes croyances, les mêmes noms divins appliqués aux mêmes idées; puis, des divergences s'étaient montrées, d'abord presque insensibles, bientôt assez accentuées pour former deux systèmes de dogmes contradictoires. Les Aryens connaissaient d'une manière confuse un dieu unique d'essence, multiple en ses manifestations et comme perdu en elles. Son unité se décomposait en une pluralité d'attributs dont chacun était susceptible de s'animer et de devenir une personne indépendante. C'est de cette conception une à la fois et multiple que sortirent par des procédés différents les religions polythéistes de l'Inde et de l'Europe ; c'est d'elle que sortit la religion dualistique des peuples Iraniens.

Les légendes nationales reportaient sur le prophète

que Dfîôkès répondait à Dahak, second élément du nom d'Àj-éakàk, le serpent qui mord, en grec 'Aatudyn; {Notes on thé Early Uistory of Bahylonia, p. 30, note 3). Je crois que M. Fr. Lenormant a raison d'identifier le mot Déiokès avec Dayakkou. — 1. M. Fr. Lenormant a essayé récemment de démontrer Tauthenticité du Déiokès d'Hérodote {Lettres assyrxologiqueSy 1" série, t. I, p. 65-62)- — 2. G. Rawlinson, Herodotus, 1. 1^ p. 328 331 ; The five great Monarchies, t. II, p. 379-383.

464 CIHAPITRE XI.

Zarathoustra (Zoroastre)' Thonneur d'aydr établi k ' religion. Presque tous les écrivains de l'antiquité 0h6ÉM|tte s'accordent à placer ce personnage sur les plans les v^^tis reculés de l'antiquité fabuleuse. Hermippos et Eudcn» le £ûsaient vivre six ou sept mille ans avant la a»rt d'Alexandre; Pline le disait de mille ans antériei^' à Moïse ^, et Xanthos de Lydie prétendait qu'entre sa.mert et l'avènement de Darios il s'était écoulé six cents «as*. Zarathoustra vivait aux premiers ftges de la race iraniamiey au temps où les tribus étaient encore campées en Bactriane. U était de race royale et fut choisi par Dieu, dès avant sa naissance, pour régénérer le monde. Son enfance et sa jeunesse se passèrent dans des luttes incessantes contre les démons : toujours assailli, il était touj<Mir8 vainqueur et sortait plus parfait de chaque épreuve. Quand il eut trente ans, un génie supérieur, Yôhou-manô^ lui apparut et le conduisit en présence d'Ahourâ-mâzdâ. Iiratê à interroger Dieu, il demanda « quelle était la meilleure des créatures qui sont sur la terre? » On lui répondit que ^ celui-là était parfait parmi les hommes dont le cœur est pur» Il voulut ensuite connaître le nom et la fonction de chacun des anges, la nature et les attributs du mauvais principe. Il traversa une montagne de flammes, se laissa ouvrir le eorps et verser dans le sein du métal fondu, sans éprouver aucun mal ; après quoi il reçut des mains de Dieu l' Avesta, le livre de la loi, et fut renvoyé sur la terre. Il se rendit à Balkh, auprès de Yîstâçpa, fils d'Aourvat-açpa *, qui régnait alors sur la Bactriane, et y défia les sages de la cour. Pendant trois jours, ils essayèrent de le combattre et de l'égarer, trente à sa droite, trente à sa gauche. Lorsqu'ils se furent avoués vaincus, Zarathoustra déclara qu'il venait de

1. Le nom de Zarathoustra peut si^ifier la splendeur de Tor, maia il y a d'autres étymologiee possibles. — 2. Plin., H. N., XXX, 1, 2. — 3. Xanthos, dans 0. Huiler, Frag. H. Grâee,, t I, p. 41. Ctésias faisait de Zoroastre un roi de Bactriane contemporain de Ninos el Sémiramis. — 4. Les livres persans modernes nomment ce roi Gousbtasp, fiU de Lohrasp. Vtstàçpa-Goushtasp est devenu en grec 'TordoinK» mais le personnage de Yist&çpa n'a .rien de commun avec le père île Darios*

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• ^Dmu et eommença de lire TAvesta au roi. Persécuté {>ar

• iee eages^ accusé de magie et d'imjâété, il finit par l'emporter à force d'éloquence et de miracles. Yistftçpay sa femme, aB& fils, crurent en lui, et la plus grande partie du peuple suvit cet exemple. La légende ajoute qu'il vécut longtemps aseore, honoré de tous pour la sainteté de sa conduite. Selon les uns, il mourut frappé de la foudre; selon les autres^ il fut tué à Baikh par un soldat touranien. On s'est dMi«uadé souvent s'il était un personnage historique ou seulement un héros mythique égaré dans l'histoire '. On. ne saurait trancher pareilie question d'une manière décisive. Tout, ce qu'on peut affirmer, c'est que, si Zoroastre a vécu réellement, nous ne savons xien de lui que le nom, «- le nam et l'œuvre à laquelle il consacra sa vie*.

Les livres attribués à Zoroastre ont subi le sort de tous les livres sacrés : ils ont été mutilés et interpolés tant de lois, qu'on ne sait pas toujours discerner avec certitude ce qu'ils renferment d'authentique. Nous n'avons de TAvesta eue des fragments conservés dans trois recueils : le Venaidad-Sadé, le Tesht-Sadé et le Boundéhesh. Le Vendidad- Sadé se compose du Yendidad ou « livre contre les démons », du Yaçna et du Yispered : il est écrit en zend, de même que le Yesht-Sadé. Le Boundéhesh est rédigé dans la langue vulgaire de la Perse au temps des Sassamdes, le pehlevi. Il y a dans ces trois recueils des morceaux de tout âge et de toute valeur, les uns assez anciens pour nous donner, sinon la forme originelle, au moins l'esprit de la doctrine iranienne; les autres modernes et mêlés de formules étrangères. Les Iraniens adoraient un seul dieu, Aouramazdâ*, l'esprit sage, « le lumineux, le

1 . Voir sur cette question Kern, Over het tooord Zarathustra en den mythisehen Persoon van diesen Naam, daas les Mémoires de VAcadémfe des sciences des Pays-Bas, t XI, 1867. Tout le récit de la vie de 2oroastre repose sur des légendes modernes dont l'autorité est des plus douteuses. — 2. Spiegel, Erdnische AUerthumskundey t. I, p. 668-711. — 3. Cest l'orthographe des inscriptions cunéiformes perses Le zend dit Ahourô-mazdâo et le persan moderne Ormouzd. De Mazdd vient le nom Maxdéisme, qu*on donne souvent au système religieux des Iraniens.

466 CHAPITRE xr. .

r6fi|>liBndissftùt9 le tris-grand et très-bon, le très-parMl Ql trèâ-AQtify le trèa^ntelligent et très-beau ^ » Il est incrééy mais a créé toute chose par le yerbe. Et sa èréâ*' tion n'est pas, comme dans beaucoup d'autres cosmogonies, la mise en œuvre d'éléments préexistants : par l'acti de sa parole il a tout tiré du néant, esprit et matière*. Bès le commencement, il s'est donné, comme coadjuteurs dans l'administration du monde, six génies d'ordre supémur qu'on appelle les Amesha-çpentas (Amshaspands), « les immortels », Yôbou-manô, le « bon esprit »^ Asbavahista, le « très-pur », Khshathra-vairya, le « royaume « désirable, » Çpenta ârmaïti, la « sagesse parfaite », Haourvatât, la santé, Ameretât, l'immortalité'. Après leé Amesha-çpentas viennent les Yazatas (Yzeds), répandus par milliers dans l'univers pour veiller à la conservation et au jeu de ses organes, l'esprit du soleil, Mithra, le vent, Vayou, les différents génies de l'eau, du feu, de l'air et des astres *. Us touchent de près à une classe d'êtres spéT ciaùx, les Fravarshis (Froharou Feroûer). Chaque homme^ chaque Yazata. et Aouramazdâ lui-même avait son Frav^grshi qui veillait sur lui et se dévouait à sa conservation. Après la mort de l'homme, le Fravarshi restait au ciel et y devenait une sorte de génie indépendant, d'autant plus puissant pour le bien que la créature à laquelle il s'était attaché sur la terre avait montré plus de pureté et de vertu*.

Aouramazdâ avait fait le monde et avait voulu le faire bon. Mai» la création ne peut subsister que par l'équilibre d^ forces opposées qu'elle met en jeu. L'opposition de ces forces inspira aux Iraniens l'idée qu'elles étaient mues par deux })rincipes ennemis, l'un bon et utile, l'autre mauvais et nuisible à l'homme. Ce mauvais principe n'est pas coétemel au bon principe : tant qu' Aouramazdâ ne créa point le monde, le mal ne fut point : mais, le jour où

1. Taçnây 1, 1.— 3. Spiegel, Erdnisehe AUerthum8kunde,i, II, p. 21- 31 4 a résumé tous les passages des livres sacrés où il est question û'Àouramazdâ. — 8. Idem, tbid,, t. II, p. 31-40.^4. Idem, Urid,, p. 41-91. — 5. Idem, tdtd., p. 91-aS.

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dwfi^ rœuyre de la création il tira la matière du néant et suscita les forces qui la régissent, leurs actions et leurs réactions firent apparaître , sans qu'il y eût de sa volonté, un génie destructeur, que les hommes appe« lèrent Angrftmaïnyous (Ahriman) , le destructeur. Dé même qu*Aouramazdâ se inanifestait dans tout ce qu^il y a d'utile et de beau, dans la lumière, dans la justice, dans la vertu, Angrômaïnyous se montrait dans tout ce qui est nuisible et laid, dans les ténèbres, dans le crime, dans le péché. Le désir de détruire l'harmonie de l'univers rendit créateur ce pouvoir malfaisant*. Aux six Amesha-çpentas il opposa six esprits égaux en force et. en puissance : Akômanô, le « mauvais esprit », Andra, mi cherche à semer dans le monde le chagrin et le pécule, ÇSaourou, qui pousse les rois à la tyrannie, les hommes au vol et au meurtre, Nâonghaihya, Taourou et Zaïrica'. Contre les Yàzatas il suscita les Daêvas (devs] ou démons, qui ne cessent d*assiéger la nature et de s'opposer à la régularité de ses mouvements'. Au moment de la création, tandis qu'Aouramazdâ faisait apparaître la lumière, l'homme, tout ce qu'il y a de bon en ce monde, Angrô-malnyous tirait du néant les ténèbres, les animaux et les plantes nuisibles : jaloux de l'homme, il cherche à le faire décheoir. Avant l'arrivée de Zoroastre, ses créatures mâles (Yâtous) et femelles (Palrikas, Péris) se mêlaient librement aux hommes et contractaient des alliances avec eux : Zoroastre brisa leurs corps et leur défendit de se manifester autrement que sous forme d'animaux ^ Leur pouvoir ne sera complètement ^détruit qu'à la fin des temps. Alors trois prophètes issus de Zoroastre, Oukhshyat-ereta, Oukhshyat-nemô, Çaoshyanç ou Açtvateretô, apporteront au monde trois nouveaux livres de la loi qui en compléteront le salut. Les ténèbres disparaîtront devant, la lumière, la mort devant la vie, le bien devant le mal. Angrô-maînyous lui-même devra reconnaître la sou-

K Spîegely Erânitckf ÀUerthunukunde, t. II, p. UM26. —2. Idem, (bûf., p. 126-130.— 3. Idem, t^td., p. 130-141*— 4. Id6m,<Wd.,p. 14&-14S.

veraîneté d'Aouranaazdâ , et la perfection régneia sur Tunivers*.

Au milieu de la lutte entre les deux principes, Thomme, assailli par les Daèvas, défendu par les Yazatas, doit vivre selon la loi et ]a justice dans la condition où le sort IV jeté. A côté du prêtre et du soldat, le législatem a .réservé une place d'honneur à celui qui cultive la terre. <c C'est un saint,, celui qui s'est construit ici-bas une maison dans laquelle il entretient le feu, du bétail, sa femme, ses enfants et de bons troupeaux. Celui qui fait produire du blé à la terre, celui qui cultive les fruits des champs, celui-là cultive la pureté : il avance la loi d'Aouramazdâ autant que s'il offrait cent sacrifices*.^ L'homme a été placé ici-bas afin de disputer à Angr6maînyous les parties stériles du sol : labourer est son premier devoir. Pour le reste, on avait soin de ne pas surcharger sa vie de formules : on exigeait de lui qu'il crût eii Dieu, qu'il lui adressât des prières et des sacrifices, qu'il fût simple de cœur, sincère de paroles, loyal dans tous ses actes. « Nous adorons Aouramazdâ, le pur, le seigneur de pureté; nous adorons les Amesha-çpentas, les possesseurs du bien, les distributeurs du bien; nous adorons tout ce que le bon esprit a créé, tout ce qui peut servir au bien de sa création et à l'extension de la vraie foi. — Nous louons toutes les bonnes pensées, toutes les bonnes paroles, toutes les bonnes actions qui sont ou qui seront, et nous conservons en pureté tout ce qui est bon. — Aouramazdâ, être toujours bon, toujours, heureux! nous nous efforçons de penser, de parler, d'agir comme il convient pour assister les deux vies ' », celle de l'âme et celle du corps. Aouramazdâ n'avait ni statues, ni sanctuaires mystérieux, ni autels*; mais sur les hauteurs s'élevaient des pyrées ou temples du feu où la flamme sacrée était entretenue d'âge en âge par des prêtres dont le devoir était de ne pas la

t. Spiegel; Erànische Âltsrthumskunde, t. U, p. 153-1F>8.^2. Tacnaj XXXUI, 2-3. — 8. Ibid., XXXV, 1-3. — 4. Hérodote, I, 132.

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laisser s'éteindre*, La principale victime était le cheval*; mais on offrait aussi le bœuf, la chèvre et la brebis. Après avoir préparé et distribué aux assistants le Haôma, sorte de boisson enivrante que les Iraniens avaient reçue des peuplades aryennes primitives*, le prêtre tuait l'animal et en |ilaçait les morceaux non pas dans le feu que le contact aurait souillé, mais devant le feu sacré. La cérémonie se terminait d'ordinaire par un banquet solennel où l'on niangeait la chair de la victime \

' Après la mort, on ne devait ni brûler le corps, ni l'ensevelir, ni le jeter dans une rivière : c'eût été souiller le feu, la terre ou l'eau. On avait deux manières différentes de se débarrasser du cadavre sans dommage pour la pureté des éléments. On pouvait le recouvrir d'une couche de cire et l'enterrer* : l'enduit passait pour empêcher la souillure qu'aurait produite un contact direct avec la terre. On pouvait l'exposer en plein air et le laisser dévorer aux oiseaux ou aux bêtes de proie * : en ce cas de grandes tours rondes servaient de cimetières''. L'âme, après être restée trois jours encore dans le voisinage de sa dépouille mortelle | la quittait à l'aube du quatrième pour se rendre au lieu du jugement. Le génie Rashnou pesait ses actions bonnes et mauvaises dans la balance infaillible et l'acquittait ou la condamnait selon le témoignage de sa propre vie. Au sortir du tribunal, on la menait à l'entrée au pont Çinvat qui était jeté sur l'enfer et menait au paradis. Impie, elle ne pouvait le franchir et tombait dans l'abîme, où elle devenait l'esclave d'Angrô-maïnyous; pure, elle le passait sans peine avec l'aide de l'ange Çraosha. Yohou-manô lui

1. Strabon, 1. XV, 3.— 2. Xénophon, Cyrop., VIII, 3^ S 24 ; Taçna^ XLIV, 18, où il est question d'un sacrifice de dix chevaux offerts par un seul individu. — 3. Le haôma, en sanscrit sôma, était extrait de la plante haoma ou somay une sorte d'Aselépias ou Sarcostema viminalù»

— 4. G. Rawlinsôn, The five great Monarchies, t II, p. 337-339, 45-:i4f\

— 5. Strabon, 1. XV, 3; Hérodote, I, 140. — 6. Strabon, {. L; Hérodote (1, 140) semble croire que les corps étaient enterrés après avoir été dévorés seulement en partie par les chiens ou par les oiseaux. — 7. Ces tours s'appellent dakhmas «monuments » (Vendidad, Farg., V-Vin).

ôôufaaitait la bienyènne, 'la préisentait aii trône d'Aoura* mazdâ, comme il avait fait Zoroastre, et lui indiquait la place qu'elle devait occuper désormais jusqu'au jour de la résurrectioù des corps • .

Transplanté surie plateau de riran, le Mazdéisme i^'y modifia selon les temps et les circonstances. U se conserva longtemps intact chez les Perses, et s'altéra chez les Mèdës au contact des superstitions étrangères. Gomme la plupart des peuples de leur race, les Touraniens de Médie considéraient que le bon principe est clément par essence et n'a pas besoin d'être adoré : ils réservaient leurs prières et leurs sacrifices pour les puissances infernales et ténébreuses. Leur Culte était une sorte de sorcellerie plutôt qu'un culte réel, et s'adressait aux esprits du mal; leurs prêtres avaient des rites et des pratiques biarbares par lesquels ils se flattaient de vaincre les démons et de lès plier à la volonté humaine*. Sujets des Aryens, ils ne renièrent pas leurs croyances : ils lés fondirent dans celles de leurs maîtres. Ils identifièrent leurs dieux bienfaisants avec Aouramazdâ et ses anges de lumière, leurs divinités malfaisantes avec Angrô-malnyous et ses démons, et cette invasion des génies touraniens dans le système de Zoroastre en changea complètement la nature. An^rdmaînyous avait été regardé jusqu'alors comme un êtref de race inférieure : on le chargeait de malédictions, et lui rendre hommage était se condamner à Tenfer pour jamais. A l'exemple des Touraniens, les Mèdes commencèrent à voir en lui une personne moins auguste que le bon principe, mais plus redoutable et plus nécessaire à fléchir: ils finirent par admettre qu'il était l'égal d'Aouramazdâ en puissance et en force, avait la même substance que son rival et durerait autant que lui. Restait à expliquer l'exis-

1. G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. à39-340; Spiegel, Ërânische Alterthumskunde, t. II, p 148-151.-^2. Les vieilles croyances louraniénnes des peuples de Médie paraissent s'être maintenaês fori altérées dans le culte bizarre des Yextdis, adorateurs du diable (Layard, Nineveh and Bahylon, p. 41 sqq. ; Oppert, Rapport an Mi'nisire de V Instruction publique, Uh^).

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LES SÂRGONIBES. 471

(enc0 de ces deux êtres consubstaûtiels et pourtant ennelàis : on supposa qu'ils n'avaient pas existé de tout temps, mais émanaient d'un je ne sais quoi préexistant qu'on' nomma le temps sans bornes (Zrvcufk-a/Mra/na)^. A cd point, l'évolution était complète. Le dualisme tel que Zoroastre l'avait ponçu sans résoudre les problèmes qu'il soulevait, n'existait plus que de nom. Âouramazdâ n'était pluf l'être incréé créateur de tout : dérivé d'un être anté* rieur, il avait organisé un univers préexistant en puissance. Sa lutte contre Angrô-mainyous était la lutte de deux pouvoirs égaux et si exactement balancés, qu'aucun d'eux ne deviiit l'emporter sur l'autre. Le bien et le mal émanés d'une seule substance divine, distincts pour quelques siècles seulement et en apparence, étaient destinés à se réunir de nouveau dans le sein du même être indifférent d'où ils étaient sortis jadis, avec tout le cortège de la création ^.

En même temps que le dogme, la forme extérieure du culte s'altéra profondément. Les Touraniens de Médie avaient une caste sacerdotale dont les membres tenaient leur office par droit d'hérédité : ces prêtres, qu'on appelait magoitëh (mages), s'imposèrent aux vainqueurs et devinrent une des six tribus constituantes de la nation *• Us infectèrent les Aryens de leurs pratiques superstitieuses, développèrent le culte du feu et des corps célestes et se posèrent en intermédiaires nécessaires entre l'homme et Dieu. On ne pouvait offhr le sacrifice ou faire acte de religion

1. Sut ce personnage et ses succédanés le tempt fini (Zrvan darêghà qadkàta), Vetpaee infini (Thwdsha) et Vespace fini{Miçvdna), la lumière tant fin {Anauhra raoçdo) et les ténèbres tant fin (Ânaghra temdo)^ voirSpiegel, Erdniuhe AUerihwnskundef t. II, p. 4-20. La croyaace au Zrvan-akarana donna naissance à de nombreuses sectes, dont les plut célèbres, celles des Zervanient, ont duré bien avant dans le moyen âge (Spiegel, Erànische AUerttiumthundey t II, p. 165-187}: elle fait en* eore aujourd'hui partie du dogme religieux des Guèbres ou Parsis de Bombay. — 2. Fr. Lenormant, Histoire, t. II, p. 335-338; LeUret atsy' rioîogiquet, V* série, t. I, p. 97-111; Essai de commentaire tur k$ fragmente eotmogoniqties deBérose, p. 156 sqq.; la Magie, p. 191-215. — 3. G. Rawlinson, The five gréai Monarchies, t. II, p. 848-349.

478 CHAPITRE XH.

en leur absence ^ VAtus de longues robes blanches, cotf<s de hautes tiares, les mains chargées du faisceau sacré, de tamarisque {bareçma^ barsom) sans lequel on ncdemûl rien faire ^y ils se rendaient en procession aux autels, pré-

K raient la victime^ versaient les libations et chantaient «ur irande les formules mystérieuses qui lui donnaiesl toute sa vertu. Us se vantaient de posséder des facultés surhumaines, d'expliquer et de rendre les oracles, de pré^ dire l'avenir. Les auteurs classiques affirment que sous des apparences d'austérité ils caobaient des vices moiustrueux, qu'ils permettaient et pratiquaient l'inceste le plus horrible, celui du fils avec la mère% qu'ils ne recul«ent devant aucun crime pour satisfaire leurs passions. Ce que nous savons de leur vie par les monuments originaux œ nous permet pas de combattre ou d'approuver ce jugem^t. Les mages acquirent une grande influence sur le peuple et sur les grands ; s'ils en abusèrent parfois, ils ne firent ni mieux ni pis que d'autres n'avaient fait avant eux.

L'empire mède; Kyaxarès; les Kimmériens en Asie; chute deNioiv» (625) ; la Lydie. — La XXVI« dynastie ; Psamétik I«'; Néko II; bataille de Karkémish. — L'empire chaldéen et le monde oriental depuis la bataille de Karkémish jusqu'à la chute de l'empire mède.

li*emptre mèdei Ryaxarèsi les Rtinniérteii* en A«to| chute de Hlntve («tS) s la Iiydte.

Les traditions recueillies par Hérodote donnaient pour

1. Hérodote, I, 138; Ammien Marcellin, XXIII, 6. — 2. Strabon, 1. XV, 3; Vendidad, Farg. XVllI, 1-6. — 3. Cette pratique est rapportée par plusieurs auteurs ecclésiastiques sur la foi de Xanthos de Lydie et de Ctésias , deux écrivains d'une bonne foi suspecte. M. George Raw-

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