‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 10 sur 215 · Üümichen, Bauurkunde, pl. XVI, a, b · texte numérisé non relu

Üümichen, Bauurkunde, pl. XVI, a, b

Pharaons les exploits les plus invraisemblables : les conteurs se plaisaient à choisir pour leurs héros des noms connus, Ramsès, Ménephtah, et cela seul suffit à nous expliquer l’origine des fables que les Grecs nous ont transmises sur les rois de la quatrième dynastie. Le Khéops d’Hérodote et le Khéops des inscriptions portent le même nom, et tous deux ont construit la grande pyramide : à cela près, ce qu’on nous apprend d’eux diffère. Khéops et Khéphrên sont de simples héros de roman1; Khoufoui et Khâfri nous apparaissent comme des rois puissants, pieux envers la divinité, et redoutables à leurs ennemis non moins qu’à leurs sujets. Khéops guerroya contre les nomades d’Arabie, et défendit victorieusement contre leurs attaques les établissements miniers que Snofroui avait fondés dans la péninsule du Sinaï*. Les prisonniers ramassés dans ces campagnes furent sans doute employés, selon l’usage, à la construction des pyramides. Est-ce à dire pour cela que la conception populaire soit entièrement fausse et qu’il ait ménagé ses sujets? Le nombre des prisonniers, si large qu’on le suppose, ne pouvait suffire à l’immensité de l’œuvre; sans doute il fallut avoir recours aux Égyptiens de race pure et les réquisitionner, ainsi que le rapporte Hérodote. « Il y eut une grande clameur d’un bout à l’autre de son empire ! une clameur de l’oppressé contre l’oppresseur; une clameur de tourment et d’amère angoisse; une clameur telle qu’elle résonne encore dans sa mémoire tandis que j'écris; une de ces clameurs qui, depuis les jours de Souphis, se sont souvent élevées de la terre d’Égypte et ont percé les oreilles du seigneur des armées. Et Souphis s’en inquiéta? Pas plus que Mohammed-Ali ou Ibrahim-Pacha ! Le caprice égoïste du tyran, que ce soit la grande pyramide ou le barrage, avance: qu’importent au maître les souffrances de son peuple3? » L’Égypte peut changer de religion, de langue et de race ; que le souverain s’appelle pharaon, sultan ou pacha, la destinée

1. iMaspero, Fragment de commentaire dans X Annuaire de l’Association pour V encouragement des Études grecques , 1875 et 1878; les Contes populaires de l' Ancienne Égypte, p. xx sqq. — 2. Lepsius, Denkm., II, pl. 2. — 3. Osburn, The Monumental IJistory of Egypt , t. I, p. 275-276.

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du fellah est toujours la même. Les historiens grecs ont recueilli, à quatre mille ans de distance, l’écho des malédictions dont les Égyptiens chargèrent la mémoire de Khéops. Rien n’empêche de croire que cette révolte dont parle Riodore1 eut vraiment lieu : des statues de Khéphrên brisées ont été retrouvées près du temple du Sphinx, dans un puits où elles avaient été jetées anciennement, peut-être un jour de révolution2.

L’idée de piété que la tradition populaire attachait au règne de Menkaourî, le Mykérinos d’Hérodote, est confirmée par le témoignage des contemporains : non que ce prince ait, comme on le dit, rouvert les temples (nous avons vu qu’ils n’avaient jamais été fermés), mais il ordonna à Lun de ses fils, Didoufhorou, de parcourir les sanctuaires de l’Égypte, sans doute afin de restaurer ceux qui lui sembleraient en mauvais état, et de faire dans toutes les villes des fondations nouvelles. C’est au cours de cette inspection que le prince découvrit, suivant quelques documents, le chapitre lxiv du Rituel Funéraire, « à Khmounou (Hermopolis), aux pieds du dieu Tliot, écrit en bleu sur une dalle d’albâtre.... Le prince l’apporta au roi comme un objet miraculeux3. » Ces révélations de livres religieux ou scientifiques sont fréquemment mentionnées dans l’ancienne littérature égyptienne. Nous avons déjà vu que l’invention du chapitre lxiv est attribuée par quelques autorités au roi Ousaphais, et que le roi Téti passait pour avoir recueilli un livre de médecine, dont nous' possédons encore la meilleure part. Un autre traité de médecine signalé récemment remonterait de la même manière au règne de Khéops. Il s’était manifesté à Coptos, une nuit, devant un ministre du dieu, qui était entré dans la grande salle du temple et avait pénétré jusqu’au fond du sanctuaire. « Or la terre était plongée dans les ténèbres, mais la lune brillait sur ce livre de tous côtés. Il fut apporté, en grand merveille, à la sainteté du roi Khoufoui, le juste de voix4. » Le cha-

1. Diodore, I, 64. — 2. Mariette, Lettre à M. le vicomte de Bougé , p. 7. — 3. Todlb., cxi v, 30-52; Birch, On formulas relating to the heart , dans la Zeitschrift , 1867, p. 54-55. — 4. Rirch, Medical Papyruuiilh the name of Cheops , dans la Zeitschrift , 1871, p. 61-64.

pitre lxiv, résumé de la doctrine égyptienne sur la vie future et la condition de l ame, est une des sections les plus obscures du Livre des Morts : « Tu viens à moi », dit un scribe de l’époque des Ramessides, «bien muni de grands mystères, tu me dis au sujet des formules du prince Didoufhorou : « Tu « n’y as rien connu, ni bien, ni mal. Un mur d’enceinte est , « par devant que nul profane ne saurait forcer. » Toi, tu es un scribe habile parmi ses compagnons, instruit dans les livres, châtié de cœur, parfait de langue, et quand tes paroles sortent, une seule phrase de ta bouche est trois fois importante; tu m’as donc laissé muet de terreur1. » Les modernes qui ne saisissent pas toujours le sens de ces morceaux mystiques peuvent se consoler; les anciens Égyptiens n’élaient pas beaucoup plus avancés qu’eux.

Le sarcophage de Mvkérinos, conservé longtemps dans la troisième pyramide, était l’une des œuvres les plus admirables de l’art égyptien archaïque. Il a péri sur la côte du Portugal avec le navire qui le transportait en Ànglelerre. Nous n’avons plus aujourd’hui que le couvercle du cercueil en bois de sycomore dans lequel la momie du pharaon reposait. Ce cercueil est de forme humaine, et on y lit une inscription : « O l’Osiris, le roi des deux Égyptes Menkaourî, vivant pour l’éternité, enfanté par le ciel, porté [dans le sein] de Nouit, germe de Caboul Ta mère Nouit s’étend sur toi en -son nom d’abîme du ciel. Elle te divinise en mettant à néant tes ennemis, ô roi Menkaourî, vivant pour l’éternité2! »

La littérature de l’époque grecque associait à ces trois Pharaons un prince fabuleux nommé Asychis par Hérodote, et Sasychis par Riodore de Sicile. « Il éleva dans le temple de Phtah, à Memphis, le portique méridional, le plus beau et le plus grand de tous; car, s’ils sont tous ornés de sculptures, si l’aspect de la construction y varie à l’infini, ce côté est plus varié et plus magnifique encore que les autres. Dans l’intention de surpasser ses prédécesseurs, il bâtit en

1. Papyrus Anastasi , l, pl. X, I. 8, pl. XI, 1. 4. — 2. Vyse, Pyramiels of Gizch , t. II, p. 86 sqq. ; Ch. Lenormant, hclàircissements sur le cercueil de Mycérinus : E de Uougé, Recherches sur Les monuments, p. 63-66.

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briques une pyramide ou se trouve l’inscription suivante gravée sur une pierre : « Ne me méprise pas à cause des pyramides de pierre; je l’emporte sur elles autant que

La stalue de Mykérinos au Musée du Caire.

Jupiter sur les autres dieux. Car, plongeant une pièce de bois dans un marais et réunissant ce qui s’y attachait d’argile, on a fait la brique dont j’ai été construite1. » Au témoignage

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