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marcheurs, les pieds longs, minces, aplatis à Textrémité par l'habitude d'aller sans chaussure. La tête, souvent trop forte pour le corps, présente d'ordinaire un caractère de douceur et même de tristesse instinctive. Le front est carré, peut-être un peu bas, le nez court et rond; les yeux sont grands et bien ouverts, les joues arrondies, les lèvres épaisses, mais non renversées; la bouche un peu longue, garde un sourire résigné et presque douloureux. Ces traits communs à la plupart des statues de Tancien et du moyen empire, se retrouvent plus tard à toutes les époques. Les monuments de la dix>huitième dynastie, les sculptures saïtes et grecques, si inférieures en beauté artistique aux monuments des vieilles dynasties, conservent sans altération sensible le type primitif. Aujourd'hui même, bien que les classes supérieures se soient défigurées par des alliances répétées avec l'étranger, les simples paysans ont gardé presque partout la ressemblance de leurs ancêtres, et tel fellah contemple avec étonnement les statues de EJiawrâ ou les colosses des Ousortesen qui reproduit trait pour trait à plus de quatre mille ans de distance la physionomie de ces vieux Pharaons*. .
La race égyptienne se rattache aux peuples blancs de l'Asie antérieure par ses caractères ethnographiques : la langue égyptienne se rattache aux langues dites sémitiques par sa forme grammaticale*. Non-seulement un grand nombre de ses racines appartiennent au type hebraeo-araméen; mais sa constitution grammaticale se prête à de nombreux rapprochements avec l'hébreu et le syriaque. L'un des temps de la conjugaison, le plus simple et le plus ancien de tous, est composé avec des pronoms suffixes identiques dans les deux langues. Les pronoms, suffixes et
1. L'une des plus belles statues en bois du Musée de Boulaq a été nommée par les gens du Caire le Cheikh-el-Beled, parce qu'elle est trait pour trait Timage du Cheikh-el-Beled actuel de Saqqarah. — 2. Benfey, Veber das VerhasUnùs der jEgyptischen Sprache xum semitischen Sprachstamniy Leipzig, 1844; Scbwartze, Das alte jEgypterif 1. 1, ï*" Tbeil, p. 2003 sqq.; de Uougé, Recherches sur les monumenis, j>. 2-4; Lepsius^. Zeitschrifl, 1870, p. 91-92.
absolus, sont exprimés par les mêmes racines et jouent le même rôle en égyptien et dans les langues sémitiques '. Sans nous étendre sur ces rapprochements dont quelquesuns laissent encore prise au doute ^, nous pouvons dès à présent affirmer que la plupart des procédés grammaticaux mis en œuvre par les langues sémitiques se retrouvent en égyptien à l'état rudimentaire. Aussi bien l'égyptien et les langues sémitiques, après avoir appartenu au même groupe, se sont séparés de très-bonne heure, à une époque où leur système grammatical était encore en voie de formation. Désunies et soumises à des influences diverses, les deux familles traitèrent d'une façon différente les éléments qu'elles possédaient en commun. Tandis que l'égyptien, cultivé plus tôt, s'arrêtait dans son développement, les langues sémitiques continuaient le leur pendant de longs siècles encore avant d'arriver à la forme que nous connaissons aujourd'hui ; « en sorte que, s'il y a un rapport de souche évident entre la langue de l'Egypte et celle de l'Asie, ce rapport est cependant assez éloigné pour laisser au peuple qui nous occupe une physionomie distincte*. »
Les Égyptiens appartiendraient donc aux races proto-sémitiques. Venus d'Asie par l'isthme de Suez, ila trouvèrent établie sur les bords du Nil une autre race, probablement noire, qu'ils refoulèrent dans l'intérieur*, L'Egypte, si riche et si fertile aujourd'hui, devait être alors l'image de la désolation. Le fleuve, abandonné à lui-même, changeait perpétuellement de lit. Il n'atteignait jamais dans ses débordements certaines parties de la vallée, qui restaient improductives; ailleurs, au contraire, il séjournait avec tant de persistance qu'il changeait le sol en bourbiers pestilentiels. Le Delta, à moitié noyé par les eaux du fleuve, à moitié perdu sous les flots
1. Maspero, Xfémoires de la Société de Ling^iH, de Paris, t. II, p. 1-8. — 2. Voir Renan, Histoire des langues sémitiqu/es^ V éd.,\.. \^ p. 80-92. — 3. De Rougé, Heeherches, p. 3. — 'k. Lepaius, Ze\\«t\vT\\\^ 1870, p. 92.
EIST, ANC, ^ -
'de la M6diterranée, était un immense matais semé de .quelques îles sablonneuses et couvert de papyrus, de lotus et d'énormes roseaux à travers lesquels les bras du Nil se frayaient paresseusement un cours sans cesse déplacé. Sur les deux rives, le désert envahissait toute la partie du sol qui n'était pas chaque année recouverte par Tinondation : on passait sans transition de la végétation désordonnée des marais tropicaux à Taridité la plus absolue. Peu à peu les nouveaux venus apprirent à régler le cours du fleuve, à Tendiguer, à porter par des canaux d'irrigation la fertilité jusque dans les coins les plus reculés de la vallée. L'Egypte sortit des eaux et devint dans la main de l'homme une des contrées les mieux appropriées au développement paisible d'une grande civilisation.
La période de formation du sol et de la nation dura longtemps, des myriades d'années au dire des anciens euxmêmes, entre trois et .quatre mille ans d'après les calculs les plus modérés de la plupart des savants contemporains. Avec cette naïveté instinctive qui porte les peuples à chercher la perfection dans le passé, les Égyptiens en étaient venus à considérer les premiers siècles de leur séjour au bord du Nil comme un âge heureux entre tous les âges, et leurs ancêtres à demi sauvages comme des hommes pieux qu'on appelait d'une manière générale les S/iesoM-i/or» (Serviteurs d'Horus) * . C'est à ces générations sans histoire que revient l'honneur d'avoir constitué l'Egypte telle que nous la connaissons dès le début de la période historique. D'abord divisées en un grand nombre de tribus, elles commencèrent par établir sur plusieurs points à la fois de petits États indépendants dont chacun avait .ses lois et son culte. Avec le temps ces États se fondirentles uns dans les autres : il ne resta plus en présence que deux graîndes principautés, la Basse Egypte (T(Mnèra) ou pays du Nord
1. Lepsius, Denkm.y III, 5 a; Dûmichen, Bauurkunde der Tempelanlagen von Denderah, pi. XVI; Cf. de Rougé, Beeherches sur les monurhents qu^on peut attribuer aux six premières dynasties de MavÀthon, p. 12, note 1, p, tes sqq.
(To-^meh^) dans le Delta, la Haute Egypte ou pays du Sud [To-res) depuis la pointe du Delta jusqu'à la première cataracte. La réunion sous un même sceptre forma le patrimoine des Pharaons ou pays de Kémit, mais ne fit pas disparaître la division primitive : les petits États devinrent provinces et lurent l'origine des circonscriptions administratives que les Grecs ont appelées nomes.
Les nomes se composaient d'une ou plusieurs villes et d'un territoire assez restreint * : le plus grand d'entre eux était loin d'avoir l'étendue d'un seul de nos départements. Le territoire de chaque nome était subdivisé en plusieurs parties : 1' la ville capitale (nout)j siège de l'administration civile et militaire et centre de la religion provinciale ; 2" les terres de production [ouou), cultivées en céréales et fécondées chaque année par l'inondation; 3** les terres marécageuses (peh^ou)y sur lesquelles les débordements du Nil laissaient des étangs trop profonds pgur être desséchés facilement : on les mettait en pâturages quand on pouvait, on y cultivait le lotus et le papyrus, on y faisait en grand l'élève des oiseaux d'eau ; ky enfin, les canaux dérivés du Nil pour les besoins de l'agriculture et de la navigation ^. En tête de l'administration civile et militaire on trouve des gouverneurs héréditaires (hiq), et plus souvent des nomarques (mer^nout isât-to ou simplement mer nout tsat) nommés directement par le roi *, L'autorité religieuse était exercée par le grand prêtre du temple, dont la dignité était tantôt élective, tantôt héréditaire. Les habitants du nome payaient au roi et à ses fonctionnaires un impôt en nature proportionnel à la richesse foncière et dont la répartition exigeait des recensements et des cadastres fréquents. Ils étaient soumis à une espèce de conscription pour le ser* vice militaire et à la corvée pour l'exécution de tous les travaux d'utilité publique, qu'il s'agît d'élever un temple
1. Brugsch; Geographische InschrifteUf t. I, p. 93 sqq. — 2. Jacques de Rougé, Textes géographiques du temple d'EdfoUy p. 29. — 3. Lepsius, DtnKmsûler, 11, pi 124-125. Cf. Brugsch, G. /nschriftcu, \. \,^.\\V U6. — 4. Masperq, une Enquête judiciaire d Thèbci, v ^» ^^^a\ «
ou une forteresse, de tracer une route, de construire une digue ou de creuser un canal.
Le nombre des nomes varia selon les temps. La plupart des historiens anciens en comptent trente-six*; les listes égyptiennes en donnent parfois quarante-quatre, dont vingtdeux pour la Haute Egypte et vingt-deux pour la Basse *. Le plus lûéridional d'entre eux s'appelait To-Qens, comme la Nubie à laquelle il confinait. La capitale était Abou, l'Êléphantine des Grecs, et plus tard, au temps des Romains, Noubit (Ombos). Il comprenait, avec la ville de Souannou (Syène), les deux îles célèbres de Senem (Beghe) et deLak (Aa-laq, Pi-lak, Philœ), qui servirent de refuge aux derniers païens d'Egypte contre les persécutions chrétiennes. Venaient ensuite les nomes de Tes-Hor (Apollonitès) avec Deb (ApoUinopolis Magna, Edfou) et Khennou (Silsilis) et de Ten (Latopolitès). La capitale de ce dernier fut d'abord Nekheb ', que GhampoUion identifia avec la ville grecque d'Eilithyia. Le nom de Nekheb est mêlé aux faits les plus importants de l'histoire d'Egypte. Sous la dix-septième dynastie, au temps où les pasteurs occupaient le Delta, les princes indépendants du Sud avaient fait de cette ville un de leurs boulevards et quelquefois leur capitale. Le gouvernement en était confié à un prince de la famille royale, qui prenait le titre de Royal fils de Nekheb. Plus tard, à l'époque gréco-romaine, Nekheb, déchue de son rang de capitale, céda le premier rang àSni (Latopolis), la moderne
Esneh *.
Au sortir du nome de Ton on entrait dans le nome de
Ouas% le Phathyritès des Grecs. La capitale est Ape,
T-ape, la Thèbes aux cent portes d'Homère, la demeure
d'Ammon-Râ, roi des dieux et créateur du monde (Pa-
Amen, Diospolis Magna). Son origine se perdait dans la
nuit des temps : les traditions nationales en faisaient- la
1. Diodore, I, 44; Strabon, 1. XVII, c. 1. — 2. Brugsch, G, Insch., 1. 1, p. 99. — 3. Le nom a été lu Souvan et Nében jusque dans ces derniers temps. — 4. Brugsch, G. Insch.^ t. I, p. 178. — 5. Le nom a été lu Zdm et Ouab jusque dans ces derniers lemp&.
patrie terrestre d'Osiris* et la résidence d'une des dynasties humaines antérieures aux dynasties historiques. A Tépoque de sa splendeur, elle s'étendait sur les deux rives du Nil, du pied de la chaîne libyque au pied de la chaîne arabique. Capitale de TÉgypte sous neuf dynasties consécutives, de la onzième à la vingtième, puis déchue de son rang à partir de la vingt et unième dynastie, prise et pillée successivement par les Éthiopiens, les Assyriens et les Perses, elle fut détruite par Ptolémée Lathyre et à moitié renversée par un tremblement de terre en Tan 27 avant le Christ. Sur ses ruines s'élevèrent un grand nombre de villages de peu d'importance * qui subsistent encore aujourd'hui sous des noms arabes : El-aqsoraïn (Louqsor) et Karnak, sur la rive droite; Gournah, Medinet-Habou, Deirel-Bahari, sur la rive gauche. A partir de cette époque, la capitale du nome fut On du Midi ou Her-Month (Hermonthis), dont l'origine remontait jusqu'aux âges antéhistoriques*.
Au nord de Thèbes on rencontrait successivement, sur la rive gauche du fleuve, le nome de Horoui (Goptitès) avec Kebti (Goptos), l'une des forteresses et l'un des marchés les plus importants de la Haute Egypte ; sur la rive gauche, le nome Tentyritès avec Ta-rer ou Ta-n-tarer (Tentyris, Denderah) ; sur les deux rives, le nome de Ha-sekhekh (Diospolitès) et le Thinitès, dont la capitale, après avoir été Théni, fut plus tard Aboud (Abydos). Abydos était une des plus considérables parmi les cités égyptiennes. Strabon, qui la vit dans une décadence complète, rapporte que jadis elle occupait le second rang*; et de fait, après Thèbes, je ne connais pas de ville qui soit mentionnée plus souvent sur des monuments de toute sorte. Non qu'elle fut grande ou bien peuplée : resserrée entre le désert et un canal dérivé du Nil, elle occupait entre les villages modernes d'El-Kherbeh et d'Harabat-el-Madfouneh une bande de terre fort étroite et ne put jamais s'étendre beaucoup,
1. Brugsch, G. Insch., t. I, p. 176. —2. Strabon, 1. XVII, c. 1. — 3. Brugsdi, G, Insch., 1. 1, p, 193195. —4. Strabon, l. KYll, <i. V%
C'est comme ville sainte qu'elle était universellement connue; ses temples étaient célèbres, son dieu Osiris vénéré, ses fêtes suivies par toute TÉgypte ; les gens riches des autres nomes tenaient à honneur de se faire ensevelir dans sa nécropole autour du tombeau d'Osiris. Sous les Ptolémées, Abydos perdit son titre de capitale, qui fut attribué au bourg de Souï (Syis, P-souï, Psoi). Ce bourg, agrandi et colonisé par Ptolémée Soter, prit le nom de Ptolémaïs*.
Les nomes de TÉgypte moyenne, entre Abydos et Memphis, sans jamais avoir obtenu une prépondérance marquée, ont pesé d'un grand poids dans les destinées du pays*. Remplis d'une population nombreuse, couverts de places fortes situées avantageusement sur les différents bras du Nil, ils pouvaient couper à volonté les communications entre Thèbes et Memphis et arrêter longtemps la marche des armées. On y trouvait d'abord, sur la rive droite du fleuve, Apou ou Khem (Panopolis ou Khemmis), dans le nome de Khem. Khem ou Min y était adoré, et les Grecs, trompés par une simple analogie de son, avaient cru reconnaître dans l'un des titres de ce dieu, Pehrer ou PehreSy « le coureur, » le nom de leur héros Persée* . Plus bas, toujours sur la rive droite, venait Pahornoub, dans le nome de Douw (Antœopolitès) *; sur la rive gauche, dans le nome de Baar (Hypsélitès), la forteresse de Shashotep (Shôtp)', et dans le nome Atew supérieur (Atewkhenl, Lycopolitès), la ville importante de Saout (Lycônpolis, Osyout)*. On rencontrait ensuite TAtew inférieur (Atew peh^ou), dont la capitale était Kast (Khusœ) aux temps pharaoniques. A l'époque gréco-romaine, son territoire fut réparti entre les deux provinces voisines '.
Le nom antique d'Hermopolis était Sosounnou, la ville des huitdieux, etOunnou. Elle était située dans le nome de Oun
1 . Corpus insc. grœc.y n" 4925. — 2. Sept de ces nomes, détachés de la Haute-Egypte et réunis en un seul gouvernement, formèrent, à l'époque romaine, la province d'Heptanomide. — 3. Hérodote, 1. Il, c. 91.— J. de Rougé. Revue archéologique, ^[liWei 1870, p. 5-6. — 5. Id., p. 1 sqq. — 6. Brugsch, G. Insch., t. I, p. 217-219. — 7. J. de Rougé p. 12-15.
(Hermopolitès), assez loin du Nil et proche le canal appelé aujourd'hui encore Bahr-el-Yousouf. C'était une des plus anciennes villes de TÉgypte: elle avait été le théâtre d'une des grandes victoires d'Hor sur Set, et son dieu éponyme Thot avait pris une part glorieuse aux guerres osiriennes. Son territoire confinait au nord et à l'est avec celui du nome de Meh' *, Tun des plus célèbres parmi les nomes de la Thébaïde. La capitale était H'ebennou (Touho, Théodosiopolis) * ; mais il renfermait plusieurs autres villes importantes, Nowrous (Koum-el-Ahmar) etPanoubt (Speos Artemidos, Beni-Hassan) sur la rive droite, Menât-Khouwou sur la rive gauche. Menât-Khouwou avait été fondée ou agrandie par Khouwou (Khéops) ; elle florissait encore sous la douzième dynastie, et son nom, transmis d'âge en âge, est devenu chez les Arabes d'Egypte l'origine du nom de Minieh •. Au nord du nome de Meh, et sur la rive occidentale du fleuve s'étendaient les deux nomes de Pa avec H^â- Bennou (Hipponon) pour capitale*, et de Maten (Aphroditès) avec Pa Nebtep-ah*e (Aphroditopolis, Atfieh) ; sur la rive occidentale, entre le Nil et la chaîne libyque, le nome deOuab (Oxyrrynchitès), ville principale Pa-Madjat (Oxyrrynchos,Pemsje), celui du Neht supérieur (Heracléopolitès), chef-lieu Hâ-khnensou ou Hnès (Héracléopolis Magna), enfin celui du Neht inférieur ', auquel on rattachait le To- ■she ou pays du lac Meri (le Fayoum) . Le Neht inférieur renfermait la ville deMeri-Toum ouMeï-Toum (Meïdoum) , située au pied de la chaîne libyque. A l'époque gréco-romaine il n'existait plus. La portion de son territoire qui était située entre le Nil et la montagne fut annexée au nome Heracléopolitès. Le Fayoum forma un nome nouveau, l'Arsinoïtès, dont Crocodilopolis, l'ancienne Shed, fut désormais la capitale.
A quelques kilomètres au N. de Meïtoum, on franchissait
1. Appelé d*ordinaire nome de Sah^ Cf. à ce sujet Jacques de Rougé dans la Revue archéologique j février 1872, p. 68 sqq. — 2. Id., p. 70-76.
— 3. Brugsch, G. Inschriften^ 1. 1, p. 224.-4. Jacques de Rougé, p. 76.
— 5. Id., p. 76-80.
la frontière de la Basse Egypte et Ton entrait dans le nome duMur Blanc (Sebt-h*at ou Aneb-h^at, Memphitès) ; on passait sous les murs de Tetaouï, un des boulevards du Delta contre les invasions du Midi, et Ton arrivait à Mannower (Memphis).Memphis, la ville de Phtah*, Hakaptah*, dont les Grecs ont tiré le nom d'Egypte * , était Tune des places les plus fortes de TÉgypte. Elle ise composait d'une ville vieille, le Mur Blanc (Sebt-h*at ou Aneb-h*at), où s'élevait le grand temple de Phtah, et de plusieurs quartiers dont le principal, Ankhtaouï, était devenu à l'époque persane le séjour favori des étrangers, surtout des Phéniciens*. Amoindrie par la fondation d'Alexandrie, la fondation du Caire acheva sa perte ; vers le treizième siècle de notre ère, ce n'était plus qu'une ruine imposante. « Malgré l'immense étendue de cette ville et la haute antiquité à laquelle elle remonte,... ses débris offrent encore aux yeux des spectateurs une réunion de merveilles qui confond l'inteÛigence, et que l'homme le plus éloquent entreprendrait inutilement de décrire.... Les pierres provenues de la démolition des édifices remplissent toute la surface de ces ruines : on trouve en quelques endroits des pans de murailles encore debout, construits de ces grosses pierres dont je viens de parler; ailleurs, il ne reste que les fondements ou bien des monceaux de décombres. J'ai vu l'arc d'une porte très-haute dont les deux murs latéraux sont formés chacun d'une seule pierre ; et la voûte supérieure, qui était aussi d'une seule pierre, était tombée au devant de la porte.... Les ruines de Memphis occupent actuellement une demi-journée de chemin en tous sens^ » Abd-allalif parlait ainsi au treizième siècle ; depuis son temps, une partie de ces débris, exploités comme carrière, a servi à construire les maisons du Caire et des bourgs voisins : les sables du désert et le limon du fleuve ont recouvert le reste,
1. Brugsch, G. Intch,, t. I, p. 83.-2. Hérodote III, 91:.... iv tcS >evxcp TEix" ftîi èv Mé{i,çi. Cf. Brugsch, Zeitschrift fur ^gyptiscfie Sprache, année 1863, p. 9. — 3. Abd-al-Iatif (traduction de Sacy), 1. 1, ch. 4.
Près de la pointe du Delta, sur la rive gauche du Nil, et confinant au désert Libyque, les anciens plaçaient le nome Létopolitès avec Sekhemt (Latopolis) et Kerkasore*; sur la rive droite, et confinant au désert Arabique, le nome Héliopolitès. On du Nord, THéliopolis des Grecs, en était la capitale. Située sur une hauteur artificielle, elle n'occupait qu'un espace assez restreint, et n'avait pas une population nombreuse ; elle n'en était pas moins une des capitales religieuses de l'Egypte et le siège d'une école de théologie célèbre dans le monde entier. D'après la tradition grecque, Solon, Pythagore, Platon, Eudoxe, y avaient passé plusieurs années de leur vie dans l'étude des sciences et de la philosophie égyptiennes. Deux villes voisines, Kher et H^â-benben, avaient joué un grand rôle dans les guerres osiriennes, et étaient des sanctuaires renommés. Sur les bords du Nil s'élevaient Babylone et Trouwou. Trouwou était située presque en face de Memphis : ses carrières ouvertes par les rois des premières dynasties ont été exploitées à peu près sans interruption jusqu'à l'époque arabe. Les Grecs l'appelaient Troja, et prétendaient qu'elle avait été bâtie par des prisonniers troyens, comme sa voisine Babylone d'Egypte l'a- Tait été par des prisonniers babyloniens '.
La nomenclature des provinces du Delta n'est pas encore établie avec assez de certitude pour que je me hasarde à la donner en détail. Il me suffira de citer ; sur la branche Canopique du Nil, rive droite, Saï (Sais) dans le nome Saïtès ; entre la branche Canopique et la branche Sébennytique, Khsôou (Xoïs) et Pa-outs (Bouto), cette dernière dans le nome Am inférieur ou Patonouts (Phthénéotès *) ; sur la branche Sébennytique, rive gauche, Thebnouter (Sebennytos), rive droite, Hâ-ta-ab-ra (Athribis) ; entre la branche Sébennytique et la branche Pélusiaque, Pabanebdad ou Dadou (Mendès) et Tanis. Au delà de la branche Pélusiaque, entre le Nil et le Désert, s'élevait la ville de Tsal, forteresse
1, Brugsch, G, Insch., 1. 1, p. 243-244. — 2. Diodore de Sicile, 1. I, ch. 56; Strabon, 1. XVII, ch. 1. Cf. sur Trouwou, Brufirsch, Zcitseh.^ 1867, p. 89-95. — 3. Brugsch, ZeUschrifty 187l,p.\\.-\^.
frontière de TÉgypte du côté de la Syrie, et dont l'emplacement est encore inconnu *. Aussi bien ces villes du Delta, malgré leur antiquité et leur richesse, n'eurent dans l'histoire d'Egypte qu'un rôle secondaire. Des vingt premières dynasties, elles n'en fournirent qu'une seule, la quatorzième, originaire de Xoïs, et encore est-elle insignifiante. Vers le onzième siècle, elles n'arrivèrent à la vie politique et à la prépondérante que pour présider à la décadence du pays, et l'accélérer par leurs rivalités perpétuelles. La fondation de Naucratis, et surtout d'Alexandrie, les ruina si complètement, qu'au premier siècle de notre ère la plupart d'entre elles étaient réduites à la condition de simples bourgades.
Telle était la répartition des nomes à la surface du pays. Leur origine remontait, comme je l'ai dit plus haut, jusqu'aux générations antéhistoriques ; c'est à peine si les générations postérieures purent compléter ou modifier en quelques-unes de ses parties le système administratif établi par leurs ancêtres. Aussi bien les Shesou-Hor avaient eu le mérite de fonder presque toutes les institutions de TÉgypte historique. On leur attribuait, ou plutôt on attribuait aux dieux qu'on disait avoir régné sur eux, l'établissement des premières lois civiles, la découverte des arts utiles à la vie ou au plaisir de l'homme, l'invention du papier et de l'écriture. La religion de l'Egypte était, en partie au moins, leur ouvrage : ils avaient créé la plupart des noms divins, et fixé presque tous les dogmes dont nous trouvons l'exposé sur les monuments d'époque postérieure.
De la rellston égyptienne.*
Lorsqu'on parcourt les grands recueils où les savants de notre siècle ont reproduit en partie les restes des monuments égyptiens, ce qui frappe tout d'abord, c'est l'abon-
1. Brugsch {Zeitschrift^ 1872, p. 16, et l'Exode et les Monuments égyptiens, Alexandrie^ 1874) propose de rideotifier avec Tanis.
L'EGYPTE PRIMITIVB. 27
dance presque incroyable de tableaux mystiques et de scènes religieuses qui sont parvenues jusqu*à nous. Il n*y a presque pas de planches où Ton ne retrouve une des figures de la divinité recevant d'un air impassible les offrandes et les prières du prêtre ou du roi prosterné devant elle. On dirait, à voir tant de représentations sacrées, que ce pays était habité surtout par des dieux et renfermait d'hommes juste ce qu'il en fallait pour les besoins du culte. Les Egyptiens étaient un peuple dévot : soit tendance naturelle, soit effet de l'éducation, ils voyaient Dieu partout dans l'univers, ils vivaient en lui et pour lui. Leur esprit était plein de ses grandeurs, leur bouche pleine do ses louanges, leur littérature pleine d'œuvres inspirées par ses bienfaits. La plupart des manuscrits échappés à la ruine de leur civilisation ne traitent que de matières religieuses, et, dans ceux mêmes qui sont consacrés à des sujets profanes, les allusions et les noms mythologiques se présentent à chaque page, souvent à chaque ligne \
Au commencement étaitle iVou, l'Océan primordial dans les profondeurs infinies duquel flottaient confondus les germes des choses. De toute éternité. Dieu s'engendra et s'enfanta lui-même au sein de cette masse liquide sans forme encore et sans usage. Ce Dieu des Égyptiens était un être unique, parfait, doué d'une science et d'une intelligence certaines, incompréhensible à ce point qu'on ne peut dire en quoi il est incompréhensible. II est le « un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vivo en substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré ; le père des pères, la mère des mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme à l'avenir , il remplit l'univers sans qu'image au monde puisse donner même une faible idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part.
Unique en essence, il n'est pas unique en personne. Il
1. La religion'égyptienne dérive d'un paganisme antérieur, mais ôhi répoque des Pyramides, les principes paraissent en être établis tels que je les expose ici.
est père par cela seul qu'il est, et la puissance de sa nature est telle qu'il engendre éternellement sans jamais s'affaiblir ou s'épuiser. Il n'a pas besoin de sortir de luimême pour devenir fécond ; il trouve en son propre sein la matière de son enfantement perpétuel. Seul, par la plénitude de son être, il conçoit son fruit, et comme en lui la conception ne saurait être distinguée de l'enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est à la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, sans sortir de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser l'unité de la nature divine, concourent toutes trois à son infinie perfection.
Ce Dieu triple et un a tous les attributs de Dieu, l'immensité, l'éternité, l'indépendance, la volonté toute-piuissante, la bonté sans limites. Il développe éternellement ces qualités souveraines, ou plutôt, pour me servir d'une expression chère aux écoles religieuses de l'ancienne Egypte , « il crée ses propres membres , qui sont les dieux* » et s'associent à son action bienfaisante. Chacun de ces dieux secondaires, considéré comme identique au Dieu un, peut former un type nouveau d'où émanent à leur tour et par le même procédé d'autres types inférieurs. De trinités en trinités, de personnifications en personnifications, on en arrive bientôt à ce nombre vraiment incroyable de divinités aux formes parfois grotesques et souvent monstrueuses, qui descendent par degrés presque insensibles de l'ordre le plus élevé aux derniers étages de la nature. Néanmoins, les noms variés, les formes innombrables que le vulgaire est tenté d'attribuer à autant d'êtres distincts et indépendants, n'étaient pour l'adorateur éclairé que des noms et des formes d'un même être. « Le Dieu, quand il en vient à la génération et qu'il amène à la lumière la force latente des causes cachées, s'appelle Am" mon; quand il est l'esprit qui résume en soi toutes les intelligences Imhotep ('IfiiovOrjç) ; quand il est celui qui