LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES ET LA VINGTIÈME DYNASTIE
La colonisation sîdonienne et TAsie Mineure. — Les migrationi I peuples de l'Asie Mineure et TExode. — Ramsès III et Ut viogtH| dynastie.
liA eolonlsatlon sldonleaae mi VAÉim niBMnre, i
De tous les peuples de Syrie les Phéniciens étaient |j lui qui avait le mieux profité de la conquête égyptiei Placés en dehors de la route ordinaire des armées, ils n^ vaient pas à souffrir de leur passage non plus que des ji ripéties de la lutte, comme les autres nations de Ganau Les gens d*Arad et de Simyra avaient, sous Thotmès II pris part aux révoltes des Rotennous, et avaient été châtia d'une manière qui leur avait ôté l'envie de recommei cer. Gehel et Bérouth, Sidon et Tyr, étaient restées fidèh à leurs maîtres étrangers depuis le temps de Thotmès I jusqu'à celui de Ramsès II. Elles avaient acquis le privi lége de faire le commerce en Egypte pour le compte de étrangers, et à l'étranger pour le compte de l'Egypti Grâce à ce privilège, Sidon, qui avait succédé aux Giblitc dans la suprématie de la nation phénicienne, avait pu Al velopper sa marine et était parvenue au plus haut pcrii de richesse et de gloire.
Le commerce des Phéniciens avec les peuples du d( hors se faisait à la fois par terre et par mer, au moyen d caravanes et sur des vaisseaux. Toutes les route« qui, de grands marchés de l'extrême Orient, de l'Inde, de la Bac
ainsi qu*à Ibsamboul^ Louqsor, Kamak, et au Ramesseîon. La traduotifl est de M. de Rougé, Recueil de travaux, 1870, t. I. p 1-8,
ifiiane, de la Ghaldée, de l'Arabie, des régions du Caucase, se dirigeaient vers TOccident, venaient aboutir à Sidon et à Tyr. D est assez difficile de savoir si les marchands phéniciens allaient chercher eux-mêmes l'or des monts Altaï et les produits du Gange, ou s'ils se contentaient de tirer leurs denrées des entrepôts intermédiaires de TArabie et ie la Ghaldée. Ce qui est certain, c'est qu'ils s'étaient établis aussi loin que possible sur les grandes voies du commerce et en avaient occupé les points principaux au gué les rivières et au défilé des montagnes*. Laïs, aux sources la Jourdain, non loin de l'endroit où la route qui mène te en Assyrie passe de la Syrie méridionale dans la é-Syrie, était une colonie deSidoniens*. Hamath, dans vallée de l'Oronte, Thapsaque, au gué de l'Euphrate', ibis*, près des sources du Tigre, passaient pour être fondation phénicienne. Ces villes, et d'autres encore t l'histoire n'a pas gardé souvenir, étaient comme aut de jalons que les marchands de Sidon avaient plantés Imr la route de leurs caravanes, et d'entrepôts où ils amaskftient les produits des régions environnantes pour les diriger sur leurs magasins du Liban.
Mais Hamath, Nisib, Thapsaque, perdues au miHeu des terres, n'étaient pas à proprement parler des possessions adoniennes : c'étaient des comptoirs dépendants des prinfccs ou des tribus voisins, nullement de la métropole. Le commerce maritime avec les peuples méditerranéens imena, au contraire, la création d'un véritable empire BolonisJ. L'histoire et les progrès de cette colonisation, [ui fit de la Méditerranée une mer phénicienne, ne nous lont qu'imparfaitement connus : les documents et les relations que renfermaient à ce sujet les archives de Tyr et ie Sidon sont aujourd'hui détruits, comme les ouvrages pie les écrivains d'époque gréco-romaine avaient composés ileur aide. Presque tout ce que nous savons nous est parvenu sous forme de mythe. On contait que Melkarth,
1. Moyers, Die Phônixier, t. II, 2««' Theil, p. 159-165. — 2. Josué, m, 6 ; Juges, xvra, 7-8. — 3. Movers, Die Phônixier, t. II, V" Theil, 1. 164. — • 4. £t. de Bysance, s. y.^ NCai6ic.
l'Hercule tyrien, avait rassemblé une armée et une fl nombreuse dans le dessein de conquérir ribérie, où gnait Khrysaor, fils de Géryon. Il avait soumis, che faisant, l'Afrique, y avait introduit Tagriculture et fond ville fabuleuse d'Hécatompyles, franchi le détroit auqut donna son nom, bâti Grades et vaincu l'Espagne. A] avoir enlevé les bœufs mythiques de Géryon, il était rev en Asie par la Gaule, Fltalie, la Sardaigne et la Sicile cette tradition d'ensemble qui résume assez bien les pi cipaux traits de la colonisation phénicienne, venaient joindre mille traditions locales. C'était Kinyras à Gh]^r à Mélos; c'était Europe enlevée par Zeus.Kadmos, env à la recherche de sa sœur, visitait Chypre, Rhodes, Cyclades , bâtissait la Thèbes de Béotie , et allait moi en Illyrie. Partout où les Phéniciens avaient été, la gr deur et l'audace de leurs entreprises avaient laissé d l'imagination du peuple des traces ineffaçables. Leur ne leurs dieux, le souvenir de leur domination, étaient pas à l'état de légendes , et c'est avec ces légendes mêlées fables qu'on parvient à reconstruire en partie l'histoire p due de leurs découvertes.
A peine établis dans leur nouvelle patrie, les Phénicie s'étaient jetés à* la mer. Les Giblites avaient les premii lancé leurs colonies sur les côtes environnantes*. Les J doniens, vainqueurs des Giblites, avaient continué poussé plus loin leurs explorations : après 'avoir occupé \ .embouchures de TOronte, ils avaient débarqué à Ghypi Au jugement des anciens, Chypre n'était inférieure à a cune des îles du monde alors connu*. Elle est longue d'ei viron soixante lieues et large en moyenne de vingt ; el projette vers le nord-est une péninsule étroite et ass semblable à un doigt tendu vers l'embouchure de l'Oront Elle est traversée par une chaîne de montagnes peu él vées et possède quelques plaines favorables à la cultur» Boisée dans l'antiquité', elle a été peu à peu. dénudée ps
1. Movers, Die PhônUier, t. II, 2'" Theil, p. 103 sqq. — 2. Stnbw 1. XIV, 6 ; Eustatbe, Ad Dionyt,, v. 508. — 3. Ératosthène dans Stn n, i. XIV, 6.
la main de Thomme. Le sol est généralement fertile, produit du blé en quantité suffisante pour la nourriture des habitants et se prête à Télève de la vigne et de Tolivier ; sa principale richesse est dans ses mines. Les collines de Tamassos renfermaient tant de cuivre, que les Romains prirent l'habitude de donner à ce métal le nom de cypriurrij qui est passé depuis dans toutes les langues de l'Europe. Dès le moment de l'arrivée des Phéniciens en Syrie, Chypre fut peuplée par deux rameaux de la race chananéenne : les Hamathites et les Khittites ou Eittites, qui refoulèrent à l'intérieur les aborigènes et fondèrent les deux villes d'Hamath (Âmathonte) et Rition. Des immigrations fréquentes vinrent renforcer les envahisseurs, et finirent par livrer toute l'île aux Phéniciens. Byblos fonda sur la côte ouest le grand sanctuaire de Paphos ; Golgos, Lapethos, Kourion, Karpasia, Tamassos, s'élevèrent sur différents points et formèrent autant de petits États indépendants gouvernés par des rois. D'abord soumis à l'influence de Byblos, les royaumes de Chypre passèrent sous l'autorité de Sidon. Ils reçurent des colonies sidoniennes qui assurèrent leur soumission à la métropole et achevèrent de faire de l'île un pays sémitique'.
Vers le sud, les Phéniciens ne formèrent pas d'établissements durables. Ils eurent des postes fortifiés sur la côte méridionale de la Syrie, à Dor, à Joppé, à Ascalon, au mont Casios, sur la frontière de l'Egypte. Au delà du mont Gasios, leur pouvoir s'arrêtait : Pharaon n'aurait jamais permis à des étrangers de posséder des forts ou des comptoirs indépendants sur son territoire, à l'embouchure de son fleuve. Ils durent se contenter d'avoir dans les grandes villes du Delta, à Tanis, à Bubaste, à Mendès, à Saïs, des entrepôts relevant de l'autorité égyptienne. Leurs magasins, établis à Memphis, au quartier Ankhtaoui, acquirent un développement considérable et devinrent \ine véritable ville*. D'Egypte leurs vaisseaux s'a-
1. Moven, Die Phônixier, t. II, 2"' Theil, p. 203-US. — *X. ^x>i:^rîql^ dans la ZeUschriflfûr œgyptische Sprach$^ \^Z^ V ^*
vancèrent vers l'ouest le long de TAfrique, mais d'à sans grands résultats : les côtes inhospitalières de la ] marique durent arrêter pour quelque temps de ce l'essor de la colonisation.
Aussi bien les pays du nord offraient aux marins de blos et de Sidon un vaste champ d'explorations et d'à tures. Un peu au delà de TOronte, le rivage tourne l'ouest et ne quitte plus de longtemps cette directi la Syrie cesse, l'Asie Mineure commence. De même les pays de l'Asie antérieure, elle affecte la forme ( plateau massif, borné de tous les côtés et sillonné de puissantes chaînes de montagnes : c'est comme « petit Iran qui s'élève du sein de trois mers », la j diterranée, la mer Egée et le Pont-Euxin *. Au sud, le teau est borné par le Tauros; au nord, par une chaînt moindre hauteur, détachée du Caucase, qui court para lement à la mer Noire et se termine à l'Olympe de My entre Nicée et Dorylée. Une ligne de collines peu éle\ rejoint le Tauros à l'Olympe et traverse la Péninsule diagonale du sud-est au nord-ouest ; à l'est , le pays adossé à l'Euphrate et au massif montagneux de l'Arméi Les eaux qui descendent à l'intérieur vers le centre plateau n'arrivent pas toutes à la mer. Seuls, le Pyramofi le Saros au sud, l'Iris, l'Halys et le Sangarios au nord, ( assez de force pour se frayer un chemin à travers l'épaii barrière qui les sépare du rivage. Les autres rivières terminent dans des bas-fonds, où elles forment des mar et des lacs analogues aux lacs de l'Iran et de la Tartarie. plus grand de ces lacs, le Tatta, est salé, et varie d'ét( due selon les saisons.
« Nulle part plus qu'en Asie Mineure on n'observe le C( traste de la région de l'intérieur et de celle du littoral, côte est comme une autre terre, soumise à d'autres lois q l'intérieur'. » Dans la région occidentale, ce sont de larj vallées ouvertes à l'ouest et arrosées par des fleifves t
1. « "Wie ein kleines Iran haut es sich aus der Mitte dreier Me auf » (E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 5). — 2. E. Curt Ihe lonterwrder lonischer WandcTung, "ç. ^.
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i'nilleurs dont les alluvions empiètent chaque année sur la 'itter: le K^kos, THermos, le Gaystre, le Méandre. Tous ces leuves roulaient l'or en abondance, au moins dans la haute antiquité; ils sont séparés Tun de Fautre par des lignes de ïûantagnes qui se dressent subitement sur la surface unie de la plaine comme des îles à la surface de TOcéan, le Mes-- 80gis [Kastaneh-dagh)^ entre le Méandre et le Gaystre; le Tmôlos [Kisiliormousd-dagh)^ entre le Gaystre et THermos. la côte, profondément dentelée, est semée de grandes îles fertiles : Lesbos, Ghios, Samos, Gos, Rhodes, la plupart assez rapprochées du continent pour en commander les déiouchés , assez éloignées de lui pour être à Tabri d'une in- Tasion soudaine. Terroir riche en blés, en vignes, en olives, comme en marbres et en métaux, ports nombreux et sûrs, la région occidentale de l'Asie Mineure réunissait tous les avantages d'un pays de culture et d'un pays de commerce : elle devait devenir le siège de peuples à la fois laboureurs et marins, producteurs et marchands. Elle était enserrée entre deux groupes de montagnes détachés du plateau central : au nord , l'Ida , couvert de forêts, riche en métaux, riche en troupeaux; au sud, les cimes volcaniques de la Lycie, où la tradition plaçait la chimère au souffle de flamme. A l'ouest de la Lycie et au sud du Tauros s'allongeait une côte abrupte, interrompue par l'embouchure de torrents qui descendent à pic du sommet de la montagne à la mer, et forment autant de petites vallées parallèles l'une à l'autre. Vers l'extrémité orientale, à peu près à l'angle déterminé par la rencontre de la Gilicie et de la Syrie, les efforts réunis du Pyramos et du Saros avaient créé une vaste plaine d'alluvions, à laquelle les anciens avaient donné le nom de Gilicie plane [Cilicia campestris), par opposition aux régions pierreuses du Tauros [Cilicia Trachœa).
Toutes les races du monde antique semblent s^être donné rendez-vous en Asie Mineure. Au début de l'histoire on y trouve les Touraniens et les Koushites établis chacun selon ses instincts nationaux, les Touraniens sur les côtes du Pont et sur le plateau central, dans un ça^s
de montagnes et de mines; les Koushites sur le versant la mer Egée, dans des régions propres à la culture et commerce maritime. Les Koushites disparurent les p miers sans presque laisser de traces; c^est à peine s'il permis de reconnaître dans les Gares primitifs les res d'une de leurs tribus les plus puissantes ^ Les Tonranie retranchés derrière leurs montagnes, résistèrent, h qu'amoindris, jusqu'à Pépoque romaine. Les peuples de Golchide, les Saspires, les Ghalybes, livrés de tout ten à l'exploitation des métaux, lournissaient de fer et d'ét: l'Asie antérieure. Plus au sud dominaient deux natic unies par des liens étroits d'amitié, les Mouskaï et Toublaî, le Meshekh et Toubal de la Bible. Les Toubl établis dans le bassin de Tlris, touchaient à la mer Noii les Mouskaï occupaient les deux rives de PEuphrate suj: rieur et s'étendaient jusqu'à THalys. Des deux capital de la Cappadoce classique. Tune, Mazaca, sur le mo Argéion, avait gardé leur nom; l'autre, Koumanou (G mana), avait été fondée par eux et leur avait longtemps a partenu. U fallut des siècles de lutte pour les déposséd de leur patrimoine et les refouler vers le Gaucase.
Les Touraniens de l'Asie Mineure, comme les Tour; niens des bords de l'Euphrate et de l'Iran, succombèrei sous les attaques combinées des Aryens et des Sémites, est assez probable que, dans les premiers moments de l'ic vasion, les Sémites ne se bornèrent pas à coloniser 1 Syrie et les bords de l'Euphrate, mais jetèrent des ra meaux à l'ouest vers le Pont-Euxin et la mer Egée; pa malheur, la preuve historique de ce fait est encore impos sible à donner. La plupart des mots qui nous restent de; langues anciennes de l'Asie Mineure se rattachent à h souche aryenne ; les mythes et la religion des peuples son apparentés de plus près aux mythes de la Grèce qu'aux religions sémitiques. On a bien identifié Loud, fils de Sem avec les Lydiens; mais, quand même cette assimilatioi
1. D*Eckstein, Questions relatives avx antiquités des peuples sémi' tiques, p. 37 sqq., et Les Cares dans Vantiquità,
jBerait certaine, elle ne prouverait rien quant à l'origine du peuple lui-même. Les tables ethnographiques de la Genèse rangent dans la catégorie sémitique tant de peuples à langues non sémitiques, que la présence de Loud parmi les fils de Sem ne saurait être un argument contre l'origine aryenne des Lydiens. Si quelques tribus sémitiques s'aventurèrent sur les hauteurs de la Phrygie, elles furent bientôt refoulées ou détruites ; c'est en Lycie seulement, et le long de la côte méridionale, qu'elles parvinrent à s'établir solidement. Un rameau de la branche araméenne, fixé au sud du Tauros, colonisa la Gilicie et forma bientôt avec les Solymes et les Érembes Tavantgarde des peuples sémitiques contre les nations de race aryenne.
Les Aryens d'Asie Mineure . appartiennent tous à une même famille dont le domaine s'étendit du massif de l'Arménie au Tauros et à la mer de l'Archipel. Le gros de la nation se concentra sur la partie occidentale du plateau, dans la partie arrosée au nord par le S^ngarios, au sud par le Méandre. Ce pays, auquel on donna le nom de Phrygie, a toujours été renommé pour la fertilité de ses champs et la beauté de ses prairies ; assez chaud pour se prêter à la culture de la vigne, assez tempéré pour conserver aux émigrants toute leur vigueur native, il devint bientôt le siège d'un royaume puissant et d'une race laborieuse. La langue phrygienne est apparentée au grec* de plus près peut-être que le gothique n'est au moyen hautallemand*; sa déclinaison et sa conjugaison avaient les flexions et subissaient au moins en partie les lois phonétiques du grec^. Séparés de la mer par des peuples de la même famille, les Phrygiens s'isolèrent bientôt et donnèrent à leur civilisation un tour particulier. Leurs tradi-
1. E. Curtius, Griechische Geschichte, 1. 1, p. 31.— 2. Ainsi le changement de m final en n (E. Curtius, Griechische Geschichte,t, l, p. 63). Le nominatif singulier est marqué par — as, — es^ — m, — os, et — a; le génitif par — afo;, le datif par— aï,— et. La troisième personne du singulier du verbe, sosesaU (exstruxit)^ etc., se termine par le — I au lieu du — ç grec, etc.
tions nous montrent les plus puissants de leurs rois é* blis aux sources du Sangarios. C'est là que vivaient Gordios et Midas, le fils de Gordios et de la déesse Kybê Midas est un prince riche et guerrier que les deux vil de Prymnêsos et Midaïon honoraient comme héros fond teur. La royauté phrygienne prospéra et s'étendit sous u série de rois dont plusieurs portèrent le nom rendu famé par leur ancêtre. Près des sources du Sangarios, un voj geur anglais, Leake, découvrit au commencement du siè( une vallée pleine de tombeaux antiques. « Ces tombea sont d'une époque inconnue, mais de beaucoup antérieu à la domination grecque et romaine ; leur caractère to indigène nous révèle le style architectural des vieux Phr giens. La langue même des inscriptions est pureme phrygienne; et cette langue, avec Talphabet encore incou plétement déchiffré qui nous en a conservé les rar débris, reste enfermée dans les limites de l'ancien royaun où régna la dynastie de Midas. Dans toute l'étendue ( pays où se trouvent ces restes vénérables du peuple ind gène, on ne voit que de rares débris de monuments appai tenant à l'époque romaine; il semble que les conquérani successifs de la contrée aient ignoré ces vallées solitaire où plus tard des familles chrétiennes vinrent chercher u refuge contre la persécution du paganisme, peut-être auss contre l'invasion musulmane ^ » Quelques tombeaux, de ruines de forteresses et des bas-reliefs inexpliqués*, c'es là tout ce qui nous reste de ces rois de Phrygie si célèbre au début de l'histoire grecque par leur richesse, leu amour pour les chevaux et l'adoration fanatique qu'ili rendaient à la mère des dieux et à Dionysos. Le char roya de Midas et son nœud gordien restèrent longtemps intacte comme un souvenir de l'ancienne suprématie phrygienne : il fallut l'épée d'Alexandre pour trancher le nœud, et l'invasion grecque pour faire oublier les vieux rois nationaux.
1. Ch. Texier, Description de VAsie Mineure, p. 153. — 2. V.ces basreliefs et le plan des forteresses de Pichmich-Kalé-si et Giaour-Kalési dans Perrot, Exploration archéologique j p. 135-149, 156-163, clc, et pi. 8, 9, 10, 34-52, 53-68, etc.
Au nord de la Phrygie, quelques tribus aryennes peu nombreuses se répandirent dans les forêts qui bordent la côte du Pont-Euxin, et devinrent entre le Billaeos et THalys la race obscure des Paphlagoniens. A leur gauche, les Thraces, sous le nom de Thyni, Bithyni, Bebrykes, occupaient les deux rives du Bosphore. Plus à gauche encore, la grande nation des My siens et les peuplades qui tiraient d'elle son origine, Teucriens, Kébrênes, Dardanes, couvraient la vallée du Rhyndakos et celle du Caïque, le massif de Tlda et la péninsule qu'il forme entre la Propontide, THellespont et la mer Egée. La légende racontait de Dardanos qu'il avait, sous les auspices de Jupiter Idéen, fondé la ville de Dardania, et qu'il était devenu la souche des Dardanes. Une partie de ses enfants descendit delà montagne aux rives du Scamandre et s'y bâtit une ville sur une colline escarpée qui domine au loin la plaine et la mer. « Entourée à l'orient par un large repli du fleuve, cette colline s'abaisse vers l'ouest en pentes douces. Les nombreux filets d'eau qui jaillissent sur ces pentes s'assemblent et forment deux ruisseaux qui se distinguent par leur abondance et leur température toujours égale en toutes les saisons de l'année. C'est comme une marque immuable qui nous permet de reconnaître dans cette citadelle escarpée la forteresse d'Ilion. Ils sont restés les mêmes qu'au temps où les Troyennes descendaient pour puiser l'eau et laver le linge; aujourd'hui encore les vieux murs contiennent l'eau et la rassemblent ^ »
Les fouilles entreprises dans les derniers temps ont fai\ retrouver près de l'emplacement où fut Troie les ruines de plusieurs villes superposées*. Les débris découverts dans la plus ancienne de ces villes prouvent l'existence d'une civilisation originale où l'on chercherait en vain les traces d'une influence égyptienne ou assyrienne. La plupart des outils sont en pierre ou en os taillé, mais leur usage n'exclut pas l'usage des métaux. Le cuivre, l'or,
1. E. Curtius, Griechische Geschichte, t. I, p. 66. —2. Le résultai dA ces fouilles a été publié par If. ISchliemaiin.