‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 43 sur 170 · I. II Sam,^ V, 17-25; I Chron., riv · texte numérisé non relu

I. II Sam,^ V, 17-25; I Chron., riv

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de bataille % et comment ce Benaïah aussi, fils de Jdiolada, fils d'un vaillant homme de Kabtséel avait fait de grands exploits. Il tua deux des plus vaillants hommes de Moab et il descendit et frappa un lion au milieu d'une fosse, un jour de neige. D tua aussi un homme égyptien qui était haut de cinq coudées. Cet Égyptien avait en main une lance grosse comme une ensouple de tisserand ; mais il descendit contre lui avec un bâton, arracha la lance des mains de l'Égyptien et le tua de sa propre lance *. » Les Philistins, toujours battus, demandèrent la paix. Gath et les villages de son ressort demeurèrent au pouvoir des Israélites': les quatre autres villes gardèrent leur indépendance et ne furent pas même astreintes à un tribut régulier. Israël n'eut plus désormais à redouter leurs soudaines attaques : leur puissance militaire était détruite et ne se releva jamais entièrement.

L'heureuse issue de cette longue guerre mit David en goût de succès : son royaume s'affermit et se développa sur tous les points à la fois avec la rapidité propre aux monarchies orientales. Moab succomba le premier : les deux tiers de la population furent massacrés de sang-firoid, le reste se soumit *. Au Nord, les Hébreux rencontrèrent un ennemi plus puissant. La Syrie était divisée comme au temps des Egyptiens en royaumes rivaux, ceux de Damas, de Maacha, de Rohob, de Tsobah, d'Hamath. Le prince qui régnait alors sur Tsobah, Hadarezer, fils de Réhob, les réduisit les uns après les autres et finit par établir un semblant d'unité. La fondation d'un grand État dans la vallée de l'Oronte ne pouvait être bien vue de David : il attaqua l'Aram-Tsobah au moment où Hadarezer « allait pour recouvrer ses frontières sur le fleuve d'Euphrate, » et remporta une victoire signalée. Les gens de Damas, arrivés trop tard pour prendre part à la bataille, l'attendaient au retour : il les battit, prit leur ville et y laissa une garnison. La nouvelle de ces succès remplit de joie,

1. 1 Chron., xi, U. — 2. II Sam., xxiii, 20-21 ; I Chron.^ xi, 22-23 — 3. 1 Chron,, xviii, 1.— h. II Sam.,\in,2', l Chron.^ xvui, 2,

non-seulement les Hébreux, mais plusieurs princes syriens que gênait Thumeur inquiète d'Hadarézer : Thoï, roi d*Hamath, envoya son fils Joram à David pour le féliciter de sa victoire*. Cette conquête en entraîna d'autres : afind'occu-

Ïer Damas, il avait fallu dégarnir les territoires du sud et lisser Juda sans défense. Les Iduméens en profitèrent pour •recommencer leurs razzias sur la frontière : David détacha en toute hâte une partie des forces qui faisaient la guerre en Syrie. Joab etÂhisaï battirent les Iduméens dans la vallée du Sel, au sud de la mer Morte*. Le roi périt dans l'action, et son fils Hadad s'enfuit en Egypte avec quelques serviteurs fidèles. Joab tua tous les hommes qui lui tombèrent entre les mains : le pays fut occupé militairement*, et des garnisons juives s'installèrent à Elath et à Etsiongaber à la pointe orientale de la mer Rouge. David consacra à l'Éternel le butin de ces guerres et TÉternel reconnaissant « le garda partout où il allait^ ».

Quelques années d'une politique habile avaient suffi à faire des Hébreux un peuple conquérant. Leur autorité s'étendait des bords de l'Euphrate au torrent d'Egypte et aux rives de la mer Rouge. Moab, Édom, Damas relevaient directement de leurs officiers ; les Philistins fournissaient le froment et Thuile à la table royale ; la Phénicie cherchait à gagner leur amitié en offrant ses bois précieux et en prêtant ses artistes : Tsobah, Hamath et les États de l'Aramée payaient le tribut. L'empire de David était un véritable empire oriental, formé sur le même modèle que ceux d'Egypte et de Ghaldée, mais moins large et moins durable. Les peuples tributaires n'avaient pas abdiqué tout désir d'indépendance : au fond de leur cœur, ils reje- .taient la souveraineté d'Israël et n'attendaient qu'une occasion bonne ou mauvaise pour tenter de nouveau la fortune des armes, Nahash, roi des Ammonites étant mort, David, qu'il avait jadis protégé contre les poursuites de Saûl envoya complimenter son fils Hanoun. Hanoun s'ima-

1. II Sam,, vin, 3-10; I Chron.j xviii. 3-10. —2. II 5am., vm, 13-14; I Chron., xviii, 12-13; Ps. ix. — 3. I Rois, xi, 15-16. — 4. II5am., vm^ 1142; I Chron.j xim, lO-lU

SI 8 CHAPITRE Vin.

gina que les ambassadeurs étaient des espions chargés de lever le plan de sa ville royale : il leur fit raser la moitié de la barbe, couper la moitié des vêtements jusqu'à la ceinture et les renvoya ignominieusement. Ce fut le signal de la guerre. Les Ammonites s'entendirent avec Hadarézer et réussirent à soulever la Syrie : vingt mille hommes de Rohob, mille de Maacha, douze mille de Tob et l'armée de Tsobah tout entière accoururent à leur aide. Joab, qui commandait en Tabsence de David, se trouva pris entre les Ammonites et les troupes de secours : il partagea son armée en deux corps, garda le commandement de celui qui faisait face aux Syriens et confia Tautre à son frère Abisaï. Les Syriens furent enfoncés, les Ammonites se débandèrent et Joab ne jugea pas à propos de les poursuivre jusque dans leur ville. Hadarézer rassembla tout ce qu'il avait de soldats et envoya même demander des renforts aux Araméens d'au delà TEuphrate. Cette fois, David pril l'offensive : il franchit le Jourdain et s'avança jusqu'auprès d'Alam, où Sobakh, général d'Hadarézer, l'attendait à la tête de ses troupes. Les Syriens plièrent de nouveau : Sobakh fut tué dans la déroute et Hadarézer, abandonné de tous ses alliés, se soumit. L'année suivante, Joab mit le siège devant Rabbah. Au moment où la place allait céder, il appela le roi au camp pour lui laisser l'honneur de la conquête. Les Ammonites furent traités aussi durement que leurs cousins de Moab : « on les mit sous des scies, et sous des herses de fer, et sous des haches de fer, et on les fit passer par les fourneaux où on cuit la brique*. 5> La clémence ne comptait point parmi les vertus favorites de David.

La Syrie avait enfin trouvé son maître. Les Assyriens rejetés sur le Tigre par la défaite d'Assour-rab-amar ne songeaient plus à l'inquiéter, et l'Egypte usait dans des guerres civiles le peu d'énergie qui lui restait : l'occasion était favorable pour faire un seul État et un seul peuple des nations situées entre l'Euphrate et la mer Rouge. La création de

1» Il Sam,, x*xii ; 1 Chron., xi>iix.

l'empire juif. 319

Pempire juif ne donna pas à la Syrio Tunité qui lui aurait été nécessaire pour se maintenir indépendante et résister avec quelque chance de succès aux tentatives de ses puissants voisins. L'antagonisme des religions suffisait à entretenir l'antagonisme des peuples : à la rigueur Baal aurait pu s'accommoder de Jahveh, si Jahveh avait voulu se prêter à une transaction. Mais Jahveh ne pouvait souffrir aucun autre dieu près de lui: ses fidèles ne devaient adorer et connaître que lui. Quand même on aurait persuadé aux Juifs de tolérer l'idolâtrie syrienne, on aurait échoué devant d'autres obstacles. Les matelots phéniciens, les marchands de Damas, les agriculteurs de la Gœlé-Syrie pouvaient plier un instant devant les Israélites ou devant toute autre nation militaire assez forte pour s'imposer: mais comment les décider à se comprendre les uns les autres et à se fondre en un seul peuple? L'empire juif ne fut qu'un amas de provinces et de royaumes vassaux dont les parties mal soudées tendirent sans cesse à se disjoindre. La force les avait soumis : la force pouvait seule les contenir. Le jour où la force d'Israël disparut, l'empire tomba de luirmême et fut oublié de tous aussi complètement que s'il n'avait iamais existé.

David aurait dû mourir au lendemain de sa dernière victoire : comme la plupart des grands souverains d'Orient, il vécut plus qu'il ne fallait et passa par les épreuves misérables qui attristent d'ordinaire la fin d'un long règne. Fendant le siège de Rabbah, il avait séduit Bathsheba, femme d'Uriah le Hittite et fait tuer le mari dont la présence lui devenait gênante: vertement réprimandé par le prophète Nathan, il s'était repenti et avait gardé la femme ^. Sa maison n'était déjà que trop peuplée : les querelles entre enfants de mères différentes ne tardèrent pas à y éclater. Amnon, né d'Akhinoam viola sa sœur Tamar, fille de Maacha: Absalom, frère de Tamar, se vengea de ce crime en assassinant le criminel. Gracié par son père, il se révolta bientôt après,^ et entraîna tout le peuple. Ses

1. II Samuel, XI, xu, — 2. Le texte bcbrcvi d\X i auXtouV âut f^oit^*^^

320 CHAPITRE Vm.

hésitations au moment décisif laissèrent à David lo temps de se réfugier au delà du Jourdain : la multitude indisciplinée qu'il traînait après lui fut aisément dispersée par la petite armée royale, et lui-même tué par Joab dans la déroute*. Le chef mort, il semblait que la guerre civile n'eût plus d'objet : la jalousie des tribus contre Juda la fit traîner quelques temps encore. Elle ne se termina que sous les murs d'Abel-beth-Maacha par la mort de Sibah le Benjaminite^. David n'eut plus de révoltes populaires à craindre ; mais le choix de son successeur le jeta dans des difficultés inextricables. Selon Tordre naturel, le trône devait appartenir à son quatrième fils Adonijah : Bathsheba et le prophète Nathan décidèrent le vieux roi à faire proclamer Salomon dans Jérusalem et à lui remettre le pouvoir de son vivant. David survécut quelques mois i peine à cette abdication: il mourut à Tâge de soixante et onze ans, dans la quarante et unième année de son règne'. La mémoire de ses fautes et de ses crimes s'èfiaça bientôt. On oublia qu'il avait servi les Philistins dans sa jeunesse, que plus tard il n'avait pas reculé devant l'adultère et avait prodigué le meurtre, pour ne plus voir en lui que le vrai fondateur du royaume, « l'homme selon le cœur de Dieu. » L'amant de Bathsheba et le meurtrier d'Driah devint le prototype du Messie, de celui qui devait venii pour purifier Israël. On lui attribua toutes les poésies religieuses que la littérature hébraïque produisit jusqu'à l'époque des Machabées, et on ajouta à sa gloire politique une gloire littéraire plus durable. Entre les éloges exagérés des vieux écrivains et les attaques passionnées de beaucoup d'écrivains modernes, il faut prendre un terme moyen. David ne fut pas toujours «Thomme selon le cœur de Dieu»; mais il ne fut pas toujours «un homme de sang». Son œuvre poétique a péri presque tout entière* : mais ce qui

ans (II Samuelt xv, 17). Le texte syriaque et Josèphe (Ànt. Jud., YTL, 9, 2) donnent seulement quatre ans, — 1. II Samuel, xra-xix. — 2. Jbid. XX. — 3. I RoiSj i-n. — 4. Nous n'avons plus de David que les morceaux contenus au second livre de Samuel et peut-ôtre quelques psaumes (xxiv, l-\0-, ci, e\û.V

m reste lui assure le titre de grand poëte, comme ce que nous savons de sa carrière politique suffit à lui assurer la renommée d'un grand roi.

0«lom#ii; le «ehUiiiie dem éix irlbnis.

Aussitôt après la mort de son père, Salomon se débarassa de ses rivaux et de ses ennemis. Âdonijah et Joab lurent assassinés, ce dernier dans le lieu saint où il s'était éfugié : le grand prêtre Abiathar fut remplacé parTsadok t relégué dans la ville d'Anathoth. Tous les sujets de >avid s'inclinèrent devant son successeur : Tyr, qui seule lors égalait en richesse l'empire Juif, rechercha son lliance. Depuis la chute de Sidon, Tyr était devenue la apitale de la Phénicie. D'abord gouvernée par deux shopheîm , elle s'était donnée un roi Abibaal , à peu près dans B même temps que les Hébreux acclamaient David à lébron. Hirom !•', fils d'Abibaal, avait toujours entretenu les relations d'amitié avec David: il lui avait fourni des >ois et des artistes phéniciens pour la construction du valais royal. Il continua la même politique sous Salomon 3i gagna à cette conduite habile, sinon une extension de territoire, au moins la paix et la liberté. Tyr, qui avait déjà colonisé la Sicile, le Nord de l'Afrique et le pays de Tharshish*, put consacrer tout ce qu'elle avait de force et d'énergie à l'agrandissement de son empire lointain.

Lorsque Salomon monta sur le trône, la paix durait presque sans interruption depuis un quart de siècle, et avait favorisé partout le développement de la population, a Juda et Israël étaient en grand nombre, comme le sable qui est sur le bord de la mer, tant ils étaient en grand nombre; ils mangeaient, buvaient et s'éjouissaient.... Ils habitaient en assurance chacun sous sa vigne et sous son figuier , depuis Dan jusqu'à Bersheba *. » Le sol était naturellement fertile et ne demandait qu'un peu de travail : il produisit bientôt en abondance le blé et l'orge, l'huile,

l. L*Espagne méridionaJe. —2. I iloia, iv, Î0,aâ

mST, ANC» ^^

322 CHAPlTilK VIU.

le miel, le vin, les laines, pour lesquels il avait dtér^ nommé. Cette augmentation de richesse amena comme il était juste une augmentation de charges : Salomon frappt d'impôt les restes des tribus cananéennes qui jusqu'alon avaient vécu au milieu dlsraël sans rien payer*, et astreignit les Juifs eux-mêmes à la prestation en nature poui Tentretien de la maison royale. Le territoire fut partagé, sans distinction de tribus, en douze arrondissements financiers placés aux ordres de douze commissaires « qui faisaient les provisions du roi et de sa maison; et chacun avait un mois de Tannée à pourvoir de vivres. » Défrayer une cour et une armée aussi considérables que Tétaient la cour et l'armée de Salomon devait être pour le pays une lourde charge : il fallait chaque jour « trente kors* de fine farine et soixante de farine bise, dix bœufc gras, vingt bœufs des pâturages et cent moutons, sans les cerfs, les daims, les buffles et les volailles engraissées*. ». Le revenu des domaines de la couronne, les trésors amassés par David au cours de ses longues guerres, les tributs annuels des nations vassales, complétaient le rendement des impôts et firent du roi des Hébreux un des princes les plus riches de son temps.

Il voulut joindre à ces ressources les produits du commerce et de l'industrie. Jusqu'alors Israël s'était borné à écouler sur les marchés phéniciens le surplus du blé, de l'huile et des autres denrées qu'il ne consommait pas dans le pays ; il n'avait pris aucune part au grand commerce de caravanes qui se faisait entre l'Egypte, la Phénicie et les régions de l'Euphrate. Salomon prétendit qu'il en eût sa part. La route suivie d'ordinaire par les marchands remontait jusqu'à Karkémish*: il en occupa fortement toute la partie qui courait sur son territoire. Hamath devint le principal entrepôt de la frontière juive, et le dernier anneau d'une chaîne de postes qui s'étendait au long du Liban pour protéger les caravanes et servir de relais ^

1. II Chron,, vin, 7-8. — 2. Le kor valait environ 388 litres. —3. 1 Rois, IV, 7-29. — 4. Voir plus haut, p. 190. — . 5. I Rois, ix, 19; H Chron», vm, 4-6.

3 il y amt d'autres voies qui menaient de la frontière ite en Mésopotamie, sans sortir un seul instant des ^'lèpres juives : elles quittaient la route ordinaire, soit près :" ^ Damas, soit près de Hamath, s'enfonçaient dans le dé- »6Tt et allaient rejoindre TÉuphrate à Thapsaque. Les marchands araméens et cananéens, les gens d'Arad et de Tyr, les fréquentaient malgré les déprédations des Arabes et I© manque d'eau ; Salomon voulut les améliorer et y faire "- passer tout le commerce de la Phénicie et de l'Égyple. Il «^ bâtit Tadmor au désert* ». La situation de Tadmor, la 'Wlle des palmes, a quelque analogie avec celle de Damas, ttiais il lui manque un Abana et un Pharphar pour chan- . ger son désert en un paradis : elle est au pied d'une chaîne <ie collines qui court du S.O. au N. E.; deux sources peu abondantes l'arrosent et entretiennent les bouquets de imliniers qui lui ont valu son nom^. Depuis longtemps déjà ce devait être une station recherchée des marchands, quand Salomon la choisit et l'entoura de murailles ^ La soumission de Hamath-Tsobah affermit la domination des Israélites Sur ces contrées *. De Damas ou d'Hamath à Tadmor, de Tadmor à Thapsaque, les caravanes passèrent désormais sans avoir à redouter les Arabes ou les Araméens. Par sa frontière méridionale, l'empire confinait à l'Egypte et à la mer Rouge. Salomon rechercha l'alliance de l'Egypte. La ville de Guézer s'était révoltée, et les Hébreux, inhabiles à la guerre de siège, ne savaient comment la réduire. Salomon demanda en mariage la fille du Pharaon de Tanis*, et décida son beau-père à intervenir. Les ingénieurs égyptiens eurent bientôt raison de la ville, la démantelèrent, et la remirent au roi juif comme dot de sa nouvelle femme*. Les rapports commerciaux entre les deux pays devinrent plus étroits. Depuis l'invasion des Pasteurs, les chevaux s'étaient multipliés en Egypte : chaque grande ville du Delta et de THeptanomide avait

1. IRoûf IX, 18; II Chron.f nu, 4. C'est la tradition ordinaire. Le texte primitif avait Tamar et non pas Tadmor, Palmyre. — 2. Porter, Bandbookj p. 543. — 3. ios^phe, Ant. Jud., vm, 9. — 4. II Chron.^ viu, 3. — &. C'était Psinakhès ou Psousennès II. — 6. I Rois^ m, l; vu, 8; ix, 16.

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ses haras et ses fabriques, où les rois voisins venaient se^ , fournir de chevaux et de chars*. Salomon s'attribua le^ monopole de la vente des chevaux égyptiens : « chaqiie'^" chariot montait et sortait d'Egypte pour six cents pièces.., d'argent, et chaque cheval pour cent cinquante; et ainsi on en tirait, par le moyen des fermiers royaux, pour tou«^ " les rois des Hittites* et pour tous les rois d'Aram*. » possession des ports de Tldumée, sur la mer Rouge, li inspira un projet des plus hardis. Hirom lui prêta d( ouvriers et des matelots phéniciens qui construisirei une flotte à Etsiôngaber, Téquipèrent et partirent à recherche des pays d'Ophir *. Ils revinrent au bout d trois ans avec de Tor, de Targent, de Tivoire, des pierre ries, des bois précieux et des animaux curieux, tels des singes et des paons. Le succès de ce premier voyj d'exploration encourageait à le renouveler : pendant ui partie au moins du règne, la flotte fit des voyages régulif qui mirent les Juifs en rapport avec les princes de l'An méridionale'*. Le profit réel de ces expéditions lointaine ne dut pas être considérable, mais l'audace qu'elles su] posaient frappa vivement les imaginations et valut à lomon plus de renommée légendaire que les autres entre-^ prises de son règne.

Les richesses qui provenaient de tant de sources dive] ses, il les dépensa royalement. Le luxe de sa cour dé^ sait tout ce que les Hébreux avaient imaginé jusqu'alors, et prit encore dans la légende des proportioi

l.''Fr. Lenormant, Le cheval dans le nouvel empire égyptien, dan^ les Premières civUisatior^y 1. 1, p. 306 sqq. — 2. U s'agit ici des HiH tites du Nord, Khétas ou Khatti, non soumis à Salomon. — 3. 1 Boit^ X, 29-29 ; II Chron.f i, 16-17. — 4. On ferait une bibliothèque entière^ rien qu'avec les traités qu'on a écrits sur l'emplacement du pays d'Ophir. ' On a voulu le placer en Arabie, sur la côte d'Afrique, en Perse, dans' rinde, à Java et jusqu'au Pérou. Les noms du bois d^Almotig, des paons,' paraissent être d'origine indienne et ont fait pencher la balance en &veur de l'Inde. U se pourrait cependant qu'au lieu d'aller chercher ces objets dans l'Inde même les matelots de Salomon les aient trouvés dans un des nombreux comptoirs de la côte d'Afrique, qui étaient en rapport direct avec l'Inde depuis une haute antiquité. —5. I Rois, ix» 20-28; x, 11, 15,22; II Chron., vm, 17-18; ix, 10, 10, 31.

Magér^ôs. U s'était fait fabriquer un trône d'ivoire revêtu Por fin, les boucliers de sa garde étaient en or, sa vais- »lle en or également : « il n*y en avait pas en argent, car 'argent n'était estimé au temps de Salomon.... non plus pe les pierres du chemin*. » Au moins une partie de ces résors passa-t-elle à des dépemses utiles. On releva les forifications de Mageddo et d'Hazor ; Guézer et les deux Behoron rebâties à nouveau couvrirent la frontière philisbe*. Les routes qui conduisaient à Jérusalem furent pavées le basalte noir du pays de Bashan*, et la ville entourée le murailles. Salomon y fit construire un palais pour luilême et un palais pour la fille de Pharaon, des piscines, 'ss portiques splendides : « le bois de cèdre n'était non is prisé à Jérusalem que les sycomores qui sont dans plaines, tant il y en avait*. »

^. David avait choisi l'emplacement du temple : Salomon chargea de l'élever. Le Moriah avait une figure irrégu- ^re dont la surface naturelle se prêtait mal à l'usage aulel on la destinait : il en rectifia les contours par des inrs de soutènement qui, selon les exigences du terrain, ippuyaient sur les flancs de la montagne ou descendaient isqu'au fond de la vallée; l'espace circonscrit entre ces mrs fut comblé de terre et forma une sorte d'esplanade rée sur laquelle reposa le temple. Moyennant une conmtion annuelle d'huile et de blé, Hirom se chargea de imir les ouvriers, les ingénieurs et les bois de construc- }n nécessaires à l'entreprise*. L'édifice construit par les litectes tyriens faisait face à l'Orient : il était large de ^gt coudées, long de soixante et haut de trente. Les murs dent en gros blocs de pierre, et les boiseries en cèdre ilpté et doré; pour y entrer, ou passait sous un portile (oulam) et entre deux colonnes de bronze ciselé, qu'on iommait Yakîn et Boaz. L'intérieur ne comprenait que kux chambres, le lieu saint [hékal), qui renfermait l'autel les parfiims, le chandelier à sept branches et la Table des

1. 1 Bois, X, 16-21, 27; II Chron., i, 15-20, 27. — 2. 1 Rois, x, 15-19; Ckron., vin, 5-6. — 3. Josèphe, Ant. Jud., vm, 7, § 4. — 4. I jttois, , 27. — 6. Tbtd., V, 7-11 ; II Chron,, u, 3-11.

326 CHAPITRE Vm.

pains de proposition ; le Saint des Saints {debîr)^i d'alliance reposait aux ailes de deux chérubins doré. Sur trois des côtés de la nef, et jusqu'à me hauteur, s'étageaient trois rangées de cellules où dait les trésors et le matériel sacré. Le grand-pr le droit d'entrer une fois Tan au Saint des Sainti saint était accessible aux prêtres, et servait aux c^ ordinaires du culte : on y brûlait les parfums, et posait les pains de proposition. Dans le parvis ii vis-à-vis de l'entrée du temple se trouvaient le gi des holocaustes, la mer de bronze et les dix b moindre taille, où on lavait les différentes pièce times, les chaudières, les couteaux, les pelles, to tensiies qu'on employait dans les sacrifices sang mur bas, couronné d'une balustrade en bois de parait cette cour intérieure d'une autre cour où avait accès en tout temps. L'an XII de son règ mon dédia lui-même le temple : il transporta l'a liance de Sion au Saint des Saints, et offrit les au milieu dô la joie et de l'admiration universelles périence des Hébreux en matière d'architectui considérer l'œuvre de Salomon comme un modèl en fait, il était aux édifices grandioses de l'Ègypi Chaldée ce que leur empire lui-même était a empires du monde antique, un petit temple poui peuple.

A peine terminé, il commença de prendre sur nées du peuple d'Israël une influence décisive. I faisait célébrer en grande pompe les trois fêtes j de l'année agricole, la Pâques, la Pentecôte et ] nacles, auxquelles la légende avait déjà rattach venirs empruntés aux premiers temps du peuple

1. 1 Rois, vi-vm ; II Chron., n-vn. — 2. La Pâques ou fê azymes {Hag Hammatçôth) annonçait le commencement d< elle durait depuis le 14 d'Abtb au soir, jusqu'au soir du 21. • tphis tard en commémoration de la sortie d'Egypte. Sept ser la Pentecôte signa\ail \«t ^t\ d^t Vôi. t^coW.^ ^^^ ç.4^4^lfts -^ la fit ranniversaâre de \a ^tocXîim^Xvaïi ^^ \îi\^ » \a vs^\^-

Xc désir de voir lo temple aussi bien que la piété attira i Jérusalem les Juifs provinciaux ; le rapprochement des distances rendit ces voyages aisés et peu coûteux; bientôt, sous l'influence sacerdotale, les trois grandes fêtes annuelles devinrent des pèlerinages obligatoires. Les anciens sanctuaires de Shilo, de Guilgal, de Mitspah, de Rama, furent désertés; les sacrifices ofl'erts sur les hauts lieux tombèrent en désuétude et ne tardèrent pas à être considérés comme des marques d'idolâtrie. Au lieu qu'autrefois tout enfant d'Israël pouvait égorger la victime, le prêtre du temple devint l'intermédiaire obligé entre le fidèle et Dieu. Les familles sacerdotales quittèrent leurs tribus pour s'établir dans la ville sainte : une fois réunies, elles commencèrent à sentir leur force et à s'organiser mieux qu'elles n'avaient fait jusqu'alors. Elles se divisèrent en deux classes, selon la nature du lien réel ou supposé qui les rattachait à la tribu de Lévi. Celles qui passaient pour descendre directement d'Aaron et de ses fils formèrent le haut clergé, les prêtres [cohan^) chargés des fonctions du sacerdoce proprement dit. Elles se répartirent en vingtquatre classes qui avaient chacune un chef et se relayaient dans l'accomplissement de leurs devoirs. Les cohanîm entraient dans le lieu saint, y allumaient les parfums sur l'autel d'or matin et soir, nettoyaient le grand candélabre d'or, renouvelaient l'huile des lampes, posaient chaque semaine sur la table sacrée les pains de proposition, prononçaient la bénédiction solennelle à la fin des sacrifices publics ; au dehors du temple, ils visitaient les malades et expliquaient la loi. Les autres, qu'on appelait simplement Lévites, se partageaient les menus emplois. Us chantaient et jouaient des instruments^ ouvraient et fermaient le

septième mois commençait la fête des cabanes ou Tabernacles [sukkôth)^ qui marquait la clôture de toutes les récoltes, la rentrée de tous les fruits des arbres et de la vigne. Pendant sept jours les Hébreux devaient demeurer dans des cabanes de feuillage, qu'on dressait soit dans les rues et sur les places publiques, soit sur les toits et dans la cour des maisons. On prélendit plus tard que c'était pour rappeler la vie nomade du désert.

temple, nettoyaient les vases sacrés, préparaient les pains de proposition et les pâtisseries, veillaient aux trésors e' aux provisions, montaient la garde aux portes et dans le ^ parvis. Tous ces gens, réunis par un même sentiment religieux et par une communauté de privilèges, formèreii. jjientôt une sorte de nation sacerdotale au milieu de li nation. Leur chef, le grand prêtre, ne tarda pas à prendre une part plus grande aux affaires politiques. Peu à pea son importance augmenta : il égala d'abord, puis dépassa Tautorité des rois, et finit par faire de Jérusalem la capitale d'une véritable théocratie.

Salomon était loin de prévoir qu'il préparait un maître à ses successeurs dans le temps où il élevait le temple. Quoiqu'il fût plein de respect pour la loi juive, il ne se piquait pas, comme son père, d'une fidélité exclusive au Dieu national. Moitié débauche, moitié politique, il avait multiplié le nombre de ses femmes outre mesure et rempli' son harem d'étrangères, esclaves achetées sur les marchés ■ d'Egypte et de Phénicie, ou simples otages qui répondaient] de la fidélité de leur père ou de leurs frères : la mère de i son fils aîné, Rehabeam, était une Ammonite, la reine une Égyptienne. De même que les Pharaons, sans rien relâcher de leur piété, avaient fait des offrandes aux dieux des vaincus, Salomon, pour plaire à ses femmes et sans doute aussi à ses vassaux païens, non-seulement toléra, mais pratiqua lui-même à l'occasion les cultes étrangers. « Il servit Astarté, la divinité des Sidoniens, et Milkom, dieu des Ammonites;... il bâtit un haut lieu à Kamosh, dieu des Moabites, sur la montagne qui est vis-à-vis de Jérusalem, et à Moloch, dieu des enfants d'Ammon*. » Ce que nous savons de son caractère nous montre en lui des tendances philosophiques qui devaient le prédisposer à regarder sans horreur les divinités étrangères. De même qu'on attribuait à son père presque toute la littérature lyrique, on mettait sous son nom toute la litté rature philosophique du peuple hébreu. « Dieu donni

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