‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 3)Chapitre 76 sur 170 · II. — Rl-ANKB-KA-N PSAMETI^ III, ^«[«.(l-eXiP · texte numérisé non relu

II. — Rl-ANKB-KA-N PSAMETI^ III, ^«[«.(l-eXiP

lfY\VlTO;.

532 CHAPITRE Xin.

Tout Tancien monde civilisé était pour la première fois sous um seul sceptre : on pouvait se demander s'il serait possible de maintenir longtemps dans un même empire lei gens du Caucase et ceux de TÉgypte, les Grecs de l'Asie Mineure et les Touraniens de Médie, les Aryens de IaBa^ trîane et les Sémites des bords de TEuphrate. Kambysà essaya d'abord de se concilier ses nouveaux sujets en ai pliant à leurs mœurs et à leurs préjugés. U prit le douUe cartouche, le protocole et le costume royal des vieux Pharaons ; tant pour satisfaire ses rancunes personnelles que pour se mettre dans les bonnes grâces du vieux parti lopliste, il se rendit à Sais, fit violer le tombeau d'Ahmès et brûler sa momie*. Cet acte de justice posthume contre l'usurpateur accompli, il traita bien Ladikè, veuve de soi rival, et la renvoya chez ses parents *. Il ordonna qu'oi évacuât le grand temple de Neith, où des troupes perses s'étaient logées au grand mécontentement des dévots, et répara à ses frais les dommages qu'elles avaient causés.! poussa le zèle jusqu'à s'instruire dans la religion et re^ l'initiation aux mystères d'Osiris des mains du prêtie Outsa-Hor-soun*. Il songeait à faire de l'Egypte une bas d'opérations solide pour la conquête de l'Afrique entièn. A l'ouest, la renommée de Garthage, accrue encore parriscertitude et la distance, excitait sa cupidité. Il voulut d'ibord l'attaquer par mer, mais les Phéniciens qui montaiait sa flotte réinsèrent de servir contre leur ancienne colonie^ Forcé de l'aborder par voie de terre, il envoya de Thèbei une armée de cinquante mille hommes chargée d'occuper rOasis d'Ammon et de frayer le chemin au reste dei troupes. Elle périt tout entière dans les sables et l'en-

1. Hérodote, III, 17. Plus tard, les partisans d'Âhmès, pour layera mémoire de cet outrage, prétendirent que, prévenu par un oracle 1 avait donné ordre qu'on substituât à son corps un autre corps embaoïDé royalement; c'était cette fausse momie que Cambysès avait violifli tandis que la momie du roi reposait en paix dans un caveau secRt — 2. Hérodote, II, 181. — 3. De Rougé, if^motre sur la 9tatuetie%Êh phnre du Vatican. — ik. Bfex^àoXçi , \W, W ^\^,

pîre perse ne réussit pas à dépasser de ce côté les frontières deTÉgypte*.

L'entreprise vers le sud paraissait plus facile : il semblait qu'en remontant toujours le Nil on pourrait arriver sans grande difficulté au centre même de l'Afrique. Depuis la retraite de Nouat-Méïamoun, le royaume de Napata avait cessé d'entretenir des relations avec les nations de l'Asie. Attaqué par Psamétik I" et Psamétik II, il avait su conserver son indépendance et avait rompu ses relations avec l'Egypte. Les contrées de la Nubie inférieure entre la première et la seconde cataracte, si peuplées au temps des grands rois égyptiens, étaient devenues presque désertes : les villes fondées par les princes de la XVIII' et de la XIX* dynastie étaient en ruines et leurs temples commençaient à disparaître sous les sables. Au delà de la seconde cataracte commençait le royaume de Napata, divisé en deux régions comme TÉgypte ; dans le To-Qens se trouvaient, en remontant le fleuve, Pnoubs * Dengour', la capitale Napata, sur la Montagne Sainte*, Astamouras, au confluent du Nil et de TAstamouras ^, Beroua enfin, la Méroé des géographes alexandrins ; au delà de Beroua commençait le pays d'Alo % qui s'étendait le long du Nil Blanc et du Nil Bleu jusque dans la grande plaine de Sennaar. Sur la frontière méridionale du pays d'Alo résidaient les Asmakh, descendants des soldats égyptiens émigrés en Ethiopie au temps de Psamétik I*'. A l'est, au sud et à l'ouest, entre le Darfour, le massif d'Abyssinie 'et la mer Rouge, vivaient une foule de tribus à moitié sauvages, les unes noires, les autres de race africaine, d'autres de race sémitique, les Rehrehsa, au sud de Baroua^

1. Hérodote, III, 25, 26. Cf. Diodore, X, 13, S 3. — 2. Brugsch, Geog. hischrift.y t. I^ p. 120. -> 3. Dongolab. Cf. Maspero dans les Mélanges d* archéologie y 1. 1. — 4. Dououab, aujourd'hui Gebel-fiarkal. — 5. Astaboras des géographes grecs, aujourd'hui le lacassi. Cf. Maspero, U L — 6. Le royaume d'Aloah des géographes arabes du moyen âge. Quatremère, Mémoires historiques sur V Egypte, t. II, p. 18 sqq. Cf. L. fiurckhardt, Travels, p. 4ô2 sqq. ; Maspero dans les Mélanges d'archéologie^ t. II.

entre le Nil Bleu et le Tacassé^, les Madi ou Maditi. entre le Tacassé et la chaîne de montagnes qui bordent la mer Rouge*. L'humeur belliqueuse des rois de Napata trouTait dans ces régions populeuses matière à victoires faciles et profitables : deux d'entre eux qui vivaient à peu près dam le même temps que Rambysès, Horsiatew et Nastosenen, avaient soumis la plupart de ces tribus et ruiné par dei razzias incessantes celles d'entre elles qui résistaient ^

La royauté éthiopienne était élective, au moins de nom. L'élection se faisait à Napata, dans le grand temple d'AsH mon^ sous la surveillance des prêtres et en présence d'us certain nombre de délégués choisis à cet effet par les migistrats, les lettrés, les soldats et les officiers du palaii. Tous les frères royaux^ membres de la famille régnante, étaient introduits dans le sanctuaire et mis en présence i» la statue du dieu, qui iftdiquàit par quelque signe conveni d'avance Télu de son choix*. Nommé par les prêtres, b souverain restait toute sa vie durant sous leur dominatioa* Il ne pouvait entreprendre aucune guerre, accomplir aucui acte important, sans en demander la permission au dieuetl ses ministres. S'il venait à désobéir ou simplement à ma> quer quelques velléités d'indépendance, le clergé lui eavoyait Tordre de se donner la mort, et il n'avait d'autif ressource que de se soumettre à cet arrêt. La loi si dan pour lui n'était pas plus tendre pour ses sujets, lia moi» dre divergence d'opinion, le moindre changement introduit daHs les pratiques du culte était considéré comme unehi' résie et traité en conséquence. Vers la fin du septième sièdi, quelques prêtres do Napata méditèrent une sorte de r^ forme religieuse. Ils voulurent, entre autres choses, substituer au sacrifice ordinaire du vieux rite égyptien différentes cérémonies, dont la principale consistait à manger crue la

1. Peut-être les Rhausi de Tinscription d'AduHe, Rhapsii de PU* lémée. — 2. Les Mataîa de TinBoription greeque d'Âxouni, MatiU à Pline et de Ptolémée. — 3. Maspero, Thêstelei of King BotHalewwè of King Nastotenen, dans Heeords of the Patt, t. V!. — 4. tfarieUl^ Quatre pages dei Anhivet officielles de VÉthiopie, dans la Revue ttr^ét logique^ sept. 18G6 *, Maspero, la Slèle de VlntrmiêaUon*

viande des sacrifices. Cette coutume, sans doute d'origine nègre, parut abominable aux yeux des orthodoxes. Le roi Be rendit au temple d'Ammon, en chassa les hérétiques, et fit brûler vifs tous ceux qu*il put trouver. L'usage sacré de la viande crue n'en persista pas moins : il gagna du terrain à mesure que l'influence égyptienne allait s'affaiblissant et finit par s'établir si solidement, qu'il résista même au christianisme ^ Encore au commencement de notre siècle, les Abyssins se régalaient de viande Crue, qu'ils appelaient brindé\

L'isolement dans lequel les Sthiopiens vivaient depuis qu'ils avaient perdu l'Egypte avait été plus profitable que nuisible à leur renommée. A peine entrevus dans la distance par les nations de la Méditerranée, ils avaient été investis peu à peu de vertus merveilleuses et presque divined. On disait d'eux qu'ils étaient Jes plus grands et les plus beaux des hommes ', qu'ils duraient jusqu'à cent vingt ans et au delà, qu'ils avaient une fontaine merveilleuse dont l'eau entretenait dans leurs membres une jeunesse perpétuelle ^. Prés de leur capitale, il y avait une prairie sans cesse couverte de boissons et de mets préparés : qui roulait venait et mangeait à sa fantaisie \ L'or était si commun qu'on l'employait aux usages les plus vils, même à enchaîner les prisonniers : le cuivre était rare et très-recherché '. Kambysès fit reconnaître le pays par des espions, et, sur leur rapport, quitta Memphis à la tète de son armée. Au lieu de remonter le Nil jusqu'à Napata, il prit la route plus courte du désert : mais il avait mal pris ses précautions : les vivres lui mancpièrent au quart du chemin, et la &mine l'obligea de revenir en Egypte après avoir perdu beaucoup de monde ^. Ce désastre l'exaspéra :

1. Maspero, la Stèle de V Excommunication, dans U Bévue mrehéolO' gique, mars 1873, et dans les Records of the Past^ t. IV. — 2. Valentit et Sait, Yctyages dmne VBindouHan, à Cetfan, sur les deus côtes de la WÊÊT Bemge^ en Abonde H en ÉÇffpU, traduct. franc., t. UI, p. 293 ; IV, 68.-3. Hérodote, UI, 20. — 4. Id., ibid., 23. — 5. Id., iWd., 17-lS, 23. — 6. Id., ùnd., 23—7. M., ibid., 25. Diodore prétend que Kacn* kjscs arriva jiisqn'à Méroé et y fonda une Tille Boufelle (I, 33).

536 CHAPITRE XIH.

i! oublia le peu de sens politique qu'il avait montré jusqu'alors et se laissa emportera la violence do son caractèn. Le bœuf Hapi était mort en son absence, et les Égyptiens, après avoir pleuré le défunt le nombre de jours réglementaires, venaient d'introniser un nouvel Hapi quand les débris de Tarmée perse rentrèrent à Memphis. Kamiysi» trouva la ville en fête et s'imagina qu'elle se réjouissait de ses malheurs. Il manda auprès de lui les magistrats, puis les prêtres, et les fit mettre à mort sans écouter leurs explications. Il commanda qu'on lui amenât le bœuf et loi perça la cuisse d'un coup de poignard dont l'animal mount quelques jours après *. Ce sacrilège excita dans le cœur des dévots plus d'indignation que n'avait fait la ruine de la patrie : leur haine redoubla quand le Perse mit autant de soin à heurter leurs préjugés qu'il avait pris de peine à les concilier auparavant. Il entra dans le temple de Phtal à Memphis et se moqua d'une des formes sous lesquelles on avait accoutumé de représenter ce dieu. Il fit violer les tombeaux anciens, afin d'en examiner les momies. Les Aryens eux-mêmes et les gens de sa cour n'échappèrent pas à sa rage. Il tua sa sœur, dont il avait fait sa femme malgré la loi qui défendait les mariages entre en&nts du même père et de la même mère. Une autre fois, i perça d'une flèche le fils de Prexaspès, fit enterrer vii douze des principaux parmi les Perses, ordonna de mettre Krœsos à mort, s'en repentit et cependant condamna les officiers qui n'avaient pas exécuté l'ordre qu'il se repentait d'avoir donné. Les Égyptiens prétendirent que te dieux l'avaient frappé de lolie en punition de ses sacrilèges ^

Rien ne le retenait plus aux bords du Nil : il reprit h route d'Asie. Il était déjà dans le nord de la Syrie lorsqu'un héraut se présenta devant lui et proclama à Touie de toute l'armée que Kambysès, fils de Kyros, avait cessé de régner, et somma tous ceux qui lui avaient obéi jusquV

1. Il est dit dans le de Iside quo Kambysès tua THapi et le donna ux chiens. — 2. HéïodoXc, Ulj 27-38.

lors de reconnaître pour roi Bardiya, fils de Kyros. Ramiysès crut d'abord que son frère avait été épargné par PofBcier chargé de Tassassiner : il apprit bientôt que ses ordres n'avaient été que trop fidèlement exécutés et pleura au souvenir de ce crime inutile. Il finit par savoir (jue l'usurpateur était un certain Gaumatâ dont la ressemblance avec Bardiya était si frappante, que les personnes même prévenues s'y laissaient aisément tromper. Ce Gaumatâ avait pour frère un certain Patizêithès à qui Kambysès avait confié la surveillance de sa maison*. Tous deux connaissaient la mort de Bardiya; ils savaient aussi que la plupart des Perses l'ignoraient et croyaient le prince encore vivant. Gaumatâ profita de ces circonstances pour se proclamer roi, et son imposture fut bien accueillie partout* : les provinces orientales de Tenipire venaient de se soumettre à lui sans opposition quand l'un de ses hérauts rencontra l'armée de Kambysès. D'abord atterré de cette nouvelle, Kambysès allait partir à la tête des troupes qui lui étaient restées fidèles, lorsqu'il mourut d'une manière mystérieuse. L'inscription de Béhistoun semble dire qu'il se tua de sa propre main dans un accès de désespoir. Hérodote raconte qu'en montant à cheval il s'enfonça la pointe de son poignard dans la cuisse à l'endroit même où il avait blessé le bœuf Hapi : « Se sentant blessé à mort, il demanda le nom de l'endroit où il se trouvait, et on lui répondit << Agbatana ' ». Or, avant cela, il lui avait été annoncé par l'oracle de Bouto qu'il finirait ses jours à Agbatana. Il avait compris l' Agbatana de Médie, où tous ses

1. Denys de Milet, qui vivait un peu avant Hérodote, donne à Patiidithès le nom de Panzythès. Ctésias {Persicaf § 10) et l'inscription de Béhistoun (L, 11) ne mentionnent qu'un seul mage, que Ctésias appelle Sphendatès, et Tinscription Gaiimatâ. Ce Gaumatd est le Comètes de Trogue-Pompée et de Justin, I, 9. — 2. Béhistoun, I, 48. Cf. Spiegel, Mrânisehe Àlimhumskunde, II, p. 302, et G. Rawlinson, The five great Monarehietf t. III, p. 398, •— 3. Etienne de Byzance mentionne une Ecbatane syrienne, et Pline, H. iV., V, 19, assure que la ville de Carmel s'appelait d'abord Ecbatane. On a voulu identifier l'Agbatana syrienne à'Hérodote avec Batanœa ou avec Hamath ; peut-être faut-il la rapprocher du Dakhtan des textes hiéroglyphiques.

538 GUAPlTRfi XIU.

trôsort étaient, et avait pensé qu'il y mourrait dans un âge avancé : mais l'oracle entendait Agbatana de Syrie. Lors donc qu'il eut ouï le nom de l'endroit, il revint à lui : il comprit le Qens de l'oracle et dit ; « C'est donc ici qiitt Kambysès, fils de Ryros, est condamné à mourir, » Il expira vingt jours après, sans lais&er de postérité et saiu avoir désigné son successeur*.

ttmpire penei «spédlUdiis veiw le ]|*r4 eé ▼èrtt fMl en Sejrllile ei tn Cirèee.

On a considéré souvent la révolte de Graumatà comme une sorte de mouvement national qui rendit aux Mèdei leur ancienne suprématie et enleva un moment aux Perses l'empire de l'Asie'. Gaumatâ n'était pas Mède: il était né en Perse, dans la petite ville de Pisyaouvada, près du mont Arakadris'. D'abord soutenu par les provinces centrales et orientales, il fut reconnu de tout l'empiro aussitôt après la mort de Kambysès. On le tenait généralement pour Bardiya, et cela suffisait pour lui assurer le respect et la fidélité des Perses. Afin de gagner à sa cause les

1. Hérodote, III, 64-65. Ce conte du personnage auquel on prédtt quMl mourra dans un endroit connu, et qui est frappé à mort dans oM endroit inconnu du m6me nom, a férri plusieurs fois dans rbiftolrs. Témoin l'exemple de Tempereur Julien et celui du roi d'Ângleiam Henri IH, à qui on avait annoncé qu*il mourrait à Jérusalem, et qui mourut, en eflet, dans une chambre du ch&teau de Westminster qu'on appelait Jérusalem. Ctésias (PerHca, § \i) raconte que KambyÂiM blessa à Babyione un jour qu'il s'amusait à sculpter du bois. -^

2. La plupart des éerivains anciens ont partagé cette opimon f^éfsdote, m. 61, 199; Platon, loti, III, p. fiH4-69ô, etc.), que le plus gmi nombre des éerivains modernes a cru devoir adopter à leur ayito (^ buhr, YoTtrage ûher alte Gmhiehit, I, 157, 399; Grote, Atirory if Greeee.jy, p. 201-303; Spiegel, i^rdniic/ia Alterthumtkundêf U.p.ltQi M. Georges Rawiioson a fort bien montré que le mouTement de CM mata n'avait pas pris naissance en Médie et n*avait rien changée lad»* mination persane : il admet que l'usurpation des Mages était le prélude d'une révolution religieuse (On th$ Magian Benolution éiUt (kt Heign of the pseudo-Smerdii, dans Heroéotutf t. III, p. 454-450). -^

Page 1