Opperti les SargonideS
LES SARGONIDES. 419
nières années de son règne : l'une, dirigée contre les A^rabes, amena la soumission de leur roi; dans Tautre, qpii eut pour théâtre la Cilicie, il eut affaire aux Grecs, qu'il battit sur terre et sur mer.
Au milieu de ces guerres incessantes , on se demande eomment il eut le temps de songer à l'administration de eon empire et à la construction de temples ou de palais. Cependant, c'est peut-être de tous les rois d'Assyrie celui qui a laissé le plus de monuments importants. Grâce à sa prodigalité, grâce aussi aux nombreux prisonniers de guerre -qu'il enleva de leur pays natal et fît travailler à ses édifices, l'art assyrien prit sous son règne un développement extraordinaire, et dépassa tout ce qu'il avait produit jusqu'alors. « Le caractère le plus frappant de l'ornementa- -tion adoptée par Sin-akhè-irib est un réalisme très-fort '0t très-marcrué. Ce fut sous lui que la coutume se répandit de compléter chaque tableau par un fond semblable à celui qui existait au temps et dans la localité de l'événeinent représenté; les montagnes, les rochers, les arbres, les routes, les rivières, les lacs, furent figurés régulièrement, et l'on essaya de reproduire la localité telle qu'elle était avec autant de vérité que le permettaient l'habileté de l'artiste et la nature des matériaux. Dans ces essais on ne «e bornait pas à reproduire les traits généraux et les grandes lignes de la scène. Évidemment on voulait com-
Î prendre tous les menus accessoires que l'œil observateur de 'artiste aurait pu noter, s'il avait fait son dessin d'après nature. Les différentes espèces d'arbres sont indiquées dans les bas-reliefs ; les jardins, les champs, les étangs, les joncs, Bont représentés avec soin; les animaux sauvages, cerfs, sangliers, antilopes, sont introduits avec leurs traits caractéristiques ; les oiseaux volent d'arbre en arbre, ou sont 1>erchés sur leurs nids, tandis que leurs petits allongent 8 cou vers eux; les poissons jouent dans l'eau; les pêcheurs exercent leur métier; les bateliers et les ouvriers des champs poursuivent leurs travaux ; la scène est pour ainsi dire photographiée dans tous ses détails, — les moindres comme les plus importants — ^^îiX^ms^ t&n^
qués, sans qu'on ait essayé de faire un choix ou de pouj^ suivre Tunité artistique.
« Dans le même esprit de réalisme, Sin-akhè-irib choisit, comme sujet de représentation artistique, les scènes tri« viales de la vie journalière. Les longues files de serviteurs : qui entraient chaque jour dans son palais avec du gibier pour son dîner, des gâteaux et du fruit pour son des* sert, ont encore sur les murs des corridors Tappare exacte qu'ils avaient au temps qu'ils passaient à trav les cours chargés des friandises que le roi aimait. Ailleu il met devant nous tous les procédés employés à la scul[ ture et au transport d'un taureau colossal, depuis le mi ment où l'on tire de la carrière l'énorme bloc non grossi, jusqu'au moment où il est hissé sur le te artificiel qui sert de soubassement à un palais, afin de corer la porte monumentale d'une résidence royale. Noi voyons les haleurs traînant au cours d'une rivière le bl brut porté sur un bateau à fond plat, et disposés par p tons, sous les ordres de contre-maîtres qui jouent du bâtoi la moindre provocation. La scène doit être représentée entière : aussi tous les haleurs sont-ils là, au nombre trois cents, costumés chacun à la mode de son pays, dessinés avec autant de soin que s'ils n'étaient pas la repi duction exacte de quatre-vingt-dix-neuf autres. Puis observe le bloc mené à terre, et taillé rudement en fo de taureau : dégrossi de la sorte, il est chargé sur traîneau et amené sur un terrain uni par des esco d'ouvriers, arrangés à peu près de la même manière qu'i paravant, jusqu'au pied du tertre où il doit être placé, construction du tertre lui-même est représentée en dé On voit les briquetiers moulant les briques à la base, t que des maçons, la hotte au dos, pleine de terre, briques, de pierres ou de décombres, montent pé ment — car déjà le tertre est à moitié de sa hauteur — déchargent leur fardeau. Alors le taureau, toujours éteni sur son traîneau, est hissé jusqu'au sommet, le long d' plan incliné, par quatre escouades de manœuvres, présence du monarque et de sa suite. Après quoi.
LES SARGONIDES. 421
ulpture est complétée, et le colosse, dressé sur ses pieds, t conduit à travers la plate-forme jusqu'à la place exacte 'il doit occuper'. »
De toutes les villes de l'empire, Ninive fut celle qu'il se ûplut surtout à embellir. Abandonnée par Saryoukin, déchue du rang de capitale, elle était tombée rapideut. Les murailles ruinées formaient brèche en maint roit, les aqueducs anciens étaient rompus; le Tigre, mal tenu dans ses quais, menaçait la ville de ses débordeits. Quant au palais, ce n'était plus qu'une ruine. « La r des dépendances, les rois, mes pères et prédécesseurs, aient construite pour y déposer les bagages, pour exerles chevaux, pour la remplir d'ustensiles. Son soubasent ne supportait plus qu'on l'habitât; son pourtour Ipté était ruiné par la durée du temps; sa pierre anlire avait cédé; ses assises s'étaient effondrées; son imet s'était penché'. » Il rendit à la ville son antique indeur, rétablit les anciens aqueducs et en édifia de veaux, refit les quais du Tigre, fortifia l'enceinte et ira tous les vieux monuments. « J'ai reconstruit les rues lennes, j'ai élargi les rues étroites et j'ai fait de la ville ière une cité resplendissante comme le Soleil. » Le pa-
royal fut abattu entièrement, et une vaste colline ardelle élevée de ses ruines. « Dans un mois heureux, au r fortuné, j'ai construit, selon le vœu de mon cœur, dessus de ce soubassement, un palais d'albâtre et de re, produit de la Syrie, et le palais le plus élevé, dans
ïtyle de l'Assyrie J'ai restauré et achevé ce palais,
luis ses fondations jusqu'à son pignon ; j'y ai mis la Bécration de mon nom. A celui qui, dans la suite des rày sera, parmi mes fils, appelé à la garde du pays et
hommes par Assour et Istar, je dis ceci : Ce palais ilUra et tombera en ruines dans la suite des jours ! Que n successeur relève les ruines, qu'il rétablisse les lignes t contiennent l'écriture de mon nom. Qu'il restaure les
.G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 181-183. — '. Cppcrl, les Sargonidcs, p. 51.
4tt CHAPITRE X.
peintures, ou'il nettoie les bas-reliefs et q en place ! Alors Assour et Istar écouteront i celui qui altère mon écriture et mon noir gracnd dieu , le père des dieux , le traite er lui enlève son sceptre et son trône, qu glaive*. » L'avenir, et un avenir prochain, donner un démenti sanglant aux promesses renfermaient ces paroles orgueilleuses. Eni de ce palais et la destruction irréparable, plus de soixante ans.
Le règne se termina par une tragédie. U akhè-irib était dans la maison de Nisroch arriva qu'Adrammelech et Saresser, ses fils, répée*. » Les meurtriers ne profitèrent pai Adiammelech essaya de se faire reconnaî mais Tempire refusa de lui obéir. Son frèr idin (Esar-haddon), né d'une autre mère, a mée d'Arménie qu'il commandait, marchs battit ses compétiteurs. Au dire des uns périt dans le combat ; d'après les autres, il son frère et se réfugia en Arménie. S'il f tradition locale, le roi du pays accueillit ] bienveillance et leur donna des terres qu mains de leur postérité*. Dès le début du r pagne dirigée contre les districts montag rent le bassin du Tigre de la Caspienne ; mission momentanée de plusieurs peuplac la Médie. Deux guerres contre les gens de ^al, les Mouskaî et les Eimmériens d'Ali la domination assyrienne jusqu'aux bords ( et jusqu'au pied du Caucase. Ces guerres quatre années, de 680 à 676. Assour-akh pelé au sud-*est de l'empire par une révolte Un fils de Mardouk-bal-idinna, Nabou-5 tait emparé des pays qui bordent Tembou
1. Oppert, Us Sarqonides^ p. 52-53. — 2. II Bois, z de Khorène, Hist. Ana.,\. \, y- ~'^-
LES SAR60NIDES. 423
ïhrate, avec l'aide des Susiens : Assour-akhè-idin le prit it le remplaça par Nabou-nahid, auquel il imposa un lourd tribut. La Chaldée à peine pacifiée, ce fut le tour de la Syrie :1e roi de Sidon, Abdimilkouth, se révolta. Battu sur terre, il s'enfuit dans Tîle de Chypre, où il se croyait hors d'atteinte. Assour-akhè-idin traversa la mer « comme un
I)oisson », fit son ennemi prisonnier, puis se tourna contre es régions montagneuses de la Phénicie qu'il mit à fou et à sang. Sidon fut détruite, ses grands furent égorgés, le roi et les habitants furent transportés en Assyrie et remplacés par des colons venus do la Chaldée et de la Susiane. kssour-akhè-idin put tourner ses armes vers des régions louvelles et entreprendre des expéditions lointaines, à trarers des pays où n'avaient jamais pénétré ses ancêtres.
Jusqu'alors, les rois d'Assyrie n'avaient eu affaire qu'à selles des tribus arabes qui bordaient les rives de l'Ëuphrate ou vivaient sur les confins de la Palestine et de la Syrie, tribus nomades et pillardes pour la plupart, qu'ils HTaient attaquées plutôt afin de prévenir ou de punir leurs brigaDdages qu'ann d'étendre les frontières de l'empire. Cest ainsi que, dès le huitième siècle, Salmanasar III avait lutté contre Djendib l'Arabe, que Touklat-habal-asar II avait reçu successivement l'hommage de deux reines d'Arabie, et que Saryoukin avait entretenu des relations avec El'Etymiar, roi de Saba. Mais plus tard, lorsque le cercle des opérations se fut agrandi et que Ninive n'eut plus rien k craindre en Syrie, les monarques assyriens cherchèrent i porter le regard par-dessus ce rideau mouvant de tribus {ui leur fermait l'entrée de l'Arabie, et commencèrent à ^nvoiter la possession de l'Yémen, dont les caravanes ismaîlites ou les navires babyloniens leur apportaient les produits.
En effet, depuis le jour où Ramsès IV , le dernier des Pharaons qui se soit occupé d'entretenir des rapports entre l'Arabie et l'Egypte, ouvrit une voie nouvelle au commerce et peut-être essaya faiblement de rétablir sur le Tonouter et le Pount la suzeraineté exercée jadis par ses glorieux ancêtres de la dix-huitième et de la dix-neuvième
k%k CHAPITRE X.
dynastie, le Yémon n'avait jamais cessé de bord sous les derniers Adites, puis, quand Cahtân, eut soulevé les tribus Jectanides coi très de race kousbite, sous les successeurs ce prince. Malgré la perte de leur souvera grande partie des tribus koushites resta c dans le pays qu'elle avait si longtemps demi] unes se réfugièrent dans les montagnes du ] où elles se maintinrent jusqu'aux premiers siè ère. Un plus grand nombre passa en Afrique, forcèrent les tribus établies depuis longtemp détroit de Bab-el-Mandeb. Leur arrivée à i le temps où l'Egypte, épuisée par ses conqi échapper l'empire de l'Asie, et où les prêt vaincus par les Pharaons de la vingt et unie vingt-deuxième dynastie, établissaient au un royaume rival, eut sur les destinées de la une influence décisive. Grâce à ces recrues ir Koushites purent combler les vides que la co: tienne avait faits dans leurs rangs pendant d fournirent, à Piânkhi d'abord, aux rois de la v] me dynastie ensuite, les armées qui luttèrent succès contre les forces de l'Assyrie.
Cette révolution intérieure n'avait rien enle^' commerciale des Sabéens. Malgré l'émigratic shites et l'établissement d'une véritable féoda chefs ne reconnaissaient pas toujours rautorit( bli à Mareb, le pays ne cessa pas d'être le grî du commerce de l'Inde et de la Phénicie. Si vainqueur des Égyptiens et des Juifs, paraît s les attaquer, eux et les autres peuples de l'Ara qu'on devait aisément confondre avec eux. « contre l'Arabie. Vous passerez pêle-mêle la r forêt, troupes de Dédanim. Eau, venez ai celui qui a soif; les habitants du pays de Témj au-devant de celui qui s*en allait errant çà et pain pour lui. Car ils s'en sont allés errants çà vant les épées, de devant l'épée dégainée, et de
LES SARGONIDES. 425
endu, et de devant le fort de la bataille. Car ainsi m'a dit B Seigneur : «Dans un an, tels que sont les ans d'un mer- : cenaire, toute la gloire de Kédar prendra fin; et le reste : du nombre des forts archers des enfants de Kédar sera c diminué : car Jahveh, le Dieu d'Israël, a parlé*. » Les •évoltes perpétuelles de Babylone ne laissèrent pas au molarque assyrien le temps d'accomplir les menaces contelues dans cette prophétie. Seulement, vers la fin de son règne, il intervint dans les affaires du Hedjaz, et par la loumission du pays d'Ad-doumou, le Doumat des géographes arabes, et du pays de Hagar (Hedjir) dans le district leBahreïn, prépara les voies pour une conquête future de l'Arabie méridionale.
Le premier soin d'Assour-akhè-iddin, avant de se diriger rers le midi de la péninsule, fut d'assurer les conquêtes le son père et do se ménager une base d'opérations dans le Hord.La ville d'Ad-doumou, qui s'était révoltée, fut mise à a rançon, et ses dieux emmenés en Assyrie prisonniers Le guerre : sur quoi, la reine du pays fit sa soumission. !ies statues des dieux qui avaient été mutilées dans le ransport furent restaurées et renvoyées en grande pompe, iprès qu'on eut écrit sur elles « les éloges d'Assour et la i^ioire de mon nom. » Les Arabes payèrent cette concession le leur indépendance : Assour-akhè-idin leur imposa la reine Tabouya, qui avait été élevée dans le palais do Nilive et devait être toute dévouée à la politique assyrienne. Dne augmentation de soixante-cinq chameaux sur le tribut payé jadis à Sin-akhè-irib fut considérée comme une compensation équitable pour la restitution des dieux. Dans le même temps, Khazael, roi d'Ad-doumou. étant venu à mourir, on accorda l'investiture royale au prince Yalâ, fils du détunt, mais à la condition que le tribut annuel serait augmenté de dix mines d'or, mille escarboucles et cinquante chameaux de Tespèce la plus estimée.
Sa base d'opérations assurée, Assour-akhè-idin se lança ▼ers les régions du Sud, sans doute avec l'intention d'at-