Uehistonn, Col. I, § II, i
fteuples vaincue, il tes dispensa pour trois ans de Timpôt ii du service militaire ^ Six mois durant il régna sans
Sio personne soupçonnât l'imposture et vît en lui autre , Ô80 que rhéritier légitime du trône, le fils du grand V.yro8 et le frère de Kambysès.
^ A la fin pourtant la crédulité publique commença de l'ébranler. Les révélations faites par le dernier roi sur son lit do mort n'avaient trouvé d'abord que peu de créance : lîm les avait attribuées à la jalousie ou à la haine frater- Mlle et on avait passé outre. D'autres faits survinrent qui lemblaient montrer que Kambysès avait eu raison de parler comme il l'avait fait. Selon Tusage, le nouveau roi vrai! pris avec la couronne le barem de son prédécesseur ; W sut que les femmes en étaient tenues séquestrées et ne pouvaient plus communiquer entre elles ou avec le monde Ôklitêrieur que par messages secrets au péril de leur vie. Qti apprit même, s'il faut en croire la tradition, que le prétendu Bardiya était essorillé, et Ton conclut de cette itoutilation qu'il n'était pas le fils de Kyros^, Sept des «principaux personnages de la cour, et parmi euxDaryavous TDarios'), fils de Yistaçpâ (Hystaspês), qui appartenait i, la famille akhéménide, surprirent Graumatâ dans son pa- 1^, et le forcèrent à se réfugier en Médie dans le fort de Sjkthaouvatis. Il y fut tué avec les Mages qui l'avaient ioutenuj et Darios monta sur le trône en sa place (521). ; Il avait régné six mois ^.
i. Hérodote^ III, 67. — 2. td.j ibid. — 3.StraboB savait déjà que l« I Véritable nom da |>riiioe appelé AspeToc par les Grecs était A«pt«Oy)c. ^ I 4, Tous les récitp d'Hérodote, III, 68-88, sur la mort du faux Smerdis,sur I la délibératioa des sept conjurés, sur la manière dont Darios fut élu roi I crâce à une ruse de son écuyer, doivent être mis au rang des légendes. L'inscription de Bebistoun (col. !,§ 1.3) dit simplement : « Je priai Ters AôuMlnaida, et Aouramatda me fut secourable. Le 10 du mois de Bagaya4is, avec mes fidèles, je tuai ce Gaumatà, le Mage, et ceux qui étaient ses principaux complices. Le fort Sikthaouvatis, dans le district de Médie nommé Nisaya, c*est là que je le tuai. Je le dépossédai de Tempire. Par la grâce d'Aouramazda je devins roi ; Aouramazda m'accorda le sceptre.... L^empire qui avait été enlevé à notre famille, je le recouvrai. »
540 CHAPITRE XHI.
Les deux révoldtions qui venaient de se succéder coup sur coup en moins d^unc année avaient ébranlé la pmssance des Perses. L*empire tel que Pavait établi Kyros ne différait guère des anciens empires de TÉgypte, de l'Assyrie et de laChaldée. A part l'étendue, c'était le même assemblage hasardeux de provinces administrées par des gouverneurs, de royaumes vassaux, de villes et de tribus mal soumises. Tout prétexte était bon à révolte pour ces sujets impatients du maître. Au regret du souverain qui avait allégé leurs charges se mêla bientôt le désir de profiter de sa mort pour recouvrer l'indépendance. La Susiane se souleva la première sous la conduite d'un certain Atrina, et de Susiane la contagion passa sur-le-champ en Chaldée. Nadintav-Bel, fils d'Aniri, se donna pour le fils de Nabou-nahid et prit le nom de Nabou-koudour-oussour, qui rappelait aux gens de sa race les souvenirs les plos glorieux de leur- passé. Babylone s'insurgea ( 520 ), le reste du pays suivit bientôt cet exemple, et la révolte s'étendit à ce point que Darios, laissant à ses généraux le soin de battre Atrina, prit le commandement des troupes destinées à agir en Chaldée. Il força le passage du Tigre, rencontra les rebelles sur les bords de TEuphrate près d'un bourg nommé Zazannou, les battit et en jeta une partie 1 la rivière. Nabou-koudour-oussour s'échappa avec quelques cavaliers et courut s'enfermer dans Babylone. Li ville n'était pas préparée à soutenir un long siège; il dut se rendre après quelques semaines de résistance et fut mis à mort^ (519). La légende ne tarda pas à défigurer le récit de cette guerre; moins d'un demi-siècle plus tard on contait déjà que Darios, arrivé devant Babylone, l'avait trouvée toute prête à la défense. Les habitants avaient réparé les murs, coupé les canaux, assemblé des provisions, et s'étaient débarrassés des bouches inutiles ei tuant toutes leurs femmes, excepté celles dont on avait
1. Behistoun, I, § 16 ; U, S 1 ; Cf. J. Menant, les AchéménidO,
p. 108-109, et Schradcr^ Die Assyrisch-Babylonische Keilinschri.Uih p. 3i4-34o.
besoin pour faire le pain. Vingt mois s'étaient écoulés et les Perses commençaient à désespérer du succès, quand rZopyros, un des sept, se coupa le nez et les oreilles, se rdéchira le corps à coups de fouet, et s'introduisit dans la fplace comme transfuge et victime des cruautés de son maître. Mis à la tête d'un corps de troupes, il fit plusieurs Sorties heureuses, obtint la garde du rempart et livra deux portes aux assiégeants. Trois mille Babyloniens furent Qois en croix ; les murs détruits et la ville repeuplée de 2olons étrangers ^ L'antiquité entière admira sur la foi l'Hérodote la trahison de Zopyros ; la découverte des mo- Diunents originaux a prouvé que c'était un conte de plus à retrancher de l'histoire.
Darios était encore engagé en Ghaldée, lorsqu'une insprrection formidable éclata au nord et à l'est dana Jes provinces qui avaient fait partie de l'empire mède. Jjbl Médie, l'Arménie, l'Assyrie, reconnurent pour roi JPravartis, qui descendait de la race de Kyaxarès et prit 911 montant sur le trône le nom de Khshâtritâ. Avant de ^se lancer dans une lutte aussi redoutable, Darios voulut jpi finir avec les rebelles du sud. L'insuccès d'Atrina ^yavait pas découragé l'Elam ; un Perse nommé Martiya ^l'y fit proclamer roi sous le nom d'Oumman. Darios n'eut ju'à paraître pour triompher de ce rival; à la nouvelle % son approche, les Êlamites saisirent Martiya et le foiirent à mort'. Libre de ce côté, il dépêcha trois de ses •{énéraux contra Pravartis ; il confia à Dâdarshis l'Ari^énien le commandement de l'armée destinée à agir en ILrménie, à Vaoumiça le soin de réduire l'Assyrie, à Vi- Sarna, l'un des sept, la tâche plus difficile de reconquérir
• 1. Hérodote, III, 150-160. Gtésias {Persiea, § 22] place le siège de Bapiylone sous Xerxès; d'après lui ce fut Mégabyzos, fils de Zopyros, et Aon pas Zopyros lui-même, qui se mutila et livra la ville. Polyen ^tratag.y VIII, 11, g 8) prétend que le stratagème de Zopyros fut conçu
I l'imitation d*un Sace habitant au delà de l'Oxus. Les écrivains latins put transporté l'histoire de Zopyros en Italie et Tont placée à Gables ifTite-Live, I, 59-S4 ; Ovide, Fastes, II, 683-710), mais Sextus Tarquin ne
pousse pas le dévouement jusqu'à se mutiler. — 2. Béhistoun, II, §3 3|
i; J. Menant, les Achéménides, p. 109-110.
la Médîe propre. Les trois généraux attaquèrent de concert les troupes du prétondant et les battirent à plusieurs reprises sans obtenir d'avantage décisif; THyrcanie et h Parthyène, qui jusqu'alors étaient restées indécises, se joignirent aux rebelles, et tout le bassin de la Caspienne fui perdu pour les Perses. L'imminence du danger déddi Darios à donner de sa personne ; il quitta Babylone, pénétra en Médie par la passe de Kerend, rallia Yidama et rencontra Tennemi près du bourg de Koudourous. Fn- Tartis battu s'enfuit vers le nord, sans doute afin de gagner la montagne et d'y prolonger la guerre; il (at pris près de Ragâ, conduit à Ecbatane et crucifié i la Tue de ses anciens sujets ^(518). Lui vaincu, la soumission des autres provinces ne fut plus qu'une affaire de temps. Gitratakhma, qui tenait encore en Sagartie, succomba le pre* mîer; Vistâçpa, père de Darios, réduisit l'Hyrcanie, A le gouverneur de Bactres comprima un mouvement de 11 Margiane. Une révolte de la Perse et de rAracho8ie,à l'instigation de Yahyazdita, qui se fit passer pour Bardiya, fils de Kyros, un second soulèvement de Babylone, une troisième insurrection de l'Ëlam, furent étouffés promptement ; les Saces, attaqués par Darios lui-même, ne posèrent les armes que longtemps après la défaite des autres rebelles^. Aucune des provinces occidentales n'avait bougé. Un instant seulement on put craindre quelques complications du côté de l'Asie Mineure. Oroitès, gouverneur de Lydie, affectait des allures d^indépendance et menaçai! de devenir dangereux; il fallut l'assassinor pour s'en débarrasser. Bagaeos, envoyé à Sardes, remet aux troupes perses qui s'y trouvaient Tordre royal de ne plus garder Oroitès. <c Aussitôt ils mirent bas Jours piques. IfOrs^ Bagœos, voyant qu'ils obéissaient à ce décret, prit courage et remit aux mains du secrétaire une dernière lettre où il était dit : ce Le roi Darios commande aux Perses qui sont à
1. Behistourit II, 5-13. C'est à cette révolte de Médie qu'Hérodote ùài allusion dans \e UntôI, \^^,^^ wiiYvvsX^Vt^^^ %, Bfihislou^^ II, 13; |V, ï; J. Menant, les AcKéméuides>^A\^AVi.
LA CONQUÊTE PERSE. t43
c Bardes de tuer Oroitès. » Sur quoi les gardes tirèrent eurs sabres et le tuèrent sur-le-champ*. » Vers le milieu ie 516 tout était fini: Darios régnait en paix sur le territoire que Kyros et Kambysès avaient possédé *.
L'expérience de ces six années ne fut pas perdue pour lui. Il voulut rompre avec la tradition du passé et fonder, sur des principes nouveaux, un véritable état perse diiférent de ce qu'avaient été jusqu'alors les empires asiatiques. n ne songea pas à fondre les races qui peùplaiei^t son domaine. Loin de là, il les encouragea à retenir leur langue, leurs mœurs, leur religion, leurs lois, leurs constitutions particulières. Les Juifs obtinrent la permission d'achevé^ la construction de leur temple^: les Grecs d'Asie gardèrent leurs gouvernements variés, la Phénicie conserva ses rois et ses suffètes, l'Egypte ses nomar(|ues héréditaires. Mais il y eut au-dessus de ces pouvoirs locaux i;ne autorité unique, supérieure à tous et la même partout. Le territoire fut divisé en grands gouvernements, dont le nombre varia selon les temps. Au début, il y en avait vingt-trois :
1* La Parçâ ou Perse proprement dite ;
2« L'Ouvaiâ, Élam, ou se trouvait Suse, l'une des résidences favorites de Darios ;
d<^ Babirous, la Ghaldée ;
4® Athourâ, TAssyrie du Ehabour au mont Zagros;
5* Arabayâ, la Mésopotamie entre le Khabour et l'Eupbrate. la Syrie, la Phénicie et la Palestine ;
6' L Bgypte (Moudrâya) ;
7* Les peuples de la Mer (Tyiya darayahyâ), parmi lesquels on comptait les Giliciens et les Chypriotes;
8** L'Yaounâ, qui renfermait, outre la Lycie, la Carie et
1. Qérûdota, II, 1S6-128. — 2. H. RawUnson, Th$ Piffhn Cuneiform Jnscription at Behittun, dan9 le Journal of the Royal 4siatic Socieiyf t. X, 1849, et dans G. RawliQson, HerodotuSy t. II, p* 490-308; Opperi, Us Inscriptions des 4ch4ménides, Paris, 1852; Schrader, Die Àfsyrisch' Babylonische Inschriften, p. 339-359; J. Menant, les icMm^ni de^, p. 101- 126; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. lil, p. 409-415; Spiegel, Erdnische Alterthumskunde, t. II, p. 316-327. — 8. iP;?ra, Y, 2i Uaggai, l,\k.
la Pamphylie, les colons grecs de la côte, Ioniens, Eolkoi et Doriens;
9° La Lydie et la Mysie (Çpardâ) ;
10° La Médie;
11° L* Arménie;
12® La Katpatouka, c'est-à-dire toute la région centnk de l'Asie Mineure, du Tauros au Pont-Euxin ;
13° La Parthyène et THyrcanie (Parthava) ;
14° La Zarânka (Zarangie);
15° L'Haraïva (Arie);
16° L'Ouvârazmiya (Chorasmie) ;
17° La Bactriane (Bakhtrîs) ;
18* La Sogdiane (Çoughdâ);
19° La Gandarie ((jandàra);
20® Les Çaka ou Saces, aux plaines de la Tartarîo, pres-l que sur les confins de la Chine;
21° Les Thatagous ou Sattagydes, dans le bassin sapérieur de THelmend;
22° L'Haraouvatis (Arachosie) ;
23° Les Maka, qui habitaient les pays à l'occident deb Caspienne, entre le Caucase et le lac d'Ouroumiyèh. Gs nombre s'accrut encore par la conquête : à la fin de sm règne, Darios comptait dans l'empire trente et une sitrapies*.
Si chacun de ces gouvernements avait été régi parm seul homme, investi de pouvoirs royaux, et à qui il ne maa- 1 quait du roi que le titre et l'hérédité, l'empire aurait conn le risque de se résoudre bientôt en un amas confus df principautés sans cesse en lutte contre la Perse. Pour éviter des révoltes perpétuelles, Darios évita de concentrer dans les mêmes mains l'autorité civile et le commandement militaire. Il établit dans chaque gouvernement trois officiers indépendants l'un de l'autre, et qui relevaient directement de la cour : le satrape*, le secrétaire rojil
1. Behistounf § 1, § 6. LMnscription de Persépolis compte vingt-ciai satrapies ; celle de Nach4-Roustcm en renferme trente et une * Hémdote (III f 90-95) n*en énumère que vingt. — 2. En perse : khtkatr§fi, " rapan, .fchsHatrapd'oa.
''''^\. flU TEMPS DE DARIUS
13p-'^*-ï'"W*tfiaK, ^ — ^^ t
le général. Les satrapes étaient choisis par le roi. Us ivaient être pris dans n'importe quelle classe de la na- ., parmi les pauvres comme parmi les riches, parmi les de race étrangère comme parmi les Perses * : mais ''^"^^sage s'établit de ne confier les satrapies importantes ï^^'à des personnages alliés par le sang ou par un mariage ^ la famille royale. Ils n'étaient pas nommés pour un ^^pace de temps déterminé, mais restaient en charge aussi lî^^gtemps qu'il plaisait au souverain les y maintenir. *^ï8 exerçaient le pouvoir civil dans toute sa plénitude, ^"^aient des palais, des parcs ou paradis, une cour, des E^^o^es du corps, des harems bien fournis, répartissaient ^ ^Sinpôtà leur guise, administraient la justice, possédaient ^^^ droit de vie et de mort en matière civile et criminelle, avaient auprès d'eux un secrétaire royal; ce personnage, :é ostensiblement du service de la chancellerie, n'éit en réalité qu'un espion occupé à surveiller tous les ;es et toutes les démarches de son chef pour en rendre ^ilKimpte à qui de droit. Les soldats perses, les troupes indi- ^||[ènes et les mercenaires cantonnés dans la province, étaient iÊOVLS la main d'un général, souvent ennemi du satrape et du secrétaire. Ces trois pouvoirs rivaux se balançaient et ie tenaient mutuellement en échec, de manière à rendre une révolte, sinon impossible, au moins difficile. Ils étaient en rapports perpétuels avec la cour par des services de eburriers, régulièrement établis, qui transportaient leurs dépèches d'un bout de l'empire à l'autre en quelques semaines. Pour surcroît de précautions, le roi envoyait ^diaque année dans les provinces des officiers qu'on nommait ses yeux et ses oreilles^ parce qu'ils étaient chargés de voir et d'entendre pour lui ce qui se passait sur les parties les plus reculées de son territoire. Ils paraissaient à rimproviste, examinaient l'état des choses, réformaient certains détails d'administration, réprimandaient et suspendaient au besoin le satrape : ils étaient accompagnés d'un
' 1. Hérodote^ IX, 107, connait au moins un satrape grcc^ Xénagoraa d'Halicarnasso.
546 CHAPITRE XUI.
corps de troupes qui appuyait leurs décisions et doniud leurs conseils une autorité qu'ils n'auraient peut-être] eue sans cela. Un rapport défavorable de ces officiers, i désobéissance légère, même le simple soupçon d'une dé béissancc, suffisaient à perdre un satrape ; quelquefois le déposait, souvent on le condamnait à mort sansproc et on laissait aux gens de sa suite le soin de son exé tion. Un courrier arrivait à Timproviste, remettait i gardes Tordre de tuer leur chef, et les gardes obéissai sur simple vue du firman royal.
Cette réforme administrative ne plut pas aux Perses : se vengèrent par des railleries de l'obéissance à laqiu ÎDarios prétendait les plier. Kyros, disaient-ils, avait été père, Kambysès un maître : Darios n était qu'un cabaret affamé de gain ^ La division de l'empire avait eu uni financier autant et plus encore qu'un but politique : rép tir, lever, verser l'impôt, était le grand devoir des satrap La Perse propre fut dispensée de charge régulière : habitants étaient seulement tenus de faire un cadeau roi toutes et quantes fois il traversait leur pays. Le cad( était proportionné à la fortune de l'individu; ce pom n'être qu'un bœuf ou un mouton, même un peu de lait de fromage, quelques dattes, une poignée de farine ou ( légumes^. Les autres provinces furent frappées, en raû de leur étendue et de leur richesse, d'un tribut payai partie en argent, partie en nature. Le revenu en arg( s'élevait à 1460 talents euboïques, ce qui fait en poj 82 799 866 francs, et en tenant compte de la vale relative de l'argent aux différentes époques, en^ii 663 000 000 de francs. Afin de rendre les payements moi difficiles, Darios mit en circulation une monnaie d'or d'argent à laquelle on a donné son nom. Les dariqit portent au droit une figure de roi armée de l'arc ou de javeline : elles sont épaisses, irrégulières, grossières