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HIST. ANC. DE L’ORIENT. - MASPKHO

complète les annales de cette époque, nous n’y trouverions guère que la mention de révoltes contre l’autorité centrale, interrompues çà et là par des conflits sanglants avec les Élamites et ayec les Àraméens, l’indication de temples fondés ou restaurés, de canaux nettoyés ou tracés à nouveau. La Chaldée, repliée sur elle même, avait perdu les conquêtes lointaines de Shargina, de Naramsin et de Hammourabi.

Cependant, au nord et dans les pays jusqu’alors occupés par les Coutim, venaient de surgir en plein jour une ville et un État, obscurs naguère encore, Élassar et le royaume d’Assour.Élassgr1 était construitesur la rive gauche du Tigre, à soixante kilomètres au-dessus de la jonction du fleuve avec le ?ab inférieur. Sur l’autre rive, mais plus haut vers la source, au delà duZab supérieur, on rencontrait la forteresse de Ninive^. Le pays d’Assour, gouverné par des souverains pontifes, relevait de la Chaldée. Ses premiers princes connus, ûushpia, Érishoum, Ékounoum, Belk§pkapou et son fils Shamshiadad Ier, Ismidagân et son fils Shamshiadad II, ne sont pour nous que des noms : ils vivaient entre âOOO et 1600 de notre ère, et les derniers d’entre eux furent contemporains des premiers Pharaons de la dix-huitième dynastie. Leurs successeurs, sinon eux-mêmes, étaient destinés à sentir bientôt le poids de la puissance thébaine.

L,3 dix-huitidine dynastie.

Il serait curieux de connaître l’impression que ce monde produisit sur les premiers Égyptiens qui s*y aventurèrent. Par malheur, le récit des campagnes d’Aménôthès et de Thoutmôsis Iet n est pas arrivé jusqu’à nous. Nous savons seulement que, dèsfan I de son règne, Thoutmôsis poussa jusqu’au nord de la Syrie*, et qu’il érigea des stèles triomphales sur les bords üe 1 Euphrate4, probablement dans les environs de Gargamish. Cette campagne, ou plutôt ce voyage de découverte, régla 1 itinéraire que les armées de Pharaon devaient suivre désormais dans toutes leurs guerres, sans presque jamais

1. Auj. Katah-Shergàt. — %. La jSii des listes égyptiennes, qui avait ete identifiée avec Ninive, est une ville de la fœjé-Syrje oq du Hauràn — . Lepsius, Denum III, 5. — 4. E. de Rougé, 4 anale» de Tontmt* III» P* il*

LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE

s’en écarter. Au sortir d’Égypte elles marchaient sur Raphia, la plus méridionale des forteresses syriennes, de là sur Gaza, Ascalon, lerza1 et louhmou2. C’était le chemin ordinaire des caravanes : il menait droit au but, laissant un peu sur la gauche le port de Joppé et ses jardins délicieux3, sur la droite la masse confuse des monts Amorrhéens. Près d’Arouna4, il s’enfonçait dans les gorges du Carmel, puis il reparaissait dans la plaine, presque au nord de Taanakou, une des cités royales des Cananéens, et, quelques milles plus loin, il atteignait Mageddo3 *. Mais cette voie, la plus directe et la plus commode pour des marchands, n’était pas sans danger pour une armée. Les défilés du Carmel étaient si étroits qu’en certains endroits les soldats étaient obligés de s’y glisser un à un* : quelques hommes résolus pouvaient y délier un adversaire nombreux. Une autre route plus longue, mais moins périlleuse, tournait cette barrière formidable. Elle se détachait de la première à la hauteur du bourg actuel de Kakôn, courait vers la droite, à travers les monts Amorrhéens, débouchait dans la plaine d’Iesréel et aboutissait en arrière de Mageddo, dans la direction de Zafiti7. Mageddo, bâtie au bord du torrent de Qina, barrait les approches du Liban et ouvrait ou fermait â volonté l’accès de la Cœlé-Syrie aux bandes qui montaient vers l’Euphrate. Aussi la vit-on en première ligne dans toutes les guerres des Égyptiens en Asie : elle fut le point de ralliement des forces cananéennes et le

1. Aujourd’hui Khirbét-Ierza (E. de Rougé, Divers monuments de

Toutmès, III, p. 54, n° 59). — 2. Selon F. de Saulcy, dont j'adopte l’opinion, el-Kheiméh ( Lettre à M. Chabas sur quelques points de la géographie antique de la Syrie , selon la science égyptienne , dans les Mélanges d'aiçhfologiex t. I, p, 120), 3, Une localité voisine, mentionnée

dans la liste des conquêtes de Thoutmôsis III, sous len° 70, porte le nom de Ganoutou, les Jardins. Cf. Papyrus Anastasi /, pl. XXV, 1. 2-5. —

4. J’avais songé à Arranéh, et cette position a également frappé M. Conder {Megiddo, dans le Qmrterly Statement du Palestine Exploration Fund,

janvier 1877, p. 19); mais elle ne convient pas au récit de la bataille

de Mageddo. — 5. M. Conder a essayé de montrer que Mageddo était située à Mejedda, près de Beth-Shean (cf. Meaiddor dans le Quaterly Statement ,

janvier 1877, p. 13 sqq.). — 6. Cf. Maspero, le Récit de la campagne contre Mageddo , sous Thoutmos III , dans le Recueil de travaux , t. II, p. 51 sqq. — 7, C’est probablement le village moderne de Zebed à l’ouest de Magidi.

poste avancé des peuples septentrionaux contre les attaques venues du Midi. Une victoire remportée sous ses murs livrait la Palestine entière au vainqueur et lui permettait de continuer vers POronte.

Mageddo entre leurs mains, les Égyptiens débordaient le Thabor, traversaient les régions montueuses qui séparent le haut Jourdain de la côte phénicienne et descendaient dans la Bekaa, non loin du bourg actuel de Ghazzé. Ils cheminaient d’abord le long du Nazana, non loin de Tibekhat (Baalbeck), puis ils côtoyaient POronte jusqu’à Iiamath. Qodshou (Kadesh) la Grande était la plus importante des places qu’ils rencontraient au passage. Bâtie dans un des replis de POronte naissant1, elle était tombée au pouvoir des Amorrhéens, et elle était devenue l'une de leurs capitales, un des remparts de leur puissance contre Pharaon. Les chefs syriens, battus à Mageddo, rétrogradaient d’ordinaire jusqu’à elle et ils livraient leur seconde bataille sous ses murs. Vaincus encore, ils n’avaient plus d’autre ressource que de se disperser et de s’enfermer chacun dans sa forteresse. Les Égyptiens, lancés sur leur piste, longeaient POronte, obliquaient à droite et gagnaient Khaloupou et Patina (Batanæ)2. De là àGargamish, il y avait quelques heures de marche, sans plus.

Les peuples situés de chaque côté de cette route militaire reconnurent l’autorité des Pharaons et furent incorporés à leur domaine. Les uns, à l’exemple des Phéniciens, acceptèrent le joug presque sans combat; il fallut, pour dompter les autres, de longues guerres et des batailles acharnées Aussi bien ne peut-on guère se représenter la puissance égyptienne comme quelque chose d’analogue à ce que fut plus tard la romaine. La Syrie, la Phénicie, l’Arabie, l’Éthiopie ne constituèrent jamais des provinces assimilées aux nomes de l’Égypte et administrées par des officiers de race égyptienne, biles gardèrent leurs anciennes lois, leurs anciennes religions, leurs anciennes coutumes, leurs dynas-

1. Thomson ( The Land and. the Book, p. 110) et, après lui, Conder ont retrouvé les restes de Qodshou à Tell-Naby-Mendoh, sur l’emplacement de l’ancienne Laodiceia ad Libanum ( Quarterly étalement , juillet, 1881, p. 163-175) : leur hypothèse a été confirmée par les fouilles de Gautier. — 2. G. Maspero, De Carchemis oppidi situ , p. 5.

LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE

ties; elles restèrent, en un mot, ce qu’elles étaient avant la conquête. C’était une sorte d’empire féodal, dont le Pharaon était le suzerain et les chefs syriens ou nègres les grands vassaux. Les vassaux devaient hommage au suzerain, lui payaient tribut, accordaient à ses troupes et refusaient à ses ennemis l’accès de leur territoire, "ils étaient surveillés par des garnisons égyptiennes postées dans les orteresses principales, et des envoyés de Pharaon les inspectaient à des intervalles assez rapprochés, mais somme toute, ls demeuraient maîtres chez eux et ils pouvaient batailler les uns contre les autres, signer la paix, contracter des alliances, régler à leur guise leurs affaires intérieures, sans que le suzerain songeât à s’y opposer. Une domination organisée de la sorte n’était pas des plus solides. Tant que le pouvoir suprême était aux mains d’un prince énergique, ou plutôt, tant que le souvenir de la défaite subsistait assez vivant dans l’esprit des vaincus pour étouffer leurs velléités d’indépendance, les chefs se montraient fidèles à leurs promesses, et ils payaient l’impôt. Mais la mort du souverain régnant et l’avènement d’un souverain plus jeune, un échec ou simplement le bruit d’un échec subi parles généraux égyptiens, le moindre événement suffisais à provoquer des défections; une coalition se nouait sur quelques points du territoire. Une ou deux batailles en avaient raison : les alliés se débandaient et couraient se retrancher d’ordinaire chacun dans son château. Les Égyptiens ne rencontraient plus devant eux de grandes , armées ; ils devaient attaquer les chefs rebelles l’un après l’autre, et les assiéger longuement avant de les forcer. C’est en vain qu’ils procédaient alors par moyens de rigueur, saccageaient les campagnes, volaient les troupeaux, rasaient les bastilles, mettaient les villes à feu et à sang, déposaient et condamnaient les princes au supplice, emmenaient des tribus entières en esclavage : rien n’y faisait. La révolte renaissait plus obstinée, sitôt que les peuples ou les cités croyaient voir quelque faiblesse se manifester chez leurs seigneurs égyptiens1.

De tous les enfants que Thoutmôsis 1er avait eus de sa

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