Hoshea, xnt, 16. — 2. Jésaiah, xxvinr
lui-des ressources qui restaient entre leurs mams; ils abandonnèrent sa conquête et ne parurent pas se soucier de-ce qui se passait au dehors. Enfermés dans les limites de leur royaume, ils vécurent en paix avec tous leurs voisins, j'entends avec ceux de leurs voisins qui voulurent bien leur laisser la paix. Au moins employèrent-ils les: années tranquilles de leur règne à des travaux d'utilité publique. Ils construisirent dans toutes les grandes villes de la Basse-Égypte, à Bubaste, leur résidence habituelle, à Tanis, à Memphis. Depuis la chute des Ramessides, Thèbes avait toujours été perdant de son importance. La population, attirée jadis par le séjour des rois et le mouvement du commerce, s'était éloignée peu à peu : elle avait presque entièrement disparu par endroits, mais elle s’était maintenue assez dense autour des principaux temples pour y former autant de bourgs et de villages que la ville antique comptait de grands édifices. Les Pharaons, que leur origine et les nécessités de la politique atiachaient au Delta, ne pouvaient remédier aux progrès de cette ruine. Thèbes n'avait pas été seulement la capitale de l'Égypte, elle avait été la capitale du monde à une époque où le monde était égyptien : suffisante pour un empire, elle était trop grande pour un royaume et ne devait plus subsister. Quelque soin que l’on mit désormais à réparer ses monuments et même à en élever de nouveaux, on ne put y ramener la vie qui se retirait peu à peu: ce fut moins une ville qu’une sorte de musée où l'Égypte des dynasties glorieuses se retrouva tout entière.
Osorkon I®, Takelôt I", Osorkon IT, Sheshonq IT, s’étaient succédé sur le trône, les Bubastites règnaient depuis cent ans déjà; à n’en juger que l’apparence, rien n’était changé dans l’état général du pays, et pourtant des actions et des réactions dont nous commençons enfin à deviner la nature avaient porté l'Égypte quelques degrès plus bas sur la pente qui la menait à la rume. Pour éviter des usurpations analogues à celle des grands prêtres d’Ammon, Sheshonq et ses descendants s'étaient fait une loi de confier les charges importantes à des princes de la famille royale. Un
fils du Pharaon régnant, et d'ordinaire le fils aîné, était grand prêtre d'Ammon et gouverneur de Thèbes!, un autre commandait à Sesoun, une autre à Khnensou, d’autres encore dans toutes les grandes villes du Delta et de la Haute-Égypte. Chacun d'eux avait avec lui plusieurs bataillons de ces soldats libyens Matsiou et Mashouash qui faisaient alors la force de l’armée égyptienne et sur la fidélité desquels il pouvait compter. Bientôt ces commandements devinrent héréditaires, et l’ancienne féodalité des chefs de nomes se rétablit au profit des membres de la famille royale. Le Pharaon continua de résider à Memphis ou à Bubaste, de toucher l'impôt, de diriger autant que possible l’administration centrale et de présider aux grandes cérémonies du culte, telles que l’intronisation ou l’ensevelissement d’un Hapi; mais, en fait, l'Égypte se trouva partagée en un certain nombre de principautés dont les unes comprenaient à peine quelques villes, tandis que d’autres s’étendaient sur plusieurs nomes continus. Bientôt les chefs de ces principautés s’enhardirent jusqu’à rejeter la suzeraineté du Pharaon : appuyés sur des bandes de mercenaires libyens, ils usurpèrent non-seulement les fonctions de la royauté, mais le titre de roi, tandis que la dynastie légitime, réléguée dans un coin du Delta, conservait à peine un reste d'autorité. Cette décomposition de l'Égypte dut commencer bientôt après la mort de SheshonqlI°", mais on n’en rencontre aucun indice certain avant le règne de Takelôt IT. Le fils aîné de ce prince, Osorkon, grand prêtre d'Ammon, gouverneur de Thèbes et des pays du Midi, ne préserva l'intégrité du royaume qu’au prix de guerres perpétuelles ?. Les révoltes augmentèrent de gravité sous les successeurs de Takelôt II, Sheshonqg II, Pimaï et Sheshong IV. Quand ce dernier mourut après trente-sept ans au moins de règne *, l'autorité des Bubas-
. 1. Lepsius, Demkm., IIL, 253, s. 244, c, 255, a, b, c, 256:—2. Idem,
ibid., 256 ; cf. Brugsch, Histoire d'Égypte, t. I, p. 233, et Chabas, Mélanges égyptologiques, 2° série, p, 13-107. — 3. Mariette, Renseignements sur les Apis, dans le Bulletin archéologique de l’Afhenæum français, 1855, p. 98-100.
tites était tellement affaiblie que la suzeraineté leur échappa et passa aux mains d’une autre famille originaire de Tanis. La dynastie Tanite jeta un instant d'éclat dans ce siècle de révolutions rapides ; son fondateur Petsebast se substitua à l'héritier de Sheshonq IV, pénétra jusqu'à Thèbes! et parvint à établir sur ses contemporains une suzeraineté précaire qu'Osorkon III et Psemout maintinrent tant bien que mal pendant près d’un .demi-siècle ?. Sous leur domination l'Égypte en arriva à ce point de division qu’elle se trouva partagée entre près de vingt princes dont quatre au moins s’attribuaient le cartouche et les insignes de la royauté ÿ.-
Au milieu de ces roitelets turbulents et pillards, une famille parut que son énergie politique et le mérite des hommes qui la composaient portèrent sans peine au-dessus de ses rivales. Certes, il ne manquait ni d’habiles ni d’ambitieux à Tanis, à Khnensou, à Bubaste ; mais aucune des villes ni aucun des souverains de cette époque ne jouèrent un rôle aussi prépondérant que celui de Saïs et des princes qui la gouvernaient. Actifs, remuants, batailleurs, mêlés à tous les événements qui s’accomplissent autour d’eux, dès l'instant que nous les voyons apparaître sur la scène, les Saïtes ont un but unique vers lequel tendent tous leurs efforts : ils veulent déposséder les petits princes et fonder sur les débris des dynasties locales qui ruinent le pays une dynastie nouvelle dont l’autorité s’étende sur l'Égypte entière. L'histoire du temps est au fond l’histoire des tentatives qu'ils font pour arriver à leurs fins et des échecs qui retardent à chaque instant les progrès de leur ambition. Les petits princes coalisés contre eux, mais incapables de résister, appellent l’étranger à leur secours et trahissent l'intérêt de la patrie commune au profit de leurs intérêts particuliers. De là les invasions éthiopiennes : la dynastie koushite arrête un moment les empiétements de la famille Saïte, sans pouvoir ni l’abattre, ni
1. Lepsius. Denkm., IL, 259, a, b. — 2. Idem, Ueber die XXII® Künigsdynastie. — 3. Cf. de Rougé, Mémoire sur une inscription historique de Pidnkhi Meriamoun, p. 15 sqq.
même la décourager. L’insuccès de Tawnekht ne sert pas de leçon à Bokenranw; le désastre de Bokenranw ne fait pas hésiter ses successeurs. L'intervention assyrienne n’est pour eux qu’un moyen d’user la puissance éthiopienne. Les Éthiopiens vaincus, les Assyriens occupés en Asie, Psamétik reprend l'avantage et finit par donner de la réalité au rêve constant de sa race. En quelques années, il réunit sous sa main le pays tout entier et établit solidement cette vingt-sixième dynastie sous laquelle l'Egypte devait vivre encore quelques jours de gloire et de prospéjité”t,
Tawnekht est le premier des Saïtes qui nous soit connu par les monuments. Il était d’origine obscure et ne possédait de son chef que la petite ville de Nouter, près de Canope?. Quelques expéditions heureuses contre ses voisins les plus proches lui permirent bientôt d'étendre le cercle de ses entreprises. Ce fut surtout une guerre de siéges. Les souverains locaux, maîtres chacun d’une part ou d’une parcelle du territoire national, ne pouvaient durer que par la force des armes : ils se sentaient en pays ennemi, et pour se mettre à l’abri des ambitions rivales ils avaient dû se retrancher fortement. Depuis un siècle, le sol s’était hérissé de citadelles nouvelles, placées aux points stratégiques de la vallée, sur les rares monticules qui s'élèvent au bord du Nil, dans les îles du fleuve ou à la rencontre des canaux de navigation. Embastillés dans leurs châteaux et dans leurs villes fortes, entourés de mercenaires Mashouash et Tahennou, les petits princes opposaient à l’envahisseur une résistance acharnée. Tawnekht triompha d’eux. Il s’empara de tous les nomes situés à l’occident de la branche principale du fleuve, le Saïte, l’Athribite, le Libyque, le Memphite. Respectant les régions situées à l’orient du Delta, où les Tanites continuaient de régner, il remonta le cours du Nil : Meïtoum, le Fayoum, Khnensou et son roi Pewâäbast, Sesoun et son roi Osorkon, le reconnurent pour
1. Maspero, dans la Revue critique, 1869, t. II, p. 317. — ?. En copte Manouti, près de Canope (Brugsch., G. Ins. t. I, p. 289-290, et Champollion, L'Égypte sous les Pharaons, t. II, p. 262).
maître. Il passa ensuite sur la rive droite et reçut l’hom-
mage de On et de Panebtepähe. Il poursuivait le cours de ses succès et venait de mettre à contribution le nome de Ouàb, quand les chefs encore insoumis du Delta et de la Haute-Egypte s’adressèrent au seul pouvoir qui fût alors capable de lui tenir tête, à Éthiopie *.
Les descendants des rois-prêtres d'Ammon-Rà, exilés en Nubie par les Pharaons de la XXI° dynastie, y avaient fondé, avec les provinces conquises vingt siècles plus tôt par les Ousortesen, un royaume indépendant dont la capitale était Napata ?. Bâtie au pied d’une colline à laquelle la piété des habitants avait donné le nom de montagne sainte (Dow ouab) et longtemps considérée comme un des chefs-lieux de la province égyptienne d’Ethiopie, Napata, aux mains de ses nouveaux maîtres, devint une sorte de Thèbes éthiopienne modelée, autant que possible, à l’image de Thèbes d'Egypte. Ammon-Rä, roi des dieux, avec Mout et Khons, y trônaient en souverains; le temple était construit à l’imitation des sanctuaires de Karnak; les cérémonies qu'on y célébrait étaient les cérémonies du culte thébain. Les rois, prêtres avant tout, comme ïils lavaient été dans leur patrie thébaine, étaient les chefs d’un État sacerdotal dont les limites varièrent selon les époques, mais qui s’étendait d'ordinaire des montagnes d’Abyssinie à la seconde cataracte. Dans la vallée même, depuis Syène jusqu’au confluent du Tacazzé, les colons de race égyptienne formaient le fond de la population; dans les plaines du haut Nil se trouvaient des nations de races différentes. Les unes étaient noires; les autres, alliées aux Himyarites et venues de J’Arabie méridionale, parlaient un idiome sémitique; d’autres enfin se rattachaient par le type et la langue aux Égyptiens et aux Berbères. Pendant les premiers temps, l'élément égyptien l’emporta et dirigea la politique générale. Sans cesse ramenés vers Thèbes par tous les souvenirs de leur origine et par leurs traditions
1. Mariette, Monuments divers, t. I, pl. I, 1. 1-7. Cf. de Rougé, Memoire sur une inscription historique de Piänkhi Meiamoun, p. 3-4, 21-23. — 2. Voir plus haut, p. 336.
religieuses, les rois-prêtres de Napata essayèrent de recouvrer au moins le sud de l'Egypte. Ils y réussirent vers le milieu de la XXIIT- dynastie et poussèrent leurs avantpostes jusque dans les environs d’Abydos.
Piânkhi-Meïamoun, celui d’entre eux à qui les princes égyptiens adressèrent leur requête, régnait déjà depuis vingt ans lorsqu'on vint lui proposer la conquête de l’Égypte. L'idée de réunir toute la vallée du Nil sous un même sceptre lui sourit, il donna aux troupes qu’il avait en Thébaïde l’ordre de se porter en avant sans retard, tandis que lui-même rassemblait à Napata le gros de ses forces et se préparait à entrer en campagne. La guerre débuta par un succès : la flotte éthiopienne rencontra au nord d’Abydos la flotte de Tawnekht qui cinglait vers Thèbes, chargée de soldats et de munitions, en détruisit une partie et força l’autre à la retraite. Une autre flotte, montée par les contingents de trois rois et de tous les vassaux de Tawnekht, fut battue après un combat de trois jours, et les Ethiopiens vinrent aborder au nome d’Oun. La lenteur de leurs mouvements permit au roi Nimrod de se jeter dans Sesoun et de la mettre en état : une partie des troupes d’invasion resta en observation devant la place, tandis que le reste continuait de marcher vers le nord et prenait sur la rive gauche Pamatset, sur la rive droite Ta Tehni Oernakhtou ! et Hebennou. Nimrod, cerné de tous côtés, ne pouvait plus espérer le secours de ses alliés ou de son suzerain : il n’en continua pas moins la résistance et tint les envahisseurs en échec. Il fallut pour le réduire l’arrivée de Piânkhi lui-même, à la tête de nombreux renforts. Piâänkhi changea le blocus de Sesoun en siége régulier : il fit élever des aggeres contre la muraille et dresser des tours chargées d’archers et de frondeurs. En trois jours la place, battue de tous côtés à la fois, ne fut plus tenable, et son commandant fit demander grâce par sa femme, la reine Nestentnes, et par les dames du
LE: Aujourd’hui Tehneh, sur la rive droite du Nil, un peu au-dessous de Minieh. Cf., sur Tehneh, Wilkinson, Handbook, p. 275-216.
384 CHAPITRE fX.
harem. Piänkhi le reçut à merci, entra dans la ville au bruit des acclamations, alla prier au temple de Thot et prit solennellement possession du butin au nom d’Ammon Thébain. La chute de Sesoun entraîna la soumission de toute la moyenne Egypte. Khnensou se rendit sans résistance, ainsi que Pa Râ-Khemkhoper', qui commandait
l'entrée du Fayoum. Meïtoum, Pa Sokarsehatset même Te- taouï, suivirent cet exemple : Piänkhi parvint aux portes de Memphis presque sans coup férir.
À peine arrivé, il envoya sommer la ville. « Ne fermez point [vos portes]; ne combattez point contre le pays de l’intérieur *. Shou, le dieu de la création, quand j’entre, il entre; quand je sors, il sort: [aussi] ne peut-on résister à mes attaques. Je ne veux qu'offrir des offrandes à Ptah et aux dieux du nome Memphite; je veux honorer Sokar dans sa chapelle, voir le dieu Res-anb-ew, et puis je retournerai en paix. [Si vous me livrez] Memphis, elle sera épargnée, et on n’y fera pas même un petit enfant pleurer. Voyez les nomes du Midi : on n’y a massacré personne, excepté les impies qui avaient blasphémé Dieu. On a exécuté ces obstinés. » Piânkhi avait fait appuyer ses paroles d’un détachement d’archers, de matelots et de soldats du génie,qui devaient s'emparer du port de Memphis. La garnison était sur ses gardes : elle repoussa ces troupes et leur infligea des pertes sérieuses. Bientôt après Tawnekht profita d’une nuit obscure pour se jeter dans la place avec un grand convoi d’armes et un corps de huit mille hommes, fortifia les points faibles de l'enceinte ét partit vers le nord afin de rassembler une nouvelle armée. Il comptait sur une longue résistance, maïs la flotte éthiopienne, trompant la vigilance des assiégés, pénétra par surprise dans le port et y captura tous les navires qu’elle trouva, tandis qu’une partie de l’armée se glissait le long de la rivière et s’introduisait dans la ville par les quais. Après deux jours de bataille dans les rues, la garnison
1. Place forte située à l'entrée du Fayoum, aujourd’hui Illahoun. — 2. Khennou, la Haute-Égypte et l'Ethiopie.
mit bas les armes, et Piânkhi put reprendre sa marche en avant. Il s’empara de toutes les forteresses avoisinantes et ne s'arrêta qu'un instant à Héliopolis pour y célébrer le sacrifice royal. « Il monta l'escalier qui conduit au grand adyton pour y voir le dieu qui réside dans Ha-benben, lui, lui-même. Tout seul, il tira le verrou, ouvrit les battants, contempla son père Rà dans Ha-benben, mit en ordre la barque Mäd de Rà, la barque Seket de Shou ; ; puis il ferma les battants, placa la terre sigillaire et y imprima le sceau royal. » C'était en quelque sorte prendre possession du pouvoir suprême. Osorkon de Bubaste reconnut le nouveau Pharaon; un mouvement des Éthiopiens décida les autres princes du Delta à suivre son exemple. Tawnekht, abandonné de ses vassaux, demanda la paix, et Piänkhi la lui accorda sans conditions. Après avoir reçu non loin d’Athribis, au cœur même de la basse Égypte, l'hommage de ses sujets, il reprit le chemin de son royaume et rentra dans Napata, chargé de gloire et de butin, « d’or, d'argent, de bronze et de vêtements précieux, de tous les bons produits des pays du Nord, de toutes les doneee de la Syrie et de PArabie!. »
Pour la première fois depuis deux cents ans, le royaume des Pharaons était reconstitué des sources du Nil Bleu aux bouches du fleuve, mais non plus au profit de l’'Egypte. L’Éthiopie, si Jongtemps vassale, devenait maitresse à son tour : Napata régnait à la place de Thèbes et de Memphis. On ne sait combien de temps dura ce premier asservissement : peut-être autant qa2 la vie de Piânkhi, peut-être moins. La victoire des Éthiopiens n'avait pas détruit les éléments de discorde qui s’agitaient dans le pays. Les petits rois qui avaient appelé l’étranger à leur aide ne s'étaient pas livrés sans réserve : ils avaient voulu garder leur indépendance et la gardèrent, en effet, sous des apparences de soumission. Tawnekht avait été vaincu, mais non réduit à l'impuissance. Il avait même
Î. La grande stèle de Piânkhi, publiée par Mariette, Monuments
divers, pl. I-VIIE, a été traduite en français!par M. de Rougé, en allemand par M. Lauth, et en anglais par M. Cook.
gagné à sa défaite la reconnaissance de son pouvoir. Ce n'était plus seulement un aventurier heureux, un chef militaire sans autre titre que ses victoires, sans autre droit que le droit du plus fort. Piânkhi, en le recevant à merci, lui avait donné l'investiture officielle pour lui et pour sa famille. Il régnait désormais à Saïs aussi légitimement qu'Osorkon III à Bubaste, Nimrod à Sesoun, Pewââbast à Khnensou, et les autres princes dans les autres villes de l'Égypte. L'Éthiopie était loin, la dynastie tanite sans force et sans prestige; il ne dut pas tarder à reparaître sur la scène.
Les événements favorisèrent son ambition et celle de son fils. Piänkhi. mourut quelque temps après son retour d'Égypte, et nous trouvons à sa place un certain Kashta, dont le nom trahit une origine étrangère à la lignée des grands «prêtres d’Ammon. Kashta était arrivé au trône par son mariage avec une princesse encore inconnue de la famille thébaine, peut-être avec une fille de Piânkhi. On est porté à croire que son avénement et le changement de dynastie amenèrent des troubles qui l’obligèrent à retirer les troupes de la moyenne et de la basse Egypte’. Bokenranw, qui venait de succéder à Tawnekht, reprit les projets deson père et, ne trouvant plus d’Ethiopiens devant lui, réussit à les exécuter. Le succès fut grand et l’homme ne manquait ni de valeur, ni d'énergie : longtemps après sa mort, le peuple racontait sur son compte toutes sortes de légendes merveilleuses ?. Il était; dit-on, faible de corps et manquait d’extérieur, mais rachetait ces défauts par la finesse de son esprit * : il avait laissé la renommée d’un prince simple dans son genre de-vie*, d’un législateur prudent * et d’un juge intègref. Les rares monuments que nous avons de son règne
1. Sur Kashta, v. Mariette, Notice des principaux monuments, et Monuments divers, pl. XLVIIT, s.; de Rougé, Étude sur les monuments du règne de Tahraka, dans les Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, t. T, p. 87-88. — 2. Elien l’appelle.... rov. Béxyopiv rdv &36uevov éxeivov (H. An., XIT, 3).— 3. Diodore, I, 65,94. —4. Alexis, dans Athénée, X,13, 418.—5, Diodore, II, 94.— 6. Plutarque, Devitios. Pud. 3.
sont muets sur ses actions !, mais ce que nous savons de la vie de Tawnekht éclaire d’une vive lumière la vie de son fils. Ce fut une lutte incessante contre les petits princes, une série de guerres perpétuelles, d’abord pour con- . quérir le Délta et l’ Égypte moyenne, ensuite pour conserver la conquête et y maintenir à grand peine une domination récaire. Les contemporains n'avaient pas foi dans la durée de la dynastie, et les dieux eux-mêmes annoncèrent sa chute par divers présages menaçants ?. Et de fait la catastrophe ne se fit pas longtemps attendre. Kashta était mort, laissant pour héritier un fils, Shabak (Sabacon), et une fille, Ameniritis. Shabak était, comme l’événement le rouva bientôt, un prince actif et énergique, à qui la rébellion des Saïtes et l’établissement d’une dynastie nouvelle ne pouvaient convenir. Il partit à la conquête de l'Égypte et fut, sans doute, aidé dans son entreprise comme Piänkhi l'avait été auparavant par tous les petits princes des nomes. Bokenranw, battu, fut pris dans Saïs après sept ans de règne et brûlé vif comme rebelle®. Cette fois la dynastie saïte s’était attiré un échec qui semblait devoir mettre ses prétentions à néant. Dépouillés de leurs titres et de leurs domaines, les parents de Bokenranw $’enfuirent dans les marais du Delta et réussirent à y maintenir leur indépendance. L'histoire de leur vie errante finit par y devenir populaire et donna naissance à la légende de l’aveugle Anysis qui, rétugié dans une petiteîle du lac Menzaleh*, y attendit cinquante ans le départ des Éthiopiens*. Il ne s’agissait plus, comme au temps de Piänkhi, d’établir une sorte de vasselage sur l'Égypte : Shabak prit le protocole des Pharaons, et devint le chef d’une dynastie
1. Is sont aujourd’hui au Louvre, et se rapportent tous aux funérailles de lApis mort en l’an VI de Bokenranw. Cf. Mariette, Renseignements sur les Apis, dans le Bulletin archéologique de l’Athenæum français, 1856, p. 58-62. — 2. Ainsi l'apparition d’un bélier à deux têtes et à huit pattes, doué de voix humaine (Elien, H. An., xIr, 3) ; cf. Manéthon, édit. Unger, p. 241. — 3. Manéthon, édit. Unger, p. 246; cf. de Rougé, Inscription historique de Pidnkhi Meiamoun, p. 23. — 4, Thennésis, d’après Lepsius. — 5. Hérodote, II, CXXXVII-CxL4
nouvelle composée tout entière de rois éthiopiens*. Il essaya du moins de réorganiser le pays auquel il s’imposait, et de faire oublier par la sagesse de son administration l’odieux de son origine étrangère. Les princes locaux furent respectés, mais surveillés de près et contraints à obéir comme de simples gouverneurs. Leur soumission et la réunion du pays entre les mains d’un seul homme rendirent faciles certains travaux d’ensemble que les guerres des siècles antérieurs n'avaient pas permis d’exécuter. Les chaussées furent réparées, les canaux nettoyés et agrandis, le sol des villes exhaussé et mis à l’abni de l’inondation. Bubaste surtout gagna à ces travaux”, mais les autres villes ne furent pas négligées. Par ordre du roi, plusieurs des temples de Memphis qui étaient tombés en ruine furent restaurés et les inscriptions ef-
1. Voici, autant qu’il est possible de le recomposer jusqu’à présent, le tableau des vingt-deuxième, vingt - troisième et vingt-quatrième dynasties :
VINGT-DEUXIÈME DYNASTITE BUBASITE
I. — RA-OUTS KHOPER STEPENRA SHESHONQ Ier MEÏAMOUN Zeowyyus. Il. — RA-KHEM-KHOPER STEPENRA OSORKON Ier MEÏAMOUN ‘Osogbov. If. — RA-OUTS STEPENAMEN NOUTER-HIQ-AN TAKELOT Ir MEÏAMOUN, SE Is.
IV. — RA-OUSER-MA STEPENAMEN OSORKON II MEÏAMOUN SE BAST. V.—.RA-SEKHEM-KHOPER STEPENAMEN SHESHONQ IL MEÏAMOUN. VI. — RA-OUTS-KHOPER STEPENRA TAKELOT I[ MEÏïAMOUN SE Isi, Tarélufs. ; VII. — RA-OUSOR-MA STEPENAMEN SHESHONQ III MEÏAMOUN SE BAST. VIII.— RA-OUSOR MA STEPENAMEN PiIMAï MEÏïAMOUN. IX. — RA-AA-KHOPER SHESHONQ IV MEÏAMOUN.