‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 27 sur 170 · Brugsch, nUloire, t. I, p. 128-130. — 2. Ihid.^ ç. U · texte numérisé non relu

Brugsch, nUloire, t. I, p. 128-130. — 2. Ihid.^ ç. U

sorte légitimé Tusurpation dont Ramsès I*' s'était rendu coupable. Le fils qui naquit de cette union, Ramsès, hérita naturellement tous les droits de sa mère et dès l'instant de sa naissance fut considéré par les Égyptiens loyalistes comme seul souverain de droit. Son père, roi de fait, fut contraint de l'associer au trône alors qu'il était encore « petit garçon 5>, sans doute pour éviter une révolte. Ce ne fut d'abord qu'une fiction légale, agréable sans doute aux amis des vieilles traditions politiques, mais indifférente au reste de la nation, et peu respectée par Séti luimême ou par les ministres de son gouvernement. Pendant toute cette première partie de son existence, Ramsès ne fut précisément ni roi, ni prince héréditaire : il occupa entre ces deux conditions une place intermédiaire et probablement assez mal définie. Souverain reconnu des deux Égyptes, en principe il avait droit à tous les insignes et à toutes les prérogatives de la royauté, mais en fait il ne portait pas toujours les uns et n'exerçait nullement les' autres. Il avait droit à l'urœus et à la double couronne, mais s'en tenait le plus souvent à la coiffure ordinaire des simples princes royaux, une grosse tresse recourbée et pendante. Il avait droit aux deux cartouches et aux qualifications les plus pompeuses de la chancellerie égyptienne, mais les scribes chargés de rédiger les inscriptions oubliaient souvent d'y insérer son nom, et ne lui accordaient que les titres modestes de « fils qui aime son père 5> ou d'héritier. U avait droit au poste d'honneur et au rôle principal dans les. cérémonies du culte, mais les monuments nous le montrent toujours au second rang : il tient un plat d'offrande, verse une libation ou prononce les invocations tandis que son père accomplit les rites sacrés. Ramsès n'avait du roi que le titre et l'apparence ; les scribes de la chancellerie oubliaient ses droits indiscutables ou, s'ils venaient à se les rappeler, ce n'était que par occasion et par boutade ^

1. G. Maspero, Essai sur l'inscription d'AhydoSy et Revue eritiquei 1870, t. II, p. 35-40. ,

Dès Tâge de dix ans Ramsès fit la guerre en Syrie, et s'il faut en croire les historiens grecs, en Arabie. C'est à la suite de ces campagnes qu'éprouvé par l'habitude du commandement militaire et mûri par l'âge, il commença de prendre une part active au gouvernement intérieur de ses États et réclama son héritage royal. La transformation du prince obscur et presque inconnu de ses sujets en roi Maître des deux mondes et craint de tous ses ennemis se produisit lentement, graduellement, au fur et à mesure que la valeur personnelle de Ramsès se développait et s'accentuait de plus en plus. Séti, vieilli et fatigué par les guerres de sa jeunesse, lui céda peu à peu le pouvoir et finit par disparaître presque entièrement devant son glorieux fils. Retiré dans ses palais, il y acheva sa vie entouré d'honneurs divins. Certains tableaux du temple d'Abydos le montrent assis sur le trône, au milieu des dieux; il tient la massue d'une main et de l'autre un sceptre complexe formé par la réunion des divers symboles de force et de vie. Isis est à ses côtés et les dieux parèdres, rangés trois à trois, siègent derrière le couple tout-puissant auquel Ramsès rend hommage. C'est une apothéose anticipéo dont la conception fait honneur à la piété du nouveau roi, mais ne laisse aucun doute sur la situation réelle de Séti dans sa vieillesse. On adore un dieu, mais il ne règne pas. Séti ne faisait pas exception à cette règle commune; on l'adorait, mais il ne régnait plus^

La paix lut troublée soudain par un danger imprévu. Les peuples de l'Asie Mineure, qui jusqu'alors étaient restés en dehors de la sphère d'action de l'Egypte, firent contre le Delta une tentative d'invasion. Des peuples nouveaux, les Shardanes, lesTourshâ (Tyrsênes), débarquèrent sur la côte d'Afrique et s'allièrent aux Libyens. Ramsès II les battit. Les prisonniers qu'il avait faits sur eux furent incorporés dans la garde royale*. Le reste retourna en Asie Mi-

1. Maspero, dans la Revue critique, 1870. — 2. De Rovi^é^ E«(.tQ\\ d^un Mémoire ^ur le* (Uiaques, p. ô-6.

neure^ emportant un tel souvenir de sa défaite que FÊgypte fut à l'abri de leurs incursions pendant près d'uD siècle.

La paix assurée au nord, Ramsès se rendit en Ethiopie, où il passa les dernières années du règne de son père à combattre et à réduire les tribus qui peuplent les rives du haut Nil. Il reihporta même dans ces régions des succès importants, que la tradition grecque eutjle tort d'exagérer. <c II dirigea d'abord ses armées contre les Éthiopiens, les défit et leur imposa des tributs consistant en bois d'ébène, m or et en dents d'éléphant. Il détacha ensuite vers la mer Rouge une flotte de quatre cents navires et fut le pre* mier Égyptien qui ait construit des vaisseaux de guerre. Cette flotte prit possession des îles situées dans ces parages ainsi que de tout le littoral jusqu'à Tlndos^ » D'après Strabon, il avait pénétré en Afrique jusqu'à la région qui produit la cannelle : on y montrait des stèles qu'il y avait laissées. Il avait colonisé £Lussi les côtes de la mer Rouge^ eu certains endroits s'appelaient encore du temps des (jrecâ ec le mur de Sésostris »^ et placé une inscription au promontoire Dirê^ sur le détroit de Bab-el-Mandeb '. Oes récits sont évidemment exagérés : Sésostris n'eut jamais dé flottes et n'alla jamais jusqu'à l'Indos. Rien n'indique non plus qu'il ait soumis les peuples riverains de la mer Rouge et qu'il soit parvenu à l'Océan d'Afrique. Il se borna, comme l'indiquent les monuments^ à faire contre les tribus nègres du haut Nil quelques razzias productives et peu dangereuses;

A la nouvelle de la mort de son père^ RiinlsèB lî, désormais seul roi, quitta ll^thiopie et alla prendre possession du pouvoir à Thèbes. Il était alors dans la force de l'âge et avait autour de lui un grand nombre d'enfants, dont quelques-uns étaient déjà assez âgés pour combattre sous ses ordres. Ses premières années ne furent troublées par aucune guerre d'importance ; c'est à peine si les monuments signalent deux courtes expéditions en Syrie, dont

/. Hérodote, H, 102. — %, Slrabou^ l. XY^ %

Tune le conduisit au bord du Nahr-el-Kelb, près de Béroutii^ Les Khêtas^ fidèles au traité d^alliance conclu aveo Séti, ne cherchèrent pas à exciter de révolte. Les peuples de Canaan, inaintenus par la présence des garnisons égyptiennesj ne bougèrent pas. Tout Semblait donc aller pour le mieux, quand verë la fin de Tan IV une guerre terrible éclata. Tous les peuples de la Syrie du nord^ les Khètas, le Kati^ Kafkémish, Kadesh^ Arad^ formèrent une coalition dans laquelle entrèrent des nations qui jusqu'alors n'avaient pris aucune part aux guerres contre TEgypte. Leë Khêtaëj logés sur les deux versants de i'Amanos et dti Tauros, appartenaient en même temps à l'Asie Mineure et à la Syrie : ils pouvaient pousser d'une part jusqu'aux Amorrhéensj d'autre part jusqu'à THellespont. Ils rencontrèrent dans leui*s courses vers le nord et vers l'ouest les populations ttoyenhes et lycienneSj comme eux à là recherche de butin et d'aventures. L'espoir de piller sinon l'Egypte elle-même, dû moins les provinces égyj)tieniles de la S jÎHej décida Ilion^ Pêdâsos, les Dardaniens, les Mysiens^ les Lyciens^ à s'allier aux coalisés contre Sésostris; On vit les armées troyennes traverser la péninsule dans tbute sa longueur et tenir eaifaper en pleine vallée de l'Oronte^ à ti^oià cents lieues de leur pàtHe*. Ramsès établit sa base d'opé-^ rations à la frontière de l'Egypte et du désert Arabique^ dans la Ville nouvelle qu'il venait de fonder sou& le nom dePa-Ramsès Âànakhtou (la ville de Ramsès le très-brave)^ traversa Qanaan qui lui obéissait encore, se porta rapidement sur les contrées septentrionales et ne s'arrêta qu'à Shabtouh^ bourgade syrielme située un peu au sud-ouest de Kadesh et en vue de la ville. Il s'y arrêta quelques jours^ étudiant le terrain et tâchant dé discerner la position des ennemis^ sur laquelle il n'avait que des données assez vagues. Les alliés aii contraire, parfaitement renseignés par leurs espions qui appartenaient pour la plupart aux tribus nomades desShasou^ n'ignoraient aucun de ses mouvements.

1. Lepsiuâ, Dénk)n., lit, 17à — 2. î)è Rougé, Exlrdii d*M.i(v îiiwvxiVte sur les aHàgueS) pik; Maspèico, Dé CorcfMtiiis oppidi siVtt^ ^.^1<^^.

Le prince de Khêta, leur chef, conçut et exécuta une manœuvre habile qui mit Tarmée égyptienne à deux doigts de sa perte et n'échoua que devant la valeur personnelle du Pharaon.

tJn jour que Ramsès s'était avancé un peu au sud de Shabtoun, deux Bédouins vinrent lui dire : « Nos frères, qui sont les chefs des tribus réunies avec le vil chef de Khêta, nous envoient dire à Sa Majesté : Nous voulons servir le Pharaon v. s. f. Nous quittons le vil chef de Khêta; il est dans le pays de Khalep au nord de la ville de Tounep, où, par crainte du Pharaon, il a rétrogradé rapidement. » Le roi fut trompé par ce rapport qui ne man- . quait pas de vraisemblance : rassuré contre une surprise par Téloignement présumé de l'ennemi (Khalep est en effet à quarante lieues au nord de Kadesh], il s'avança sans défiance à la tête de ses troupes, escorté seulement de sa maison militaire, tandis que les légions d'Ammon, de Phra, de Phtah et de Soutekh qui formaient le gros de son armée, le suivaient à distance. Au moment même où il divisait ainsi ses forces, les alliés que des traîtres lui représentaient comme fort éloignés se massaient en secret au nord-est de Kadesh et se tenaient prêts à fondre sur l'armée égyptienne pendant la marche de flanc qu'elle devait nécessairement exécuter le long de cette place. Leur nombre était considérable à en juger par ce fait qu'au jour de la bataille, un seul d'entre eux, le prince de Khalep, pouvait mettre en ligne dix-huit mille soldats d'élite ; le poëme de Pentaour nous apprend d'ailleurs qu'ils comptaient deux mille cinq cents chars, dont chacun portait trois hommes.

Sur ces entrefaites, les éclaireurs amenèrent deux nouveaux espions qu'on venait de saisir. Le roi, qui semble dès lors avoir conçu quelques soupçons, fit bâtonner vertement les prisonniers et leur arracha des aveux complets. Ils reconnurent avoir été envoyés pour surveiller les manœuvres de l'armée égyptienne et déclarèrent que les forces des alliés, concentrées depuis longtemps derrière Kadesh, n'attcndaiejit pour se montiei. qu'une ooiC^^^ionfavoir^blQ. Ram-

ses convoqua son conseil de guerre et apprit aux officiers la situation critique dans laquelle il se trouvait. Les généraux s'excusèrent de leur mieux, alléguant l'imprudence des gouverneurs de province qui avaient négligé de reconnaître chaque jour la position de Tennemi, et dépêchèrent un exprès vers le gros de l'armée pour le ramener, s'il en était temps, au secours de son chef. Le conseil était encore réuni quand on apprit que l'ennemi venait de se démasquer et d'entrer en mouvement. Le prince de Khêta fit passer rapidement ses forces au sud de Kadesh, tandis que le roi était déjà au nord de la ville sur la rive occidentale de rOronte, détruisit la légion de Phra qui marchait au centre et coupa en deux l'armée égyptienne. Le roi dut charger lui-même à la tête de sa maison militaire. Huit fois de suite, il s'élança sur l'ennemi qui l'entourait, rompit les rangs, rallia ses troupes dispersées et soutint le choc pendant le reste de la journée. Vers le soir, l'ennemi, perdant l'avantage qu'il avait remporté le matin, dut battre en retraite devant le gros de l'armée égyptienne qui entrait enfin en ligne : la nuit suspendit le combat et la bataille fut remise au lendemain. Après une lutte sanglante, les Khêtas et leurs alliés, enfoncés sur plusieurs points, se mirent en pleine déroute. L'écuyer du prince de EJiêta, Garbatous, le général de son infanterie et de ses chars, le chefs des eunuques et Khalepsar, l'écrivain des livres, sans doute l'annaliste officiel, chargé de transmettre à la postérité les actions de son souverain, restèrent sur le champ de bataille.

Une partie de l'armée syrienne, acculée à l'Oronte, se jeta dans le fleuve pour essayer de le franchir à la nage. Le frère du prince de Khêta, Mizraïm, réussit à gagner l'autre rive; le chef du pays de Nissa, moins heureux, se noya, et le prince de Khalep fut retiré du courant à moitié mort. Les tableaux de la bataille nous le montrent suspendu par les pieds et dégorgeant l'eau qu'il avait absorbée. Les vaincus auraient probablement tous péri, si une sortie de la garnison n'avait arrêté le progrès des Égyptiens et permis aux habitants de Kadesh de recueillir le?» ]cx\^^^^^ ^\\^<^

ââ2 CHAPITRE V.

fugitifs. Dès le lendemain, le prince deRhèta fit dema: et obtint la paix ' .

Au contraire de ce qu'on devait attendre, cette viol ne termina pas la guerre. Le pays de Qanaan et les vinces voisines se soulevèrent sur les derrières de l'ar victorieuse. A la laveur de cette diversion inespérée, R reprit courage, répara ses forces et rompit la trêve Syrie entière était en feu des bords de TEuphrate bords du Nil. La confédération, écrasée à Eades^. m reforma pas : les peuples d'Asie Mineure abandonnere; partie et ne reparureiit pas dans la lice. U n'y eut plu grandes batailles, mais une série d'aô'aires dô détail e sièges qui occupèrent près de quinze ans ; la guerre se ] tait tantôt sur un point, tantôt sur un autre, éclatani ^ord quand elle se terminait au sud, sans aucun plan terminé. L'an VIII vit les armées égyptiennes en Gali où elles réduisirent Mérom et Thabor. L'an XI, la v importante d'Ascalon fut prise, ipalgré la résistance hé] que des Cananéens qui la défendaient. Dans une au campagne, le roi transporta la guerre plus au nord, et j deux villes du pays de Khêta où il trouva sa statue.' guerre traîna ainsi d^année en année jusqu^au moment les deux peuples, épuisés par tant d'efforts inutiles, décidèrent à poser les armes. Le nouveau prince de Khè Rhêtasar, qui avait succédé à son frère Motour, assassi pendapt la lutte, proposa la paix au souverain de TÊgyp Bile fut acceptée et conclue en l'an XXI.

La minute du traité avait été rédigée primitivement da la langue des Khêtas : elle était gravée sur une lame d^£ ge^t qui fut solennellement remise au Bharaon dans la yi de Hainsès. Les bases du traité furent essentiellement ] mêipes que celles des traités conclus auparavant entre 1 rois d^Ëgypte et les princes de Khet au temps de Ranisès et de @éti Î^U II y fut stipulé que la paix serait éterne

^ 1. De Bougé, ^e^oime 4e Pmtc^Quri Cciurs de ]8QR-Q9> r^sfumé ] M. Robioudans la Revue contemporaine; Chaînas. 4naluse de Vinsçr tion d^lbsambow.

entre les deux peuples, «i Si quelque ennemi marche contre les pays soumis au grand roi d'Egypte et qu'il envoie dire au grand prince de Khêta : « Viens, amène-moi des forces a contre eux, » Je grand prince de Khêta fera [comme il lui aura été demandé par le grand roi d'Egypte]; le grand prince de Khêta détruira ses ennemis. Que si le grand prince de Khêta préfère ne pas venir lui-même, il enverra les archers et les chars [du pays de Khêta au grand roi d'Egypte] pour détruire ses ennemis. » Une clause analogue assure au prince de Khêta l'appui des armées égyptiennes. Viennent ensuite des articles spéciaux destinés à protéger le commerce et ^industrie des nations alliées et à rendre plus certaine chez elles l'action de la justice. Tout criminel qui essayera de se soustraire aux lois en se réfugiant dans le pays voisin sera remis aux mains des officiers de sa nation; tout fugitif non criminel, tout sujet enlevé par force, tout puvrier qui se transportera d'un territoire à Fautre pour s*y fixer à demeure, sera renvoyé chez son peuple, mais sans que son expatriation puisse lui être imputée à crime. « Celui qui sera ainsi renvoyé, que sa faute ne soit pas élevée contre lui, qu'on ne détruise ni sa maison, ni sa femme, ni ses enfants; qu'on ne tue pas sa mère; qu^on ne le frappe ni dans ses yeux, ni dans sa bouche, ni dans ses pieds ; qu'enfin aucune accusation criminelle ne s'élève contre lui. » Egalité et réciprocité parfaite entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, extradition des criminels et des transfuges, telles sont les principales conditions de ce traité, qu'on peut considérer jusqu'à présent comme le monumeùt le plus ancien de là science diplomatique ^

Ainsi se terminèrent les guerres de Ramsès II. Si glorieuses qu'elles fussent en réalité, la tradition ne les trouva pas suffisantes. Suivant les historiens grecs, Sésostris ' aurait pénétré jusqu'au fond de l'Asie, soumis la Syrie, la Médie, la Perse, la Bactriane, l'Inde jusqu'à l'Océan; puis.

1. Le texte de ce traité a été publié dans Champoliion, Pfçi. i{|an., t. Il; Brugsch, MonumenUy 1. 1, pi. XXVIIf, et dans le grand o^Trage de Lepsius*. — S. Le nom Sésostris et Sesoôsis esf tiré d'un desnoml popoiaires de Ramsès lï, Sulau-^à ou Sessou-rd. ' ' " " ' " ^^v^ -x

224 CHAPiTRE V.

revenant par les déserts de la Scythie, il se serait a^ jusqu'au Tanaïs et aurait laissé dans les environs Palus Mœotis un certain nombre d'Égyptiens qui donn naissance au peuple de Golchide*. On dit même qu'il ] en Europe et ne s'arrêta qu'en Thrace, où le manqi vivres et la rigueur du climat mirent fin à ses conquêt revint en Egypte après avoir, pendant neuf ans, coui victoire en victoire, laissant partout comme marque d( passage des statues ou des stèles qui portaient son n( Hérodote avait vu plusieurs de ces monuments en ^ et dans Tlonie. On a retrouvé en effet près de Beyi à l'embouchure du Nahr-el-Kelb, trois stèles gravées le roc et datées des ans II et IV de Ramsès II. L'une deux figures qu'Hérodote disait exister de son temp Asie Mineure, se voit aujourd'hui encore près de N entre Sardes et Smyrne. Au premier abord, elle sei avoir réellement le caractère des œuvres pharaoniq mais un examen attentif y fait reconnaître une foule de tails étrangers à l'art égyptien. La chaussure est recou] à la pointe comme les souliers à la poulaine du moyen i la coiffure plus semblable à une tiare phrygienne qu' double couronne, et la calasiris striée de droite à gauch< lieu de l'être de haut en bas '. Il est vraisemblable cette sculpture n'est pas due au ciseau d'un Égyptien tout à fait certain qu'elle ne représente pas Sésostris.

De l'an XXI à la mort du roi, pendant quarante-six a la paix ne fut plus troublée. Les conditions du traité fui loyalement observées de part et d'autre ; bientôt même alliance de famille vint resserrer les liens d'amitié qui i taient formés entre les deux souverains. Ramsès épousa fille aînée du prince de EJiêta et, quelques années api invita son beau-père à visiter la vallée du Nil. « Le gn

1. Hérodote, II, 103-105. M. Hyde Clarke a essayé de prouver la i lité de cette tradition par la philologie, Memoir on the compara Grammarof EgypHan, Copticand Ude. London, 1873. — 2. Héro(l< II, 102-107. —3. Charles Te.xier, Asie Mineure, II, 3U4. On nomme a siris Fespèce de jupon court et bridant sur la hanche, qui était la pi* la plus impurtante du costume national égyptien.

thef de Khêta envoie mander au prince de Kati : « Préparea toi, que nous allions en Egypte. La parole du roi s'est a manifestée, obéissons à Sésostris. Il donne les souffles de a la vie à ceux qui Taiment ; [aussi] toute terre Taime, et a Khêta ne fait plus qu'un avec lui *. » Le prince syrien visita en Tan XXIII la ville de Ramsès, peut-être même celle de Thèbes ; on fit graver à cette occasion une stèle sur laquelle il est représenté en compagnie de sa fille et de son gendre. Ce ne fut pas sans une sorte d'étonnement mêlé de reconnaissance que l'Egypte vit ses ennemis les plus acharnés devenir ses alliés les plus fidèles et « les peuples du Remit n'avoir plus qu'un seul cœur avec les princes de ELhêta, ce qui n'était pas arrivé depuis le temps du dieu Râ.»

A la faveur de cette paix profonde, le roi put se livrer à son goût pour les constructions monumentales. « U fit , disent les historiens grecs, bâtir un temple dans chaque ville à la divinité principale du lieu. » Et de fait, Ramsès II est le roi constructeur par excellence. Pendant les soixantesept années de règne qui lui furent si largement mesurées, il eut le temps d'achever ce que ses prédécesseurs avaient commencé et d'élever partout de nouveaux édifices. On peut dire sans s'écarter de la vérité qu'il n'y a pas une ruine en Egypte et en Nubie qui ne porte son nom ^. Le grand spéos d'Isamboul était destiné à perpétuer le souvenir des campagnes contre les Nègres et les Syriens; quatre colosses monolithes de vingt mètres de haut en décorent l'entrée. A Thèbes, le temple d'Amenhotep III (Louqsor) fut terminé et orné de deux obélisques en granit, dont le plus beau se trouve aujourd'hui sur la place de la Concorde, à Paris. Le second pylône du grand temple d'Ammon (Karnak) fut couvert de tableaux représentant la bataille de Radesh. Le temple de Gournah, commencé par Séti en l'honneur de Ramsès I", fut achevé et consacré. Le Ramesscïon, connu des anciens sous le nom de Tombeau d'Osy-

1. Pap, Ànastati 11, pi. II; Pap, Anastasi IV, pi. VI, I. 7-9. Cf. Chabas, Mél. Égypi.^ 2* série, p. 151, et G. Maspero, Du genre épis* (olaire, p. 102. —2. Mariette, Histoire d'Egypte, p. b^-^\.

BI57, ÂlfC. \^

mandias, rappela une fois de plus dans ses sculpture souvenir de la campagne de Fan Y. Partout, dans le tei d'Abydos, comme à Memphis et à Bubaste, aux carr de Silsilis comme aux mines du Sinaï, on retrouve la i de Ramsès II. Le grand temple de Tanis, négligé pa: souverains de la dix-huitième dynastie, fut restaui agrandi par lui; la ville elle-même, rebâtie presque ei ticr, se releva de ses ruines. Dans plusieurs endroits architectes, pressés de travail, commirent de vérité usurpations : ils firent effacer sur des statues et des tem le nom des rois constructeurs pour y substituer les touches de Ramsès II ^

Les travaux d'utilité publique eurent leur large par soin et d'argent. Dès l'an III, le Pharaon, désireux c surer l'exploitation facile des mines d'or de Nubie, a fait construire sur la, route qui mène du Nil au Gebel laki une série de stations munies de citernes et de pui Il fit plus tard nettoyer et compléter le réseau de cac qui sillonnait la basse Egypte, entre autres le canal deux mers*. Il éleva sur la limite du désert une séri< postes fortifiés destinés à mettre l'Egypte à l'abri des douins. Les nécessités de la politique le forçant à résid Torient du Delta, il avait fondé dans cette partie du j plusieurs villes nouvelles, dont la plus importante poi son nom. Les poètes du temps nous en ont laissé des c crip tiens pompeuses. «Elle s'étend, disent-ils, entre la lestine et l'Egypte, — toute remplie de provisions d cieuses. — Elle est comme la reproduction d'Hermontl — sa durée est celle de Memphis ; — le soleil se lève se couche en elle. — Tous les hommes quittent leur vilL s'établissent sur son territoire *. » — « [Les riverains] d(

1. Le grand sphinx À, 21, du Louvre, par exemple, a été taillés un roi de la douzième ou de la treizième dynastie. — 2. Birch, U\ tan histortcal tablet of Ramsès II, dans VArchxologia^ t. XXXIV, p. \ 899 ; Chabas, Les Inscriptions des mines d'or, p. 13, 199. — 3. Arist Météor., I, 14; Strabon, 1. I, § 1 ; 1. XVII, § l; Pline, H. N., VI, S 165. Tous ces auteurs disent que l'entreprise fut commencée, mais i fiichevée. Un monument du temps de dêti 1*' nous montre le canal activité dès avant Kams^s 11. — ^. Pap. Anastasi II, pi. 1, 1. 3-5; f

1er lui apportent en hommage des anguilles et des poisons, — et lui donnent le tribut de leurs marais, — Les eaants de la ville sont en vêtements de fête, chaque jour, — de l'huile parfumée [sur leur tête dans des perruques neuves; — ils se tiennent à leurs portes, — leurs mains char« gées de bouquets, — de rameaux verts [du bourg] de Pâ- Hftthor, — de guirlandes [du bourg] de Pahour, — au jour Centrée du Pharaon.... — La joie règne et s'étend — sans tee rien l'arrête, — ô RorOusor-^mâstep-en-Râl v. s. f. dieu ponth dans les deux Égyptes, — Ramsès-Meïamoun! v. %L le dieu * ! »

Gomme on voit, la poésie florissait au temps de Ramsès II, #les manuscrits nous ont conservé le nom et les œuvres ài poètes alors en vogue, Amenemapt et Pentaour. Ce fciier est l'auteur d'une des œuvres les plus considéra- Jket les mieux inspirées de la littérature égyptienne, le d où sont racontées la campagne de Tan Y et la bade Kadesh. On sait déjà quelles sont les données du e : le roi, surpris par le prince de Khêta, est réduit à r lui-même à la tête de sa maison militaire, ce Voici que Majesté se leva comme son père Month; elle saisit ses 68 et revêtit sa cuirasse, semblable à Baal en son heure, grands chevaux qui portaient Sa Majesté, « Victoire à Thèbes » était leur nom, sortaient des écuries de Râr-ma step-en-Râ,.aiméd'Ammon.Le roi, s'étanl lancé, élra dans les rangs de ces Khétas pervers. Il était seul sa personne, aucun autre avec lui ; s' étant ainsi avancé ila vue de ceux qui étaient derrière lui, il se trouva en- Moppé par deux mille cinq cents chars, coupé dans sa refaite par tous les guerriers du pervers Khêta et par les leuples nombreux qui les accompagnaient, par les gens f Arad, de Mysie, de Pédase. Chacun de leurs chars portail Sfrois hommes, et ils s'étaient tous réunis. ■ « Aucun prince n'était avec moi ! aucun général, aucun

ipLVI, L 2-4. Cf. Chabas, l/(fi. Égypt., 2« série, p. 151;Maspero, genre épisjolaire, p. 102. — 1. Pap. Anastasi III j pi. III, 1. 1-9. Cf. ,MéLÉg,, 2* Bérle,^, 132-134; Maspero, Pu yenre épistolaire, 1.105-106.

officier des archers ou des chars. Mes soldats m'ont al donné, mes cavaliers ont fui devant eux, et pas un i resté pour combattre auprès de moi. » Alors Sa Majesté a Qui es-tu donc, ô mon père Ammon? Est-ce qu'un] oublie son fils? Ai-je donc fait quelque chose sans N'ai-je pas marché et ne me suis-je pas arrêté sur ta rôle? Je n'ai point violé tes ordres. Il est bien grand, le gneur de TÉgypte qui [renverse] les barbares sur sa roi Que sont donc auprès de toi ces Asiatiques? Ammon éni les impies. Ne t'ai-je pas consacré des offrandes innomJ blés? J'ai rempli ta demeure sacrée de mes prisonni< je t'ai bâti un temple pour des millions d'années, je donné tous mes biens pour tes magasins. Je t'ai offer monde entier pour enrichir tes domaines.... Certes, un misérable soit réservé à qui s'oppose à tes desseins ! 1: heur à qui te connaît ! car tes actes sont produits par cœur plein d'amour. Je t'invoque, ô mon père Ammon ! voici au milieu de peuples nombreux et inconnus de n toutes les nations se sont réunies contre moi, et je suis i. de ma personne, aucun autre avec moi. Mes nombreux ï dats m'ont abandonné; aucun de mes cavaliers n'a rega vers moi ; quand je les appelais, pas un d'entre eux écouté ma voix. Mais je pense qu' Ammon vaut mieux p moi qu'un million de soldats, que cent mille cavalit qu'une myriade de frères ou de jeunes fils, fussent-ils t réunis ensemble ! L'œuvre des hommes n'est rien, Ajnn l'emportera sur eux. J'ai accompli ces choses par le cont de ta bouche, ô Ammon ! et je n'ai pas transgressé tes o seils : voici que je t'ai rendu gloire jusqu'aux extrémi de la terre ! »

Songez qu'il se trouve sur un champ de bataille, que Syriens l'entourent et qu'il est seul contre tous. Il ne s'a plus pour lui de vaincre, mais de rompre la ligne enneu et de mourir comme il convient à un roi : malgré le dang qui le presse, son premier mouvement le porte vers Die Au moment de se précipiter dans la mêlée et de risqu l'effort suprême, il prend à témoin son père Ammon et l'a pelle au secours, non pas brièvement, par quelques mots jet

hasard entre deux coups d'épée, mais longuement, avec intant de calme et de sérénité que s'il était encore dans les €tuaires pacifiques de Thèbes. La pensée divine s'est arée de lui et Ta pour un instant ravi à la terre : le ger a disparu, les ennemis se sont évanouis, le monde er semble s'être dérobé sous ses pas ; il se trouve porté secousse aux confins d'un monde si calme et si haut, le bruit de la bataille n'arrive plus jusqu'à lui. Il coniple Ammon face à face, lui rappelle les honneurs qu'il a us aux dieux, les bienfaits dont il a comblé leurs tem- , et réclame l'aide des puissances célestes , non pas, e un simple mortel pourrait le faire, en termes humet suppliants, mais sur un ton grandiose et impérieux Aperce le sentiment de sa propre divinité. Le secours ne se fait pas attendre. « La voix a retenti e dans Hermonthis, Ammon vient à mon invocation : me donne sa main. Je pousse un cri de joie, il parle ère moi : « J'accours à toi, à toi Ramsès-Meïamoun, T. 8. f.; je suis avec toi. C'est moi, ton père! ma main est ivec toi et je vaux mieux pour toi que des centaines de mille. Je suis le seigneur de la force aimant la vaillance ; j'ai trouvé un cœur courageux et je suis satisfait. Ma vo- «lonté s'accomplira. » Pareil à Month, de la droite je mes flèches; de la gauche je bouleverse les ennemis, suis comme Baal en son heure, devant eux. Les deux e cinq cents chars qui m'environnent sont brisés en Morceaux devant mes cavales. Pas un d'entre eux ne trouve • main pour combattre; le cœur manque dans leur poitrine et la peur énerve leurs membres. Ils ne savent plus hncer leurs traits et ne trouvent plus de force pour tenir leurs lances. Je les précipite dans les eaux comme y tombe k crocodile ; ils sont couchés sur la face, l'un sur l'autre, 9t je tue au milieu d'eux. Je ne veux pas qu'un seul regarde fcrrière lui ni qu'un autre se retourne : celui qui tombe no relèvera pas. y>

L'effet produit par cette subite irruption de la divinité au tilieu delà bataille est grand, même pour un moderne ^ li«.- Utué à considérer rinteireiz^ion des dieux comme im^^m-

pie machine de théâtre. Pour un Égyptien, élevé au res illimité des forces surhumaines, il devait être irrésistible prince de Khêta, tout triomphant qu'il paraisse être, se comme arrêté soudain au milieu de sa victoire par un ] voir invisible, et « recule frappé de terreur. D fit alors a cer des chefs nombreux munis de leurs chars et de 1« gens exercés à toutes les armes : le prince d'Arad, celu Mysie, le prince d'Ilion, celui de Lycie, celui de Darda le prince de Karkémish, celui de Qarqisha, celui de Rha Ces alliés de Rhêta réunis ensemble formaient trois n chars. » Tous les efforts sont superflus. <c Je me précij sur eux pareil à Month ; ma main les dévora dans 1 pace d'un instant; je tuai et je massacrai au milieu d'( Ils se disaient Tun à l'autre : « Ce n'est pas un homme ce est au milieu de nous, c'est Soutekh le grand guerr ce c'est Baal en personne. Ce ne sont pas les actions d ce homme, ce qu'il fait : seul, tout seul, il repousse des c ce taines de mille, sans chefs et sans soldats. Hâtons-nc ce fuyons devant lui, cherchons notre vie et respirons [ ce core] les souffles I » Quiconque venait pour le combai sentait sa main affaiblie ; ils ne pouvaient plus tenir ni Y ni la lance. Voyant qu'il était arrivé à la jonction des rout le roi les poursuivit comme le griffon. »

Les ennemis en déroute, c'est alors seulement qu'il \ pelle ses soldats, moins pour leur demander secours c pour les prendre à témoin de sa valeur, ce Soyez ferm affermissez vos cœurs, ô mes soldats ! vous voyez ma v l«ire, et j'étais seul : c'est Ammonquim'a donné la for sa main est avec moi. » Il encourage son écuyerMenna, q le nombre des ennemis remplit d'effroi, et se jette au o lieu de la mêlée, ce Six fois je chargeai à travers les eni mis. » Enfin son armée arrive vers le soir et le dégage : rassemble ses généraux et les accable de reproches, ce Q dira la terre entière, lorsqu'elle apprendra que vous m'ai laissé seul et sans un second? que pas un prince, pasi officier de chars ou d'archers n'a joint sa main à la mienn J'ai combattu, j'ai repoussé des millions dépeuples, à m seul. Victoire à Thèhes et No\iAra ^UsfoUe fuient m

grands chevaux, c'est eux que j'ai trouvés sous ma maïn quand j'étais seul au milieu des ennemis frémissants. Je leur ferai prendre moi-même leur nourriture devant moi, chaque jour, quand je serai dans mon palais, car je les ai trouvés quand i'étais au milieu des ennemis, avec le chef Menna, mon écuyer, et avec les officiers de ma maison qui m'accompagnaient et sont mes témoins pour le combat : voilà ceux que j'ai trouvés. Je suis revenu après une lutte victorieuse et j'ai frappé de mon glaive les multitudes assemblées. »

Le combat du premier jour ne fut que le préliminaire d'une action plus considérable. Le lendemain matin, la bataille recommença, avec quel succès pour les Égyptiens et quelles pertes pour les Asiatiques, nous l'avons montré plus haut. Pentaour n'entre pas dans le détail de cette seconde journée : il la décrit rapidement en quelques lignes consacrées tout entières à l'éloge du roi. C'est qu'en effet le sujet du poème n'est pas la victoire de Kadesh et la défaite des armées syriennes : pour importants à l'historien que soient ces événements, le poète les laisse presque entièrement de côté. Il a voulu chanter le courage indomptable de Sésostris, sa foi dans le secours des dieux, la force irrésistible de son bras ; il a voulu montrer le héros surpris, abandonné des siens, et rachetant par sa vaillance les fautes de ses généraux , marchant seul à l'ennemi , le faisant six fois reculer et le tenant en échec jusqu'au coucher du soleil. Tous les faits qui pourraient nuire à l'impression générale ou diminuer l'éclat de la vaillance royale sont rejetés dans l'ombre. De la maison militaire une seule mention; du second jour de la bataille une description insuffisante. Le roi des Khêtas implore la paix : Sésostris la lui accorde et rentre triomphant dans ses États. « Ammon vint le saluer en disant : « Viens, notre fils chéri, ô Ram- «c ses Meîamoun ! » Les dieux lui ont donné les périodes infinies de l'éternité sur le double trône de son père Atoum, et toutes les nations sont renversées sous ses sandales ^ »

1. Le texte du poSme se trouve aux PapyriM Kckitè tX SQX>^eî 1\\^

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