PÉRIODE THÉBAINE DE LA 'ONZIÈME A LA QUINZIÈME DYNASTIE (MOYEN EMPIRE
la onzième dynastie: débuts de la puissance thébaine. — La douzième dynastie; conquête de la Nubie; le lac Mœris. — De la treizième à la quinzième dynastie.
La onzième dynastie; débuts de la puissance thébaine.
Depuis l’avènement de Menés, toute la civilisation égyptienne semblait s’être concentrée dans la partie moyenne du pays, entre Thinis et Memphis. C’est à Thinis ou à Memphis que les princes avaient trôné, à Thinis ou à Memphis que les arts s’étaient développés et avaient produit leurs chefs-d’œuvre : les nomes du sud avaient été relégués au second plan. Leurs métropoles vivaient dans une obscurité profonde ; leurs dieux même étaient ignorés à ce point que, sur les monuments des six premières dynasties publiés jusqu’à ce jour, j’ai trouvé une seule fois, dans un nom propre, le nom du grand dieu de Thèbes, Amon, le seigneur des deux mondes, le patron de l’Égypte au temps des conquêtes syriennes.
Lorsque Memphis eut perdu la suzeraineté, au milieu des révolutions qui désolèrent le règne des princes héracléopolitains, les villes du sud de l’Égvpte, Coptos, Silsilis, Thèbes surtout, commencèrent de naître à la vie politique. Les premiers monuments que nous connaissons d’elles dérivent directement des derniers monuments que la sixième dynastie nous a légués, mais ils sont empreints encore de gaucherie et de rudesse provinciale. Ce sont des tombeaux creusés dans le roc, peints mais non sculptés. Les scènes de la vie civile n’y sont pas représentées ; on y voit seulement dessinés sur les murs des amas d’offrandes, accompagnés de prières ern-
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pruntées, partie au Livre des Morts, partie au Rituel des pyramides royales. Comme à l’âge memphite, la stèle est un résumé de la chapelle du tombeau ; mais elle affecte une forme cintrée qui rappelle les voûtes des hypogées de la Haute Égypte, et elle suffit seule à procurer au mort tout ce qui est nécessaire à son existence. Souvent le dieu à qui l’on recommande le maître de la stèle est figuré avec ses attributs. C’est Osiris, c’est Khnoumou, c’est Minou, c’est Amon surtout qu’on invoque. Phtah, Atoumou, Râ, tous les dieux memphites et héliopolitai ns se sont abaissés au rang des dieux provinciaux, dans le même temps que Memphis descendait de la dignité de capitale à la condition de ville de province.
La onzième dynastie était originaire de Thèbes : elle se rattachait à Pépi-Miriri par des liens inconnus et elle fut la souche de la dix-huitième dynastie. D’abord vassale des rois héracléopolitains, nous avons vu qu’elle ne parvint pas aisément à conquérir son indépendance1. Le premier de ses princes dont nous sachions le nom, Anton f Ier, n’avait pas droit au cartouche : il était simple noble, sans plus de titres que les autres chefs des familles féodales. Son fils, Montouhotpou Ier, tout en assumant le cartouche et le protocole, demeure un Horou, un souverain partiel, chef des pays du sud sous la suzeraineté des rois légitimes. Trois générations après lui, Antouf IV rompit le dernier lien de vasselage et se fit appeler Dieu bon, maître des deux pays*. 11 ne faudrait pas toutefois se laisser abuser à ce dernier titre et croire que son autorité prévalût dès lors sur l’Égypte entière : les Pharaons d’Héracléopolis conservaient la possession du Delta et ils firent sentir plus d’une fois leur pouvoir aux monarques tbébains. Le premier de ceux-ci qui parvint à « réunir les deux régions » sous un sceptre unique fut Montouhotpou IV (Nibhapouîtrî), à qui cet exploit valut plus tard d’occuper dans les listes royales une place d’honneur et parfois même de représenter à lui seul la famille à
1. Voir plus haut, p. 106-107. — 2. Ces faits ressortent des légendes de la Table de Karnak. Cf. Prisse d’Avennes, Notice sur la Salle des Ancêtres , p. 14-15; E. de Roug’é. Lettre à M. Leemans , p. 5-6 et 13.
laquelle il appartenait1. Ses successeurs ne réussirent pas à se maintenir longtemps sur le trône, et ils cédèrent la place au fondateur de la douzième dynastie, après avoir dominé un peu moins d’un demi-siècle sur l'Egypte entière2.
Quelques tablettes sculptées sur les rochers, quelques stèles funéraires et quelques menus objets dispersés dans les différents musées de l’Europe, quelques tombeaux à moitié ruinés, voilà tout ce qui nous reste des seize rois5 qui composèrent la première dynastie thébaine dans sa longue période de vasselage et dans sa courte grandeur. Les luttes constantes qu’ils eurent à soutenir contre les rois héracléopolitains ne les empêchèrent pas de diriger quelques expéditions heureuses contre les peuples voisins de l’Égypte. Montouhotpou 111 (Nibiiotpourî) se fi t représenter près de Philæ, vainqueur des nations barbares4; Sonkhkherî Montouhotpou prétendait inspirer la terreur à toutes les nations, et plusieurs de ses monuments semblent prouver qu’il avait fait des guerres heureuses Leurs succès devaient être fort peu de chose. Au nord et à l’ouest, les mines du Sinaï avaient été abandonnées; vers le sud, les conquêtes de Pépi et de ses successeurs étaient perdues, et la frontière ne dépassait pas Éléphantine de beaucoup. C’est aux rois de la douzième dynastie qu’il était réservé de réduire la Nubie en province égyptienne.
Comme rois constructeurs, les Antouf .et les Montouhotpou ont laissé peu de traces : les ressources dont ils disposaient, même au temps de leur prospérité le plus notoire, n'étaient pas suffisantes pour leur permettre d'élever des monuments considérables. La ville de leur origine, Thèbes, fut embellie par eux dans la mesure de leurs moyens ; du moins une inscription de l’an II de Montouhotpou III (Nibhotpouri) nous
1. Mariette, la Table de Saqqarah, p.6.— 2. En tout quarante-.trois ans, au dire de Manéthon (édit. Ungpr). Le vrai sens de ce çtjiffre a été découvert par F. Baruccbi, Discorsi critici sopra la Cronologia Egizia , in-4*, Turin, 1844, p. 131-134. — 3. Steindorff [Zeitschrift^ t. XXXIIl’ p. 77-96) a reporté à la XIIIe dynastie une parue des souverains que l’on place dans la XIe dynastie depuis E. de Rougé. — 4. Champollion, Monuments de l'Égypte , pl. CCCV1, 3; Daressy, Notes et Remarques, § XXXII, dans le Recueil de Travaux , t. XIV, p. 26; t. XXVI, p. 12. — 5. Lepsms! Denkm., 11, 150, p. 107. ' v *
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apprend que ce prince manda une expédition à la vallée de Hamrnamât pour chercher la pierre nécessaire aux constructions qu'il méditait dans Thèbes1. Les seules ruines de cette époque qui subsistent se trouvent à Drah-Abou’l-Neggah, au milieu de la nécropole. C’était là que s'étaient fait ensevelir Antoufâ lerT Ântoufâ II, Montouhotpou IV (Nibbapouîtri) et plusieurs de leurs successeurs. Les tombes, déjà violées par les malfaiteurs, au temps de la vingtième dynastie2, sont aujourd’hui détruites, excepté celles d’Antoufâ 1er et de Montouhotpou IV. Celle de Montouhotpou était une pyramide
considérable bâtie au fond du cirque de Deîr el-Baharî. Celle d’Antoufà était en briques crues, de travail médiocre, presque à cheval sur la lisière du désert. La chambre sépulcrale renfermait, outre le sarcophage disparu sans retour, une stèle de l’an L, où le roi était figuré en pied, Lu ram s au front, accompagné de quatre de ses chiens favoris5.
Après Thèbes, c’est Coptos qui paraît avoir eu le plus à se louer de l’activité de ces premiers Thébains. Située au débouché des routes qui mènent au bord de la mer Bouge et
t. Lepsius, Denkw Il, 149 a; Maspero, les Monuments égyptiens de la vallée de Hamrnamât , dans la Revue orientale et américaine , t. ï, p. 333 sqq. — 2. Bit ch, le Papyrus Abbott ; Chabas, Mélanges égyptologiques, III* série, t. I; Maspero, Une enquête judiciaire à Thèbes. — 5. Mariette, Lettre à M. le Vicomte de Rougé , p. 16-17, et Monuments divers pl. 49, 50; Birch, The Tablet of Antef-Aâ II, dans les Transactions of the Society of Bibhcal Àrchœology , IV. p. 172-495.
aux carrières de Rohanou1, Coptos avait pris dès lors un grand développement. Antouf IV (Noubkhopirrî) y avait élevé des édifices dont les fragments ont servi de nos jours à la construction d’un pont2. Montouhotpou II et Montouhotpoulll (Nibhotpourî) professait une dévotion spéciale pour le dieu local Minou, forme d’Amonrâ générateur, et ils marquèrent leur zèle par la restauration de divers temples aujourd’hui détruits. L’exploration de la vallée de Hammamât devait mener plus loin encore un des derniers princes de la dynastie, Sonkhkerî Monlouhotpou. Désireux d’établir des communications directes avec l'Arabie et l'Égypte, il envoya un des hauts fonctionnaires de sa cour aux abords delà
mer Rouge, très probablement dam* le voisinage deQocéyr3. Comme on voit, l’esprit d’initiative ne manquait pas à ces princes obscurs, mais le développement de leur puissance fut interrompu par des révolutions dont nous ne savons ni la cause, ni les détails. Lorsque l’Égvpte, divisée pour quelques années, se trouva de nouveau réunie tout entière entre les mains d’un seul homme, la onzième dynastie avait cessé de régner.
La douzième dynastie; conquête de la Nubie; le lac Mœris.
L’avènement de la dynastie nouvelle ne s’opéra pas sans combat. Amenemhaît Ier, d’origine thébaine comme ses prédécesseurs, eut à batailler contre les compétiteurs dont les entreprises troublèrent ses premières années. « Ce fut après le repas du soir », dit-il dans des Instructions au roi SanouasrîtIerqui lui sont attribuées, « quand vint la nuit, — je pris une heure de joie. — Je m’étendis sur les couches moelleuses de mon palais, je m’abandonnai au repos, — et mon cœur commença de se laisser aller au sommeil ; — quand, voici, on s’assembla en armes pour se révolter contre moi, — et tandis que j’étais aussi faible que le serpent des
1. Aujourd’hui Ouadi Hammamât. — 2. Wilkinson, A Handbook for Trave tiers , p. 521; Petrie y a découvert plusieurs débris de ces temples. — 5. Lepsius, Denkm ., II, pl. 150 a\ Chabas, Voyage d'un Égyptien ,
57 : Maspero, Sur quelques navigations des Égyptiens , p. 8-10.
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champs. — Alors je m’éveillai pour combattre moi-même» de mes propres membres, — et je trouvai qu’il n’y avait qu’à frapper qui ne résistait pas. — Si je prenais un assaillant les armes à la main, je faisais retourner cet infâme ; — il n’avait plus de force. même dans la nuit : on ne combattit point, — aucun accident fâcheux ne se produisit contre moi1. » A force de persévérance, le roi triompha de ses adversaires. « Soit que les sauterelles aient organisé le pillage, — soit qu’on ait machiné des désordres dans le palais,
— soit que l’inondation ait été insuffisante et que les citernes se soient desséchées, — soit qu’on se soit souvenu de ta jeunesse pour agir [contre moij, — je n’ai jamais reculé depuis ma naissance2. »
Dès lors Amenemhaît s’appliqua sans relâche à réparer les malheurs des discordes civiles et à repousser les peuples voisins, Libyens, Nubiens, Asiatiques, dont les excursions perpétuelles troublaient sans cesse le repos de l’Égypte. « J’ai fait que l’endeuillé ne fût plus en deuil, et il n’a plus été entendu; — les batailles perpétuelles3, on ne les a plus vues, — tandis qu’avant moi l’on s’était battu comme un taureau qui ignore le passé — et que le bien-être de l’ignorant ou du savant n’était pas assuré4. » — « J’ai fait labourer le pays jusqu’à Abou5, — j’ai répandu la joie jusqu’à Adhou6....
— Je suis le créateur des trois espèces de grains, l’ami de Nopri7. — Le Nil a accordé à mes prières l’inondation sur tous les champs : — point d’affamé sous moi, point d’a Itéré sous moi, — car on agissait selon mes ordres, — et tout ce que je disais était un nouveau sujet d’amour. — J’ai renversé le lion — et pris le crocodile; — j’ai réduit les Ouaouaîtou8,
1. Papyrus Sallier II, pl. I, 1. 9, pl. III, 1. 3. Cf. Dümichen, Zeitschrift, 1874, p. 30 sqq. — 2. Papyrus Sallier II, pl. III, 1. 4-6. Cf. la traduclion complète de ce texte par Maspero, The Instructions of King Amenemhat I unto his son Usertesen I dans les Records of tke Past, t. II, p. 9-16, et par Schack, Die (Jnlerweisung des Kœnigs. Amenemhat I, in-4°, 1882-1884. — 3. Littéralement : « le grand lieu de se battre. » — 4. Papyrus Sallier II, pl. I, 1. 7-9. — 5. Éléphaniine, la frontière méridionale de l’Égypte. — 6. Adhou, ou Nou-adhou, la Naôà> d’Hérodote, dans le Delta : aussi le Delta lui-même. — 7. La divinité des grains. — 8. En l’an XXIX de son règne (Brugsch, Die Negerslâmme, dans la Zeits -, 1881, p. 30).
— j’ai emmené les Mazaiou en esclavage1; — ^ j’ai forcé les Asiatiques à marcher près de moi comme des lévriers*. » En Nubie, le roi, après avoir pacifié la vallée, pénétra dans la montagne et il y rouvrit les mines d’or négligées depuis le temps de Pépi.
Amenemhaît Ier n’était plus un jeune homme au jour de son avènement : après dix-neuf ans de règne, il appela au pouvoir son fds Sanouasrît Ier, qui dès lors partagea avec lui les titres royaux3. « De sujet- que tu étais je t’élevai, — je te remis l’usage de tes bras, pour que tu fusses craint à cause de cela. — Quant à moi, je me parai des fines étolfes démon palais* pour paraître aux yeux comme une des plantes de mon jardin, — je me parfumai des essences comme si je répandais l’eau de mes citernes4* » Au bout de quelques années, le rôle du vieux roi était tellement effacé qu’on oubliait parfois d’inscrire son nom dans les actes officiels à côté du nom de son fils3* Enfermé dans son palais* il se bornait à donner des avis qui contribuèrent beaucoup, paraît-il, à la prospérité de l’État. La réputation de sagesse qu’il s’acquit de la sorte se répandit si fort, qu’un scribe à peu près contemporain composa sous son nom un pamphlet où le roi, « sè levant comme un dieu », fut représenté adressant à son fils quelques instructions sur l’art de gouverner. « Écoute mes paroles. — Tu règnes sur les deux mondes; tu régis les trois régions6. — Agis mieux encore que n’ont fait tes prédécesseurs* — Maintiens la bonne harmonie entre tes sujets et toi, — de peur qu’ils ne s’abandonnent à la crainte;
— ne t’isole pas au milieu d’eux; — n’emplis pas ton cœur, ne fais pas ton frère uniquement du riche et du noble, — mais n’admets pas non plus auprès' de toi les premiers venus dont l’amitié n’est pas éprouvée7. » A l’appui de ses con-
1* Peuple nomade entre le Nil et la mer Roüge. — 2. Papyrus Satlier II , pl. II, 1. 7, pl. III, 1* î. — 5. Mariette, Abydos , t. II, pl. 22. M. Sethe a proposé de lire ce nom Senouesrît, et cette lecture est assefc probable, pour que je ne conserve plus ici la lecture traditionnels. — 4. Papyrus Sallier II, pl. I, 1. 5-7. — 5. Par exemple sur deux stèles de l’an IX de Sanouasrît Iâr ( Louvre , G 2, Si et sur une stèle de l’an VII (Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et a histoire, Zcitsctirift . 1881, p. 116 sqq). — Les deux Égyptes et la Nubie. — 1. Papyrus Sallier II, pl. I, 1. 2-4. „
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seils, le vieux prince raconte sommairement ses propres exploits. Ce petit ouvrage, qui ne compte guère plus de trois pages, devint bientôt classique et conserva sa vogue pendant près de vingt siècles. Encore au temps de la dixneuvième dynastie, c’était un des morceaux qu’on étudiait dans les écoles et que les jeunes gens copiaient comme exercice de style1.
Rien ne saurait mieux montrer l’état de l’Égypte et des pays voisins à cette époque que certains passages des Mémoires d’un aventurier contemporain nommé Sinotihit*. Il était l’un des fils puinés d’Amenemhaît, et ayant surpris un 'secret d’État au moment de la mort de son père, il quitta l’armée avec laquelle il guerroyait pour s’enfuir en Asie. Arrivé à la cour d’un petit chef asiatique, on lui demanda des détails sur la puissance des souverains égyptiens. « Y' au- « rait-il eu une mort dans le palais d’Amenemhaît sans que « nous le sachions? » Alors je lui dis : « Il n’en est riéfun. Mon exil en ce pays est comme le dessein d’un dieu. ». Le chef me dit : <t L’Égypte est aux mains d’un maître qu’on appelle le dieu bienfaisant et dont la terreur s'étend sur toutes les nations environnantes, comme la déesse Sokhit s’étend sur la terre dans la saison des maladies ». Je lui répondis : « Oui, par mon salut! son fils3 entre au palais, car il a pris la direction des affaires de son père; c’est un dieu sans second, nul autre comme lui auparavant; c’est un conseiller sage en ses desseins, bienfaisant en ses décrels, qui entre et sort à son gré ; il dompte les régions étrangères, et, tandis que son père reste au palais, lui, annonce ce qu’il a gagné. C’est un brave qui agit par l’épée, un vaillant qui n’a point d’égal : il voit les barbares, s’élance,
1 . Cf. dans Maspero, The Instructions of Amenemhat I unto his son Usertesen ] ( Records of the Past. 1“ sériés, t. II, 1874, in-12), la liste des manuscrits qui nous sont parvenus de cet ouvrage. — ‘2. Chabas, tes Papyrus hiératiques de Berlin, p. 57-51, et Goodwin, The Story of Saneha, dans le Fraser’ s Magdzin-e, 1865, p. 185-202, et les Records of the Past, t. VI, p. 131-150; Maspero, le Papyrus de Berlin n° /, dans les Mélanges d' archéologie égyptienne et assyrienne, t. III, p. 68-82, et dans le* Contés populaires de l’ancienne Eyypte, p. 96-134 — 5. Ousirtasen /*r.
fond sur les pillards. Cest un lanceur de javeline, qui rend débiles les mains de l’ennemi : ceux qu’il frappe ne lèvent plus la lance. C’est uri redoutable1, qui brise les fronts : on ne lui a point résisté en son temps. C est un coureur rapide, qui massacre le fuyard; on ne l’atteint pas à courir après lui. C’est un cœur debout dans son heure. C’est un lion qui frappe de la griffe2 et n’a jamais rendu son arme. C’est un cœur cuirassé à la vue des multitudes et qui n’a rien laissé subsister derrière lui. C’est un brave qui se jette en avant quand il voit la lutte. C’est un soldat joyeux de s’élancer sur les barbares : il saisit son bouclier, il bondit, et, sans redoubler son coup, il tue, personne ne peut éviter sa flèche; sans qu’il ait besoin de tendre son arc, les barbares fuient ses bras comme des lévriers, car la grande déesse lui a donné de combattre qui ignore son nom, et quand il atteint, il n’épargne rien, il ne laisse rien subsister. C’est un ami3 merveilleux qui a su s’emparer de l’affection : son pays l’aime plus que soi-même et se réjouit en lui plus qu’en un dieu : hommes et femmes accourent lui rendre hommage. Il est roi, il a commandé dès l’œuf ; depuis sa naissance, il a été un multiplicateur de naissances, un être unique d’une essence divine, par qui cette terre se réjouit d’être gouvernée. C’est un agrandisseur de frontières qui saisira le pays du sud et ne convoite pas les pays du nord ; il s’est rendu maître des Asiatiques et a écrasé les NemmâshaîtouL » L’association de Sanouasrît Ier à la couronne avait habitué les Égyptiens à considérer ce prince comme roi de fait, du vivant même de son père. Aussi, lorsque Amenemhaît mourut, après au moins dix années de corégence et trente ans de règne, la transition, si délicate dans une dynastie nouvelle, du fondateur à son successeur immédiat, s’opéra sans secousse. Sanouasrît Ier était engagé dans une expédition contre les Libyens. Les fonctionnaires demeurés dans la capitale auprès de son père le firent
r 4. Mot à mot : a un Laveur de face ». — 2. Mot à mot : « c’est un frappant avec la griffe ». — 5. Mot à mot : « un semour ». Le titre de semour est traduit en grec par <ptXoç t3oucrt> ix.oç a ami du roi ^ Ce rapprochement, a été contesté par I.epage-Renouf. — 4. Maspero, les Montes populaires , p. 108-111. D’après la forme de leur nom, les Nemmàshaitou devaient être les Bédouins du désert.
‘ttfilUOLÜ iilEBÀlM
aussitôt prévenir ; il quitta son camp en secr et et revint à
Sanouasrit 1**, d’après un eolosse d’Abydos.
Memphis où il fut proclamé roi h L’exemple d’Amenemhail 1er
1. Maspero, Les Contes populaires , p. 96-97. Une stèle du Musée du
QHAPITHE III.
fui suivi dès lors par la plupart de ses descendants. Après quarante-deux ans, Sanouasrît Ier associa au trône son fils Amepemhaît II1, et celui-ci, trente-deux ans plus tard, partagea le pouvoir avec Sanouasrît ïl2. Amenemhaît III et Amenemhaît IV régnèrent longtemps ensemble 5. Les seuls règnes pour lesquels pous n’ayons point la preuve de ce fait sont ceux de Sanouasrît III et de la reine Sovkounofriou, la Skémiophris de dnnéthom avec laquelle la douzième dynastie s’éteignit, après deux cent treize ans, un mois et vingt-sept .jours de durée totale4.
Parmi les dynasties égyptiennes, la douzième est à coup sûr celle dont rhistoire offre le plus de certitude et le plus d’unité. Sans doute nous sommes loin de connaître tous les événements qu’elle vit s’accomplir : la biographie des huit souverains qui la composent et le détail de leurs guerres sont encore des plus incomplets. Mais du moins nous suivons sans interruption le développement de leur politique; on peut, après quatre mille ans et plus, reconstituer leur Égypte telle qu’ils se l’étaient faite et qu’ils la léguèrent à leurs successeurs, A la fois ingénieurs et soldats, amis des arts et
Caire porta la data de fan XXX d’Amenemhaît et de l’an X de Sanouasrît Ier (Mariette, t- II, pi, XXII). Deux antres stèles du même
musée (Mariette, 4 t, !IÎ, p- 198,, la seconde inédite) donnent l’an X de Sanouas.rît Pr, senl- Ûn pourrait conclure de 1’afsence du nom d’Airieneinhait que ce prince mourut en f an XXX de son règne, fan X du règne de son dis, si les trois stèles, citées plus haut, p. 96, note 6, ne montraient combien il faut se défier des indications de ce genre que fournissent les monuments. La première stèle du Caire propre quAmenemfiaît vivait encore en fan X de son üls : les autres ne prouvent nullement qu’il mourut dans cette même année. — l. Stèle de Ley4ç' y 4, datée de fan VU Y de fiaunuasrU W et de l’an u d’Amenemhait II, — %. Proscynème d’Assouan (Young, Hieroglyphîcsr pf fit) datée de fan XXXV d’Ameuemhaît II et de l’an il! de Sanouasrît U, — §. g. de Rouge, Lettre à Leemans} p. 17. — 4- C.'est le chiffre du Papyrus royal de Turin • La douzième dynastie avait été méconnue au déhut par ChampoUmu, qui faisait des Amenemhaît les princes de la dix-septième dynastie, contemporains des Pasteurs. Pendant les derniers jours de sa vie, il reconnut son erreur, mais sa découverte demeura ensevelie dans ses papiers et ne fut publiée qu’en 1873. L’honneur d’avoir remis les choses en leur place revient donc à Lepsius, Ueher die zwôlfte Ægyptische Kœnigsdynastie, dans les Mémoires de F Académie des Sciences de Berlin , 1832.
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IIP
protecteur» de l’agriculture, ils ne cessèrent un seul instant de travailler à la grandeur du pays qu’ils gouvernaient. Reculer les frontières de l’empire au détriment des peuples barbares et coloniser la vallée du Nil dans toute sa partie moyenne, de la première cataracte à la quatrième ; régulariser le système des canaux et obtenir, une plus juste répartition des eaux dans ce qui est aujourd’hui le Fayoum; orner d'édifices Héliopolis, Thèbes, Tanis, Héraclôopolis, et cent cités moins célèbres : telle fut l’œuvre qu’ils s’imposèrent et qu’ils continuèrent de père en fils pendant plus
Arrivée d'une bande d’Asiatiques en Égypte.
de deux siècles. Au sortir de leurs mains, l’Égypte, agrandie d'un tiers par la conquête de la Nubie, enrichie par de longues années de paix ef, de bonne administration, jouissait d’une prospérité sans égale. Plus tard, au temps des guerres asiatiques et des conquêtes lointaines, elle eut plus d’éclat apparent et fit plus de bruit daps le monde : au temps des Sanouasrît, elle était plus riche et plus heureuse.
Deux champs de bataille s’ouvraient aux Pharaons, l’un à l’est du Delta, en Syrie, l’autre au sud d’Eléphantine, dans la Nubie proprement dite. À l’est, l’Égypte, séparée des populations syriennes par le désert, semblait n’avoir rien à craindre derrière sa ceinture de sables. Tout au plus lui fallait-il subir quelques incursions des barbares nomades, plus ruineuses pour la fortune de certains particuliers que
CïïAFITnE TTT
pour la sécurité du pays. Four se mettre à l’abri de ces raz* zias, difficiles à éviter malgré la vigilance des garde-frontières, les souverains de l'Ancien Empire avaient, de la mer Rouge au Nil, élevé une série de forteresses et bâti une muraille qui barrait aux pillards l'entrée de l’Ouady-Toumilât1. Cette muraille, entretenue avec soin par Amenembaît Ier et par ses successeurs, marquait de ce côté l'extrême limite de l'empire. Au delà, le désert commençait et, pour la masse des Égyptiens de cette époque, un monde à peu près inconnu. Sur les peuples de la Syrie, ils ne possédaient que des notions flottantes empruntées aux caravanes ou apportées dans les ports de la Méditerranée par les marins qui les fréquentaient. Parlais cependant les riverains du Delta voyaient descendre dans leurs villes des bandes d’émigrés ou même des tribus entières qui, chasséés de leur canton natal par la misère ou par les révolutions, venaient chercher asile en Égypte, lin des bas-reliefs du tombeau de Khnoumhotpou à Béni-Hassan nous lait assister à la réception d’une troupe de ces malheureux. Au nombre de trentesept, hommes, femmes et enfants, ils sont amenés devant le gouverneur du nome de Mihi, auquel ils présentent une sorte de fard verdâtre nommé moszimit et deux bouquetins. Us sont armés, comme les Égyptiens, de l’arc, de la javeline, de la hache, de la massue, et vêtus de longues robes ou de pagnes étroits bridant sur la hanche; l’un d’eux, tout en marchant, joue d’un instrument qui rappelle, par la forme, les lyres de vieux style grec2. Les détails de leur costume, l’éclat et le bon goût des étoffes bariolées et garnies de franges dont ils sont revêtus, l'élégance de la plupart des objets qu’ils ont avec eux, témoignent d’une civilisation avancée. C’était déjà d’Asie que l'Égypte tirait les esclaves, les parfums dont elle faisait une consommation énorme, le bois et les essences du cèdre, les vases émaillés, les pierreries, le lapis et les étoiles brodées ou teintes don
1. Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin , p. 38-39, 81-82. 91. — 2. Ce bas-relief fut signalé et décrit pour la première fois par Champoilion [Monuments, t. IV, pl. CCCLX1, etc.), qui prit les immigrants pour des gens de race grecque. 11 se trouve reproduit dans Jtepsius (Denkm., II, P* 131-133) et dans Brugsch ( Histoire d’Egijpte, p. 63)
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la Chaldée se réserva le monopole jusqu’au temps des Romains1 * *.
Sur un point seulement du territoire asiatique, les Pharaons de la douzième dynastie songèrent à s’établir solidement : ce fut dans la péninsule du Sinaï, auprès des mines de cuivre et de turquoise exploitées jadis par les princes de l’Ancien Empire. Des postes échelonnés dans les gorges de la montagne protégèrent les ouvriers contre les tentatives des Bédouins. Grâce à cette précaution, on put reprendre l’exploitation des anciens filons, ouvrir des filons nouveaux et imprimer aux travaux une activité qu’ils n’avaient jamais eue auparavant. Sanouasrît 1er2, Amenemhaît IP, Amenemhaît III4, Amenemhaît IV5 y ont laissé des inscriptions à leur nom. Toutefois, même en cet endroit, les rois de la douzième dynastie ne se départirent point de leur politique habituelle; ils ne saisirent de terrain que ce qui leur était nécessaire pour l’exploitation des mines, et ils ne disputèrent pas le surplus aux tribus nomades du désert.
De toutes ces tribus, celles qu’ils connaissaient le mieux, pour avoir souvent à repousser ou à châtier leurs incursions, étaient les Sitiou ou Shasou, pillards effrontés, ainsi que l’indique le nom qu’ils s’appliquaient à eux-mêmes6. Répandus sur les frontières de l’Egypte et de la Syrie, à la lisière du désert et des terres cultivées, ils vivaient comme les Bédouins d’aujourd’hui, sans demeure fixe, moitié de pillage, moitié du profit de leurs maigres troupeaux. Quelques-uns de leurs royaumes, celui de Kadouma par exemple, étaient fréquentés des marchands égyptiens et servaient de reluge aux bannis. Un conte populaire, dont le héros vivait sous Amenemhaît et Sanouasrît 1er, nous dépeint d’une manière saisissante l’existence que ces exilés menaient à la cour des petits sheïkhs asiatiques. Sinouhît, forcé de fuir
1. Cf-, sur ce sujet, Ebers, Ægypten imd die Bûcher Moses, t. I,
p. 228 sqq. — 2. Félix, Note sopra le Dinastie de Faraoni, p. Il;
Brugscli , Gesckichle Ægyptens , p. 132. — 5. Account of the Survey ,
p. 183. — 4. Burton, Excerpta hieroglyphica , pl. XL1I; Champollion,
Monuments , t. Il, p. 690-692. — 5. Lep&ius, Denkm., II, 140 o-p. —
6. Shasou vient de la racine sémitique nDI27, piller , exercer Le brigandage.
l’Égypte pour avoir surpris un secret d'État, franchit la muraille orientale et s’enfonce dans le désert. « Je cheminai» dit-il, pendant la nuit, et à l’aube je gagnai Pouteni et me dirigeai vers le lac de Qîmoîri. Alors la soit, elle fondit sur moi; je faiblis, mon gosier s’embrasa, je me disais déjà ; « Voici le goût de la mort », quand soudain je relevai mon cœur et raidis mes membres, j’entendais la voix douce des bestiaux. J’aperçus des Bédouins; leur chef qui avait été en Égypte me reconnut et il me donna de l’eau, il me fit bouillir du lait, puis j’allai avec lui dans sa tribu1. »
Les Bédouins qui avaient accueilli Sinouhîf le conduisent de station en station jusqu’au territoire de Kadouma. Un des chefs de cette contrée l’envoie chercher et l’ipvite à s’installer près de lui : « Demeure avec moi, tu pourras entendre le langage de l’Égypte. » Et en effet, Sinouhît rencontre près du prince « certains hommes d’Égypte qui étaient parmi ses hôtes2 », Cette circonstance décide l’aventurier à se fixer dans le pays, où il fait rapidement fortune, fl Le chef me mit à la tête de ses enfants, me maria à sa fille aînée, et me donna mon choix parmi les terres les meilleures qui lui appartenaient jusqu’aux frontières du peuple voisin. C’est un bon lieu nommé Aja3; il a des. figues et du raisin, et produit plus de vin qu’il n’a d’eau. Le miel y est en quantité, ainsi que les oliviers et tous les fruits des arbres. On y trouve de forge ; ses froments n’ont point de nombre, non plus que ses bestiaux. Ce fut grand, certes, ce qu’on me conféra, quand le prince vint pour m’investir et m’établit chef de tribu parmi les meilleures du pays. J’eus des rations quotidiennes de pain et de vin, chaque jour des viandes cuites, des oies rôties, outre le gibier du pays que je prenais ou qu’on posait devant moi en plus de ce que me rapportaient mes chiens de chasse; on me faisait toute espèce de beurre et de fromage. Je passai de nombreuses années, mes enfants devinrent des braves, chacun d’eux dirigeait sa
1. Papyrus de Berlin n* I. 1, 19-2,8; Maspero, Contes populaires
p, 107. —r 2. Chabas, les Papyrus hiératiques de Berlin , p. 40. —
3. Aïa ou la rappelle jusqu’à un certain point le nom d’Æan, ’Atch, donné par les géographes anciens aux cantons qui avoisinent le golfe d’Akabah.
PÉRIODE THÉ RAINE
tribu. Le voyageur qui allait et revenait dans l’intérieur du pays se détournait vers moi, car j’accueillais bien tout le monde ; je donnais de l’eau à qui avait soif, je mettais l’égaré sur sa route, je saisissais le brigand. Les archers qui s’en allaient au loin pour battre et pour repousser les princes du pays, j’ordonnais et ils marchaient; car ce roi de Tonou me lit passer plusieurs années parmi son peuple comme général de ses soldats. Aussi chaque pays que j’envahis, je le forçai de payer tribut des produits, de ses terres; je pris ses bestiaux; j’emportai ce qui lui appartenait, j’enlevai ses bœufs, je tuai ses hommes; il était à la merci de mon sabre, de mon arc, de mes expéditions, de mes desseins pleins de sagesse qui plaisaient au roi. Donc il m’aima, connaissant ma vaillance; il me mit à la tête de ses enfants, voyant la valeur de mon bras.
« Un brave de Tonou vint me défier dans ma tente; c’était un illustre, sans pareils, car il avait détruit tous ses rivaux. 11 disait ; « Que Sinouhît se batte avec moi, car il ne « m’a pas encore frappé » ; il se flattait de prendre mes bes tiaux pour sa tribu. Le roi se consulta avec moi, et je dis : « Je ne le connais point. Certes je ne suis pas son frère, je « me tiens éloigné de son logis; est-ce que j’ai jamais ou- « vert sa porte ou franchi ses clôtures? C’est quelque aven* « tuner désireux de me voir et qui se croit appelé à me « dépouiller de mes chats et de mes chiens, en plus de mes « vaches, de fondre sur mes taureaux, mes chèvres, mes « veaux, afin de se les approprier.... » Je bandai mon arc, je préparai mes flèches, je donnai du jeu à mon poignard; je fourbis mes armes. Quand l’aube arriva, Tonou vint luimême, après avoir rassemblé toutes ses tribus et convoqué tous ses vassaux, car il désirait voir ce combat. Tous les cœurs brûlaient pour moi ; hommes et femmes poussaient des « Ah 1 » et chaque cœur s’attrista pour moi ; car on disait ; « Est-ce que c’est un autre brave qui va lutter avec « lui? Voici, l’adversaire a son bouclier, sa javeline, son pa- « quet de dards. » Quand je sortis et qu’il eut paru, je détournai de moi ses traits. Comme pas un seul ne portait, 11 landit sur mai, et alors je déchargeai mon arc contre lui. Quand mon trait s’enfonça dans son cou, il poussa un grand
cri et tomba à terre1. » Telle était, il y a plus de quatre mille ans, la vie des tribus du désert, telle elle est encore aujourd’hui; le récit de Sinouhît, à peine modifié, s'applique fort bien aux Bédouins de nos jours.
Ce fut surtout vers l’ Ethiopie que l’attention des princes de la douzième dynasiie se concentra. Là, en effet, l’Égypte était directement menacée par des peuplades remuantes qui habitaient les deux rives du Nil et les déserts environnants. C’étaient d’abord, au delà de la première cataracte et jusqu’à mi-chemin de la seconde, les Ouaouaîtou, ces vieux ennemis des Pharaons, auxquels Pépi avait eu affaire et que les princes d’Éléphantine avaient réduits en partie. Battus par les princes de la onzième dynastie et pourchassés par Amenemhaît Ier, ils reculaient sans cesse vers le Midi ou vers la mer Bouge, et ils préféraient s’expatrier plutôt que se soumettre. Plus au sud, auprès de la seconde cataracte, on trouvait le pays de Hehou et celui de Shaad, avec des carrières de calcaire blanc2. Dans le désert et au delà de la seconde cataracte erraient cent tribus aux noms étranges, Shernik, Khasa, Sous. Kaâs, Àqîn, Ànou, Sabiri, Akîti, Makisa, toujours prêtes aux razzias, toujours battues et jamais pacifiées5. Elles appartenaient à une race blanche, la race de Koush, qui, peu après la conquête memphite4, avait fait son apparition sur les bords de la mer Rouge et avait refoulé les Nègres vers les régions du Haut Nil5. Ces peuples nouveaux, issus de la souche d’où sortirent plus tard les Phéniciens, apportaient avec eux les éléments d’une civilisation à peine inférieure à celle de l’Égypte. Les Pharaons comprirent combien il leur était nécessaire de les dompter, tandis qu’ils étaient encore indécis et flottants, et ils tournèrent contre eux toutes les forces vives de la nation. A force
A. Papyrus de Berlin n° l, I. 76-141; Maspero, les Contes populaires, p. 111-115. — 2. Brugsch, G. Inschr., i I, p. 160. — 3. Brugsch, Die Negerslàmme dans la Zeitschrift ; 1882, p. 31 sqq. C’est à cette époque qu il faut attribuer les noms des peuples gravés sur la statue A 18, 19, du Louvre, usurpée par Amenôltiés III (Devéria, Lettre à M. A. Mariette, dans la lievue archéologique , 1861, t. III, p. 252). — 4. Voir plus haut, p. 101-102. Les formes Kishou, Kashou se trouvent aussi dans les textes. — 5 Lepsius, Nubische Grammatik , Einleitung , p. xc sqq.