Brugsch, Histoire, t. I, p. 128-130. — 2. 1bid., p
sorte légitimé l’usurpation dont Ramsès I*' s’était rendu coupable. Le fils qui naquit de cette union, Ramsès, hérita naturellement tous les droits de sa mère et dès l’instant de sa naissance fut considéré par les Égyptiens loyalistes comme seul souverain de droit. Son père, roi de fait, fut contraint de l’associer au trône alors qu’il était encore « petit garçon », sans doute pour éviter une révolte. Ce ne fut d'abord qu’une fiction légale, agréable sans doute aux amis des vieilles traditions politiques, mais indifférente au reste de la nation, et peu respectée par Séti luimême ou par les ministres de son gouvernement. Pendant toute cette première partie de son existence, Ramsès ne fut précisément ni roi, ni prince héréditaire : il occupa entre ces deux conditions une place intermédiaire et probablement assez mal définie. Souverain reconnu des deux Égyptes, en principe il avait droit à tous les insignes et à toutes les prérogatives de la royauté, maïs en fait il ne portait pas toujours les uns et n’exerçait nullement les autres. Il avait droit à l’urœus et à la double couronne, mais s’en tenait le plus souvent à la coiffure ordinaire des simples princes royaux, une grosse tresse recourbée et pendante. Il avait droit aux deux cartouches et aux qualifications les plus pompeuses de la chancellerie égyptienne, mais les scribes chargés de rédiger les inscriptions oubliaient souvent d’y insérer son nom, et ne lui accordaient que les titres modestes de « fils qui aime son père » ou d'héritier. Il avait droit au poste d'honneur et au rôle principal dans les cérémonies du culte, mais les monuments nous le montrent toujours au second rang : il tient un plat d’offrande, verse une, libation ou prononce les invocations tandis que son père accomplit les rites sacrés. Ramsès n’avait du roi que le titre et l’apparence : les scribes de la chancellerie oubliaient ses droits indiscutables
ou, s'ils venaient à se les rappeler, ce n’était que par occasion et par boutade,
1. G. Maspero, Essai sur l'inscription d'Abydos, et Revue critique, 1870, t. II, p. 35-40,
Dès l’âge de dix ans Ramsès fit la guerre en Syrie, et s’il faut en croire les historiens grecs, en Arabie. C'est à la suite de ces campagnes qu’éprouvé par l'habitude du commandement militaire et müri par l’âge, il commença de prendre une part active au gouvernement intérieur de ses États et réclama son héritage royal. La transformation du prince obscur et presque inconnu de ses sujets en roi Maître des deux mondes et craint de tous ses ennemis se produisit lentement, graduellement, au fur et à mesure que la valeur personnelle de Ramsès se développait et s’accentuait de plus en plus. Séti, vieilli et fatigué par les guerres de sa jeunesse, lui céda peu à peu le pouvoir et finit par disparaître presque entièrement devant son glorieux fils. Retiré dans ses palais, il y acheva sa vie entouré d’honneurs divins. Certains tableaux du temple d’Abydos le montrent assis sur le trône, au milieu des dieux; il tient la massue d’une main et de l’autre un sceptre complexe formé par la réunion des divers symboles de force et de vie. Isis est à ses côtés et les dieux parèdres, rangés trois à trois, siégent derrière le couple tout-puissant auquel Ramsès rend hommage. C’est une apothéose anticipée dont la conception fait honneur à la piété du nouveau roi, mais ne laisse aucun doute sur la situation réelle de Séti dans sa vieillesse. On adore un dieu, maïs il ne règne pas. Séti ne faisait pas exception à cette règle commune; on l’adorait, mais il ne régnait plus‘.
Le paix fut troublée soudain par un danger imprévu. Les peuples de l’Asie Mineure, qui jusqu'alors étaient restés en dehors de la sphère d’action de l'Égypte, firent contre le Delta une tentative d’invasion. Des peuples nouveaux, les Shardanes, les Tourshà (Tyrsênes), débarquèrent sur la côte d'Afrique et s’allièrent aux Libyens. Ramsès IT les battit. Les prisonniers qu’il avait faits sur eux furent incorporés dans la garde royale?. Le reste retourna en Asie Mi-
1. Maspero, dans la Revue critique, 1810. — 2. De Rougé, Extrait d'un Mémoire sur les attaques, p. 5-6.
neure, emportant un tel souvenir de sa défaite que l’Egypte fut à l’abri de leurs incursions pendant près d’un siècle.
La paix assurée au nord, Ramsès se rendit en Éthiopie, où il passa les dernières années du règne de son père à combattre et à réduire les tribus qui peuplent les rives du haut Nil. Il remporta même dans ces régions des succès importants, que la tradition grecque eut le tort d’exagérer. « Il dirigea d’abord ses armées contre les Éthiopiens, les défit et leur imposa des tributs consistant en bois d’ébène, en or et en dents d’éléphant. Il détacha ensuite vers la mer Rouge une flotte de quatre cents navires et fut le premier Égyptien qui ait construit des vaisseaux de guerre. Cette flotte prit possession des îles situées dans ces parages ainsi que de tout le littoral jusqu'à l’Indos‘. » D’après Strabon, il avait pénétré en Afrique jusqu’à la région qui produit la cannelle : on y montrait des stèles qu'il y avait laissées. Il avait colonisé aussi les côtes de la mer Rouge, où certains endroits s’'appelaient encore du temps des Grecs « le mur de Sésostris », et placé une inscription au promontoire Dirè, sur le détroit de Bab-el-Mandeb ?. Ces récits sont évidemment exagérés : Sésostris n’eut jamais de flottes et n’alla jamais jusqu’à l’Indos. Rien n'indique non plus qu’il ait soumis les peuples riverains de la mer Rouge et qu'il soit parvenu à l'Océan d'Afrique. Ilse borna, comme l’indiquent les monuments, à faire contre les tribus nègres du haut Nil quelques razzias productives et peu dangereuses.
A la nouvelle de la mort de son père, Ramsès I], désormais seul roi, quitta l'Ethiopie et alla prendre possession du pouvoir à Thèbes. Il était alors dans la force de l’âge et avait autour de lui un grand nombre d'enfants, dont quelques-uns étaient déjà assez âgés pour combattre sous ses ordres. Ses premières années ne furent troublées par aucune guerre d'importance; c’est à peine si les monuments signalent deux courtes expéditions en Syrie, dont