‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 39 sur 190 · LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES ET LA VINGTIÈME DYNASTIE · texte numérisé non relu

LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES ET LA VINGTIÈME DYNASTIE

La colonisation sidonienne et l’Asie Mineure. — Les migrations des peuples de l'Asie Mineure et l’Exode. — Ramsès IIT et la vingtième dynastie.

La colonisation sidonienne et l'Asie Mineure,

De tous les peuples de Syrie les Phéniciens étaient celui qui avait le mieux profité de la conquête égyptienne Placés en dehors de la route ordinaire des armées, ils n’avaient pas à souffrir de leur passage non plus que des péripéties de la lutte, comme les autres nations de Canaan. Les gens d’Arad et de Simyra avaient, sous Thotmès III, , pris part aux révoltes des Rotennous, et avaient été châtiés d'une manière qui leur avait ôté l’envie de recommencer. (ebel et Bérouth, Sidon et Tyr, étaient restées fidèles à leurs maîtres étrangers depuis le temps de Thotmès Ier jusqu’à celui de Ramsès IT. Elles avaient acquis le privilége de faire le commerce en Égypte pour le compte des étrangers, et à l'étranger pour le compte de l'Égypte. Grâce à ce privilége, Sidon, qui avait succédé aux Giblites dans la suprématie de la nation phénicienne, avait pu développer sa marine et était parvenue au plus haut point de richesse et de gloire.

Le commerce des Phéniciens avec les peuples du dehors se faisait à la fois par terre et par mer, au moyen de caravanes et sur des vaisseaux. Toutes les routes qui, des grands marchés de l’extrème Orient, de l’Inde, de la Bac-

ainsi qu’à Ibsamboul, Lougsor, Karnak, et au Ramesseïon. La traduction est de M. de Rougé, Recueil de travaux, 1870, t. I. p 1-8.

triane, de la Chaldée, de l’Arabie, des régions du Caucase, se dirigeaient vers l'Occident, venaient aboutir à Sidon et à Tyr. Il est assez difficile de savoir si les marchands phéniciens allaient chercher eux-mêmes l’or des monts Altaï et les produits du Gange, ou s'ils se contentaient de tirer leurs denrées des entrepôts intermédiaires de l’Arabie et de la Chaldée. Ce qui est certain, c’est qu’ils s’étaient établis aussi loin que possible sur les grandes voies du commerce et en avaient occupé les points principaux au gué des rivières et au défilé des montagnes!. Laïs, aux sources du Jourdain, non loin de l’endroit où la route qui mène d'Égypte en Assyrie passe de Ja Syrie méridionale dans la Cœlé-Syrie, était une colonie de Sidoniens?. Hamath, dans la vallée de l’Oronte, Thapsaque, au gué de l’Euphrate?, Nisibis', près des sources du Tigre, passaient pour être de fondation phénicienne. Ces villes, et d’autres encore dont l’histoire n’a pas gardé souvenir, étaient comme autant de jalons que les marchands de Sidon avaient plantés sur la route de leurs caravanes, et d’entrepôts où ils amassaient les produits des régions environnantes pour les diriger sur leurs magasins du Liban. é

Mais Hamath, Nisib, Thapsaque, perdues au milieu des terres, n'étaient pas à proprement parler des possessions sidoniennes : c’étaient des comptoirs dépendants des princes ou des tribus voisins, nullement de la métropole. Le commerce maritime avec les peuples méditerranéens amena, au contraire, la création d’un véritable empire colonial. L'histoire et les progrès de cette colonisation, qui fit de la Méditerranée une mer phénicienne, ne nous sont qu'imparfaitement connus : les documents et les relations que renfermaient à ce sujet les archives de Tyr et de Sidon sont aujourd’hui détruits, comme les ouvrages que les écrivains d'époque gréco-romaine avaient composés à leur aide. Presque tout ce que nous savons nous est parvenu sous forme de mythe. On contait que Melkarth,

1. Movers, Die Phôünizier, t. Il, 2t Theil, p. 159-165. — 2. Josué, x, 6; Juges, xvur, 7-8. — 3. Movers, Die Phônizier, t. II, 2*° Theil, p. 164. — 4, Êt. de Bysance, s. v., Niouëç.

l'Hercule tyrien, avait rassemblé une armée et une flotte nombreuse dans le dessein de conquérir lIbérie, où régnait Khrysaor, fils de Géryon. Il avait soumis, chemin faisant, l’Afrique, y avait introduit l’agriculture et fondé la ville fabuleuse d'Hécatompyles, franchi le détroit auquel il donna son nom, bâti Gradès et vaincu l'Espagne. Après avoir enlevé les bœufs mythiques de Géryon, il était revenu en Asie par la Gaule, l'Italie, la Sardaigne et la Sicile. A cette tradition d'ensemble qui résume assez bien les principaux traits de la colonisation phénicienne, venaient se joindre mille traditions locales. C'était Kinyras à Chypre et . à Mélos; c'était Europe enlevée par Zeus. Kadmos, envoyé à la recherche de sa sœur, visitait Chypre, Rhodes, les Cyclades, bâtissait la Thèbes de Béotie, et allait mourir en Illyrie. Partout où les Phéniciens avaient été, la grandeur et l'audace de leurs entreprises avaient laissé dans l'imagination du peuple des traces ineffaçables. Leur nom, leurs dieux, le souvenir de leur domination, étaient passés à l’état de légendes, et c’est avec ces légendes mêlées de fables qu’on parvient à reconstruire en partie l’histoire perdue de leurs découvertes.

À peine établis dans leur nouvelle patrie, les Phéniciens s'étaient jetés à la mer. Les Giblites avaient les premiers lancé leurs colonies sur les côtes environnantes. Les Sidoniens, vainqueurs des Giblites, avaient continué et poussé plus loin leurs explorations : après avoir occupé les embouchures de l’Oronte, ils avaient débarqué à Chypre. Au jugement des anciens, Chypre n’était inférieure à aucune des îles du monde alors connu ?. Elle est longue d’environ soixante lieues et large en moyenne de vingt ; elle projette vers le nord-est une péninsule étroite et assez semblable à un doigt tendu vers l'embouchure de l’Oronte. Elle est traversée par une chaîne de montagnes peu élevées et possède quelques plaines favorables à la culture. Boisée dans l’antiquité*, elle a 6té peu à peu dénudée par

1. Movers, Die Phônisier, t. II, 27 Theil, p. 103 sqq. — 2. Strbon,

1. XIV, 6; Eustathe, Ad Dionys., v. 508. — 3. Ératosthène dans Strabon, 1. XIV, 6.

MASPER O Histoire ancienne.

AFRIQUE LIBYE! ès : Tune,

LES COLONIES A dans le Bassin de la Mediterranee d'après G. MASPERO .

Les noms des Colonies citées dans Le présent volume sont soulignés :

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