De Iside et Osiride, c. xxu
naissons rien/Les monuments nous prouvent cependant que, dès le siècle des pyramides, la géométrie devait être lort avancée : sinon la géométrie théorique, au moins la géométrie pratique, celle qui sert à mesurer les surfaces et à calculer le volume des corps solides. Les architectes qui ont bâti les pyramides et les grands tombeaux de Saqqarah étaient nécessairement des géomètres fort estimables. Malheureusement nous n’avons plus rien des livres dans lesquels ils enregistraient leurs doctrines : le seul traité de mathématiques qui nous soit parvenu est postérieur de deux mille ans au moins à leur époque, et il nous enseigne l’état de la science dans les temps relativement modernes de la dix-neuvième dynastie1.
Pour nous figurer ce que pouvait être la médecine égyptienne, nous n’en sommes pas réduits à de simples inductions. Outre un traité dont l'invention était attribuée au règne de Khéops et qui n’a pas encore été publié, nous possédons deux livres; le premier renferme aussi des recettes attribuées à des savants étrangers2; le second, trouvé sous Ousaphaïs, aurait été complété par Sondou3. Les manuscrits de ces deux ouvrages remontent à la dix-huitième et à la dix-neuvième dynastie : le texte avait dû s’en modifier à la longue, mais l’ancienneté de leur origine les maintenait dans les écoles. Ils faisaient sans doute partie de cette bibliothèque du temple d’Imouthès, à Memphis, qui existait encore aux temps romains et où les médecins grecs allaient puiser des recettes pour leurs clients*.
L’Égypte est naturellement une contrée fort saine. « Les Égyptiens, disait Hérodote, sont les mieux portants de tous les mortels. » Ils n’en étaient que plus attentifs à soigner leur santé. « Chaque mois, trois jours de suite, ils provo-
1. Il a été publié par M. A. Eisenlohr. Ein mathematisches Handbuch der Alten Ægypter ( Papyrus Rhind des British Muséum), 1877. —
2. G. Ebers, Papyros Ebers, das Hermetische Buch über Arzneimittel
der alten Ægypter , Leipzig, 1875. — 3. Brugsch, dans le Recueil de Monuments égyptiens , t. II, p. 101-120, et pl. LXXXV-CVII; Chabas, Mélanges égyptologiques, 1" série, p. 55-79. — 4. Galien, De compos. medic. sec. gen., 1. V, c. ii. Quelques-uns de ces remèdes sont entrés par cette voie dans notre pharmacopée.
EMPIRE MEMPHITE
quent des évacuations au moyen de vomitifs et de clystères; car ils pensent que toutes les maladies de l’homme viennent des aliments1. » — « La médecine chez eux est partagée : chaque médecin s’occupe d’une seule espèce de maladie et non de plusieurs. Les médecins en tous lieux abondent, les uns pour les yeux, les autres pour la tête, d’autres pour les dents, d’autres pour le ventre, d’autres pour les maux internes2. » Il n’est pas certain que cette division dont parle Hérodote ait été aussi absolue que l’historien a bien voulu le prétendre. Le meme individu pouvait traiter toutes les maladies en général; seulement, pour les maux d’yeux et pour quelques autres affections, il y avait comme chez nous des spécialistes que l’on consultait de préférence aux praticiens ordinaires. Si le nombre en paraissait considérable à l'historien grec, cela tient à la constitution médicale d’un pays où les ophtalmies et les maladies intestinales, par exemple, sont encore aujourd’hui plus fréquentes que partout en Europe.
La médecine théorique ne semble pas avoir réalisé des progrès sérieux, bien que les manipulations de la momification eussent dû fournir aux médecins l’occasion d’étudier à loisir l’intérieur du corps humain. Une sorte de crainte religieuse ne leur permettait pas plus qu’aux médecins chrétiens du moyen âge de découper en morceaux, dans un but de pure science, le cadavre qui était destiné à revivre un jour. Leur horreur pour quiconque rompait l’intégrité des tissus humains était si forte, que l’embaumeur chargé de pratiquer les incisions réglementaires était l’objet de l’exécration universelle. Toutes les fois qu’il venait d’exercer son métier, les assistants le poursuivaient à coups de pierres et l’auraient assommé sur place s’il ne s’était enfui à toutes jambes. De plus, les règlements médicaux n’étaient pas de nature à encourager les recherches scientifiques. Les médecins étaient obligés à traiter le malade d’après les règles posées dans certains livres d’origine réputée divine. S’ils s’écartaient des prescriptions sacrées, c’était à leurs risques et périls : en