‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 17 sur 215 · PÉRIODE TUE DARNE · texte numérisé non relu

PÉRIODE TUE DARNE

de persévérance, ils parvinrent à en annexer complètement la plupart, à détruire ou à pourchasser vers le sud ceux qui s’obstinèrent à la lutte et à les remplacer par des colonies de fellahs Dès lors toute la vallée, depuis l’endroit où le Nil

Homme et femme des tribus africaines.

quitte les plaines d’Abyssinie pour entrer dans le lit étroit qu’il s’est creusé au milieu du désert, jusqu’à l’endroit où il se décharge dans la Méditerranée, ne constitua plus qu’un seul empire, habité par un seul peuple, parlant la même langue, adorant les mêmes dieux et obéissant au même souverain.

Amenemhaît 1er avait battu les Ouaouaîtou dans la tren-

tième année de son règne1; son fils, Sanouasrît Ier, vainquit sept peuples nègres confédérés et courut triomphant jusqu’à Ouadi-Halfa 2. Sous Amenemhaît II, le pays dés Ouaoüaîtou n’était déjà plus qu’une province égyptienne gouvernée comme les autres nomes par un fonctionnaire royal 3 *. Sanouasrît II continua, avec éclat ce semble, i'tëUVfê de ses prédécesseurs, que son fils, Sanouasrît 111, acheva. Ce prihce, si populaire en Égypte qüe Manéthon oit ses compilateurs l’identifiaient avec le Sésostris de la tradition grecque et lui attribuaient la conquête du monde marcha lui-même à la tête de ses armées s et soumit toute la Nubie d’une manière définitive. Après l’annexioü du canton de Heh, il fixa la frontière de l’empire à Semnêh, près de la seconde cataracte. Une inscription gravée en Tan Vît! constate le fait: « [C’est ici] la frontière méridionale réglée en l’anYItl, sous la sainteté du roi des deux régions Khakerî Sanouasrît III, vivificateur à toujours et à jamais, afin qüe nul Nègr^ ne la franchisse efi descendant le courant, si ce n’est pour le transport des bestiaux, boeufs, chèvres, moutons appartenant aux Nègres*5. » Crie autre inscription de l'an XVI rénouvelle cette défense, et nous apprend que d sa Sainteté avait permis (ju’on érigeât une statue d’elle sur la frontière qu’ellë-mème avait établit» ^

Nul emplacement n’était mieux choisi pour servir de boulevard permanent Contre les invasions du sud. La large

1. Brugsch, Dit NtÿtfèlâthMê, dans la Zeitschrift, 1882, p. 32; cr.

plus haut, p. 96; cf. Papyrus Sallitr n° li, pl. Il, 1. 10. — 2 Stèle du Musée de Florence, BoséÜiiii, Mônumenti storici , t. XXV, nb 4; Chainpollion, Monuments, t. 1, pl. 1, et Notices, t. I, p. 692 sqq ; Berend, Principaux monuments du Musée égyptien de Florence, p. 51-52. —

3. Lepsius, Denkm., II, 123 a; Bireti, dans la Zeitschrift, 1874,

p. 111 sqq. — 4. Cette opinion a été reprise par M. E. de Rougé dans un de ses premiers mémoires: Deuxième lettre à M. Alfred Maury sui le Sésostris de la douzième dynastie de Manéthon, puis plusrécemmen

par Sethe, Sésostris, in-8°, lüü. Cf. l'article contraire de Maspero, dans le Joürnal des Savants , 1901. — 5. Expédition de l’ati VIII dans Bircli, Zeitschrift, 1875, p. 56 sqq; de l’an XIX, dans Maspero, Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne, t. Il, p. 217-219. — 6. Lepsius, Denkm. II, 156 t. — 7. Lepsius, Denkm., Il, 136 h. Ces inscriptions, mutilées par des voyageurs qui avaient voulu les emporter, sont passées du Musée de Gizéh à celui dé Berlin,

PÉRIODE fHÉBÀINE.

Chaîne de rochers granitiques qüi coupe perpendiculairement la Vallée en Cet endroit, et qui détermine une série de rapides difficiles à franchir, excepté au temps des hautes eaux, opposait Une barrière assurée aux flottes qui auraient essayé de brusquer le passage. De chaque côté, sur des 'rochers qui plongent à pic dans le courant, Sanouasrît III construisit une forteresse destinée à commander entièrement le fleuve et la vallée. Bâtis en briques crues, comme tous les édifices militaires de l’Égypte, ces forts présentent non seulement les hautes murailles et les tours massives des citadelles antiques, mais l’escarpe, le fossé, la Contreescarpe et le glacis des places plus récentes, et ils pouvaient défier pendant longtemps tous les moyens d’attaque dont on disposait à cette époque. Leur enceinte renfermait un temple dédié au fondateur, et dé nombreuses habitations aujourd’hui ruinées1.

Désormais les expéditions dirigées par les monarques égyptiens au delà de Semnéh n’eurent plus pour objet la Conquête : OU se borna â exiger un tribut et à réclamer un droit de suzeraineté, toujours incertain. C’est ainsi qu’on voit Sanouasrît III diriger en l’art XVI une razzia méthodique contre le pays de Heuâ Sur le îacazze 2 *, et Amenemhaît III se Vanter de victoires remportées sur les nègres éthiopiens, mais sans mention d’acquisition nouvelle5. On se contenta de fortifier et d’aménager le territoire annexé récemment. Sanouasrît 111 V fonda, un peu au sud d’Éléphantine, une ville qu’il appela de son nom Hirou-KhakeH, « les voies de Khakerî », et jeta le long du fleuve tanL de fondations utiles, qu’après sa mort il fût divinisé à Semnéh4 et adôré pendant plus de dix siècles sur le mèmè pied que Doudoun, Anoukit, Klifloumoü et les autres divinités locales. Son temple, ruiné pendant les premiers règnes de la dixdmitième dynastie, fut restauré par Thoutmèsis 111 et il a duré jusqu’à nos jours. Son fils et successeur, Amenemhaît III, construisit en faCe de

1. M. de Vogue, Fortifications de Semnéh en Nubie, dans le Bulletin

àfchédlorjiquè de l' À Ikensé'utn fiançais, 1855, p. <81 sqq. — 2. Naville,

Bubàstis, pl. XXXIV A et p. 9-iO. — 5. Lhpsius, Detlkm., II, 158. —

4. Lepsius, Dênkni., Il, 156 b; Brilgsch, G. Ins., t. I, p. 46; E. dé

Rougé, Inscriptions des rochers de Semnéh, d. 2-5.

Pselkis une forteresse importante1. Il eut aussi l’idée de faire observer les hauteurs que le Nil atteignait à Semnéh pendant l’inondation, et les cotes qu’il a enregistrées sur les rochers voisins ne sont pas au nombre des souvenirs les moins curieux de son règne2.

Ce n’était pas dans un simple intérêt de curiosité que les ingénieurs postés à Semnéh se livraient à ce travail de relevé. Ils amassaient les éléments de calcul nécessaires à ceux de leurs confrères qui étaient chargés en Égypte de l’entretien des canaux. On sent quelle devait être l’utilité de cette tâche dans une contrée où le succès de la culture dépend de la répartition des eaux à la surface du sol, et dans un temps où les princes ne cessaient de rechercher tous les moyens possibles pour remédier à l’excès ou à l’insuffisance de l’inondation. Sanouasrît Ier traça une ligne de digues le long de la rive occidentale, contre laquelle portait surtout le fleuve, et ses successeurs, occupés qu’ils étaient par les guerres nubiennes, n’en exercèrent pas moins la plus active surveillance sur le service des eaux. A quelques lieues en amont de Memphis, la chaîne Libyque s’interrompt soudain et démasque l’entrée d’une vallée qui, d’abord étouffée entre les parois de la montagne, s’élargit à mesure qu’elle s'enfonce vers le couchant et finit par s’épanouir en amphithéâtre. « Au centre s’étend un large plateau dont le niveau général est celui des plaines de l’Égypte; à l’ouest, au contraire, une dépression considérable de terrain produit une vallée qu’un lac naturel de plus de dix lieues de long (le Birket-Qéroun) emplit de ses eaux5. » Au début de l’histoire, le lac était beaucoup plus considérable que nous ne le voyons aujourd'hui ; il remplissait l’amphithéâtre entier, à l’exception d’un canton marécageux qui se déployait en bordure au pied de la montagne orientale, vers le point où s’ouvre la gorge qui communiquait avec la vallée. Là se trouvait de toute antiquité ce qu’on appelait To-skaît , la terre du lac, et sur cette terre la ville de Sliodît, celle à qui les Grecs attri-

1. Prisse d’Avennes dans Chabas, les Inscriptions des mines d'or, p. 13-14. — 2. Lepsius, Brief an Ehrenberg , dans le Monatsberichte de l’Académie de Berlin, 1845; Denkm ., II, 139. 3. Mariette, Aperçu de

l'histoire d'Égypte, p. 33.

PERIODE THEBAINE.

huèrent pms tard le nom de Crocodilopolis. Les rois de la XIIe dynastie, qui allaient souvent chasser les oiseaux dans ces marais, se prirent d’affection pour le site. Amenemhaît 1er y construisit un édifice dans lequel on a déterré sa statue1. Sanouasrît Ier y éleva un temple, dont il ne subsiste plus rien, si ce n’est les fragments de l’un des obélisques qui en décoraient l’entrée2. Amenemhaît III fit plus encore. S’il ne fonda point Grocodilopolis, comme le veulent certains auteurs classiques3, du moins il y érigea des monuments dont la nature, mal comprise à l’époque hellénique, donna naissance à la légende du lac Mœris et du Labyrinthe.

Hérodote est le premier des historiens occidentaux qui en parle, le seul qui les ait vus, et c’est à lui que les écrivains postérieurs en empruntèrent la description, non sans l’embellir de traits plus ou moins fabuleux. Il racontait donc qu’un Pharaon Mœris, inconnu aux documents indigènes, avait établi en cet endroit un réservoir immense où il emmagasina le surplus de l’inondation. Ce réservoir était ceint de fortes digues et il mesurait un pourtour de quatre-vingt-dix milles4. Deux canaux munis d’écluses procuraient la communication avec le Nil et régularisaient l’entrée ou la décharge des eaux 5. L’un d’entre eux s’emmanchait sur le fleuve à quelque distance au sud et courait en diagonale le long de la chaîne Libyque, à peu près dans la direction du Bahr-Yousouf actuel; l’autre branchait beaucoup plus bas, à l’est du Fayoum, et suivait probablement le lit du canal auxiliaire qui s’amorce aujourd’hui au voisinage de Béni-Souef. G’était probablement au point d’intersection de ces deux canaux qu’étaient placées les écluses, et le rameau nord était seul ouvert pendant le moment de l’étiage6. La crue était-elle suffisante? l’eau, emmagasinée dans le lac, puis relâchée au fur et à mesure que le besoin s’en faisait sentir, maintenait le niveau à la hauteur convenable dans toute la moyenne Égypte et sur la rive gauche du Nil jusqu’à la mer. L’année d’après, la crue menaçait-elle

1. Lepsius, Denkm., II, pl. H8. — 2. Lepsius, Denkm., II, pl. 119. — • 3. Diodore de Sicile I, 89, 8. — 4. Hérodote, II, cxlix; Cf. Linant-Bey, Mémoire sur le lac Mœris. — 5. Strabon, 1. XV, ch. i. — 6. Wilkinson, Handbook, p. 258 b.

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