‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 26 sur 190 · Maspero, Du genre épistolaire, p · texte numérisé non relu

Maspero, Du genre épistolaire, p

[c’est pourquoi] mets ton cœur après Les lettres! — J'ai contemplé les travaux manuels, — [et] en vérité, il n’y a rien au delà des lettres. — Comme on fait dans l’eau,

plonge-toi au sein du livre Qemi, — tu y trouveras ce précepte en propres termes : « Si le scribe va étudier à Sil- « silis, — son inactivité [corporelle] ne sera point sur lui.

« TU. c’est un autre qui le rassasie; — il ne remue « pas, il se repose. » — « J’äi vu les métiers figurés » y est-il dit en propres termes, — « [aussi] te fais-je aimer la littérature, ta mère; je fais entrer ses beautés en ta face.— Elle est plus importante que tous les métiers, — elle n’est pas un vain mot sur cette terre; — celui qui s’est mis à en tirer profit dès son enfance, il est honoré; — on l’envoie remplir des missions. — Celui qui n’y va point reste dans la misère‘. » — « Celui qui connaît les lettres — est meilleur que toi par cela seul. — Il n’en est pas de même des métiers que j'ai mis à ta face : — le compagnon y méprise son compagnon. — On n’a jamais dit [au scribe] : « Travaille pour un tel ; — ne transgresse pas tes ordres. » — Certes en te conduisant à Khennou, — certes Ü ’agis par amour pour toi; — [car] si tu as profité un seul jour dans l’école, — c’est pour l’éternité, les travaux qu’on yfait sont [durables] comme les montagnes. — Cest ceux-là, vite,

vite, que je te fais connaître, que je te fais aimer, — car ils éloignent l'ennemi 2, » L'étude des lettres sacrées et le rang de scribe menaïent à tout ; les examens passés, le scribe pouvait être, selon ses aptitudes, prêtre, général,

receveur des contributions, gouverneur des nomes, ingénieur, architecte. Aussi la” littérature, considérée comme moyen de parvenir, était-elle fort en honneur à cette époque, et at-elle laissé un certain nombre de morceaux considérés comme classiques dans les siècles postérieurs. J'ai déjà eu plusieurs fois occasion de citer presque toutes les œuvres qui nous restent de la douzième dynastie, les Mémoires de Sineh, les Instructions du roi Amenem-

ï. Maspero, Du genre épistolaire, p. 49-50. — 2. Ibid., p. 66-67. — 3. V, p. 103-105, 108-111,

hat I à son fils Ousortesen‘, les Recommandations du scribe Douaouw-se-Kharda à son fils Papi?, et le bel hymne au Nil du Musée britannique’, On jugera par les extraits que j'en ai donnés, du mérite qu’elles pouvaient avoir aux yeux des Egyptiens.

Nous sommes encore mieux placés pour apprécier la perfection que les arts plastiques avaient atteinte. Sans doute nous ne pouvons nous figurer exactement ce qu'était un temple ou un palais; le temps a fait disparaître presque jusqu'aux débris des grands édifices qui ornaient alors toutes les villes royales de l'Egypte. Les portiques des tombes de Beni-Hassan nous permettent cependant d’affirmer que l'architecture avait dès lors produit des chefsd'œuvre. L'un d’eux est décoré de colonnes doriques du style le plus pur et antérieures de deux mille ans pour le moins aux plus anciennes colonnes de cet ordre qui aient été élevées en Grèce. La sculpture, bien qu’inférieure en certains points au grand art de l’Ancien Empire, nous a laissé tant de morceaux admirables, qu’on se demande où l'Égypte a pu trouver assez d'artistes pour les exécuter. Les statues d’Amenemhat I® et d'Ousortesen [* que M. Mariette a récemment découvertes à Tanis sont presque aussi parfaites que la statue de Khawrâ. Elles paraissaient si belles aux Égyptiens eux-mêmes, que les Pharaons d’époque postérieure, Ramsès IT et Ménephtah, les ont usurpées *. En général le style de ces monuments est remarquable par une vigueur souvent exagérée ; les jambes sont traitées avec une grande liberté de ciseau. Tous les accessoires, dessin des ornements, gravure des hiéroglyphes, ont atteint une perfection qu'ils ne retrouveront jamais plus. Les bas-reliefs, toujours dénués de perspective, sont, comme pendant la période memphite, d’une extrême finesse; on les revêtait de couleurs vives qui conservent encore aujourd’hui tout leur éclat premier. L'art de la douzième dynastie, pris dans son ensemble, était de bien peu infé-

1. V. p. 101-103. — 2. V. p. 123-125.— 3. V. p. 11-13. — 4. Marielle, Catalogue, p. 260-261.

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rieur à l’art des dynasties memphites. Les défauts qui plus tard arrêtèrent le développement dela sculpture égyptienne, la convention dans le rendu des détails, la lourdeur des jointures, la raideur hiératique, se laissaient à peine sentir. Toutes les fois qu’au milieu de læ décadence artistique, une renaissance partielle seproduisait, les sculpteurs de la dix-huitième et de la vingt-sixième dynasties allaient chercher leur modèle parmi les œuvres de la douzième ou : de la quatrième et s’essayaient à reproduire le style de leurs prédécesseurs.

De 1a treizième à la quinzième dynastie.

L'Égypte était donc en pleine prospérité à la mort d’Amenembhat IIT. La douzième dynastie avait conquis la Nubie et recouvré la péninsule du Sinaï, assaini le sol, régularisé l’inondation, orné les principales villes de temples et de monuments, assuré la bonne administration et par suite doublé la richesse du pays : en un mot, elle avait terminé l’œuvre de réparation que la dynastie précédente n’avait pu qu'ébaucher. C’est à ce moment qu’elle s’éteignit après deux règnes insignifiants, ceux d'Amenemhat IV et de sa sœur Seveknowre. Treize ans et quelques mois s'étaient à peine écoulés depuis la mort d’Amenembhat III, quand le Thébain Sevekhotep I (Rékhoutaoui) monta sur le trône et commença la treizième dynastie.

Elle dura, dit-on, quatre cent cinquante-trois ans et compta soixante rois, dont l’ordre de succession est encore incertain. Pendant ce long intervalle de temps, la série dynastique, plusieurs fois interrompue par le manque de lignée mâle, se renoua sans secousse, grâce aux droits héréditaires que possédaient les princesses, et qu’elles transmettaient à leurs enfants. Sevekhotep IT (Räskhemouatstaoui), fils d’un simple prêtre, Mentouhotep, et d une princesse royale, hérita de sa mère la couronne d'Égypte’; Nowerhotep IL (Rékhaseshesh), dont le père n’apparteuait

- 1. Brugsch, Histoire d'Égypte, 1. 1, p. 74. Cf. Louvre, C, 8

128 CHAPITRE Ill.

pas à la famille régnante, devint roi du chef de.sa mère Kama‘. À côté de ces substitutions pacifiques, il semble qu'on puisse reconnaître la trace de quelques révolutions militaires. Un grand colosse de granit gris trouvé à Tanis par M. Mariette porte les légendes d’un Pharaon Râsmenkhka Mermeschou *. « Mermeschou, c’est-à-dire le général... Je n’ai pas besoin de faire remarquer ce que ce nom ‘ royal a de singulier. Qu’est-ce en effet que ce général qui se sert de son seul titre pour former son cartouche-nom ? Les grands prêtres qui enlevèrent le pouvoir aux derniers Ramsès usèrent d’un procédé analogue ; mais ces usurpateurs ne cachèrent pas leur nom, et s’ils inscrivirent leur dignité dans un cartouche, on notera comme une différence radicale que ce fut dans un cartouche-prénom®. » L'hypothèse la plus vraisemblable est celle d’un général rebelle que ses victoires auraient porté au trône; mais elle est loin d’être assurée. Il y a donc là un problème que de nouvelles découvertes nous permettront seules de résoudre. à Quoi qu’il en soit de ces interruptions dans la succession directe des souverains, l’examen des monuments nous montre que la treizième dynastie assura à l'Égypte quelques siècles de prospérité. Les Sevekhotep et les Nowrehotep qui se pressent sur ses listes, et dont les noms rappellent involontairement à l’esprit les dix-huit rois éthiopiens qui, au dire d’Hérodote, étaient bien antérieurs à Sabacon ‘, surent conserver les conquêtes de leurs prédécesseurs et parfois même les étendre. Le vingt-quatrième ou vingt-cinquième souverain de la dynastie faisait ériger des colosses dans l’île d’Argo au fond de l’Éthiopie, à peu près cinquante lieues au sud de Semneh 5. À l’intérieur,

1. Lepsius, Denkim., II, 151, g. — 2, M. de Rougé lit ce nom Mermen twiou. Il m’a paru qu’au temps de l’Ancienet du Moyen erapire, mdshou était le phonétique le plus ordinaire du signe qui entre dans ce nom et j'ai gardé la lecture de M. Mariette. — 3. Mariette, Deurième lettre à M, le vicomte de Rougé sur les fouilles de Tanis, p. 4-5. — 4. Hérodote, I1,100.—5. Sevekhotep IV, d’après de Rougé, VI d'après Brugsch Histoire, . I, p.74. — 6. Lepsius, Denkm., IL, 151, 5, F

ils continuèrent les travaux d’hydrographie entrepris par les Ousortesen et les Amenemhat. L’un d'eux, Räkhemkhoutaoui Sevekhotep!, faisait relever et inscrire à l'observatoire de Semneh les hauteurs de la crue du Nil pour les quatre premières années de son règne’. Ils mirent tous leurs soins à l’embellissement des grandes villes de l'Égypte, et firent exécuter des travaux considérables à Thèbes dans le grand temple d’Ammon, à Abydos, à Bubaste dans le Delta où fut trouvée, dit-on, la belle statue de Sevekhotep IIT aujourd’hui conservée au Louvre“, à Tanis, dont ils semblent avoir fait une de leurs résidences favorites $. Le style des œuvres de cette époque est déjà inférieur au style des œuvres de la douzième dynastie : les proportions de la figure humaine commencent à s’altérer, le modelé des membres à perdre de sa vigueur et de son fini. Malgré ces défauts souvent peu apparents, la plupart des statues royales jusqu’à présent connues sont des chefs-d’œuvre que l’art des époques postérieures a rarement égalés. Il suffit d'examiner avec soin l’un de ces morceaux et de se rappeler qu’on en a trouvé de semblables toutlelong de la vallée du Nil, depuis la troisième cataracte jusqu’à l’embouchure du fleuve , pour rester convaincu que l'Égypte était alors une grande puissance, réunie sous un seul sceptre et non pas, comme le voudraient certains auteurs, un État divisé en deux royaumes indépendants l’un de l’autre $, ou possédé militairement par les rois Pasteurs établis dans le Delta ?.

Les dernières années de la treizième dynastie furent-elles aussi heureuses que les premières? On ne saurait le dire

1. Sevekhotep IV de Brugsch, Histoire, t. I, p.73. —2. De Rougé, Sur une inscription trouvée à Semneh; Lepsius, Denkm., II, 151 b et d. — 3. Louvre, C. 11-12. — 4. Louvre, A. 16. — 5. Mariette, Première et ‘deuxième lettre à M. le vicomte de Rougé sur les fouilles de Tanis. — 6. Brugsch, Histoire, t. I, p. 11-12. — 7. Cette théorie, qui est de Lepsius, à été combattue dès sa naissance par M. de Rougé, Examen critique, deuxième article, p. 30, sqq. Les résultats obtenus par M. Mariette dans ses fouilles de Tanis l'ont rendue de plus en plus difficile à soutenir.

HiST, ANC. 9

dans l’état actuel de la science. Les listes de Manéthon révèlent un fait certain : vers cette époque le centre de la puissance égyptienne se déplaça. La prépondérance que Thèbes avait maintenue pendant sept cents ans et plus sur le reste de l'Égypte lui échappa et passa aux populations du Delta. Les Pharaons de la douzième et surtout ceux de la treizième dynastie avaient préparé ce résultat en favorisant les villes du nord, Mendès, Saïs, Bubaste, Tanis surtout, au détriment des villes du midi. Quand ils disparurent, Thèbes perdit son rang de capitale et ce fut une ville de la bassé Égypte, Xoïs, qui lui succéda. Xoïs, située au centre même du Delta, entre les branches phaimétique et sébennytique du Nil!, était l’une des villes les plus anciennes du pays, mais n’avait jusqu'alors joué qu’un rôle des plus ‘effacés. La quatorzième dynastie, sortie de ses murs, Compta, dit-on, soixante-quinze rois qui régnèrent quatre cent quatre-vingt-quatre ans. Les noms mutilés de ces princes couvrent les pages du Papyrus royal de Turin, mais leur histoire est inconnue. Tout au plus pourrait-on supposer que les derniers d’entre eux furent assaillis par des révolutions et des guerres civiles qui amenèrent leur chute et la ruine complète du pays.

XI° DYNASTIE DIOSPOLITAINE.

XI1° DYNASTIE DIOSPOLITAINE,

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