‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 4)Chapitre 83 sur 190 · Jesaïiah xxr · texte numérisé non relu

Jesaïiah xxr

teindre l’Yémen. Les déserts qui couvrent le centre de l'Arabie arrêtèrent sa marche. Il se contenta de soumettre le pays de Bâzou, « dont le site est lointain, un passage de dépérissement, une région de défaillance, un lieu où règne la soif, et celui de Khazou, dans lequel il tua huit rois. J’emportai en Assyrie leurs dieux, leurs dépouilles, leurs trésors et leurs sujets. Layale, roi de Yadih, s'était soustrait à ma domination ; il entendit le rapt de ses dieux, il comparut devant moi à Ninive, la ville de ma royauté, il s’inclina devant moi. Je lui remis son péché, je l’abordai avec bienveillance. Quant à ses dieux, j'écrivis au-dessus de leurs images les éloges d’Assour, mon maître, je les apportai et je les lui restituai. Je lui confiai ce pays de Bâzou et je lui imposai de payer un tribut à ma royauté.» Assour-akhè-idin, maître de l'Arabie, put tourner ses re= gards vers l’Afrique, où le progrès toujours croissant de la! dynastie éthiopienne commençait à l’inquiéter.

Les Assyriens en Égypte $ Tahraqa (692-666) ; conquête de VÉgypte par Assour -akhè-idin (632); Assour-hanhabal (663-6..); conquête de l’Élam.

La victoire de Séthon sur Sin-akhè-irib avait délivré l'Egypte sans lui rendre sa force et son unité. Tandis que les deux principales dynasties du Nord, la Saïte et la Tanite, se disputaient la suprématie dans le Delta, la dynastie éthiopienne végétait misérablement à Thèbes Un instant on put croire qu’elle réussirait à recouvrer quelque: chose de sa grandeur passée : Shabatok, fils et successeur de Shabak, réussit à se faire reconnaître dans tout le pays !, L'invasion de Tahraqa mit fin à ce succès éphémère : Shabatok fut vaincu, pris et tué ?, le Delta soumis et Stéphinatès, qui représentait encore la dynastie saïte, dépouillé de Memphis. Tahraga, pour consacrer sa victoire, appela d’Ethiopie sa mère qu’il qualifia grande régente, dame des

L. Oppert, Mémoire sur les ra” ports de l’'Égyp'e et de l'Assyrie, p. 14; Mariette, Monumsnts divers, pl. 29, e. —. Manéthon, édit., Unger, p.251.

nusttt nudité!

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deux pays, maîtresse de toutes les nations ‘. Le nom de Egypte figura au Gebel-Barkal et jusque sur les murailles des temples thébains parmi les noms des peuples vaincus ?. Au bout de vingt ans de règne, Tahraqa pouvait se croire solidement établi sur le trône, quand l’invasion assyrienne vint remettre en question son autorité. Assour-akhè-idin pénétra par Péluse dans la vallée du Nil, battit les Éthiopiens et les dispersa si complétement que Tahraqga dut s'enfuir jusqu'à Napata. Memphis tomba entre les mains des ennemis, Thèbes fut pillée : les statues des dieux et des déesses, les parures d’or des prêtres et des prêtresses, tout le matériel du culte fut envoyé en Assyrie et consacré comme trophée dans les temples. Assour-ahkè-idin s’occupa ensuite d'organiser le pays à la mode assyrienne : il rendit l'indépendance aux vingt petits princes qui se partageaïent le territoire de l'Égypte, leur imposa à chacun un tribut séparé, et plaça à leur tête, comme chef de la confédération, Néko [*, roi de Saïs. Stéphinatès était mort vers 681, laissant pour héritier son fils Nékhepso, grand magicien et grand astronome, s’il faut en croire la tradition classique‘, mais piètre roi, qui resta sa vie durant

vassal des Ethiopiens (681-674). Néko I”, successeur de

Nékhepso, était sur le trône depuis deux années environ, quand l’invasion assyrienne le délivra de Tahraqa. C'était, comme la plupart des hommes de sa race, un prince actif, remuant, prêt à tout oser pour arriver au but que pour-

‘suivait depuis un siècle l’ambition héréditaire de sa fa-

mille, la restauration de l’ancienne monarchie égyptienne. Il n’éprouva aucun. scrupule à se faire l’allié des Assyriens, puisque cette alliance lui valut la suprématie sur les autres princes et la restitution de Memphis. Afin de prévenir un retour offensif des Éthiopiens, Assour-akhéidin plaça dans les forteresses des garnisons sémitiques, puis reprit le chemin de Ninive. L’abaissement de l’É-

1. De Rougé, dans les Mélanges d'Archéologie égyptienne et assyrienne, t. I, p. 82. — 2. Brugsch, Histoire, t. I, p. 245. — 3. Galien, De simpl. medicam. facull., 1x, 2, 19; Ausone, Epig., 19; Firmicus, Astronom., VIII, 9. È

gypte, que tous ses prédécesseurs avaient préparé inconsciemment, se trouvait accompli. Il avait rendu à Thèbés l’affront que Thotmès IIT et Amenhotep II avaient infligé neuf siècles auparavant à Ninive. En rentrant dans ses États, il fit sculpter sur les rochers du Nahr-el-Kelb et à côté des stèles triomphales de Ramsès IT une longue inscription où il racontait ses victoires et s’intitulait roi d'Égypte, de Thèbes et d'Éthiopie ‘ (672).

Ilemploya les trois années de paix qui suivirent (671-669) à mener activement les travaux de construction qu’il avait entrepris au commencement de son règne. Il éleva en Assour et en Accad trente-six sanctuaires « revêtus de lames d’or et d'argent et resplendissants comme le jour. » Le palais qu’il construisit à Ninive, sur les ruines d’un ancien trésor, dépassait en grandeur tout Ce qu’on avait fait jusqu'à ce jour. La toiture était en poutres de cèdre sculpté, supportée par des colonnes de cyprès cerclées d'argent et de fer ; aux portails se dressaient des lions et des taureaux de pierre; les portes étaient en ébène et en cyprès incrusté de fer, d'argent et d'ivoire *. Son palais de Babylone est entièrement détruit, et celui qu’il commença à Kalakh avec le butin d'Égypte ne fut jamais terminé. L’ornementation en était à peine ébauchée lorsque en 669 il tomba gravement malade. Tahraqga envahit l’Égypte, battit les Assyriens sous les murs de Memphis, et enleva la ville après un siége meurtrier ?. Assour-akhèidin, incapable de reprendre la campagne, abandonna la couronne à son fils aîné Assour-ban-habal et se retira à Babylone où il mourut peu après (667).

Assour-ban-habal partit aussitôt pour l’Égypte. Il rallia en passant les contingents syriens, pénétra dans le Delta sans obstacle et rencontra l’armée éthiopienne près de Karbanit. Tahraqa fut battu et contraint d’évatuer Mem-

1. Oppert, Mémoire sur les rapports de l'Egypte et de l’Assyrie, p. 38- 43, 80 sqq; G. Smith, Egyptian Campaigns of Esarhaddon. and Asswrbanipal , dans la Zeitschrift, 1868, p. 91-94; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. II, p. 192-194. — 2. Oppert, les Sargonides, p. #7. — 3. G. Smith, dans la Zeifschrift, 1868, p. 94-95,

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phis, puis Thèbes, où les Assyriens s’arrêtèrent quelque temps. Les rois tributaires furent rétablis et le pays remis dans l’état où Assour-akhè-idin l’avait laissé cinq années auparavant. Assour-ban-habal le quitta, convaincu qu'il en avait fini avec l’Éthiopie. Il était à peine rentré dans sa capitale qu’une révolte éclata. Tahraqga vaincu paraissait encore plus redoutable aux dynastes égyptiens que le monarque ninivite. Ils lui envoyèrent des émissaires et conclurent avec lui un traité secret par lequel ils s’engageaient à le rétablir. sur le trône des Pharaons. Les gouverneurs assyriens, instruits de ces menées, saisirent les chefs de la conjuration, Sarloudari de Tanis, Paqrour de Pasoupti et Néko, qu’ils envoyèrent à Ninive chargés de chaînes; ils saccagèrent, pour l’exemple, Saïs, Mendès et Tanis, qui avaient donné l’exemple de la révolte, mais ne réussirent pas à arrêter la marche de Tahraga. L’Ethiopien reprit successivement Thèbes et Memphis, où il célébra les fêtes d’intronisation d’un nouvel Apis, et menaça de s'emparer du Delta. Dans cette conjoncture, Assour-ban-habal comprit qu’il convenait d’user de clémence envers les princes égyptiens qu’il tenait prisonniers. Après avoir mandé Néko devant son trône, il le fit revêtir d’un vêtement d'honneur, lui donna un cimeterre à fourreau d’or, un chariot, des chevaux, des mules : non content de lui rendre Saïs, il lui confia pour son fils aîné Psamétik! le gouvernement d’Athribi. Néko, de retour en Egypte, n’y trouva plus Tahraga. Le vieux monarque, prévenu par un songe ?, s'était retiré en Éthiopie et venait d’y mourir (666); il avait régné vingt-six ans sur l'Égypte et près de cinquante‘ans sur l’Éthiopie.

Les Assyriens occupèrent Memphis sans difficulté, mais n'osèrent pas s’ayenturer dans le Sud. Ourd-Amen, beaufils de Tahraqa?, se fit proclamer roi à Thèbes, concentra

1. Psamétik prit par reconnaissance le nom assyrien de Nabou-sezibanni. — 2. Hérodote, IT, 152, où le nom de Sabacon a été substitué à celui de Tahraqa. — 3. Divers savants (D. Haigh, dans la Zeitschrift, 1868, 80-83; 1869, p. 3-4, et cf. Smith, History of Assurbanipal, p. 50- 51) ont proposé d'identifier Ourdamen avec le roi éthiopien Noudt [mei]

ses forces et reprit l'offensive. Les Assyriens furent vaincus une seconde fois en avant de Memphis, enfermés dans la ville et forcés de se rendre après un long siége. Néko, tombé entre les mains du roi éthiopien, fut mis à mortet Psamétik n’eut que le temps de s'enfuir en Syrie pour éviter le même sort ‘. Assour-ban-habal résolut d’en finir, une fois pour toutes, avec les velléités d'indépendance de l'Égypte et les prétentions conquérantes de l'Ethiopie. Ourd- Amen, battu dans le Delta, s'enfuit à Thèbes, où 1l espérait se refaire une armée. Poursuivi l’épée dans les reins, il abandonna la ville sans résistance et se sauva jusqu’à Kipkip en Éthiopie (666-665). Thèbes, qui commençait à se relever des ruines qu’Assour-akhè-idin y avait faites en 672, fut saccagée de nouveau. La population entière, hommes et femmes, fut emmenée en esclavage. « L'or, l’argent, les métaux et les pierres précieuses, tous les trésors des palais, les étoffes teintes en berom, » que le gouverneur Mentoumhâ venait de placer dans les temples ?, « deux obélisques du poids de cent talents » qui étaient à la porte d’un temple, furent transportés à Ninive*. Le pays fut de nouveau reconstitué à l’assyrienne et les vingt rois rétablis sur le trône pour la troisième fois depuis six ou sept ans. Psamétik hérita la principauté, mais non le rang de son père; Pagrour, prince de Pasoupti, devint le chef de la ligue. Ourd-Amen réfugié en Éthiopie ne reparut plus, et l’'Égypte fut pour quelques années la vassale docile de l’Assyrie*, Un soulèvement des Phéniciens et de la Cilicie qui s’était produit en même temps que l’invasion d'Ourd-Amen fut promptement étouffé : Baal, roi de Tyr, obtint l’aman; Yakinlou, roi d’Arvad, se tua plutôt que de tomber au pouvoir du vainqueur; une courte campagne décida du

amoun. C’est une prétention difficile à soutenir et que ni M. de Rougé (Mélanges d'Archéologie égyptienne et assyrienne, t.I, p.89-91) ni moi n’avons pu admettre. — 1. Hérodote, Il, 152, met le meurtre de Néko 1er sur le compte de Sabacon. — 2. De Rougé, dans les Mélanges d’Archéologie égyptienne et assyrienne, t. T, p. 17-20. — 3. Ammien Marcellin XVIT, 4, attribue aux Carthaginois le sac: de Thèbes. — 4. Oppert, iémoire sur les rapports de l'Egypte et de l'Assyrie, p. 81 sqd.

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sort de la Cilicie. En 665 tout était terminé, et la renommée d’Assour-ban-habal si bien établie qu’un prince jusqu’alors inconnu, Gygès, roi de Lydie, lui rendit hommage et implora son aide contre les Kimmériens. L'empire d’Assyrie s’étendit au moins nominalement jusqu’à la mer Egée !.

Une guerre insignifiante avec les gens de Manna tourna un moment vers les pays du Nord l'attention d’Assour-banhabal ?. On put croire qu’il allait recommencer contre l’Ourarti les entreprises de Saryoukin. L’Élam se jeta à la traverse de ses projets et attira sur soi les désastres qui menaçaient l'Arménie. Assour-ban-habal avait pourtant essayé dese mettre en relations amicales avec le roi Ourtaki. Pendant une grande famine qui désola la Susiane, il lui avait envoyé du blé et des secours de toute sorte. Ceux des Élamites qui s'étaient réfugiés sur le territoire assyrien

‘avec leurs familles, pour échapper aux horreurs de la faim, n'y avaient pas été retenus en esclavage : après les avoir nourris le temps nécessaire, on les avait renvoyés dans leurs foyers. Ourtaki oublia vite les générosités de son rival : vers 659%, il envahit des districts qui relevaient de la vice-royauté de Babylone et les mit à feu et à sang. Vaincu par les Assyriens, il ne rentra dans ses États que pour y périr de la main d’un de ses sujets #. Il était arrivé au pouvoir par une usurpation : comme il avait fait à son frère aîné Oummanaldas et aux enfants de ce dernier, son plus jeune frère Téoumman fit à ses enfants °. Chassés

. d'Élam, ils s’enfuirent en Assyrie, tandis que leur oncle se

proclamait roi. Assour-ban-habal, encouragé par ces querelles domestiques, reprit.la campagne l’année suivante.

1. Fr. Lenormant, Histoire, t. Il, p. 115-116; Smith, History of Assurbanipal, p. 58-18; Menant, Annales, p. 251-259. — 2. G. Smith, History of Assurbanipal, p. 84-99.— 3. Le canon des Limmou assyriens cesse brusquement en 665 à la troisième année d’Assour-ban-habal. A partir de ce moment il devient difficile d’établir pour l’histoire d’Assyrie une chronologie certaine. — 4. G. Smith, History of Assurbanipal, p. 100-109; Menant, Annales, p. 281-282; G. Rawlinson, The five great Monarchies, t. Il, p. 204-205. — 5. Pour mieux faire comprendre au lecteur le récit qui va suivre, il ne sera pas inutile de

Les prodiges se multiplièrent en sa faveur : le soleil s’éclipsa et la déesse Istar lui apparut en songe, l’arc à la main, pour lui ordonner de tout détruire. Téoumman se retira derrière l’Oulaï et se retrancha dans le bourg de Toulliz, la rivière en front, un bois sur ses derrières : il fut vaincu et pris avec son fils aîné. Ses deux neveux, qui, avaient combattu dans les rangs des Assyriens, furent mis à sa place et reconnus, Tammaritou vice-roi de Khaïdala, Oummanigas, roi de Suse et de Madaktou sous la suzeraineté d’Assour. Une expédition dans le pays de Gamboul, qui s'était déclaré pour les Élamites, acheva la guerre, Les chefs vaincus furent traités avec toute la cruauté assyrienne : Téoumman et son fils furent décapités, plusieurs de leurs généraux écorchés vifs, aveuglés ou mutilés. L’horreur causée par tant de supplices n’abattit pas le courage des Élamites : leur roi, élevé parles Assyriens et vassal de Ninive, se laissa bientôt gagner aux sentiments patriotiques de son peuple et devint l’ennemi acharné de ses anciens protecteurs. Assour-akhè-idin avait remis la vice-royauté de Babylone à son second fils Saoul-masadd-youkin. Ce prince vécut &’abord en bonne intelligence avec son frère; mais le succès des guerres contre Téoumman lui fit craindre pour son autorité : il ne voulut pas rester l’humble vassal de son frère et songea à la révolte. Assour-ban-habal ressentit

dresser au moins dans ses parties essentielles le tableau généalogique de la famille royale susienne à cette époque :

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