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villes, en les dépouillant de leurs habitants, je les détruisis, je les démolis, je les réduisis en cendres^ » Il se laissa entraîner à entreprendre une expédition contre les Daha*. « Perché sur les hauteurs des crêtes inaccessibles, le roi Maniya, fils de Bouti, attendait l'approche de mon armée ; il avait abandonné la ville d'Oukkou, la ville de sa royauté, et s'était enl'ui vers le lointain. J'assiégeai et je pris la ville d'Oukkou, j'emmenai les habitants, j'emportai de la ville ses biens, ses dépouilles, le trésor de son palais, je le gardai comme bonne prise. J'occupai trente* trois villes de son territoire et son district; les hommes, les bétes de somme, les bœufs et les moutons, je les enlevai des villes que je détruisis, démolis et réduisis en cendres *• »
Il semblerait qu'après tant d'années de luttes Sinakhè-irib eût acquis le droit de se reposer en paix dans le palais qu'il venait de se faire bâtir à Ninive, Une nouvelle révolte l'appella encore une fois en Ghaldée. Ce fut au sud du pays, dans les contrées marécageuses qui s'éten* dent à l'est du golfe Persique, à l'occident do l'Euphrate, que la guerre commença. Les gens de Bet-Yakin, las de la domination ninivite, « rassemblèrent leurs dieux, les embarquèrent sur leurs navires » et vinrent s'établir de l'autre côté du golfe, sur une portion du territoire susien, que leur céda le roi Koudour-Nakhounta, fils de Soutrouk-Nakhounta, qui avait tenu XèiQ à Saryoukin et supporté Mardouk-bal-idinna dans ses dernières tentatives, Sin-akhè-irib se mit à la poursuite des fugitifs, bien résolu, cette fois, d'en finir avec l'Élam. Il fit venir des matelots syriens qui descendirent l'Euphrate et transportèrent son armée au cœur môme du pays rebelle. « Les guerres fréquentes qu'ils avaient faites sur la côte syrienne avaient familiarisé les Assyriens avec l'idée, sinon avec la pratique de la navigation; comme la suzeraineté qu'ils exerçaient sur la Phénicie mettait à leur disposition une (quantité considérable d'ouvriers habiles
1. Oppert, les Sargonides, p.! 46-47. — 2. Idem, ïMd., p. 47.
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et nombre dos meilleurs marins qu'il y e&t au monde, ils furent tout naturellement amenés à employer des fonces de mer aussi bien que des forces de terre à l'agrandissement de leur domination. Nous avons vu que dès le temps de Salmanasar les Assyriens s'étaient hasardés sur des navires , et, d'accord avec les Phéniciens du continent, avaient livré bataille aux flottes de la Tyr insulaire. Il est probable que le précédent ainsi établi fut suivi par les rois postérieurs et que Saryoukin et Sin-akhè-irib eurent, sinon d'une manière permanente, du moins par occasion, le service d'une flotte opérant sur la Méditerranée. Mais il y avait une énorme différence à se servir des marines vassales sur les mers où elles étaient accoutumées, et à transférer aux extrémités opposées de l'empire les forces jusqu'alors confinées dans la Méditerranée. Cette pensée, qui certainement ne pouvait pas s'offrir à l'esprit du premier venu, paraît s'être présentée pour la première fois à Sin-akhè-irib. Il conçut l'idée d'avoir une marine sur les deux mers qui baignaient son empire, et, comme c'était sur la côte occidentale seulement qu'il avait une quantité suffisante d'ouvriers habiles et de matelots, il résolut de transporter de la côte occidentale à la côte orientale ce qu'il faudrait de Phéniciens pour lui permettre d'accomplir son projet. Les constructeurs de Tyr et de Sidon furent amenés à travers la Mésopotamie sur les bords du Tigre ; ils y construisirent pour le monarque assyrien une flotte de navires semblables à leurs propres galères, qui descendit la rivière jusqu'à son embouchure, et donna aux yeux étonnés des populations riveraines du golfe Persiquo un spectacle jusqu'alors inconnu dans ces eaux. Bien que les Ghaldéens eussent navigué depuis des siècles dans cette mer intérieure, cependant, ni comme matelots, ni comme constructeurs de navires, leur habileté n'était comparable à celle des Phéniciens. Les mâts et les voiles, la double rangée de rames, les éperons pointus des navires syriens, furent probablement des nouveautés pour les habitants de ces contrées lorsqu'ils virent pour la première fois déboucher du Tigre une flotte avec laquelle leurs propres navires étaient
incapables de lutter*. » Les Susiens s'étaient attendus à une attaque par terre, et avaient sans doute massé leurs forces le long de TEuphrate. L'invasion maritime les prit entièrement par surprise. « J'emmenai captifs les hommes de Bet-Yakin, et leurs dieux, et les serviteurs du roi d*Élam. Je n'y laissai pas le moindre reste debout, et je les embarquai dans des vaisseaux et les menai sur les bords opposés; je fis diriger leurs pas vers l'Assyrie, je détruisis les villes de ces districts, je les démolis, je les réduisis en cendres, je les changeai en déserts et en monceaux de ruines*. » Une diversion inattendue sauva les Susiens d'une ruine complète. Le peuple de Babylone, voyant le roi engagé dans une expédition lointaine, au delà des mers, se souleva de nouveau et remit le pouvoir à Souzoub. Cette révolte rappela Sin-akhè-irib en Chaldée. Souzoub fut vaincu, fait prisonnier et conduit en Assyrie; quelqpies jours après, l'armée susienne, qui accourait au secours de son allié , fut battue et refoulée, sans que cet échec fût assez décisif pour décider Koudour-Nakhounta à traiter. La guerre recommença donc au printemps suivant. Deux villes, que Soulrouk-Nakhounta avait gagnées à Saryoukin et qui jusqu'alors étaient restées au pouvoir des Élamites, furent enlevées d'assaut et revinrent après plus de vingt ans aux mains de leurs anciens maîtres. Ce premier succès ouvrit à Sin-akhè-irib toute la partie basse de la Susiane, qu'il mit à feu et à sang. « Trente-quatre grandes villes et les petites villes des environs, dont le nombre est sans égal, je les assiégeai et les pris ; j'enlevai les captifs, je les démolis et les réduisis en cendres; je fis monter dans les vastes cieux la fumée de leurs incendies comme celle d'un seul sacrifice. » La nouvelle de ces désastres remplit Koudour-Nakhounta de terreur : il ne se crut plus en sûreté à Madaktou et se retira avec toute son armée auprès de la ville de Khaïdali , dans les districts peu connus qui bornent la Médie, afin d'y préparer, à l'abri de ses mon-
1. G. Rawlinson, The five gretU Monarchies, t. II, p. 171-172. — 2. J. Oppert, Ut Sargonides, p. 48; J. Menant, AnncUet, 232.
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tagnes, une résistance désespérée. Sin-akhè-irib n'alla pas le relancer dans sa dernière retraite. Au moment où il se préparait à marcher sur Madaktou, les augures se montrèrent si défavorables, qu'il préféra renoncer à son expédition et rentrer en Assyrie. Trois mois après, Koudour-Nakhounta mourut, et, selon la coutume du pays, son jeune frère, Oumman-Minanou, lui succéda*.
Au retour, Sin-akhè-ifib apprit que Souzoub, trompant la vigilance du préfet de Lakhir, son gardien, s'était échappé de sa prison et réfugié dans les marais de la Ghaldée, d'où il essayait de soulever Babylone. La présence du roi d'Assyrie coupa court à ces tentatives. Souzoub, trop faible pour livrer bataille, n'eut que le temps de s'enfuir chez Oumman-Minanou. Il revint quelques mois après avec l'alliance des Susiens, et les Babyloniens « lui confièrent la royauté des Soumirs et des Accads ». Afin de mieux s'assurer l'appui d'Oumman-Minanou et de se ménager les ressources qui lui manquaient, il ne craignit pas de commettre un sacrilège. « II ouvrit le trésor du grand temple pyramidal; l'or et l'argent de Bel et de Zarpanit et des temples^ il le pilla pour le donner à Oumman-Minanou, roi d'Elam. Il lui fit mander : « Dispose tes troupes et divise tes forces, marche vers Babylone et fortifie nos mains ^.)> Grâce à cette subvention, le Susien refit son armée, détruite dans la campagne précédente. Les tribus de la Perside et du bas Euphrate firent leur jonction avec lui, et se réunirent à Babylone aux nouvelles levées de Souzoub. « Us vinrent pour cpmmettre des crimes, comme des Arabes qui arrivent en masse et veulent piller. Au-dessus de la terre monta aux vastes cieux, sous leurs pas, comme une nuée de sauterelles, la poussière de leur marche'. » La bataille décisive de la guerre fut livrée près de Khalouli. Une première fois vaincue, mais non entamée, l'armée des rebelles s'était repliée, sans que le vainqueur osât l'attaquer dans sa retraite. Il fallut que Sin-
1. Oppert, les Sargonides, p. 48. — 2. Idem, tbtd., p. 49. — 3. Idem, Ibid., p. 50.
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418 CHAPItRÈ X.
akh^Mrib achetât ftuchcf d*étttt-majOt»d'Outflînftft-»-Millttfimi les plîltts de campagrte des alliés. Malgfé cette tt^ahison, la Vlctolî-c fie fut obt(«rttic qu'à j^ratld'peine. « Sut Itt terre tîiouillée, les harnais, les atmes prises dans mes attaques, nageaient tous dans le sang des ennemis, comme dans un fleUve; cai* les chars de bataille qui enlèvent hommes et bêtes avaient dans leurs courses écrasé les corps sanglants et les membre». J'entassai les cadavres de leuM soldats cotnme des trophées, et je leur coupai les exti'émités. Je mutilai ceut que je pris vivants comme des brins de paille, et pour punition je leur coupai les mains*. » Oummàn- Minanou et Souzoub s'échappèrent presque seuls. Toute l'aristocratie chaldéentte tomba aux mains du vainquent Ou périt dans la bataille. Babylone fut prise, et Siti-akh^ itib, exaspéré pat le danget qu'il avait coUru, tésolut d'en finit avec la Cité rebelle. « La Ville et les temples, depuis leurs fondations jusqu'à leUt toit, je les abattis, les tninai, les brûlai par le feu; les fortetesses et les chapelles, les tOUtô do briques et de terte, je les déttuisis toutes, et je comblai le &tand canal de leuts débris. » Dails un des SdtlCtuàites Violés, il trouva les statues du dieu Biti et de k déesse Sala, que le roi MarddUk-idin-akhè avait enlevée de la ville de Hekali aptes la défaite de Touklat-^habal* asàr I*' quatre cent dik-huit atts auparavant, et le sceau de Salmaiiàsar I**, consacré pat Bin-bàl-idinna Victorien^ âu± dieui de sa pattie. Ces ttophées des antiques défaites, devetius les trophées d*Utie Victoire éclatante , furent tapportés k Nlnive et lîistallés triomphalement dans un des temples de la ville. Pendant huit années. Babylone, k moitié tuinée, teâta sans toi et presque sans nabitants,*et ne fut tétablie dans toute sa splendeur que par Assour-akhè-idln. La destruction de Babylofie termina d'uUe manière ttiotnphante la carrière militaire do Sin-akhè-irib. Au moins ne connalt-on que deux expéditions, toutes deux assez pou importantes, qu'on puisse mettre dans les der-