‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 73 sur 190 · Rois, xvin, 21. — 2. Ibid., vu, 40. —3. Ibid, xx · texte numérisé non relu

Rois, xvin, 21. — 2. Ibid., vu, 40. —3. Ibid, xx

Baalim, se déchirent le corps a coups de couteaux. Élijah, après les avoir laissés s'épuiser en contorsions et en prières, implore à son tour Jahveh : le feu du ciel descend à sa voix et consume l’holocauste en un moment. Le peuple se jette sur les prêtres, les massacre, et la pluie commence à tomber. On dit qu'après cette victoire Elijah se retira encore une fois au désert et accomplit beaucoup de miracles; après quoi il se donna Elisha pour successeur, et monta vivant au ciel sur un char de feu’. Ainsi le veut la tradition, et son exagération même nous montre quelle impression puissante avait faite le grand prophète sur l'esprit du peuple d'Israël.

Aux querelles de religion s’ajoutèrent les malheurs d’une guerre étrangère. Benhadar I était mort et Akhab avait sans doute essayé de recouvrer son indépendance, à la faveur des troubles qu’un changement de règne soulève presque toujours dans les monarchies orientales. Benhadar II convoqua ses vassaux et marcha droit sur Samarie. Akhab, bloqué dans sa capitale par des forces supérieures, demanda la paix aux conditions qu’il plairait au vainqueur de lui imposer : la réponse à ses ouvertures était si outrageante que les Hébreux se résolurent à tout tenter plutôt que de se rendre. La fortune leur revint avec le courage : Benhadar fut surpris en plein midi par une brusque sortie des assiégés, la panique se mit dans son camp et son armée se sauva en désordre jusque sur le territoire de Damas. Elle revint à la charge l’année suivante, mais, au lieu de s'engager sur le territoire montueux d'Éphraïm, où elle perdait l’avantage du nombre, elle vint camper dans la plaine de Jezréel, près de la petite ville d’Aphek, Elle fut battue comme elle l’avait été sous les murs de Samarie, et Benhadar pris dans la déroute. Malgré ces défaites répétées, la puissance de Damas était encore si grande et la prise du roi si loin d’avoir fini la guerre, qu'Akhab n’osa point pousser sa victoire à fond, Il accueillit le vaincu «en frère », malgré l'opposition jalouse de quelques pro-

1,I Rois, xvite-xix ; IL Rois, 1-11.

phètes, et lui rendit la liberté après lui avoir fait signer un traité d'alliance offensive et défensive. Israël rentra en possession des places qu'il avait perdues sous les règnes précédents, et les Juifs obtinrent le droit d'occuper à Damas un quartier particulier: c'était la contre-partie et la revanche du traité conclu entre Omri et Benhadar Ie *.

La lutte venait à peine de prendre fin quand les Assyriens parurent sur la frontière septentrionale du royaume de Damas. Benhadar avait suivi d’un œil inquiet les progrès rapides qu'ils faisaient chaque jour dans la Syrie du nord et s'était préparé à les recevoir. Il avait renouvelé ses alliances avec Hamath, Arvad et les autres villes de Phénicie, réclamé le secours d'Israël et des Arabes, racolé des auxiliaires jusqu'en Égypte et au pays d’Ammon. Lorsqu’à l’automne de 854, Salmanasar III franchit l’Euphrate pour l’attaquer, il marcha bravement au-devant des Assyriens et leur offrit bataille à Karkar?. Il avait avec lui deux mille chars et dix mille Juifs envoyés par Akhab, sept cents chars, sept mille cavaliers, dix mille fantassins de Hamath, mille mercenaires égyptiens, mille Ammonites qui, joints aux troupes de ses vassaux, formaient une armée de soixante-deux mille neuf cents fantassins, huit mille deux cents cavaliers et quatre mille huit cent dix chars; un chef arabe nommé Djendib avait amené un corps de mille chameaux. Les alliés perdirent la bataille : quatorze mille des leurs périrent *, le reste

s'enfuit au delà de l’Oronte. Néanmoins la lutte avait été si chaude que Salmanasar ne put tirer parti de son succès : il repassa l’Euphrate sans avoir reçu la soumission de Damas et sans avoir imposé de tribut “. Il ne revint pas les années suivantes, occupé qu’il était au sud-est de son empire. Mardouk-inadinsou, roi de Babylone, trahi et

1. I Roïs, xx. — 2. Ménant (Annales, p. 112) lit ce nom Bourkarou. . — 3. Un autre texte porte vingt mille cinq cents. — L. Oppert, Histoire, | p. 111-119 ; 136-142; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 102-103 ; Fr. Lenormant, Histoire, t. Il, p. 68-90 ; Schrader, Die Keïl- | inschriften und das Alte Tesiament, p. 94-104; J. Ménant, Annales, ) p. 99, 112-113.

vaincu par son frère illégitime Mardouk-bel-ousatè, avait appelé le roi d’Assyrie. Salmanasar accourut et dans une première campagne (852) réduisit les districts situés au nord du Dhournat. L'année suivante il fut encore plus heureux : il battit le prétendant, le tua, s’empara de Babylone, de Barsip, de Kouti, et descendit dans la Chaldée maritime ‘. Cette conquête achevée, il reprit ses projets contre Damas.

La défaite de Karkar avait ébranlé un moment la puissance de Benhadar. En se faisant rendre les villes juives prises sur ses prédécesseurs, Akhab avait négligé de mentionner Ramoth-Gilead. C'était cependant une place importante : elle commandait toute la rive gauche du Jourdain et menaçait à la fois Israël et Juda. Akhab voulut profiter pour la reprendre de l’issue malheureuse de la campagne contre les Assyriens et chercha des alliés qui pussent l’aider dans cette entreprise. Un grand changement d'esprit et de politique venait de se faire à Jérusalem. Jehoshaphat, comme son père Asa, était un adorateur fervent de Jahveh : il s’efforçait de réprimer l’idolâtrie et avait dû ressentir vivement la persécution dirigée par son voisin contre les prophètes ?. Mais sa piété ne le rendit pas aveugle aux nécessités politiques du temps présent. L'expérience des règnes passés avait montré combien était funeste la rivalité d'Israël et de Juda : pendant les guerres civiles, Moab, Ammon, Édom, les rois des Philistins s'étaient soulevés; Damas un moment ville juive était devenue la capitale d’un royaume puissant et menaçait de rétablir à l’avantage de Benhadar l'empire de Salomon. Jehoshaphat se convainquit, malgré l’opposition des prophètes, qu’il fallait avant tout faire cesser les discordes et réunir toutes les forces de la nation contre les Syriens. Il maria son fils Jehoram avec Athaliah, fille du roi d'Israël Ÿ, et quand Akhab vint le prier de l'aider dans

1. Oppert, Histoire, p. 112 ; G. Rawlinson, The five great Monarchies i. II, p. 102; Fr. Lenormant, Histoire, t. IL, p. 71; J. Menant, Annales, p: 99-100, 114. — 2. I Rois, xxI1, 43-44 ; II Chron., XVII, 3-4, — 3, cf. IT Rois, vnr, 18, avec II Rois, vi, 26, ’

son entreprise contre Ramoth-Gilead, il consentit à l’accompagner et vint le rejoindre à Samarie ‘. Pour la première fois depuis près d'un siècle, l’armée de Juda entra sans intentions hostiles sur le territoire d’Ephraim et se rangea sous le même drapeau.

Jehoshaphat s'était montré dès le début de son règne actif et belliqueux : il avait conduit contre ses voisins du sud plusieurs expéditions heureuses qui affermirent son autorité sur Édom ?. Toute sa valeur ne put prévaloir contre la fortune de Benhadar. Il manqua d’être pris dans la bataille qui s'engagea sous les murs de Ramoth-Gilead, et son armée fut à moitié détruite. Akhab, blessé mortellement d’une flèche au commencement de la journée, suc-

comba vers le coucher du soleil, et ses soldats, saisis de panique, se débandèrent dans toutes les directions. Akhaziah ramena le corps de son père à Samarie; Jehoshaphat s'enfuit jusqu'à Jérusalem $ : il semblait que Benhadar n’eût qu'à s’avancer pour s’emparer sans effort d'Israël et de Juda (851). L'intervention des Assyriens sauva les Hébreux d’une ruine imminente. Le roi de Damas, rappelé vers le nord, trouva Salmanasar maître de tout le pays situé entre l’Euphrate et l’Oronte, et fut battu complétement malgré les secours d'Hamath et de la Phénicie, battu en 850, battu l’année suivante. Dix mille des siens périrent, une partie de ses chariots et de son matériel de guêrre resta sur le champ de bataille. Mais les Assyriens, toujours victorieux, se trouvaient toujours trop affaiblis par leur victoire pour en profiter aisément. Ils employèrent les deux années suivantes à soumettre quelques tribus de l'Arménie et des marches médiques, et ne revinrent à la charge qu’en 845, avec leur succès habituel !.

Benhadar fut vaincu encore une fois sans laisser entamer son royaume : à peine débarrassé de ces adversaires, il se retourna contre les Juifs.

1. I Rois, xx, 1-19 ; I Chron., xvur, 1-27. — 2. Ibid., xvIl. — 3, 1 Rois, xx, 20-29; IT Chron., xvim, 28-34. — 4. Oppert, Histoire, p. 112, 120; Fr. Lenormant, Histoire, t. II, p. 71; J. Menant, Annales, p. 100-114.

x Bi

Il les trouva remis de leurs défaites. Akhaziah n'avait fait que passer sur le trône de Samarie, mais son frère Jehoram s'était trouvé assez fort pour entretenir des idées de conquête. Après la bataille de Ramoth-Gilead, Mesha, roi des Moabites, s’était soulevé et avait refusé le tribut que son peuple payait depuis quarante ans aux rois d'Israël. Jehoram et Jehoshaphat essayèrent de Le réduire. Comme ils n’osaient l’attaquer vers le nord, par crainte des garnisons syriennes qui étaient au pays de Gilead, ils passèrent au sud de la mer Morte et vinrent l’assiéger dans sa ville royale *. Malgré quelques victoires partielles, la campagne ne fut pas heureuse : nonseulement les Moabites restèrent indépendants, mais ils s’étendirent au détriment des gens de Ruben, et Mésha, dans le seul monument de son règne qui soit parvenu jusqu’à nous ?, put se vanter « d’avoir rendu leurs anciens noms aux villes qu’il annexa au pays de Moab. » L’invasion de Benhadar dut être pour quelque chose dans le triomphe les Moabites. Les armées syriennes se répandirent sur Éphraïm et montèrent jusqu’à Samarie : ia ville tint bon, et Benhadar, désespérant de la prendre, leva le siége au moment où la famine l’avait réduite à la dernière extrémité. Il ne devait plus rentrer en Israël : tombé malade et déjà mourant, il fut achevé par un de ses officiers nommé Khazaël, qui se fit roi en sa place *. Il avait régné près de trente ans, non sans gloire et sans succès. IL avait noué d’étroites alliances avec Hamath et la Phénicie, dominé trente-deux rois vassaux et résisté vaillamment aux Assyriens ; il avait essayé de conquérir la Palestine entière, et, s’il n'avait pas réussi dans cette entreprise, au moins avait-il soumis presque tout le pays de Gilead, entre le Hauran et la frontière de Moab. Damas était devenue entre ses mains la capitale réelle et le boulevard de la Syrie.

Elle ne garda pas longtemps ce rang éminent. Khazaël eut, il est vrai, d’heureux débuts : il soumit les deux ver-

1. IT Rois, 111, 4-27. — 2. C’est la fameuse stèle de Dhibân, découverte en 1869 par M. Clermont-Ganneau et dont les fragments sont conservés au musée du Louvre, — 3, II Rois, vi, 8; var, 19.

sants de l’Anti-Liban et la majeure partie de l’Aram. Jehoram d'Israël et Akhaziah de Juda renouvelèrent contre Ramoth de Gilead la tentative qui avait été si funeste à leurs prédécesseurs quelques années auparavant : ils échouèrent comme Akhab et Jehoshaphat ?. Un grand désastre effaça bientôt l’impression qu’avaient produite ces premiers succès. Salmanasar, après avoir combattu les tribus du haut Euphrate (845), poussé une pointe surleplateau de Médie (844) et guerroyé contre les peuples de l’Amanos (843) reprit les hostilités contre l’Aram. Khazaël l’attendit dans une position choisie avec soin et fut vaincu. Ce fut la bataille la plus sanglante qui eût été livrée jusqu’alors par les Assyriens aux gens de Damas. Il perdit seize mille hommes de pied, quatre cent dix cavaliers, onze cent vingt et un chars : Damas fut prise ainsi que plusieurs autres places fortes; les Assyriens pénétrèrent jusque dans les montagnes du Hauran, pillant et brûlant tout sur leur passage. Les rois de Sidon et de Tyr, craignant pour leurs États un sort pareil, s’empressèrent de reconnaître la souveraineté du vainqueur. Celui d'Israël envoya en tribut des barres d’or et d’argent, des plats, des coupes et des ustensiles d’or, des sceptres et des armes : ce fut le commencement des relations entre les Hébreux et l’Assyrie (842) ?.

Dans les quelques mois qui venaient de s’écouler, les deux royaumes avaient été bouleversés par des révolutions sanglantes. Les prophètes n’avaient jamais pardonné à la maison d'Omri l'introduction des religions phéniciennes et les persécutions dont le culte national avait été l’obiet. Déjà Élijah avait songé à détrôner Akhab et à le remplacer par Jehu*; Élisha, le disciple favori et le successeur d’Elijah, exécuta le projet de son maître. Jehoram avait été blessé devant Ramoth et s'était retiré pour se guérir

1. IL Rois, vu, 28-29. — 2, Oppert, Histoire, p. 113, 118 ; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 104-106; Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 104-108; J. Menant, Annales, p. 100, 115-116. — 3. I Rois, xIx, 16.

au palais de Jezréel, loin de sa capitale et de son-armée. Un émissaire d'Élisha se rendit au camp, sacra Jehu et lui ordonna au nom de Dieu de détruire la maison d’Akhab et de venger la mort des prophètes. Jehu se fit acclamer par toute l’armée et marcha contre Jezréel. Akhaziah de Juda était venu rendre visite à son oncle et à sa grand’mère Izebel. Quand la vigie annonça qu’on voyait avancer une armée, les deux rois, au lieu de s’enfuir, montèrent sur leurs chariots pour aller à sa rencontre. Jehu perça Jehoram d’une flèche, et fit assassiner par les gens de sa suite Akhaziah, qui essayait de s’échapper. Ce ne fut quele commencement de la tragédie. En apprenant le meurtre et l'approche du meurtrier, la vieille Izebel voulut du moins mourir en reine : « elle farda son visage, orna sa tête et regarda par la fenêtre . — Et comme Jehu entrait dans la porte, elle dit : « En a-t-il bien pris à Zimri qui tua son « seigneur? » — Et il leva sa tête vers la fenêtre et dit : « Qui est ici de mes gens? qui?» Alors deux ou trois eunuques regardèrent vers lui. — Et il leur dit : « Jetezen « bas. » Et ïls la jetèrent, de sorte que son sang rejaillit contre la muraille et contre les chevaux; et il passa pardessus elle. » Restaient les princes de la maison d’Akhab : il se fit envoyer leurs têtes de Samarie et les exposa en deux tas à la porte du palais de Jezréel. Les princes de la maison de Juda qui venaient rejoindre Akhaziah, furent tués de même sur le bord de la route; les adorateurs et les prêtres de Baal, réunis par trahison dans le temple furent égorgés jusqu’au dernier, et le culte de Jahveh rétabli dans toute sa pompe, sinon dans toute sa pureté. Le contrecoup de cette révolution se fit sentir jusque dans Jérusalem d’une manière assez imprévue. Athaliah, fille d’Izebel et mère d'Akhaziah, voyant la maison royale à peu près détruite, fit exterminer ce qui restait des descendants de Jehoshaphat : un seul enfant, Jehoash, échappa par les soins du grand prêtre. Le massacre achevé, elle saisit le pouvoir, s’entoura d’une garde phénicienne, et se rangea au culte des Baalim. Les crimes de Jehu avaient donc produit ce résultat singulier de rétablir tant bien que mal la

religion nationale en Israël pour la renverser dans Juda: Jahveh trôna dans Samarie et Baal dans Jérusalem'. , Khazaël restait toujours menaçant. Deux ans après sa première défaite, en 840, il avait de nouveau affronté les Assyriens sans succès : il avait perdu quelques forteresses et payé tribut de même que les rois de Tyr, de Sidon et de Gebel?. Ce fut son dernier essai de résistance contre Salmanasar: plutôt que de s’exposer encore à des défaites inévitables, il préféra acheter par la soumission le droit de poursuivre en paix ses entreprises contre les Israélites. Elles lui réussirent au delà de toute espérance : Jehu ne put tenir contre lui et fut vaincu « sur toutes ses frontières, — depuis le Jourdain jusques au soleil levant, dans tout le pays de Gilead, des gens de Gad, de Ruben et de Manassé, depuis Aroer qui est sur le torrent d’Arnon jusques en Gilead et en Bashan?.» Damas, humiliée au nord par les Assyriens, était encore assez puissante pour humilier les Juifs. Mais son ascendant ne pouvait être que passager : épuisée par tant de guerres successives, elle tendait à s’affaisser sur elle-même au premier choc sérieux. C'était encore le boulevard de la Syrie, mais un boulevard branlant et à moitié ruiné.

L'œuvre véritable de Salmanasar était accomplie. Son père avait conquis la Syrie du Nord : il fit un pas de plus dans la direction de l'Égypte, en abattant les royaumes de la Syrie centrale. Le reste de son règne se passa presque entier dans des expéditions contre les peuples du Nord et de l'Est. Deux années de guerre lui livrèrent les deux versants de l’Amanos et la Cilicie plane : Tarzi (Tarse) elle-même tomba entre ses mains (831). Le pays d'Ourartou et de Van en Arménie résista trois ans et finit par céder “. Cependant l’âge était venu et avec lui les infirmités: le vieux roi, épuisé par trente années de guerres, dut quitter les camps et céder le commandement à ses généraux. Son fils aîné, Assour-danin-habal,

1. II Roës, 1x-x1, 2 ; II Chron., xxx. — 2. Oppert, Histoire, p. 121; Menant, Annales, p. 101. — 3. II Rois, x, 32-33. — 4. J, Menant, Annales, p 101-104.

trouva qu’il vivait trop longtemps et souleva contre lui plus de la moitié de son empire. Assour, Amid, Arbèles et vingt-quatre autres villes, prirent part à la rébellion : Kalakh et Ninive demeurèrent fidèles. Salmanasar remit la direction des affaires à son second fils, Samsi-Bin. En moins de quatre ans, la révolte fut étouffée. Assour daninhabal fut tué, et Salmanasar eut du moins la consolation de mourir en paix après trente-cinq ans de règne (823) *.

pécadence momentanée de empire assyrien; les prophètes d'Israël : Jéroboam EX; Touklat-habal-asar KELL; chute de Damas.

Après lui, la suprématie militaire de l’Assyrie se maintint quelque temps encore. Samsi-Bin III (823-810) par des expéditions répétées réduisit les tribus du Naïri et conquit la Médie jusqu’au pays de Bartsou ?, à l’extrémité orientale de la mer Caspienne. Mardouk-balat-irib, le plus puissant des princes qui régnaient alors sur la Chaldée septentrionale, ne put tenir tête à l’Assyrie, malgré l’appui de l’Elam et des Araméens de Mésopotamie: il perdit sept mille hommes, deux cents chars avec son étendard royal et ses bagages, à la bataille de Daban (819). Cette victoire ne fut pas décisive, non plus que deux autres expéditions dirigées en 812 et 811 contre Babylone. Elle prépara du moins les voies à Bin-nirari II (810-780), qui asservit les rois de la Chaldée. Bin-nirari se montra aussi remuant que l'avaient été son père et son aïeul: chacune des années de son règne est marquée par une campagne victorieuse. Il pénétra sept fois en Médie, envahit deux fois le pays de Van et trois fois la Syrie. Mariah, roi de Damas et l’un des successeurs de Benhadar III S'étuit révolté : il l’assiégea et le prit dans sa ville royale. La rapidité avec laquelle les rebelles furent châtiés empêcha les

1. Oppert, Histoire, p. 122; G. Rawlinson, The five great Monarchies t. II, p. 109-110; Fr. Lenormant, Histoire, t. II, p.73; J. Menant, Annales, 118-120, — 2. La Parthyène, comme l'indique M. Fr. Lenormant, et non la Perse,

autres rois de Syrie de suivre l'exemple de Mariah : la Phénicie, Israël, Edom, les Philistins, n’osèrent point s’agiter pendant toute la durée du règne‘. L'empire assyrien s’étemdait alors sur la plus grande partie de l’Asie amérieure : par ses vassaux il touchait d’une part au golfe Persique et à l’Elam, d'autre part à la mer Rouge et à l'Égypte. A l'Orient, il dominait sur la plupart des tribus touraniennes de la Médie et sur quelques-unes des tribus aryennes qui commençaient alors à s’avancer dans le plateau de l’Irân. En Arménie, peu de progrès avaient été faits depuis le temps de Touklat-habal-asar I": on occupait le pays des bords du lac de Van aux sources du Tigre, mais au delà les difficultés du terrain et la vaillance des habitants n'avaient pas permis de faire des conquêtes durables. La Mésopotamie, la Chaldée, la Syrie du Nord, reconnaissaient la souveraineté d’Assour; même Salmanasar et ses successeurs avaient dépassé le Tauros et l’Amanos; des plaines de la Cilicie, les Toubal, les habitants de la Cappadoce, leur obéissaient. La côte syrienne, de l’embouchure de l’Oronte à Gaza, et tous les royaumes de l’intérieur entre la mer et le désert, relevaient de Ninive. On pouvait déjà appliquer au roi d’Assyrie les paroles du prophète hébreu : il était « comme un cèdre au Liban, dont la hauteur s’est élevée par-dessus tous les arbres des champs. — Tous les oiseaux du ciel ont fait leur nid dans ses branches, et toutes les bêtes des champs ont fait . leurs petits sous ses rameaux et les grandes nations ont habité sous son ombre?. »

Arrivé à ce degré de gloire et de puissance, l’empire parut s’affaisser tout d’un coup. Salmanasar IV (780- 770) usa son règne à lutter sans succès contre l’Arménie

1. Une des femmes de Bin-nirari se nommait Sammoutramit. Comme ce nom est le type original du nom de Sémiramis, on a proposé de reconnaître dans la femme de Bin-nirari la Sémiramis d’Hérodote, qui vivait un siècle et demi avant Nabopolassar et qui avait embelli Babylone. Cette Sémiramis elle-même serait le prototype de la Sémiramis légendaire. Ces deux hypothèses n’ont pas été généralement admises, — 2, Éxsékhiel, xxx1, 3-6.

et la Médie : après une seule expédition contre Damas (772) il fut contraint d'abandonner la Syrie. Sous Assour-dan-Il II (770-752) ce ne sont plus seulement les vassaux de date récente qui se soulèvent : la révolte éclate aux portes mêmes de Ninive, dans le pays d’Arrapha et dans la ville de Gôzan. L'esprit militaire déclinait ; les souverains ne conduisaient plus leurs troupes en personne et renonçaient souvent à la guerre. Au lieu qu'Assour-nazir-habal, Salmanasar III, Samsi-Bin, Binnirari, avaient marqué chaque année d’une expédition heureuse, Assour-dan-Il resta en paix neuf années de son règne sur dix-huit. Sous Assour-nirari IT (752-745), ce fut pis encore : en huit ans, il n’y eut que deux campagnes, dirigées toutes deux contre le pays de Namri, à quelques journées à peine de la capitale‘. Les traditions classiques plaçaient vers cette époque une première destruction de Ninive. Elles ignoraient le nom des grands princes du siècle précédent et les remplaçaient par une lignée de rois fainéants issus de Ninos et de Sémiramis. Sardanapale, le dernier d’entre eux, passait, dit-on, sa vie dans le harem, entouré de femmes, habillé en femme et livré aux travaux d’une femme. Deux des princes vassaux, Arbakès le Mède et Bélésys de Babylone, se révoltèrent. L'imminence du danger éveilla dans Sardanapale les qualités guerrières de sa race: il se mit à la tête de l’armée qui lui restait, battit plusieurs fois les rebelles et allait les réduire, quand des troupes qui arrivaient de Bactriane à son secours firent défection et passèrent à l’ennemi. Il s’enferma dans Ninive et y résista deux ans à toutes les attaques ; la troisième année, le Tigre gonflé par les pluies déborda et renversa les murailles sur une longueur de vingt stades. Il se rappela alors qu’un oracle lui avait garanti la victoire jusqu’au jour où le fleuve se tournerait contre lui et ne voulut pas tomber vivant aux mains de ses sujets rebelles. Il se brûla dans son palais avec ses trésors et ses femmes, et l’empire périt avec lui?. Il est

1. Oppert, Histoire, p. 122-139; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 110-127; J. Menant, Annales, p. 119-134. — 2. Sur la

certain aujourd’hui que la première destruction de Ninive est un roman historique : maïs les monuments nous prouvent que pendant trente années entre Bin-nirari II et Touklat-habal-asar III la puissance de l’Assyrie ne fit que déchoir!.

Cette décadence momentanée avait rendu les peuples de Syrie à eux-mêmes: ils n’usèrent de leur délivrance que pour se déchirer mutuellement et s’abîmer de plus en plus dans leurs guerres civiles. Athaliah avait voulu détruire la maison de Jehoshaphat et établir officiellement en Juda le culte de Baal : elle ne réussit ni dans l’une ni dans l’autre de ces entreprises. Le grand prêtre Jehoïada avait dérebé au massacre un enfant d’Akhaziah et l’avait élevé secrètement dans le temple. Le parti des prêtres avait déjà fait à cette époque des progrès considérables. Comblé d’honneurs par Asa et par Jehoshaphat, toléré ou confirmé dans ses possessions par leurs successeurs, il avait su gagner la confiance du peuple et commençait à se mêler de politique. Jehoïada gagna les commandants de la garde royale et d’autres chefs militaires, leur révéla l’existence de Jehoash et le proclama roi dans le temple. Athaliah accourueau bruit fut tuée et Mattan, le grand prêtre de Baal, partagea son sort?. Jehoïada s’imposa comme tuteur au nouveau roi, qui avait sept ans à peine : ce fut le règne des prêtres. Ils se firent remettre l'administration des biens du temple et profitèrent de leur pouvoir pour s'approprier une partie des revenus sacrés : le scandale causé par leurs prévarications devint si fort que Jehoash dut retirer à Jehoïada et aux sacrificateurs la libre disposition de l’argent du temple. Israël était dans une situation pire encore que celle

légende de Sardanapale voir Ctésias, Fragments, édit. Didot, p. 39-41 ; cf. Diodore, II, 23-28 ; Athénée, XII, 7, etc. — 1. C’est ici que M. Oppert place la lacune de trente années qu'il a cru reconnaître dans le Canon assyrien (Inscriptions assyriennes des Sargonides, p. 3-18; la Chronologie biblique fixée par les éclipses des inscriptions cunéiformes, 1-17). M. Lenormant, qui dans son Histoire d'Orient, t. II, p. 17-82, avait adopté l'opinion de M. Oppert, s’est rangé depuis à l'opinion contraire soutenue par MM. G. et H. Rawlinson, Smith et Schrader, — 2. IL Rois, x1 ; II Chron., xx11, 10-12, xxnr.

de Juda. Malgré ses qualités militaires, Jehu ne put

tenir tête aux ennemis qui le pressaient de toutes parts.

Khazaël parcourut le royaume de Samarie en maître sans

que rien püût l’arrêter. Il pénétra jusqu’à Gath sur la fron-

tière philistine, la prit « et tourna son visage pour monter

vers Jérusalem.» Jehoashacheta la paix : «il prit ce que Je-

hoshaphat, Jehoram et Akhaziah, ses pères, avaient consa-

cré, et tout l’or qui se trouva dans les trésors du temple et: du palais, et l’envoya à Khazaël, qui se retira de devant

Jérusalem". »

La misère parvint au comble sous le fils de Jehu. « Jehoa- ” khazfit ce qui déplaît à Jahveh, et la colère de Jahveh s’embrasa contre Israël et le livra entre les mains de Khazaël, roi de Syrie, et entre les mains de Ben-hadar, fils de Khazaël, durant tout ce temps-là ?. » Jehoash, délivré par la retraite des Syriens des attaques du dehors et par la mort de Jehoïada d’un maître dont l’autorité lui pesait depuis longtemps, essaya de se soustraire à l’influence des prêtres. Il ne réussit qu’à soulever leur haine contre lui, et finit par être assassiné dans son lit5. Son fils Amatsiah le fit enterrer au tombeau des rois et vengea sa mort sur les meurtriers : mais, avec une générosité rare chez les gens de son siècle, « il ne fit point mourir les enfants de ceux qui avaient tué son père “.» Deux années auparavant, Jehoakhaz était mort, laissant à son fils un trésor épuisé, une armée impuissante et un Etat réduit de moitiéÿ,

Au milieu du désordre et de la démoralisation générales, les prophètes avaient redoublé d’activité et d’énergie. Leur action s’exerçait surtout dans le royaume du Nord, où l'absence d’un sacerdoce régulier et la lutte des religions phéniciennes contre le culte national entretenaient une agitation perpétuelle parmi les esprits. D'abord peu nombreux, ils s’étaient multipliés en raison même des per-

1. I Roîs, x, 17-18. — 2. Ibid., xn1, 1-8. — 3. Le livre des Chroniques altère et contredit le récit du livre des Rois, pour disculper les prêtres autant que possible. J'ai suivi exclusivement pour le règne de Jehoash le récit de IT Rois, x, — 4. II Rois, x1v, 5-6; IT Chron., xxv 3-4. — 5, IT Rois, xur, 9-10, x1v, 1.

sécutions que les roïs avaient dirigées contre eux et des obstacles qu’ils rencontraient dans la tiédeur du peuple. Ils s’étaient faits d'office les avocats de l’opprimé contre le juge inique ou vénal : sans titre ni pouvoir reconnu, ils maniaient le peuple par la seuie force de leur volonté. Ils réclamaient de tous et du roi lui-même le respect de la justice, l’amour de Dieu, l’observance des lois, et, quand ils ne persuadaient pas, ils prenaient sur eux de punir: Elijah, Elisha et leurs amis plus obscurs avaient eu assez d'influence pour soulever des révolutions et provoquer des changements de dynastie. Mais ces vieux prophètes étaient hommes de parole et d'action plutôt qu’hommes de plume: ils n’écrivaient pas et s’inquiétaient peu de voir leurs discours survivre à l’effet produit. Il ne demeura de leur personne et de leurs actes qu’un souvenir confus proportionné à la grandeur des événements et à l'impression qu’ils avaient faite sur l'esprit des contemporains. Leur vie se mêla d’imaginations puissantes et grandioses comme pour Elijah, de miracles exagérés ou de légendes puériles comme pour Elisha. Dans Juda, où le corps sacerdotal était plus fortement constitué, l’esprit prophétique fut moins répandu, mais plus productif en œuvres littéraires. Parmi les prêtres et les lévites qu’on élevait dans l’art du chant et de la composition, il s’en trouva peu que l'inspiration saisit, mais ceux qu’elle saisit réellement eurent à leur service toutes les ressources d’une langue épurée et d’un art habile jusqu’à la minutie. Il n’y avait guère place à Jérusalem pour un illuminé soulevant les masses populaires : on eut des poëtes et des hommes d’État dont les écrits agirent sur les esprits d'élite et sur la classe éclairée. Les malheurs du peuple firent sortir des rangs les premiers prophètes dont nous ayons les livres, Joël d’abord, puis Amos et Hoshea. Dès lors l’histoire du temps nous apparaît à tra- - vers les écrits prophétiques et par les yeux des prophètes telle qu’ils l’entendent et parfois même telle qu'ils la font!.

1. Sur la révolution qui s’opère alors dans l'esprit du prophétisme, voir Ewald, Geschichte des Volkes Israel, t. IT, 1'° partie, p. 216 sqq.

L’avénement de Jehoash au trône d'Israël et d’Amatsiah au trône de Juda sembla rendre quelque vigueur au peuple hébreu. Jehoash commença par battre Benhadar III, près d’Aphek‘, et fut vainqueur dans trois autres combats sans parvenir à chasser complétement les Syriens. On contait qu'avant d’entreprendre cette guerre de délivrance il avait consulté le vieil Elisha mourant. Le prophète lui avait ordonné de tirer des flèches contre terre en sa présence. « Le roi frappa trois fois, puis s'arrêta. — Et l’homme de Dieu se mit fort en colère contre lui et lui dit : « Il fallait « frapper cinq à six fois, et tu aurais frappé les Syriens « jusqu’à les anéantir; mais maintenant tu ne les frappe- « ras que trois fois?. » Amatsiah de son côté avait vaincu les Édomites dans la vallée du Sel, sur le vieux champ de bataille de David, et leur avait pris Sélah leur capitale. Enivré de son succès, il se crut appelé à rétablir le royaume de Salomon et envoya défier Jehoash dans Samarie. Le roi d'Israël répondit à sa provocation par une parabole : « Le chardon qui était au Liban fit dire au cèdre qui est au Liban : « Donne ta fille pour femme à mon fils. » Mais une bête sauvage du Liban vint à passer et foula le chardon aux pieds. — Parce que tu as rudement frappé Édom, ton cœur s’est exalté. Contente-to1 de ta gloire et te tiens dans ta maison : pourquoi soulèverais-tu le mal par lequel tu tomberas, toi et Juda avec toi? » La rencontre eut lieu à Beth-shemesh sur la frontière philistine. Amatsiah fut vaincu et pris : Jehoash entra sans opposition dans Jérusalem, la démantela sur une longueur de quatre cents coudées, pilla le temple, emmena des otages et retourna à Samarie, où il mourut bientôt après *. Jéroboam II accomplit ce que son père avait à peine eu le temps de commencer. Les rois d’Assyrie avaient laissé échapper la suzeraineté sur l’Aram et sur la Phénicie. Damas, ruinée par ses guerres contre Salmanasar III et plus récemment encore par les défaites de son roi Mariah, ne put résister à Pattaque

1. II Rois, xt, 17. — 2. Ibid, xur, 25, — 3. Ibid., xIv, 1-15; II Chron., xxv, 1, 24. Ê

des Hébreux. Jéroboam reconquit au nord et à l’est tous les territoires que David et Salomon avaient possédés : les pays de Moab et d’Ammon, la Cœlé-Syrie, Damas et Hamath elle-même, tombèrent entre ses mains’. Après les ‘ longues années de misère durant lesquelles « les Syriens avaient déchiré Gilead avec des herses de fer?, » son règne apparut comme une époque de paix et de sécurité : le commerce avec la Phénicie et l'Égypte reprit, et « les enfants d'Israël habitèrent de nouveau sous les tentes comme aux jours du passé. » Ce furent quarante années de paix et de gloire, les dernières du royaume d'Israël. Six mois après la mort de Jéroboam, son fils Zakariah fut assassiné, en présence du peuple, par Shallum, fils de Jabèsh, et la maison de Jehu cessa de régner‘. Shallum lui-même ne demeura qu’un mois au pouvoir : il fut tué dans Samarie et remplacé par Menakhem, fils de Gadif. Taphsakh et plusieurs autres villes qui avaient essayé de résister à l’usurpateur furent traitées avec une cruauté sans égale.

Le châtiment ne se fit pas attendre. En 745, une révolte éclata à Kalakh, dans laquelle disparut Assour-nirari°, et le pouvoir échutaux mains d’un homme peu disposé à mener la vie de roi fainéant. On ne sait d’où sortait Touklathabal-asar IT, s’il appartenait à la même famille que ses prédécesseurs, ou s’il n’était qu’un usurpateur habile. Si son origine est encore obscure, sa personne brille, dans VPhistoire du temps, d’un éclat incomparable. Ce fut un roi taillé sur le patron des grands conquérants d’autrefois, actif et ambitieux, plus assidu au camp que dans son palais. Venant comme il faisait après des années de faiblesse et de décadence, son règne est un des points tournants de l’histoire d’Assyrie. Un successeur d’Assour-nirari qui aurait suivi les errements d’Assour-nirari aurait consommé la ruine du royaume : Touklat-habal-asar IT releva les énergies de la nation, lui montra de nouveau le

1. II Rois, xIv, 23-28. — 2. Amos, I, 3. — 3. il, Rois, xt, 5, où le passage est appliqué au temps de Jehoakhaz. — 4. II Rois, xv, 8-12. — 5. Ebid., xv, 13-17. — 6. Menant, Annales, p. 134.

chemin de l'étranger et la conduisit plus loin qu'elle n’avait jamais été avant lui. Par malheur ce règne si brillant est l’un des règnes les plus difficiles à faire entrer dans le cadre reçu des histoires orientales : les données que ses monuments nous fournissent sur Israël et la Judée diffèrent tellement des récits hébraïques, qu'on ne saurait pour le moment en établir la chronologie exacte sans chance d'erreur ou de contradiction.

Il monta sur le trône le 13 Iyyar (avril) de l’an 745 et se mit à l'œuvre sur-le-champ. Sa première campagne n’eut

1. Touklat-habal-asar eut affaire à trois rois d'Israël, Menakhem, Pekakh, Hoshea, et à deux rois de Juda, Asriyahou et Jeoakhaz, dont les noms figurent sur ses monuments. La chronologie biblique ordinaire et des difficultés de lecture ont porté M. Oppert à considérer : Le le Menakhem des Assyriens comme un Menakhem II non mentionné dans Ja Bibleet qu’il intercale au milieu du règne de Pekakh ; 2° Asriyahou de Juda, comme le nom du fils de Tabéel, que Retzin et Pékakh voulurent substituer à Akhaz (Jehoakhaz) de Juda (Oppert, la Chronologie biblique, etc., p. 29-32). J'ai adopté au contraire l'opinion de Schrader, qui raccourcit tous les chiffres donnés par la Bible et fait d’Asriyahou de Juda Azariah ou Ozziah le Lépreux. Les différences des deux systèmes seront mieux résumées dans le tableau suivant, qui présente les dates des règnes en litige d’après la Bible :

Azariah (Ozziah)aurait régné de 809 à 759 Menakhem — de 771 à 761 Pekakh — de 758 à 738 D'après les monuments assyriens :

Azariah aurait encore régné de 745 à 739 Menakhem — en 738 Pekakh — en 134 et même en 72, ce qui nous force à modifier considérablement le cadre généralement reçu. J'ai de plus considéré Touklat-habal-asar comme répondant à la fois au Phoul et au Tiglath-Pileser de la Bible. Le nom Touklat-habalasar sera probablement devenu Habal-asar, puis Habal, Bal, Pal ou Phoul (Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 114- 154, 291-306). J'ai partout sacrifié les données chronologiques du récit biblique au témoignage des monuments contemporains, car c'est à cette époque surtout qu’il convient d’appliquer les paroles de saint Jérôme dans sa lettre au prêtre Vitalis : « Relege omnes et Veteris et Novi Testamenti libros, et tantam annorum reperies dissonantiam, et numerum inter Judam et Israël, id est, inter regnum utrumque, confusum, ut hujuscemodi hærere quæstionibus mon tam studtosi quam vtiosi hominis esse videatur.» (Sancti Hieronymi Opera, édit. Martianay, Paris, 1669, t. II, col. 622.)

guère pour objet que de constater la suzeraineté d’Assour sur la Chaldée septentrionale. Nabou-natsir (Nabonassar),

qui régnait alors à Babylone (747-733), ne fit aucune résistance et fut maintenu’. Nabou-ousabsi, roi de Beth- Shilan, fut battu et mis en croix devant la porte de sa ville. Les royaumes environnants se soumirent et Touklat- . habal-asar rentra dans sa capitale après avoir pris officiellement le titre de roi des Soumirs et des Akkads?. Après une expédition sans importance au pays de Namri par delà le Zab (744), 1l passa en Syrie et convoqua, près de la ville d’Arpad*, tous les vassaux qu'il avait dans cette région. Les princes de Tyr, de Karkémish, de Commagène, et sept autres, répondirent à son appel‘ : si beaucoup refusèrent

1. Nabou-natsir est la forme originale du nom de Nabonassar, par lequel Ptolémée commence son Canon astronomique. Depuis longtemps on a reconnu que l’ère de Nabonassar ne reposait ni sur une observation de phénomènes célestes, ni sur le renouvellement d’une des grandes périodes en lesquelles les Chaldéens divisaient la vie du monde. Onena conclu qu’elle devait commencer par un fait historique important et on a essayé de retrouver ce fait dans les traditions classiques ou dans les données des monuments contemporains. Les uns ont identifié Nabonassar avec le Bélésys qui avait vaincu Sardanapale ; C'autres — et c’est le plus grand nombre — ont fait de Nabonassar un fils ou un parent de Phul-Bélésys et le premier roi légitime du nouvel empire babylonien. M. Fr. Lenormant a proposé (Essai sur les fragments cosmogoniques de Bérose, p. 192-197) une explication plus vraisemblable. Les vieux rois de Babylone n’admettaient dans le comput officiel que l’année purement lunaire, mais à partir de Nabonassar on trouve les dates exprimées le plus souvent dans l’année solaire de 365 1/4 jours. La révolution opérée par Nabonassar aurait donc consisté à subs tituer l’année solaire à l’année lunaire. Si Ptolémée a commencé la série des observations astronomiques certaines à Nabonassar, c’est que les observations antérieures, notées dans le système lunaire d’après les années de règne des rois,ne pouvaient être utilisées qu'après une série de calculs fort longs et peut-être impossibles à faire dès l’époque alexandrine. — 2, Les inscriptions jusqu'à présent connues confondent en un seul récit les deux campagnes de 745 et de 731. J'ai suivi les indications de Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 140. — 3. Aujourd'hui Tel-Erfdd, à deux lieues environ au nord d’Alep (Kiepert, dans la Zeits. der D. Morgl. Ges., xxv, p. 655) — 4. Ilest probable, mais non certain, que Menakhem de Samarie et Retsin de Damas se soumirent au tribut. Cf. Smith, Assyrian History, dans la Zeitschrift, 1869, p. 92.

de comparaître devant lui, une révolte de l'Arménie le rappela dans les provinces septentrionales de son empire et l’empêcha, pour le moment, de les châtier (743).. Il revint l’année suivante afin de combattre une ligue qui s’était formée en son absence à l’instigation des gens d’Arpad. Le roi d’'Hamath, plusieurs des princes de la côte et même des personnages aussi éloignés du théâtre des événements que l'était Azariah de Juda, entrèrent tour à tour dans la coalition sans pouvoir en retarder la ruine. Arpad fut prise après troisans de siége (742-746); Hamath succomba bientôt après, et une partie de ses habitants fut transportée dans les villes d'Oullouba et de Birtou que le roi venait de saccager (739). Cet exemple décida les réfractaires : dixhuit rois se soumirent, parmi lesquels figurent cette fois Menakhem de Samarie et Retzin de Damast.

Les quatre années qui suivirent furent employées au nord et à l’est contre l'Arménie et la Médie (738-735). Depuis longtemps, les peuples de la Mésopotamie entretenaient avec l’Inde et les régions centrales des relations suivies. Trois routes principales menaient de la vallée du Tigre moyen au plateau de lIrân : l’une, la plus employée, franchissait le grand Zab et débouchait dans le bassin du lac d’Ouroumiyèh par le col de Kéli-shin ; l'autre conduisait à travers la passe de Banneh jusqu’à l’Echatane du Nord; une troisième enfin remontait le petit Zab. Par ces trois routes, les caravanes apportaient à Ninive les produits de l’Inde et de la Bactriane, l’or, le fer et le cuivre, les étoffes, les pierres précieuses, comme la cornaline, l’agate et le lapis-lazuli, quelquefois enfin des animaux curieux, l'éléphant, le rhinocéros et le chameau à deux bosses de la Transoxiane?. Aussi la plupart des rois ninivites avaient-ils tenu à posséder le pays de Namri auquel aboutissaient les grandes voies commerciales. Quelques-uns avaient pénétré jusqu’à l'extrémité orientale de

1. Smith, The Annals ofTiglath-Pilezer IT, dans la Zeitschrift, 1869, p. 11-13, Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, 114-

120, 140-144. — 2. G. Rawlinson, The five great Monarchies, &. I, p. 553-554; 537-558,

la Caspienne, au pays de Bartsou!; nul ne s’était aventuré au delà du désert de Médie, dans les contrées lointaines de lPextrême Orient. Au printemps de 736, Touklat-habal-asar envahit le Namri pour la seconde fois depuis son avénement, et monta jusqu’au district de Barroua? et au pays de Matti, sur les bords du lac d'Ouroumiyèh®. Il tourna ensuite à l’est et, longeant la rive méridionale de la Caspienne, parvint au pays de Partsoua dont il prit les principales villes : Abdadan‘, Ourzikki* et Istarf. Ses prédécesseurs s’étaient arrêtés dans ces parages et ne s'étaient pas souciés de s’éloigner davantage de l’Assyrie : il se lança dans la direction du Mont Näâl”, traversa les districts de Zikroutif, de Nissa°, de Tsibour‘°, puis divisa son armée en deux colonnes, dont l’une descendit vers le sud, dans la direction du lac Hamoun, par les provinces de Paria et de Boustous‘?, tandis que l’autre continuait vers l’est, à travers l’Ariarva‘ et la vallée de l’Étymander. Les deux divisions se réunirent dans l’Aragouttou ‘* et, continuant leur pointe vers le sud, arrivèrent dans la vallée de l’Indus au pays de Sakbati et de Silkhari, auquel les marchands babyloniens qui fréquentaient ces parages donnaient le nom de Rouad. Ce fut le terme de leur marche : elles regagnèrent l’Araqouttou par Ousqagqana ‘* et les cimxons orientaux de la Gédrosie, puis rentrèrent à Ninive nar {a route qu’elles avaient suivie en allant. Des conquêtes aussi lointaines ne pouvaient être qu'éphémères : Touklat-habal-asar était à peine de retour en son royaume, que les nouvelles pro-

1. Voir p. 360, note 2. — 2. La Oùepa de Strabon, 1. XI, 13, 3, peut-être Ecbatane du Nord, peut-être Gazaca. — 3. Les Marunvoi d'Hérodote, VII, 12. — 4. Aujourd’hui Abadan. — 5. Apoax (corrigé d’Aocaax) d’Isidore de Charax, $ 12, édit. C. Müller. — 6. Aujourd’hui Aster-Abad.—1. Peutêtre le Paropamisos, peut-être la chaîne qui sépare l’Arachosie de l’Inde et près de laquelle Ptolémée signale une ville de Naulibé, aujourd’hui Nilab. — 8. Les Eayéçtior d'Hérodote, I, 125; cf. Inscript. de Behistoun, col. IT, $ 15. — 9. La Nicao d’Isidore, $ 12 ; aujourd’hui Nisapour.— 10. Peut-êtrela Exppid’Isidore, $ 12; aujourd’hui Sherif-abad (?). — 11. Doù (Isidore, $ 16) ou Podôa (Ët. de Byzance), aujourd’hui Farrah. — 12. Bit ou Bior (Isidore, $ 19), aujourd’hui Bost ou Bist. — 13. L’Arie. — 14. L’Arachosie. — 15. Les ZxuBarai de Piolémée, VI, 1, 2. — 16. Peut-être la Ocxdva de Ptolémée, VI, 21, 5.

, vinces se soulevèrent. Il revint sur ses pas et pénétra jusqu’en Arie (735). L'autorité de l’Assyrie dura quelques mois à peine après son départ, mais le souvenir de cette expédition ne s’éteignit pas. Longtemps après Touklat-habal-asar, on savait que les Assyriens avaient dominé un moment les pays au sud du Caucase indien, mais on attribuait à Sémiramis tout l'honneur de la conquête. Il appartenait à la science moderne de redresser cette erreur et de rendre à qui de droit tout le mérite de cette grande entreprise {.

Cet épisode brillant de l’histoire de l’Assyrie était à peine terminé, que des soins plus pressants appelèrent Touklat-habal-asar au sud et à l’ouest de son empire. Jusqu’alors les rapports de Juda avec l’Assyrie avaient été rares et indirects. Après sa défaite par Jehoash, Amatsiah avait employé le reste de son règne à réparer ses pertes. . Son fils Azariah ou Ozziah acheva la conquête d'Édom et recouvra sur la mer Rouge le port d’Elath perdu depuis Jehoshaphat. Surpris par la lèpre vers la fin de son règne, il associa son fils Jotham au trône. Grâce à l’énergie de ces deux princes, Juda redevint puissant et prospère au moment même où le derni-“espoir d'Israël tombait avec Jéroboam Il. Sa renommée se répandit au loin, et lorsque Hamath pressée par Touklat-habal-asar chercha des appuis, elle ne sut mieux faire qu'implorer l’aide d’Azariah. Cet essai d’alliance ne fut pas heureux et aurait pu avoir pour les Juifs des conséquences fâcheuses, si le monarque assyrien n'avait pas eu affaire en Médie?. Azariah et bientôt Jotham moururent en paix après avoir relevé leur royaume. Israël au contraire, s’abaissait de plus en plus. Toute l'énergie féroce de Menakhem ne put le mettre à l’abri des entreprises assyriennes : il dut acheter leur retraite au prix de ses trésors“. Son fils Pékakhiah, qui lui su ccéda, fut

1. Cf. sur cette campagne: E. Norris, Assyrian Dictionary, s. v. Namri, Zikrouh, Ariarva, Araqgouttou; Fr. Lenormant, Sur la campagne de Teglathphalazar IL dans l’Ariane, dans la Zeitschrift, 1870 p 48-55, 69-11. — 2. Voir p. 370. — 3. II Rois, XIV, 17-21 ; xy 1-7: 32-38 ; II Chron., xxv, 25-28; xxXVI-XxXvIr, —4, II Roîs, xy, 19-20, où

assassiné l’année d’après par un de ses généraux, Pekakh, fils de Remaliah!. Pekakh gagna à ce meurtre un royaume épuisé et pressé de toutes parts. Damas n'avait pas gardé longtemps les garnisons de Jéroboam IL : après un Benhadar IV dont on ne sait rien?, Retsin ceignit la couronne. Sous sa direction, Damas sortit enfin de la torpeur où elle était resté plongée pendant un demi-siècle et reprit la haute main sur les affaires de Syrie. Il ne se sentit pas d’abord assez solidement établi pour tenir tête à l’Assyrie et reconnut la suzeraineté de Touklat-habal-asar* ; mais au Sud, dans les pays soumis jadis à Benhadar IL et à Khazaël, son ambition se donna carrière. Pékakh, trop faible pour lui résister, trop pauvre pour l’éloigner à prix d'argent, se fit son vassal, et tous deux tournèrent leurs armes contre Juda. Un jeune homme de vingt ans, Akhaz‘, venait de succéder à Jotham : il fut battu en deux rencontres, ses campagnes furent ravagées, et les Juifs entraînés à Damas encombrèrent les marchés d’esclaves de la Syrie. Aussitôt les Édomites se révoltèrent, les Philistins se jetèrent sur les villes du Midi et de l'Ouest, Beth-Shemes, Ajalon, Socho, Timnah; dans une de ses pointes vers le Sud, Retzin poussa jusqu’ aux bords de la mer Rouge et prit “Élath. Comme malgré tout Akhaz résistait encore, les deux alliés résolurent de le détrôner et de mettre en sa place unè de leurs créatures, le fils de Tabéel, sur la fidélité duquel ils pouvaient compters. Dans cette extrémité, Akhaz tourna les yeux vers le seul prince assez puissant pour le tirer de danger et assez ambitieux pour saisir un prétexte d'intervenir en Palestine : il mit à sec les trésors du temple et envoya une ambassade porter tribut au roi d’Assyrief,

Touklat-habal-asar a le nom altéré de Phoul. — 1. II Rois, xv, 22-25. — 2. Ce Benhadar est mentionné dans les textes assyriens comme père de Retsin. Cf. Schrader, Die Keilinschrif., p. 152-153.—3. Voir p. 370.— 4, Les textes assyriens l’appellent Jehoakhaz. — 5. M. Oppert a supposé que le nom du fils de Tabéel était Asriah d’après les monumentsassyriens (ef. la Chronologie biblique, etc., p. 29-32). J'ai admis, comme M. Schra-

der, l'identité de l’Asriyahou des monuments assyriens avec Azariah de Juda.—6. II Bots, xvI, 1-8; II Chron., xxvitr, 1-19 ; Jésaiah, VI, VIII, 1x.

Touklat-habal-asar accourut : voyant combien la force de Retzin avait augmenté pendant son absence, il n’attaqua point Damas de front, mais se jeta sur Israël. Pékakh n’était pas de taille à lutter et s’enferma dans Samarie, laissant le reste du royaume à la discrétion du conquérant. Les tribus du Nord et de l'Est, déjà plus d’à moitié ruinées pendant les guerres contre Damas, reçurent le dernier coup. Touklat-habal-asar « vint et prit Ijon, Abel-Beth- Maacha, Janoha, Kedes, Hatzor, Giléad et la Galilée, même tout le pays de Naphtali, et en transporta le peuple en Assyrie‘.» Le royaume d'Israël ne s’étendit plus que sur le territoire d’Ephraïm et sur quelques cantons voisins. Cette exécution sommaire remplit d’effroi la Palestine et précipita les soumissions. Hannon, roi de Gaza, qui en sa qualité d’ennemi d’Akhaz se croyait plus directement menacé, s'enfuit en Egypte; le pays des Philistins se reconnut tributaire* (734). Soit crainte, soit faiblesse réelle, Retzin avait laissé écraser son allié, sans tenter aucune diversion : Touklat-habal-asar se retourna aussitôt contre lui. Isolé qu’il était, il résista deux années entières (733-732), mais à la fin ses forces s’épuisèrent, sa capitale fut prise et lui-même tué. Huit mille habitants furent transportés à Kir, en Arménie, la contrée réduite en province assyrienne, et rien ne subsista plus de l’empire qu’elle avait exercé sur la Syrie’. Avant de s’éloigner, Touklat-habal-asar convoqua ses vassaux (732), et

1. II Rois, xv, 29. — 2. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 145-146. — 3. II Rois, xvi, 9; cf. Isaïe, xvir, 1 sqq. Schrader, Die Keilinschriften, p. 151-154; cf. Smith, The annals of Tiglath-Pilezer II, dans la Zeitschrift, 1869, p. 14. Voici autant qu’on peut la connaître, la liste des rois de Damas depuis Salomon : ER PR EEE RER

REZON. BENHADAR III.

H£z1oN (?) [MARIAE.]

HABRIMMON. 10,0 AN EME TR IE BEN-HADAR I°'. [BENHADAR IV.] BENHADAR II. RETZIN, (?)-732.

| KHAZAEL. | me mm À

vingt-cinq rois se rendirent à son appel. Akhaz vint comme les autres apporter son tribut et remercier son libérateur‘.

Toute la Syrie était conquise ou tributaire : il semblait que les Assyriens, pour compléter leur domination sur l’ancien monde, n’eussent plus qu’à passer en Égypte. La Chaldée les rappela des bords de la Méditerranée aux rives de l’Euphrate. Babylone leur restait toujours fidèle et les rois qui avaient succédé à Nabou-Natsir, Nähid

(733-731), Oukinzir et Poul (731-726), préféraient payer tribut plutôt que de courir les chances d’une lutte inégale. Les petits princes du Sud furent plus rudement traités encore qu’ils ne l'avaient été dans la campagne de 745. « Dougab, le fils d’'Amoukkan, je l’enfermai dans Sapiya sa ville royale; j’élevai des monceaux de cadavres devant ses portes. Les plantations, les lentisques qui étaient devant son palais, je les coupai.... Toutes ses villes, je les ai détruites, désolées, brülées. Le pays de Beth-Shilân, celui de Beth-Amoukkan et de Sahalli, je les ai rendus déserts, je les ai changés en collines et en monceaux de . débris. » Le reste du pays n’attendit pas l’arrivée des Assyriens pour s’humilier. Balazou (Bélésys), Nadin et même Mardouk-bal-idinna (Mérodach-Baladan), roi de Beth-Yakin, vinrent apporter leur hommage-sous les murs de Sapiya. Beth-Yakin n'avait jamais encore prêté serment au roi d'Assyrie: c'était une longue bande de terrain étendue aux embouchures de l’Euphrate et du Tigre, protégée au nord et à l’est par les marais, au sud par le | golfe Persique, confinant à l’Élam et au désert d’Arabic?. La soumission de la Chaldée méridionale (731) fut le dernier fait important du règne. (est à peine si la révolte de Mutton I, roi de Tyr, et l'assassinat de Pekakh (729) rendirent nécessaire une nouvelle intervention en Syrie : Hoshea fut installé roi d'Israël en la place de sa victime et paya comme cadeau d’avénement dix talents d’or et mille talents d’ar-

1. II Rois, xvi, 105 Chron., xxvi, 20-21. — 2. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 128-132.

gent!. Quelque temps après, Touklat-habal-asar IT mourut en paix à Kalakh, après dix huit-années d’un des règnes les plus glorieux et les mieux remplis qu’ait enregistrés l’histoire de son pays (727).

La vingt-deuxième et la vingt-troisième dynastie ; les

Éthiopiens en Égypte : Piânkhi et Shabak; chute du royaume d’Esraël.

À la mort de Touklat-habal-asar une révolte générale éclâta dans les pays nouvellement conquis : Israël et la Phénicie entière prirent les armes. Salmanasar V accourut en toute hâte. Un soulèvement des Kitiens contre Tyr lui rendit la victoire facile : la Phénicie rentra dans le devoir?, et Israël abandonné à ses propres forces n’osa pas résister. Hoshea se résigna de nouveau à payer tribut, et sa soumission conjura pour quelque temps encore le danger qui menaçait Samarie ÿ

Pour quelque temps, mais non pour longtemps, Hoshea n’était ni plus pervers ni plus méprisable que la plupart. des rois qui l’avaient devancé an trône; peut-être même valait-il mieux que beaucoup d’entre eux, car les traditions nationales, tout en le comprenant dans la censure générale qu’elles infligent aux princes d'Israël, affirment que, « sil fit ce qui déplaît à Jahveh, il ne le fit pas autant que ceux qui avaient été avant lui#. » Mais son royaume ne se soutenait plus : les pays au delà du Jourdain, le territoire des tribus du nord, la Galilée, étaient perdus; le jour était venu où nulle énergie ne pouvait plus sauver Éphraïm. Chacun le savait, le disait tout haut et s’y résignait presque par avance. Comme toujours les prophètes voyaient dans ce qui arrivait le dessein de Dieu : « Samarie, disait le prophète Hoshea, sera désolée, car elle s’est révoltée contre son Seigneur ; ses habitants tomberont sous l’épée, leurs petits enfants seront écrasés, et on fen-

1. IL Rois, xv, 30. Cf. Schrader, Die Keilinschriften und das Alte Testament, p. 146 sqq. — 2. Ménandre d’Éphèse, dans Josèphe, Ant. Jud., 1x, 4. — 3. II Rois, xvIt, 3. — 4, Ibid., xvir, 2.

dra le sein de leurs femmes enteintes‘. » Du fond de Juda, Jésaïah joignait sa voix à celle des voyants d'Israël : « Malheur à la couronne d’orgueil des ivrognes d'Éphraïm, à la fleur fanée, la gloire de leur parure, qui est au front de la

rasse vallée de ces gens étourdis par le vin! — Voici, un Fe et puissant homme vient de Dieu, comme une tempête de grêle, comme un orage destructeur; comme un tourbillon de grosses eaux débordées il jette tout à terre avec violence. — Elle est foulée aux pieds la couronne orgueilleuse des ivrognes d'Éphraïm; — et la fleur fanée, gloire de leur parure, qui est au front de la grasse vallée, tombe comme une figue hâtive, avant la cueillée 2. » Hoshea lutta du moins autant qu’il put, malgré les conseils et les prédictions sinistres. Babylone et l’Élam, ces ennemis perpétuels de l’Assyrie, étaient si loin, qu’en ce temps de communications malaisées il ne devait pas compter sur leur appui; Juda, les Philistins, Tyr, la Phénicie, étaient trop faibles pour s'engager de grand cœur dans une entreprise hasardeuse : toutes les anciennes alliances d'Israël lui manquaient à la fois. Il en chercha de nouvelles.

. L'expédition de Sheshonq I“ en Palestine n’avait été dans l’histoire de la vingt-deuxième dynastie qu’un épisode glorieux, mais peu durable. Il était arrivé alors à l'Égypte ce qui arrive souvent aux peuples vieillis : l’avénement d’un prince actif et vaillant semble leur rendre quelque chose de leur vigueur première. Les troupes égyptiennes, même celles d’alors, bien commandées et lancées résolûment contre les masses désordonnées des bandes syriennes, ne pouvaient manquer de réussir : Jérusalem tomba sous leur effort et les villes de la Judée devinrent la proie du vainqueur. Seulement, il n’y avait plus moyen de rendre cette supériorité permanente : les éléments en demeuraient sans efficacité dès qu’un Pharaon médiocre arrivait au pouvoir. On le vit bien dans les siècles qui suivirent. Les successeurs de Sheshonq ne surent pas tirer le même parti que

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