‹ Histoire ancienne des peuples de l'Orient (volume 5)Chapitre 85 sur 96 · Behistoun, Col. I, S II · texte numérisé non relu

Behistoun, Col. I, S II

LA CONQUÊTE PERSE. fe39

peuples vaincus, il les dispensa pour trois ans de Timpôt et du service militaire*. Six mois durant il régna sans que personne soupçonnât l'impostuye et vît en lui autre chose que Théritier légitime du trône, le fils du grand Kyros el le frère de Kambysès.

A la fin pourtant la crédulité publique comnaença de s'ébranler. Les révélations faites par le dernier roi sur son lit de mort n'avaient trouvé d'abord que peu de créance : on les avait attribuées à la jalousie ou à la haine fraternelle el on avait passé outre. D'autres faits survinrent qui semblaient montrer cpie Rambysès avait eu raison do parler comme il Tavait fait. Selon Tusage, le nouveau roi avait pria avec la couronne le harem de son prédécesseur ; on sut que les femmes en étaient tenues séquestrées et no pouvaient plus communiquer entre elles ou avec le monde extérieur que par messages secrets au péril de leur vie. On apprit même, s'il faut en croire la tradition, que le prétendu Bardiya était essorillé, et Ton conclut do cette mutilation qu'il n'était pas le fils de Ryros*. Sept des principaux personnages de la cour, etparmieuxDaryavous (Darios*), fils de Vistaçpâ (Hystaspês), qui appartenait à la famille akhéménide, surprirent Gaumatâ daqs son palais, et le forcèrent à se réfugier en Médie dans le fort de Siktaouvatesh. Il y fut tué avec les Mages qui l'avaient soutenu, et Darios monta sur le trône en sa place (521). Il avait régné six mois *.

it 1. Hérodote, III, 67. — 2. Id., ibid. — S.Strabon savait déjà que le véritable nom du prince appelé Aotpeioc par les Grecs était AaotavTjç. — 4. Tous les récits d'Hérodote, III, 68-88, sur la mort du faux Smerdi8,sur la délibération des sept conjurés^ sur la manière dont Darios fut élu rot grâce à une ruse de son écuyer, doivent être mis au rang des légendes. L'inscription de Behistoun (col. 1, § 13) dit simplement : « Je priai vers Aouramazda, et Âouramazda me fut secourable. Le 10 du mois de BoifayadiSy avec mes fidèles, je tuai ce Gaumatà, le Mage, et ceux qui étaient ses principaux complices. Le fort Sikthaouvatis, dans le district de Médie nommé Nisaya, c'est là que je le tuai. Je le dépossédai de Tempire. Par la grâce d'Aouramazda je devins roi ; Aouramazda m'accorda le sceptre.... L'empire qui avait été enlevé à notre famille, je le recouvrai. »

Les deux révolutions qui venaient de se succéder coup sur coup en moins d'une année avaient éDranlé la puissance des Perses. L'empire tel que l'avait établi Kyros ne différait guère des anciens empires de l'Egypte, de l'Assyrie et de la Chaldée. A part l'étendue, c'était le même assemblage hasardeux de provinces administrées par des gouverneurs, de royaumes vassaux, de villes et de tribus mal soumises. Tout prétexte était bon à révolte pour ces sujets impatients du maître. Au regret du souverain qui avait allégé leurs charges se mêla bientôt le désir de profiter de sa mort pour recouvrer l'indépendance. La Susianc se souleva la première sous la conduite d'un certain Atrina, et de Susiane la contagion passa sur-le-champ en Chaldée. Nadintav-Bel, fils d'Aniri, se donna pour le fils de Nabou-nahid et prit le nom de Nabou-koudour-oussour, qui rappelait aux gens de sa race les souvenirs les plus glorieux de leur passé. Babylone s'insurgea (520), le reste du pays suivit bientôt cet exemple, et la révolte s'étendit à ce point que Darios, laissant à ses généraux le soin de battre Atrina, prit le commandement des troupes destinées à agir en Chaldée. Il força le passage du Tigre, rencontra les rebelles sur les bords de l'Euphrate près d'un bourg nommé Zazannou, les battit et en jeta une partie à la rivière. Nabou-koudour-oussour s'échappa avec quelques cavaliers et courut s'enfermer dans Babylone. La ville n'était ^as préparée à soutenir un long siège; il dut' se rendre après quelques semaines de résistance et fut mis à mort* (519). La légende ne tarda pas à défigurer le récit de cette guerre; moins d'un demi-siècle plus tard on contait déjà que Darios, arrivé devant Babylone, l'avait trouvée toute prête à la défense. Les habitants avaient réparé les murs, coupé les canaux, assemblé des provisions, et s'étaient débarrassés des bouches inutiles en tuant toutes leurs femmes, excepté celles dont on avait

1. Bfhistouny I, § 16 ; If, § 1 ; Cf. J. Menant, les Achéménides, p. 108-109, et Schrader, Die Assyritch'BabyUmisehe KmUnsehriftenj p. 344-345.

besoin pour faire le pain. Vingt mois s'étaient écoulés et les Perses commençaient à désespérer du succès, quand Zopyros, un des sept, se coupa le nez et les oreilles, se déchira le corps à coups de fouet, et s'introduisit dans la place comme transfuge et victime des cruautés de son maître. Mis à la tète d'un corps de troupes, il fit plusieurs sorties heureuses, obtint la garde du rempart et livra deux portes aux assiégeants. Trois mille Bahyloniens furent mis en croix ; les murs détruits et la ville repeuplée de ^colons étrangers ^ L'antiquité entière admira sur la foi d'Hérodote la trahison de Zopyros ; la découverte des monuments originaux a prouvé que c'était un conte de plus à retrancher de l'histoire.

Darios était encore engagé en Chaldée, lorsqu'une insurrection formidable éclata au nord et à l'est dans les provinces qui avaient fait partie de l'empire mède. La Médie, l'Arménie, l'Assyrie, reconnurent pour roi Fravartis, qui descendait de la race de Kyaxarès et prit en montant sur le trône le nom de Khshâtritâ. Avant de se lancer dans une lutte aussi redoutable, Darios voulut en finir avec les rebelles du sud. L'insuccès d'Atrina n'avait pas découi'agé l'Elam ; un Perse nommé Martiya s'y fit proclamer roi sous le nom d'Oumman. Darios n'eut qu'à paraître pour triompher de ce rival; à la nouvelle de son approche, les Ëlamites saisirent Martiya et le mirent à mort^. Libre de ce côté, il dépêcha trois de ses généraux contra Fravartis ; il confia à Dâdarshis l'Arménien le commandement de l'armée destinée à agir en Arménie, à Vaoumiça le soin de réduire l'Assyrie, à Vidama, l'un des sept, la tâche plus difficile de reconquérir

1. Hérodote, III, 150-160. Ctésias {Persica, § 22) place le siège de Babylone sous Xerxès; d'après lui ce Tut Mégabyzos, fils de Zopyros, et non pas Zopyros lui-même, qui se mutila et livra la ville. Polyen (Stratay.y VIII, 11, $ 8) prétend que le stratagème de Zopyros fut conçu à rimitation d'un Sace habitant au delà de TOxus. Les écrivains latins ont transporté Thistoire de Zopyros en Italie et Tont placée à Gabies (Tile-Live, 1, 59'&4 ; Ovide, Fastet, II, 683-710), mais Sexlus Tarquin ne pousse pas le dévouement jusqu'à se mutiler. — 2. Béhist<mn, II, $§ 'S, h; J. Menant, les Àchéménides, p. 109-110.

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la Médie propre. Les tt^ois généraux altaquërent dé concei-t les troupes du prétendant et les battirent à plusieurs reprises sans obtenir d'avantage décisif; THyrcanie et la Parthyène, qui jusqu'alors étaient restées indécises, se joignirent aux rebelles, et tout le bassin de la Caspienne fat perdu pour les Perses. L'imitiincnce du dan^r décida Darios à donner dô sa personne ; il quitta Babylone, pénétra en Médie par la passe de Kerend, rallia Vidama el rencontra Tennemi près du bourg de Koudourous. Fravartis battu s'enfuit vers le nord, sans doute afin det gagner la montagne et d'y prolonger la guerre; il fut pris près de Ragâ, conduit à Ecbatane et crucifié à la vue de ses anciens sujets * (518). Lui vaincu, la soumission des autres provinces ne fut plus qu'une affaire de temps. Ci tralakhma, qui tenait encore en Sagartie, succomba le premier; Vistâçpa, père de Darios, réduisit l'Hyrcanie, et le gouverneur de Baclres comprima un mouvement de la Margiane. Une révolte de la Perse et de l'Arachosie, à l'instigation de Vahyazdâta, qui se fit passer pour Bardiya, fils de Kyros, un second soulèvement de Babylone, une troisième insurrection de l'Élam, furent étouffés promptement; les Saces, attaqués par Darios lui-même, ne posèrent les armés que longtemps après la défaite des autres rebelles*. Aucune des provinces occidentales n'avait bougé. Un instant seulement on put craindre quelques complications du côté de l'Asie Mineure, ôroitès, gouverneur de Lydie, affectait des allures d'indépendance et menaçait de devenir dangereux; il fallut l'assassiner pour s'en débarrasser. Bagœos, envoyé à Sardes, remet aux troupes perses qui s'y trouvaient l'ordre royal de ne plus garder Droites. « Aussitôt ils mirent bas leurs piques. Lors, Bagceos, voyant qu'ils obéissaient à ce décret, prit courage et remit aux mains du secrétaire une dernière lettre où il était dit : « Le roi Darios commande aux Perses qui sont à

1. Behistourif II, 5-13. C*est à cette révolte de Médie qu'Hérodote fiit allusion dans le livre I, 130, de son histoire. — 2. BehisiouhyUj 13; IV, 1; J. Menant, les ÀchéménideSf]^, 110-119.

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a Sardes de tuer Droites. » Sur quoi les gardes tirèrent leurs sabres et le tuèrent sur-le-champ*. » Vers le milieu de 516 tout était fini: Darios régnait en paix sur le terri* toire que Kyros et Kambysès avaient possédé •.

L'expérience de ces six années ne fut pas perdue pour lui. Il Voulut rompre avec la tradition du padsé et fonder, sur des principes nouveaux, un véritable état perse différent de ce qu'avaient été jusqu'alors les empires asiatiques. Il ne songea pas à fondre les races qui peuplaient son domaine. Loin de là, il les encouragea à retenir leur langue, leurs mœurs, leur religion, leurs lois, leurs constitutions particulières. Les Juifs obtinrent la permission d'achever la construction- de leur temple*; les Grecs d'Asie gardèrent leurs gouvernements variés, la Phénicie conserva ses rois et ses suffètes, TÉgypte ses nomarques héréditaires. Mais il y eut au-dessus de ces pouvoirs locaux une autorité unique, supérieure à tous et la même partout. Le territoire fut divisé en grands gouvernements, dont le nombre varia selon les temps. Au début, il y en avait vingt-trdis :

1» La Parçâ ou Perse proprement dite;

2* L'Ouvajâ, Élam, où se trouvait Suse, Tune des résidences favorites de Darios ;

3"* Babirous, la Chaldée ;

4** Athourâ, TAssyrie du Khabour au mont Zagros;

5» Arabayâ, la Mésopotamie entre le Rhabour et TEuphrate, la Syrie, la Phénicie et la Palestine ;

6*» L'Egypte (Moudrâya) ;

7* Les peuples de la Mer (Tyiya darayahyâ), parmi lesquels on comptait les Ciliciens et les Chypriotes ;

8* L'Yaounâ, qui renfermait, outre la Lycie, la Carie et

1. Hérodote, II, 126-128. — 2. H. Rawlinson, The Persian Cuneiform Inscription at Befiistun, dans le Journal of the Royal Àsiatic Society y t. X, 184Î), et dans G. Rawlinson, Herodotus, t. 11, p- 490-308; Oppert, les Inscriptions des Achéménides, Paris, 1852; Schrader, Die Assyrisch» Babylonixche ïnschriften, p. 339-359; J. Menant, les Achéménides, i^AOl- 126; tî. Rawlinson, The /Ire great Monarchies, X. hl, p. 409-415; Spiegel, Krànische Alterthumthunde, t. Il, p. 316-327. — 3. Earra, V, 2; Uaggaïj I, 14.

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la Pamphylie, les colons grecs de la côte, Ioniens, Eoliens et Doriens;

9« La Lydie et la Mysie (Çpardâ) ;

lO^LaMédie;

11» L'Arménie;

12* La Katpalouka, c'est-à-dire toute la région centrale de TAsie Mineure, du Tauros au Pont-Euxin ;

13" La Parthyène et THyrcanie (Partliava) ;

W La Zarânka (Zarangie) ;

15»L'Haraïva (Arie);

16' L'Ouvârazmiya (Ghorasmie) ;

l?'» La Bactriane (Bakhtrîs) ;

18» La Sogdiane (Çoughdâ) ;

lO** La Gandarie (Grandara);

20® Les Çaka ou Saces, aux plaines de la Tartarie, presque sur les confins de la Chine ;

21** Les Thatagous ou Sattagydes, dans le bassin supérieur de PHelmend;

22" L'Haraouvatis (Arachosie) ;

23" Les Maka, qui habitaient les pays à l'occident de la Caspienne, entre le Caucase et le lac d'Ouroumiyèh. Ce nombre s'accrut encore par la conquête : à la fin de son règne, Darios comptait dans l'en^pire trente et une satrapies*.

Si chacun de ces gouvernements avait été régi par un seul homme, investi de pouvoirs royaux, et à qui il ne manquait du roi que le titre et l'hérédité, l'empire aurait couru le risque de se résoudre bientôt en un amas confus de principautés sans cesse en lutte contre la Perse. Pour éviter des révoltes perpétuelles, Darios évita de concentrer dans les mêmes mains l'autorité civile et le commandement militaire. Il établit dans chaque gouvernement trois officiers indépendants l'un de l'autre, et qui relevaient directement de la cour : le satrape*, le secrétaire royal

1. BehUtoun, § 1, $ 6. L'inscription de Persépolis compte vingt-cinq satrapies; celle de Nach-i-Roustem en renferme trente et une ; Hérodote (III, 9Û-9Ô) n*en énumère que vingt. — 2. En perse : khsha4rapdf khthdtrapan, khshatrapâva.

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