Boshea, xm, 16. — 2. Jésaiahy zxvm
lui des ressources qui restaient entre leurs mains; ils abandonnèrent sa conquête et ne parurent pas se soucier de ce qui se passait au dehors. Enfermés dans les limites de leur royaume, ils vécurent en paix avec tous leurs voisins, j'entends avec ceux de leurs voisins qui voulurent bien leur laisser la paix. Au moins employèrent-ils les années tranquilles de leur règne à des travaux d'utilité publique. Ils construisirent dans toutes les grandes villes de la Basse-Egypte, à Bubaste, leur résidence habituelle, à Tanis, à Memphis. Depuis la chute des Ramessides, Thèbes avait toujours été perdant de son importance. La population, attirée jadis par le séjour des rois et le mouvement du commerce, s'était éloignée peu à peu : elle avait presque entièrement disparu par endroits, mais elle s'était maintenue assez dense autour des principaux temples pour y former autant de bourgs et de villages que la ville antique comptait de grands édifices. Les Pharaons ^ que leur origine et les nécessités de la politique attachaient au Delta, ne pouvaient remédier aux progrès de cette ruine. Thèbes n'avait pas été seulement la capitale de l'Egypte, elle avait été la capitale du monde à une époque où le monde était égyptien : suffisante pour un empire, elle était trop grande pour un royaume et ne devait plus subsister. Quelque soin que Ton mît désormais à réparer ses monuments et même à en élever de nouveaux, on ne put y ramener la vie qui se retirait peu à peu : ce fut moins une ville qu'une sorte de musée où l'Egypte des dynasties glorieuses se retrouva tout entière.
Osorkon !•% Takelôt !«', Osorkon II» Sheshonq II, s'étaient succédé sur le trône, les Bubastites régnaient depuis cent ans déjà; à n'en juger que l'apparence, rien n'était changé dans Tétat général du pays, et pourtant des actions et des réactions dont nous commençons enfin à deviner la nature avaient porté l'Egypte quelques degrés plus bas sur la pente qui la menait à la ruine. Pour éviter des usurpations analogues à celle des grands prêtres d'Ammon, Sheshonq et ses descendants s'étaient fait une loi de confier les charges importantes à des princes de la famille royale. Un
fils du Pharaon régnant, et d'ordinaire le fils aîné, était grand prêtre d'Ammon et gouverneur de Thèbes*, un autre commandait à Sesoun, une autre à Khnensou, d'autres encore dans toutes les grandes villes du Delta et de la Haute-Egypte. Chacun d'eux avait avec lui plusieurs bataillons de ces soldats libyens Matsiou et Mashouash qui faisaient alors la force de l'armée égyptienne et sur la fidélité desquels il pouvait compter. Bientôt ces commandements devinrent héréditaires, et l'ancienne féodalité des chefs de nomes se rétablit au profit des membres de la famille royale. Le Pharaon continua de résider à Memphis ou à Bubaste, de toucher l'impôt, de diriger autant que possible l'administration centrale et de présider aux grandes cérémonies du culte, telles que l'intronisation ou l'ensevelissement d'un Hapi; mais, en fait, l'Egypte se trouva partagée en un certain nombre de principautés dont les unes comprenaient à peine quelques villes, tandis que d'autres s'étendaient sur plusieurs nomes continus. Bientôt les chefs de ces principautés s'enhardirent jusqu'à rejeter la suzeraineté du Pharaon : appuyés sur des bandes de mercenaires libyens, ils usurpèrent non-seulement les fonctions de la royauté, mais le titre de roi, tandis que la dynastie légitime, réléguée dans un coin du Delta, conservait à peine un reste d'autorité. Cette décomposition de l'Egypte dut commencer bientôt après la mort de Sheshonql"', mais on n'en rencontre aucun indice certain avant le règne de Takelôt U. Le fils aîné de ce prince, Osorkon, grand prêtre d'Ammon, gouverneur de Thèbes et des pays du Midi, ne préserva l'intégrité du royaume qu'au prix de guerres perpétuelles ^. Les révoltes augmentèrent de gravité sous les successeurs de Takelôt H, Sheshonq III, Pimaï et Sheshonq IV, Quand ce dernier mourut après trente-sept ans au moins de règne ', l'autorité des Bubas-
1. Lepsius, Demkm., III, 253, s, 244, c, Î55, a, 5, c, 256*— 2. Idem, fbid., 256 ; cf. Brugsch, Histoire d'Egypte, t. I, p. 233, et Chabas, Mélanges égyptologiques, 2' série, p, 73-107. — '.], Mariette, Uenscignements sur les Apis, dans le Bulletin archéoloijique de ÏÀthe.iœum français, 1855, p. 98-100.
tites était tellement affaiblie que la si échappa et passa aux mains d'une autre fai de Tanis. La dynastie Tanite jeta un insta ce siècle de révolutions rapides ; son fondate substitua à rhéritier de Shcshonq IV, j Thèbes* et parvint à établir sur ses cont suzeraineté précaire qu*Osorkon III et Pse rent tant bien que mal pendant près d'ur Sous leur domination l'Egypte en arriva à vision qu'elle se trouva partagée entre près ( dont quatre au moins s'attribuaient le cart( signes de la royauté *.
Au milieu de ces roitelets turbulents e famille parut que son énergie politique e hommes qui la composaient portèrent sans ] de ses rivales. Certes, il ne manquait ni d'I bitieux à Tanis, à Khnensou, à Bubaste ; i villes ni aucun des souverains de cette épo un rôle aussi prépondérant que celui de Saî qui la gouvernaient. Actifs, remuants, ba à tous les événements qui s'accomplissent dès l'instant que nous les voyons apparaît: les Saïtes ont un but unique vers lequel tei efforts : ils veulent déposséder les petits p sur les débris des dynasties locales qui une dynastie nouvelle dont l'autorité s'étei entière. L'histoire du temps est au fon tentatives qu'ils font pour arriver à leurs fii qui retardent à chaque instant les progri bition. Les petits princes coalisés contre capables de résister, appellent l'étranger et trahissent l'intérêt de la patrie commu leurs intérêts particuliers. De là les invaf nés : la dynastie koushite arrête un momc ments de la famille Saïte, sans pouvoir
1. Lepsius. Denkm., III, 259, a, b. — 2. Idem, V nigsdynastie. — 3. Cf. deRougé, Mémoire sur une que de Piànkhi Jfcriamoun, p. \^ ?>^<\.
LE SECOND EMPiaE ASSYRIEN. 381
même la décourager. L'insuccès de Tawnekht ne sert pas de leçon à Bokenranw ; le désastre de Bokenranw ne fait pas hésiter ses successeurs. L'intervention assyrienne n'est pour eux qu'un moyen d'user ia puissance éthiopienne. Les Ethiopiens vaincus, les Assyriens occupés en Asie, Psamétik reprend l'avantage et finit par donner de la réalité au rêve constant de sa race. En quelques années, il réunit sous sa main le pays tout entier et établit solidement cette vingt-sixième dynastie sous laquelle l'Egypte devait vivre encore quelques jours de gloire et de prospérité *•
Tawnekht est le premier des Saïtes qui nous soit connu par les monuments. Il était d'origine obscure et ne possédait de son chef que la petite ville de Nouter, près de Ganope '. Quelques expéditions heureuses contre ses voisins les plus proches lui permirent bientôt d'étendre le cercle de ses entreprises. Ce fut surtout une guerre de sièges. Les souverains locaux, maîtres chacun d'une part ou d'une parcelle du territoire national, ne pouvaient durer que par la force des armes : ils se sentaient en pays ennemi, et pour se mettre à l'abri des ambitions rivales ils avaient dû se retrancher fortement. Depuis un siècle, le sol s'était hérissé de citadelles nouvelles, placées aux points stratégiques de la vallée, sur les rares monticules qui s'élèvent au bord du Ifil, dans les îles du fleuve ou à la rencontre des canaux de navigation. Embastillés dans leurs châteaux et dans leurs villes fortes, entourés de mercenaires Mashouash et Tahennou, les petits princes opposaient à l'envahisseur une résistance acharnée. Tawnekht triompha d'eux. Il s'empara de tous les nomes situés à l'occident de la branche principale du fleuve, le Saïte, l'Athribite, le Libyque, le Memphite. Respectant les régions situées à l'orient du Delta, où les Tanites continuaient de régner, il remonta le cours du Nil : Meîtoum, le Fayoum, Khnensou et son roi Pewââbast, Sesoun et son roi Osorkon, le reconnurent pour
1. Maspero, dans la Revue critique, 1869, t. II, p. 377. — 2. En copte Manoutiy près de Canope (Brugsch., G, Ins, 1. 1, p. 289-290^ et Champolliun, l'Egypte sous les PharaoTU, t. II, p. %^l\.
maître. Il passa ensuite sur la rive droite c mage de On et de Panebtepâhe. Il poursuiva ses succès et venait de mettre a contributio Ouàb, quand les chefs encore insoumis du 1 Haute-Egypte s'adressèrent au seul pouvoir capable de lui tenir tête, à TÉthiopie * .
Les descendants des rois-pretres d'Ammon- Nubie par les Pharaons de la XXI* dynas fondé, avec les provinces conquises vingt sic par les Ousortesen , un royaume indépendan
1)itale était Napata *. Bâtie au pied d'une coll; a piété des habitants avait donné le nom ( sainte [Dou oiujU)) et longtemps considérée co chefs-lieux de la province égyptienne d'Éthio] aux mains de ses nouveaux maîtres, devint i Thèbes éthiopienne modelée, autant que possib de Thèbes d'Egypte. Ammon-Râ, roi des dieux et Khons, y trônaient en souverains; le temph Btruit à l'imitation des sanctuaires de Karnak; loi qu'on y célébrait étaient les cérémonies du eu. Les rois, prêtres avant tout, comme ils V dans leur patrie thébaine, étaient les chefs d' cerdotal dont les limites varièrent selon les ép qui s'étendait d'ordinaire des montagnes d'Ab seconde cataracte. Dans la vallée même, depuis qu'au confluent du Tacazzé, les colons de race formaient le fond de la population; dans les haut Nil se trouvaient des nations de races diiTé unes étaient noires; les autres, alliées aux Hi venues de l'Arabie méridionale, parlaient un id tique; d'autres enfin se rattachaient par le langue aux Égyptiens et aux Berbères. Pendî miers temps, l'élément égyptien l'emporta ei politique générale. Sans cesse ramenés vers ' tous les souvenirs de leur origine et par leurs
1. Mariette, Monuments divers y t. I, pi. I, 1. 1-7. Cf. d moire iwr urie inscription historique de Pidnkhi Uciai il -23. — 2. Voir plas Uaul, "^.Zl^.
~ religieuses, les rois-prêtres de Napata essayèrent de rer couvrer au moins le sud de l'Egypte. Ils y réussirent vers - le milieu de la XXIIP dynastie et poussèrent leurs avant- : postes jusque dans les environs d'Abydos.
Piânkhi-Meïamoun, celui d'entre eux à qui les princes égyptiens adressèrent leur requête, régnait déjà depuis r Tingt ans lorsqu'on vint lui proposer la conquête de TÉ- ■' WP^®* L'idée de réunir toute la vallée du Nil sous un même sceptre lui sourit, il donna aux troupes qu'il avait en Thébaïde Tordre de se porter en avant sans retard, tandis que lui-même rassemblait à Napata le gros de ses forces et se préparait à entrer en campagne. La guerre débuta par un succès : la flotte éthiopienne rencontra au nord d'Abydos la flotte de Tawnekht qui cinglait vers Thèbes, chargée de soldats et de munitions, en détruisit une partie et força l'autre à la retraite. Une autre flotte, montée par les contingents de trois rois et de tous les vassaux de Tawnekht, fut battue après un combat de trois jours, et les Éthiopiens vinrent aborder au nome d'Oun. La lenteur de leurs mouvements permit au roi Nimrod de 80 jeter dans Sesoun et de la mettre en état : une partie des troupes d'invasion resta en observation devant la place, tandis que le reste continuait de marcher vers le nord et prenait sur la rive gauche Pamatset , sur la rive droite Ta Tehni Oernakhtou * et Hebennou. Nimrod, cerné de tous côtés, ne pouvait plus espérer le secours de ses alliés ou de son suzerain : il n'en continua pas moins la résistance et tint les envahisseurs en échec. Il fallut pour le réduire l'arrivée de Piânklii lui-même, à la tête de nombreux renforts. Piânkhi changea le blocus de Sesoun en siège régulier : il fit élever des aggeres contre la muraille e^ dresser des tours chargées d'archers et de frondeurs. Sn trois jours la place, battue de tous côtés à la fois, ne fut plus tenable, et son commandant fit demander grâce par sa femme, la reine Nestentnes, et par les dames du
1. Aujourd'hui Tehneh, sur la rive droite du Nil, un peu au-dessous de Minieh. Cf., sur Tehneh^ Wilkinson^ EandbooH^ V* ^"l^^'^^'
harem. Piânkhi le reçut à merci, entra da bruit des acclamations, alla prier au temp. prit solennellement possession du butin ai mon Thébain. La chute de Sesoun entraîna de toute la moyenne Egypte. Khnensou se sistance, ainsi que Pa Râ-Khemkhoper*,qui l'entrée du Fayoum. Meïtoum, Pa Sokarsehat taouï, suivirent cet exemple : Piânkhi parvi de Memphis presque sans coup férir.
A peine arrivé, il envoya sommer la ville, point [vos portes] ; ne combattez point cont: l'intérieur *. Shou, le dieu de la création, qua entre; quand je sors, il sort: [aussi] ne peut mes attaques. Je ne veux qu'offrir des offrani aux dieux du nome Memphite; je veux h( dans sa chapelle, voir le dieu Res-anb-ew, e tournerai en paix. [Si vous me livrez] Mempl épargnée, et on n'y fera pas même un petit en Voyez les nomes du Midi : on n'y a massaci excepté les impies qui avaient blasphémé exécuté ces obstinés. » Piânkhi avait fait apj rôles d'un détachement d'archers, de matelots e du génie, qui devaient s'emparer du port de A( garnison était sur ses gardes : elle repoussa et leur infligea des pertes sérieuses. Bientôt nekht profita d'une nuit obscure pour se je place avec un grand convoi d'armes et un coi mille hommes, fortifia les points faibles de 1 partit vers le nord afin de rassembler une nom Il comptait sur une longue résistance, mais la : pienne, trompant la vigilance des assiégés, j surprise dans le port et y captura tous les nav trouva, tandis qu'une partie de l'armée se glisi de la rivière et s'introduisait dans la ville pai Après deux jours de bataille dans les rues, ]
1. Place forte située à l'entrée du Fayoum, aujourd'hui 2. KhennoUj la Haule-Êgyçte et. VÉthioçie,
it bas les armes, et Piânkhi put reprendre sa marche en ant. Il s'empara de toutes les forteresses avoisinantes et » s'arrêta qu'un instant à Héliopolis pour y célébrer le crifice royal. « Il monta l'escalier qui conduit au grand lyton pour y voir le dieu qui réside dans Ha-benben, lui, d-même. Tout seul, il tira le verrou, ouvrit les battants, jptempla son père Râ dans Ha-benben, mit en ordre la le Mâd deRâ, la barque Seket de Shou; puis il ferma battants, plaça la terre sigillaire et y imprima le sceau 1. » C'était en quelque sorte prendre po.ssession du pousuprême. Osorkon de Bubaste reconnut le nouveau m ; un mouvement des Éthiopiens décida les autres ices du Delta à suivre son exemple. Tawnekht, abande ses vassaux , demanda la paix, et Piânkhi la lui la sans conditions. Après avoir jreçu non loin d'Athrilu cœur même de la basse Egypte, l'hommage de ses I, il reprit le chemin de son royaume et rentra dans t, chargé de gloire et de butin, « d'or, d'argent, )nze et de vêtements précieux, de tous les bons prodes pays du Nord, de toutes les denrées de la Syrie et PArabie^. »
la première fois depuis deux cents ans, le royaume
Pharaons était reconstitué des sources du Nil Bleu
iloaches du fleuve, mais non plus au profit de l'É-