Lepsius, Denkrn •• II
vaient l’impôt et le service militaire à l’un, bonne et exacte justice aux autres. « J’ai suivi mon maître, lorsqu’il marcha pour battre les ennemis dans les contrées étrangères. J’ai marché en qualité de fils d’un chef, de chambellan, de général de l’infanterie, de nomarque de Mihi. Je vins contre Koush, et en marchant je fus conduit jusqu'aux extrémités de la terre. Je conduisis les butins de mon maître, et ma louange atteignit le ciel. Quand Sa Majesté revint en paix, après avoir battu ses ennemis dans Koush la vile, je vins le servir devant lui. Pas un de mes soldats n’a déserté lorsque je convoyai les produits de mines d’or à la Sainteté du roi Sanouasrît Ier, vivant à toujours et à jamais. J’allai alors avec le prince héritier, fils aîné du roi de son flanc, Amoni v. s. f.; j’allai avec quatre cents hommes tous choisis d’entre mes guerriers, je vins en paix, et aucun d’eux ne déserta quand je conduisis le produit des mines d'or. Mon entreprise me fît louer par les rois1. » — « Moi j’étais un maître de bonté, plein d’amabilité, un gouverneur qui aimait son pays.... J’ai travaillé et le nome entier fut en pleine activité. Jamais petit enfant ne fut affligé par moi, jamais veuve maltraitée par moi; jamais je n’ai repoussé laboureur, jamais je n’ai empêché pasteur. Jamais n’exista commandant de cinq hommes dont j’aie réquisitionné les hommes pour mes travaux. Jamais disette ne fut de mon temps, jamais affamé sous mon gouvernement, même dans les années de disette2; car alors je labourai tous les terrains du nome de Mihi jusqu’à ses limites au sud et au nord, je fis vivre ses habitants en leur répartissant ses productions, si bien qu'il n’y eut pas d’affamés en lui. J’ai donné également à la veuve et à la femme mariée, et je n’ai pas préféré le grand au petit dans ce que j’ai donné. Quand la crue du Nil était haute et que les propriétaires de champs ainsi que les propriétaires de toutes ehoses avaient bon espoir, je n’ai pas coupé les bras d’eau qui arrosent les champs3. »
Sous l’influence pacifique des barons locaux, la richesse,
1. Lepsius, Denkm., II, 122. — 2. Littéralement : « lorsqu'il y eut des années de faim ». — 5. Lepsius. Denkm., II, 122; Cf. Birch, On a remarkable inscription of the xn//l dynasty ; Brugsch, Reiseberichten, p. 93 sqq., G. Insc.hr., p. 111-116 .
PÉRIODE TIIEBAINE.
déjà générale même en temps de trouble, se développa d'une manière merveilleuse. 11 faut avoir étudié, sur les murailles des tombeaux de Béni-Hassan ou sur les planches de Champollion, de Rosellini ou de Lepsius’, les peintures où les artistes du temps ont représenté les différents métiers alors en usage, pour se faire une idée de l'activité avec laquelle tous les travaux utiles étaient poussés. C’est d’abord le labourage à force de bœufs ou à bras d’hommes; le semage, le foulage des terres par les béliers; le hersage, la récolte et la mise en gerbes du lin et du blé, le battage, le mesurage, le transport au grenier à dos d'ânes ou par chalands; la vendange, l’égrenage du raisin, la fabrication du vin dans deux pressoirs différents, la mise en amphores et l’aménagement des caves. D’autres tableaux montrent le sculpteur sur pierre et le sculpteur sur bois à leurs pièces ; des verriers soufflant des bouteilles, des potiers modelant leurs vases et les enfournant; des cordonniers, des charpentiers, des menuisiers, des corroyeurs, des femmes au métier, tissant la toile sous la surveillance des eunuques, sans trêve ni relâche. Malgré les professions de charité que les nomarques étalaient sur leurs pierres funéraires, la condition de ces classes ouvrières était des plus dures. Sans cesse courbées sous le bâton du contremaître, il leur fallait peiner du matin au soir contre une maigre ration de vivres à peine suffisante pour leur nourriture et celle de leur famille. « J’ai vu le forgeron à ses travaux, — «à la gueule du four, »
— disait un scribe du temps à son fils. « Ses doigts sont rugueux comme des objets en peau de crocodile, — il est puant plus qu’un œuf de poisson, fout artisan en métaux,
— a-t-il plus de repos que le laboureur? — Ses champs à lui, c’est du bois; ses outils, du métal. — La nuit, quand il est censé être libre, — il travaille encore, après tout ce que ses bras ont déjà fait pendant le jour, — la nuit, il veille au flambeau.
« Le tailleur de pierre cherche du travail, — en toute espèce de pierres dures. — Lorsqu’il a fini les travaux de son métier, — et que ses bras sont usés, il se repose; —