L'ASIE AU TEMPS DES SARQONIDES
Nous avons laissé les Juifs au lendemain de la défaite de Sin-akhè-irib *. Hizkiah avait attribué sa délivrance à un miracle et s'était senti confirmé dans sa piété par le I désastre des Assyriens. Docile aux conseils de Jesaïah, il avait décliné l'alliance de la Ghaldée et l'appui de TËgypte. i U s'était borné à mettre son royaume en état de défense z du mieux qu'il pouvait, sans provoquer les soupçons du !: monarque assyrien, tout-puissant malgré son désastre de ; Liibnah. Juda sembla refleurir. « Le peuple qui marchait i' dans les ténèbres a vu une grande lumière, et la lumière a relui sur ceux qui habitaient au pays de Tombre de la mort. Tu as multiplié la nation, tu lui as accru la joie ; ils se réjouiront devant toi, comme on se réjouit en la moisson, comme on s'égaye quand on partage le butin. Car tu as mis en pièces le joug dont il était chargé et le bâton dont on lui battait ordinairement les épaules, et la verge de son exacteur comme au jour de Madian *. » L'influence de ces quinze années de paix où a les campagnes se revêtirent sans cesse de troupeaux et les vallées se couvrirent de froment ' » se fit sentir jusque dans la littérature. Hizkiah, défenseur éprouvé de Jahveh, et poète lui-même, protégea la poésie religieuse, dans laquelle il trouvait encouragement et consolation. C'est à ses chantres que Ton doit une bonne partie des Psaumes qu'on attribua plus tard à David; c'est lui qui fit rassembler et mettre en ordre plusieurs des monuments les plus anciens de la poésie hébraïque^ entre autres les vieux dictons populaires qui couraient sous le nom de Salomon *.
Dans cette sorte de renaissance littéraire, dont les prophètes Joël, Amos, Hoshea, avaient été les précurseurs, Jesaîah joua le plus grand rôle. Il donna, dûs ses écrits, le type de la plus hante perCeclion que la langue hébraïque ait jamais atteinte. « Tout ce qui constitue les œuvres acfae- Tées, ie eoût, la mesure^ la perfection de la fiorrme, se rencontre dans Isaie. et atteste chez lui on def^ de cniutre
littéraire inconnu aux psalmistes et aux voyants i plus anciens'. » Pendant les dernières années (ï. il vit le culte de Jahveh rétabli dans toute sa sf et Juda ramené de nouveau à la crainte de I pourtant son esprit était rempli de funèbres et de sombres pressentiments. Il connaissait ti peuple, ce peuple « qui disait aux voyants : N point ; et à ceux qui voient des visions : N< point de visions de justice, mais dites-nous des agréables, voyez des visions trompeuses', » pour illusion sur la durée probable de ce temps de et de prospérité. Il savait qu'un parti nombreux, au culte des dieux, n'attendait que la mort du vi pour relever la tête et faire retomber Juda dans le ments d'où l'on avait eu tant de peine à le tirer. Il dans un avenir prochain, les autels renversés, le souillé de nouveau par les sacrifices païens, l'ic triomphante et provoquant la colère de l'ÉteriK chants d'allégresse sont toujours entremêlés de si prédictions : « Femmes qui êtes à votre aise, levez écoutez ma voix; filles qui vous tenez assurées, l'oreille à ma parole : Dans un an, et quelques jo delà, vous qui vous tenez assurées, serez troublées, > vendange manquera; la récolte ne viendra plus. Voi êtes à votre aise, tremblez ; vous qui vous tenez ass soyez troublées; dépouillez-vous, quittez vos habi vous ceignez de sacs sur les reins. On se frappe la pc à cause des mamelles, à cause des champs désirab cause de la vigne abondante en fruit. Les épines ronces monteront sur la terre de mon peuple, m en toutes les maisons où il y a de la joie et sur la vil s'égaye. Car le palais va être abandonné ; la multitui la cité va être délaissée ; les lieux inaccessibles du p: les forteresses seront autant de cavernes à toujours ; joueront les ânes sauvages, et les troupaux y paîtron
1. Renan, Histoire générale des langues sémitiques^ t. I, p. 2, Jésatah, xxx, 10. — 3. Idem, ixui, ^-\i^.
L ASIE AU TEMPS DES SARGONIDES. kkl
Sion elle-même sera détruite, et on pourra lui appliquer jCc i{ue le prophète a dit du pays d'Édom. « Elle sera désolée de génération en génération, il n'y aura personne qui passe par elle à jamais. Et le cormoran et le butor la posséderont ; le hibou et le corbeau y habiteront ; et on étendra sur elle la ligne de confusion et le niveau de désordre. Ses magistrats crieront qu^il n'y a plus là de royaume, et tous ses gouverneurs seront réduits à rien. Les épines croîtront dans ses palais, les chardons et les buissons dans ses forteresses, et elle sera le repaire des dragons et le parvis des chats-huants. Là les bêtes sauvages des déserts rencontreront les bêtes sauvages des îles, et la chouette criera à sa compagne; là même se posera rorfraie,et il y trouvera son repos. Là le martinet fera son nid, il y couvera, il y éclora, et il recueillera ses petits sous son ombre ; et là aussi seront assemblés les vautour? Tun avec l'autre ^ » Le peuple de Dieu sera emmené captif. Les désastres récents de Damas et de Samarie, ces deux ennemis perpétuels de Juda laissaient comprendre assez quel sort TAssyrien ou le Ghaldéen réservait au reste des douze tribus, le jour où le roi de Ninive fatigué des révoltes perpétuelles du peuple de Dieu songerait sérieusement à la vengeance. La ruine, l'exil, la déportation en pays lointain étaient procédés habituels de la politique assyrienne. Juda les avait vu trop souvent appliquer aux nations voisines pour ne pas prévoir le jour où on les lui appliquerait à lui-même.
Si sombres que soient les couleurs sous lesquelles il peint l'avenir prochain, sa confiance en la miséricorde divine lui donne, pour les siècles futurs, la certitude d'une parfaite félicité. L'Éternel a choisi Israël pour être son peuple : comment pourrait-il vouloir détruire son peuple et livrer toute la terre à l'idolâtrie? Si Jérusalem est brûlée, si le temple est détruit, si Juda est emmené en servitude, les malheurs du temps présent ne sont qu'une épreuve passagère : Dieu veut purifier son peuple par la douleur. Lorsque les jugements dont le Seigneur frappe
i. MataA, xxxjv, 10 15.
toutes les nations, les fortes aussi bien que 1 seront accomplis, quand, dans Juda, le crimine cheur, le serviteur des idoles et le faux proph disparu, « quand le Seigneur auTa lavé la soi filles de Sion, et qu'il aura essuyé le sang de d'au milieu d'elle *, » des ruines de la Jéruj pable sortira une Jérusalem parfaite, gouvernée idéal, dont la gloire se répandra partout, ce Or i aux derniers jours, que la montagne de la Jahveh sera affermie aux sommets des mont qu'elle sera élevée par-dessus les coteaux, et nations y aborderont. Et plusieurs peuples iront ' Venez, et montons à la montagne de Jahveh, à du Dieu de Jacob; et il nous instruira de ses nous marcherons dans ses sentiers : car la loi Sion, et la parole de Jahveh sortira de Jéru exercera le jugement parmi les nations, et il ; plusieurs peuples; ils forgeront de leurs é noyaux, et de leurs hallebardes des serpes; un ne lèvera plus l'épée contre l'autre, et ils ne s'ad plus à la guerre. Venez, ô maison de Jacob ! et i dans la lumière de Jahveh. Certes, tu as re peuple, la maison de Jacob, parce qu'ils remplis d'Orient , et de pronostiqueurs , con Philistins, et qu'ils se sont plu aux enfants de gers. Son pays a été rempli d'argent et d'or, et point eu de fin à ses trésors ; son pays a été re chevaux, et il n'y a point eu de fin à ses chari
I)ays a été rempli d'idoles ; ils se sont prosternée 'ouvrage de leurs mains, devant ce que leurs do fait. Et ceux du commun se sont inclinés, et les p( de qualité se sont baissées : ne leur pardonne don Entre dans la roche et te cache dans la poudre, à ( la frayeur de Jahveh, et à cause de la gloire majesté. Les yeux hautains des hommes seront a et les hommes qui s'élèvent seront humiliés, et