L'EMPIRE PERSE
Le monde oriental à l'avènement de Kyros : Krœsos et la Lydie; Ahmès II et TÉgypte ; Nabou-nahid et la Chaldée ; conquête de h Lydie (554) ; les Perses dans Pexlrême Orient (554-539) ; chute de Tempire chaldéen (536) — Kambysès ; Ahmès II et Psamétik IIl; conquête de TÉgypte ; tentatives sur la Libye et TÉthiopie ; le faux Smerdis. — Gaumatâ et Darios I*'; réorganisation et division de l'empire perse; expéditions vers le Nord et versTEst : en Scytbie cl en Grèce.
I<e mende orienial à l'aTénemoBi de Kyr«t : KrcMos et la I^ydlei Ahmèti II et l'i^i^pte ; Mabou-iiAhld et la cluUtféei conquête de la I^ydle (ftft4); les Pertes dans l'eittrêaie Orient (M4-Sft9)| ehnte de l'empire chaldéen (M«).
Depuis le traité de 608, la paix n'avait pas été troublée entre les trois grands États qui se partageaient TAsic Antérieure,' la Médie, la Chaldée et la Lydie. Chacun d'eux, sûr de l'appui ou de la neutralité des deux autres, avait reporté toutes ses forces vers les régions où il comptait ne pas rencontrer de rivaux sérieux : la Médie vers les pays de Textreme Orient, la Chaldée vers la Syrie, la Lydie vers les colonies grecques et les nations indigènes de l'Asie Mineure. Alyattès avait employé les dernières années de son règne à la construction d'un tombeau gigantesque à peine inférieur pour la masse aux grands édifices de l'Êgypte et de Babylone*. Toutes les ressources du royaume
1. Hérodote, I, 93. Le tumulus d'Alyatlès a été décrit par Hamilton, Asia MinoTy vol. II, p. 145-146, et par Ch. Tèxier, Asie Mineure, vol. II, p. 252, 399; il a été fouillé par M. Spiegenthal, consul de Prusse à
avaient à peine suffi à ce travail : il fallut suspendre les guerres pour subvenir aux frais de l'entreprise. Krœsos, fils d'Alyattès, monta sur le trône (568) et se jeta sur les Grecs : Èphèse succomba la première, les villes de Tlonie et de TÊolide tombèrent Tune après l'autre. Il eut un moment la pensée d'équiper une flotte et d'attaquer les Cyclades. L'inexpérience des Lydiens en matière de navigation le força de renoncer à ce projet*. Il se retourna contre les nations de l'intérieur et réduisit en quelques années les Maryandiniens, les Thraces d'Asie, les Bithyniens, les gens de la Paphlagonie, les tribus phrygiennes qui avaient échappé à ses prédécesseurs, la Lycaonie, la Pamphylie et la Carie : sauf la Lycie et la Cilicie, tous les pays compris entre le Pont-Euxin, l'Halys et la Méditerranée reconnurent son autorité^. L'acquisition de tant de provinces fertiles et industrieuses fit de lui un des souverains les plus opulents de l'époque, et la générosité avec laquelle il sut dispenser ses trésors excita au plus haut degré l'admiration des contemporains*. Il consacra des offrandes somptueuses dans les différents temples de l'Hellade, dans celui d'Apollon Branchides près de Milet, d'Artémis à ïîphèse et de Zeus Ismênios à Thèbes de Béotie, dans le sanctuaire d'Apollon Delphien et dans celui du héros Amphiaraos*. Les Grecs lui rendirent en éloges et en reconnaissance ce qu'il leur donna en présents ; ils lui firent une renommée de richesse qui se répandit par tout le monde et dure encore de nos jours. En apprenant la chute de l'empire mède, Krœsos se sentit directement menacé et chercha des secours au dehors. L'Egypte fut le premier pays auquel il s'adressa ^ Elle avait été pendant les dernières années le théâtre de révolutions sanglantes au milieu desquelles avait disparu la famille de Psamétik. Ouhabrâ, vainqueur de la Phénicie,
Smyrae {Monatsb, der K, P. Àkadêmie der Wisiensch. xu Berlin, 1854, p. 700-702).— 1. Hérodote, I, 26-27. — 2. Hérodote, I, 28. Cf. Arrien, FeriplutP. Eux., x?. — 3. Cf. Hérodote, VJ, 125, l'histoire des dons quMl fit à l'Athénien Alcméon. — 4. Hérodote, I, 50, 77, 92; V, 36; VHI, 35. Cf. Théopompe, Frag, 184, édit. C. MûUer. — 6. Hérodote, I, 77.
512 CHAPITRE XUl.
ne jouit pas longtemps du fruit de ses succès. Les tribus libyennes de la côte, sans cesse harcelées par les colons grecs de la Gyrénaïque, s'étaient adressées à lui comme à leur protecteur naturel et lui avaient demandé secours contre les empiétements de leurs voisins. Il n'eût pas été prudent de mettre les mercenaires en face de leurs compatriotes. Ouhabrâ dépêcha contre Gyrène une armée égyptienne qui se fit battre près du bourg d'Irasa et souffrit si cruellement dans la déroute qu'un petit nombre des fuyards seulement parvint à regagner la frontière du Delta*. Leur retour produisit des troubles. Ouhabrâ avait encouru la haine des prêtres et de la populace pour la protection qu'il avait accordée aux étrangers. On crut ou on affecta de croire qu'il avait envoyé ses troupes égyptiennes en Libye pour les y exposer à une mort certaine et se débarrasser de gens dont il tenait la fidélité pour suspecte : une révolte éclata'. Il avait alors à sa cour un homme de basse extraction du nom d'Ahmès, que sa bonne humeur perpétuelle et son habileté avaient élevé des derniers rangs de l'armée au grade de général*. Il l'envoya au camp des rebelles avec ordre de les ramener au devoir. Ahmès commençait de haran-
Îçuer les troupes, quand un soldat lui mit un casque sur a tête et le proclama roi. Devenu d'ambassadeur chef de la révolte, il marcha contre Saïs, et battit près de Momemphis* les trente mille mercenaires qui soutenaient encore le roi légitime (569). Ouhabrâ, pris dans la déroute, fut d'abord épargné et traité avec honneur; réclamé au bout de quelque temps par la populace de Saïs, il fut livré à ses ennemis et assassiné '. Ahmès II consolida son pouvoir en épousant une femme de sang royal, la reine Ankh-
1. Hérodote, IV, 159. — 2. Id.JH, 161 ; Diodore, I, 68. —3. Hérodote^ II, 172, 174, où il est dit qu*Amasis était de Siouph, près de Sais. Hellanicos de Lesbos {Fragm, 151, édit. G. Mûller) contait qu'Amasis avait gagné la faveur du roi par le don d'une couronne de fleurs le jour anniversaire de sa naissance. Platon {Timée, p. 199, t. II, édit. Didot) assure qu'Amasis était de Safs même. — 4. Hérodote. II, 163, 169 ; d*après Diodore, I, 68, la bataille s'engagea près de M area. — 5. Hérodote, II, 162-163, 169. Diodore, I, 68; Cf. Hellanicos, Pragm. 151, édit. C. MûUer, où Ouhabrâ est nommé Patarmit.
LA COÎÎQDÊtE PERSE. 513
nas-Rânowerhel, petite^iille de Shapentep et de Psamétik !•' * ; au dehors il maintint Ja suprématie égyptienne en Phénicie et compléta l'œuvre de ses prédécesseurs par la conquête de Chypre*. A changer de maître TÉgypte n'avait rien perdu de sa force et de son influence.
Les ambassadeurs de Krœsos furent d'autant mieux reçus qu*Ahmès lui-même voyait dans l'avènement de Kyros un danger prochain pour son royaume. Une alliance offensive et défensive fut conclue à laquelle adhérèrent bientôt Nabou-nahid de Babylone et les Lacédémoniens * ; en 555, le roi de Lydie était à la tête d'une coalition dont les forces auraient mis aisément les Perses à la raison, s'il avait pu se résigner à n'agir que de concert avec ses alliés. Son impatience et sa présomption perdirent tout. Il s'était adressé aux diffén nls oracles de la Grèce pour connaître l'avenir et en avait reçu plusieurs réponses ambiguës qu'il lui plut interpréter de la manière la plus favorable à ses intérêts ; on lui avait dit que, s'il attaquait les Perses, il détruirait un grand empire, et que la puissance de sa nation durerait jusqu'au jour où un mulet s'assiérait sur le trône de Médie*. 11 crut que les dieux lui promettaient la victoire et ne songea plus qu'à porter la guerre sur le territoire ennemi. Au printemps de 554, il franchit THalys, envahit la Ptérie et s'empara des villes principales de cette province. Kyros, pris à l'improvisto, essaya de soulever une révolte sur les derrières des Lydiens et manda des messagers aux Grecs d'ionie pour les inviter à se joindre à lui; ils refusèrent moins par amitié pour Krœsos que par crainte de la domination perse. Kyros, désappointé de ce côté, employa une partie de l'été à rassembler ses troupes et se porta à la rencontre des Lydiens. Ils acceptèrent la bataille, bien qu'ils fussent inférieurs en nombre,
1. De Rougé, Notice de quelquet textes hiéroglyphiques réceinment publiés par M. Greene,p.h9,bk. — î. Hérodoie, 11, ih2. Polyen [Stratf 1. VII, 13) lui attribue une expédition contre les Arabes. — 3. Héro« dote, I, 77. Cf. Xénophon, Kyropédie, VI, 7, $$ 10-11, où sont énumérés d*une manière assez exacte les alliés et les sujets de Krœsos. -« 4. Hérodote, I, 53, 6ô.
HI8T, AlfC, 33
514 CIIAPITHK Xlll.
et tinrent toute une journée «ans rien perdre ni rien gagner. Le lendemain, Krœsos, voyant que Tennemi ne bougeait plus, crut qu'il s'avouait jjattu ; comme le petit nombre de ses troupes et Tétat avancé de la saison ne lui permettaient pas de tirer parti de sa victoire supposée, il se replia dans la direction de Sardes, licencia ses mercenaires et envoya à ses alliés de Grèce, de Ohaldée et d'Egypte l'intimation de se réunir au printemps suivant pour une campagne décisive. Il avait compté que les Perses n'oseraient pas le suivre et passeraient l'hiver en Cappadoce : mais Kyros sentit que, s'il attendait quelques mois encore, sa cause serait sinon tout à fait perdue, au moins gravement compromise. Attaqué de front par les contingents de la Lydie, de Lacédémone et de l*Égj*pte, menacé en flanc et sur ses derrières par les Chaldéens, il serait contraint de battre en retraite ou de diviser ses forces. Il franchit l'Halys malgré Phiver et poussa droit à Sardes. Kroesos. surpris à son tour, rassembla tout ce qu'il avait de troupes indigènes et vint offrir la bataille aux assaillants. Même en ces circonstances défavorables il aurait remporté la victoire, si sa cavalerie, la meilleure qu'il y eût alors au monde, avait pu donner. Mais Kyros avait mis des chameaux sur le front de son armée; leur odeur effraya tellement les chevaux lydiens qu'ils se débandèrent et refusèrent de charger*. Krœsos, forcé à la retraite après une résistance héroïque, rentra dans Sardes et dépêcha message sur message à ses alliés, afin de hâter leur venue. La ville était bien défendue et passait pour imprenable ; elle avait déjà repoussé un assaut et paraissait disposée à tenir longtemps encore, lorsqu'un accident précipita sa chute. Un sohiat de la garnison laissa tomber son casque du haut de la citadelle, descendit le ramasser et remonta par le chemin qu'il avait pris. Un aventurier perse l'aperçut, escalada les rochers sur lesqM^ copoee la citadelk et péi^tta av€MC gaglgiiafl^wM de
l. Xéoopbon (Kyrûp.yM, 9,5S U, tk) ^laee le limi-de l«acUMi4tt bourg de Thymbuara, sur le PafOtole. Hérodote, 1, 80, pptead 4u*«Ue se livra à Touest de la ville, c'est-à-dire du côté opposé à celui d'où
Venaient les Perses.
LA CONQUÊTE PfiRSÊ. 515
ses GompagQ0ik6 dans le ooour de la place. Elle succouLba aprè$ quator^ jour& 4^ siège ^ (554).
La Lydie ruiïkée, la <5oalition ge défit d'eUe-môme, Les Laoédémoni^s restèrent chez eux^; ÂhmèB, que son éloignement moUait hor» d'atteinte, se garda de bouger; Nabounahid denieura sur la défensive e^t se prépara à repousser lee assauts ^u'il prévoyait. Tous les rois d'Orient^ grands et petits^ comprirent qu'ils étaient désormais à la discrétion des Perses, et cherchèrent à éviter le moindre sujet de querelle. Une campagne de quelques jours avait suffi à détnnve l'œuvre de trois aanées de négociations. La chute si rapide de KrcBSOS remplit les Grecs de stupeur. C'était la première fois qu'ils voyaient se jouer sous leurs yeux une de ces glandes tragédies dont est remplie l'histoire du monde oriMital. L'empire de Lydie les avait efirayés par sa puissance, éblouis par sa richesse, gagnés par sa générosité; ils l'avaient cru invincible et ne pouvaient pas s'imaginer qu'il eût été vaincu par des moyens naturels. Kroesos devint pour eux l'exemple le plus frappant de l'instabilité des choses humaines : sa vie fournit à leur imagination un thème inépuisable de légendes et de romans. Dès avuit Hérodote on disait que Krœsos, aux jours de sa grandeur, avait jeçu la visite de l'Athénien Solon cl lui avait demandé qui était le plus heureux des hommes. Solon avait nommé successivement Tellus d'Athènes, les Argiene Gléobis et Biton, et, comme le roi se récriait, il lui avait déclaré qpi'on ne peut juger du bonheur d'un homme tant qu'il vit, « car souvent Dieu nous donne un éclair de prospérité et nous plonge ensuite dans la misère. » Krœsos ne comprit pas la sagesse de cet avis sur le moment ; mais l'événement ne tarda pas à lui ouvrir les yeux. Son fils Atys fut tué à la chasse par un homme à qui il donnait l'hospitalité^ il p'était pas &qùqv» consolé de ce malheui-
1 Hérodote, I, 84 ; Xénophoa, Kyropédie, VIII, 2, S 1-13. Ctésia», Per- «i*ca>4^, et Xantl)$Sj rapportaient Tissue du siège différemment (Polyen, SlraCi^U, J,Sg 2, ÎO).j:nviron quatre siècles plus tard, ^Sardes fut prise de la même manièwpar un des généraux d'Anttochus \e Grand (Polybe^ VII, 4-7). —2. Hérodote, T, «Î-S:.
quand la prise de Sardes fit de lui un mendiant et un esclave. Il faillit être tué dans la foule par un soldat perse qui ne le connaissait pas; un autre de ses fils, sourd et muet de naissance, vit le danger et en fut si effrayé que la parole lui revint aux lèvres : « Soldat, cria-t-il, ne tue pas Krœsos ! » Tels furent ses premiers mots, et depuis il conserva la faculté de parler. Krœsos, mené devant le vainqueur, fut condamné à mourir. Il était déjà sur le bûcher quand les paroles de Solon lui revinrent à Tesprit avec tant de force qu'il s'écria par trois fois : « Solon ! » Kyros, frappé de cette exclamation, l'interrogea, apprit son histoire et lui fit grâce. La flamme refusait de s'éteindre et Krœsos allait périr quand un orage amassé par Apollon éclata soudain et noya le bûcher en quelques instants ^ Bien traité par Kyros, il devint Tami fidèle et le conseiller du vainqueur, l'accompagna désormais partout et lui fut utile en plus d'une circonstance. En passant l'Halys il avait détruit un grand empire, mais cet empire était le sien. Le fils de Kambysès le Perse et de la femme mède, le Mulet, comme l'avait appelé l'oracle, retourna à Ecbatane après sa victoire et laissa à ses lieutenants le soin d'achever la conquête. Mazarès réprima une révolte de Sardes, prit l'une après l'autre les villes grecques de la côle et mourut à la peine. Son successeur, Harpagos, acheva sa tâche et conquit la Lycie, qui avait résisté avec succès à toutes les tentatives des rois de Lydie. Quelques-uns des colons grecs, les gens de Phocée et de Teos, s'expatrièrent; la population entière de Xanthos se fit massacrer plutôt que de se rendre. Le reste se résigna aisément à son sort et reconnut la souveraineté des Perses *.
Tandis qu'Harpagos achevait la soumission de l'Asie Mineure, Kyros s'enfonçait dans les régions lointaines de l'extrême Orient. La Bactriane fut frappée la première. Ses habitants comptaient parmi les meilleurs soldats du
1. Hérodote^ l, 39-46> 85-91. Cf. Ctésias, P^rsiea,^ 4; Nicolas de DamaSy édit. C. Mùller, où certaines circonstances du récit primitif sont passées ou adoucies. — 2, Hérodote, (, 141-176.
LA CONQUÊTE PEKSE. 517
monde, et durent ne céder qu'après une résistance acharnée ; Gtésias affirme pourtant qu'ils mirent bas les armes en apprenant que Kyros avait épousé une fille d'Astyagès*. On ne voit pas trop en quoi le mariage du conquérant avec une princesse mède pouvait exercer quelque influence sur la décision des Bactriens; Gtésias n'aura fait sans doute que reproduire une légende reçue de son temps à la cour de Suse. La conquête de Bactres entraînait celle de la Margiane, de TOuvarazmiya (Khorasmie?) et de la Sogdiane. Kyros occupa solidement ces provinces et y construisit plusieurs places fortes, dont la plus célèbre, Kyropolis ou Kyreskhata, commandait un des gués principaux du fleuve laxartès '. Les steppes de la Sibérie arrêtèrent sa marche vers le nord, mais à Test, dans les plaines de la Tartarie chinoise, vivait un peuple de race touranienne, les Çakâ ou Saces, renommés pour leur bravoure et leur richesse. Kyros les attaqua, prit leur roi Amorgès et crut les avoir réduits; mais Sparêthra, femme d'Amorgès, rassembla ce qui lui restait de troupes, battit les envahisseurs et les contraignit à lui rendre son mari en échange des prisonniers qu'elle avait faits*. Malgré leur victoire, les Saces se reconnurent tributaires", et formèrent désormais Tavant-garde de l'empire contre les nations de l'Est. En les quittant, Kyros remonta vers le sud sur le plateau de l'Iran et conquit THaraï va (Arie), les Thatagous (Sattagydie), THaraouvati, le Zaranka, le pays entre la rivière de Caboul et le fleuve Indos^ On ne sait s'il poussa bien loin au delà du grand lac Hamoun et parvint jamais aux bords de la mer Erythrée ; une tradition d'époque postérieure prétendait qu'il avait essayé de soumeûrc la Gédrosie et n'avait réussi qu'à perdre son armée dans les déserts sans eau de cette région \
1. Gtésias, Pernca, $2. — 2. Aujourd'hui le pays au sud de la mer d'Aral, entre Tembouchure derAmou-Dariaet le golfe de Kara-Boghâz. Cf. Ctésias dans Élienne de Byzance, s, v. Xwpaiivaîoi. — 3. Arrien, Anahasù, IV, 2, § 1 ; 3, § 1-5. — 4. Ctésias, Per^ica, §3.-5. Hérodote, III, 93. — 6. Aujourd'hui le Kobistàn et le Kaferistan. Cf. Arrien, Hùtoria Jndiea, I, 2. - 7. Strabon, 1. XV, 1 ; Arrien, Anahasis, VI, 24,
Os6 gaértôB l'occupèrent cpiinzé ftnftéeft sens reiâcliA, de 554 à 539*. Elles doublèrent Tétenifue de nm émpin lui fournirent les forces nécessaires à 1& con({uète d* m Chaldée. Depuis la défaite de Krœdoi, Nabou-nahid n'avait pas cessé de se préparer à la résistaiM^è. H attit recruté son armée, réparé les fossés et les àturailles, cohh piété Tapprovisionnement des villes fortes : il s'était Bié^ nagé dans BaJbylone une place de refuge où il comptait se retirer en cas de défaite et lasser la courte patience des Perses *. Lorsque la guerre éclata, en 538, il était prôl à la lutte et se tenait pour assuré de la victoire finale. L'événement parut d'abord lui donner raison : Kyros se trouva arrêté, dès le début de la campagne, par un accident gui éveilla les craintes superstitieuses de son armée. Au pas* Fage du Gyndès, un des chevaux sacrés fut entraîné par le courant et se noya. Il n'en fallait pas davantage pour fîrap* per les esprits et faire mal augurer de l'issue. Kyros, pour rallier les courages, s'emporta contre le fleuve et jura solennellement de le rendre si faible à l'avenir, que la première femmelette venue pourrait le franchir sans so mouiller les genoux. La marche fut suspendue, l'armée se sépara on deux corps et s'acharna tout l'été à creuser sur chaque rive cent quatre-Vingt canaux où le Gyndès sVngloutit et disparut. Le travail achevé, la saison était déjà trop avan* cée pour qu'il fût prudent de commencer les opérations. Kyros remit Tattaque au printemps de Tannée suivante *.
La résistance fut moins dure qu'il ne Tavait supposé. Il paftsa le Tigre sans obstacle et marcha droit sur Babylone : à quelques kilomètres en avant, il rencontra l'armée chaidéenne aux ordres de Kabou-nahid et la dispersa. La plus
§ 3, d'après Néarque {Fragm. 23, édit. Mûller). Cf. Spiegel, ErânUehê Alterihumskunde , t. II, p. 286-287.*^ 1. Hérodote, 1, 177, les résume en quelques mots : Ta àva> 'AaÎY); Kvpoç àvcxorcra énoîe, sâv &Ovoç xaxa- <iTpcç6|jL6vo; xaî oOôàv icapic(;. — 2. Hérodote, I, 190. — 3. Id., ibid.^ 189. Cette histoire a été regardée comme une fable par différents sm* leurs (Spiegel, Erdnisehe AUerihumskufidêy t. II, p. îST, note tj H. Rawlinson, dans VHeiodotut de G. Rawlinson, 1. 1, p. 262); elle a été acceptée par d'autres sans discussion, comme un trflit de despotisme oriental (Grote, Hittory of Greece, t. IV, p. 284r285).
LA CONQUÊTE ^ERSB. 519
grattde partis des fuyards se jeta dans la place : U roi cou« rut s'établir à Barsip a^ec qutlqu^ soldats ^ IWut^ètre imaginait-il engager les Perses à le poursuivre et à diviser leurs forces; peut-être espérait-il avoir le temps «U rassembler une nouille armée et de descendre en plaine une seconde fois. Son fils, Bel-sar-oussour, qu'il venait d'associer au trône % prit le commandement en son absence et repoussa les entreprises de l'ennemi avec tant d'é^ nergie, que Kyros commença à douter du succès. Laissant un corps d'observation sons les murs de Babylone, il s'alla poster à quelques lieues plus haut et exécuta sur les bords de TEuphrate les travaux de dérivation qui lui avaient si bien réussi sur les borda du Gyndès. Il établit des bar* rages, remit en état et agrandit le réseau de canaux qui faisaient communiquer la rivière avec les réservoirs à moitié vides, dont la légende populaire plaçait la construction au compte de la reine Nitôcris, et se ménagea la faculté de mettre à sec, en quelques heures, la partie du fleuve qui traverse la ville. Les travaux terminés, il attendit pour faire écouler l'eau le moment où les Babyloniens célébraient une de leurs grandes fêtes, engagea son armée dans le lit à moitié vide, et se glissa le long des quais à la tombée de la nuit. Si les assiégés avaient veillé tant soit peu, ils pouvaient prendre l'armée perse d'un coup de filet et la détruire sans qu'il en échappât un seul homme : Kyros avait compté sur leur négligence, et l'événement donna raison à sa témérité. U trouva les murs déserts, les portes ouvertes et sans gardes : les sentinelles avaient abandonné leur poste pour se joindre à la fête. Le cri de guerre des Perses éclata soudain au milieu des chants de fête : la foule affolée se laissa massacrer sans se défendre, •Bel-sar-oussour périt dans la bagarre, le palais royal prit feu. Au point du jour, Kyros était maître de la ville*. Le reste de la Ghaldée ne résista pas : Nabou-nahid se rendit
1. Bérose, Fragm. 14, édit. MûUer. —2. G. Rawlinson, The five gréât Monarchies, t. III, p. 10; J. Menant, Babylone et la Chaldée, p. 256, îîôS-260.— 3. Hérodote, 1,90-91; Xéaoph»Q,Kyrêpééie, VU, 5, §§ 1-37,
CHAPITHE Mil.
sans même avoir essayé de défendre Barsip ^538]. Il eut la vie sauve en récompense, fut exilé en Garmanie avec sa famille, et ne tarda pas à mériter l'approbation des Perses par la sagesse de sa conduite. Le successeur de Naboukoudour-oussour, le prince qui avait régné dix-huit ans sur la moitié de TAsic, devint gouverneur de province au service de ses vainqueurs * : Assour-edil-ilâni n'avait pas eu pareille fortune.
Les pays qui avaient appartenu au Ghaldéen, la Mésopotamie, la Syrie, la Palestine, passèrent aux mains des Perses. La Phénicie, entraînée par l'exemple, se détacha de TÉgyple sans qu'Ahmès fît rien pour la retenir : il voulait la tranquillité à tout prix et sacrifia ses possessions lointaines à l'amour de la paix. Les Sémites perdirent
1. Bérose, Fragments 9, 14. Voici, d'après le canon de Ptolémée el les monuments, le tableau des rois de Chaidée depuis Nabou-nâtsir :
Nabol-natsih,
Kaoovaooâpov,
Nahid,
NaSiou,
OuKiNzm et PouL,
XivCipou xai Ilcopov,
Ilol'-illou,
'UovXaiou,
Mardouk-bal-idinna,
Maf.3oxe|i:îdl3ov,
Saryoukis,
'Apxtàvou,
Premier interrègne,
'A6aoi)euTov itpûtov
Bel-ipnou,
Br.Xteou,