Maspero, la Mêlée des peuples , p
femme légitime Ahmôsis1, un seul avait vécu, une fille, Hashopsouitou. Quelque temps avant sa mort, il la couronna roi* et il la maria au fils, Thoutmôsis II, que lui avait donné une des femmes de son harem*'. Le règne de Thoutmôsis II dufa quelques années à peine et ne fut illustré par aucun événement considérable. Quelques expéditions contre les Syriens et contre les Nègres confirmèrent sa suprématie sur l’Asie et sur l’Éthiopie*. Les tribus de la Nubie, sans cesse agitées depuis l’époque d’Àhmôsis Ier, semblèrent enfin se résigner à la perte de leur liberté. Leur pays, partagé en nomes sur le modèle de l'Égypte, fut érigé en une viceroyauté, qui s’agrandit au détriment des peuplades éthiopiennes et qui s’étendit de la première cataracte aux montagnes d’Abyssinie. D’abord confié à de grands fonctionnaires, ce gouvernement devint une des charges les plus importantes de l’État, et l’usage prévalut à la cour d’y nommer l’héritier de la couronne avec le titre de prince de Koush4. Quelque-fois le titre était purement honorifique : le jeune prince demeurait auprès de son père, tandis qu’un lieutenant administrait pour lui. Souvent il gouvernait lui-même et i! faisait l’apprentissage de son métier de roi dans les régions du Haut-Nil. Aussi bien Horus, fils d’Osiris, avait commencé par rêgnerlà, avant de déclarer la guerre à Sit et de venger son père : débuter comme Horus, et diriger une expédition contre les premiers ennemis qu’il avait combattus, était pour le futur maître de l’Égypte marquer une fois de plus la réalité de sa descendance divine.
La reine Hatshopsouitou tenait, du chef de sa mère Ahmôsis et de sa grand-mère Ahhotpou, des droits supérieurs même à ceux de son père et de son mari. Elle était, aux yeux de la nation, l’héritière légitime du trône et le repré-*
t. Elle était fille, comme lüi, d’Àmenôthês 1er et dé sa sœur, Alihotpou II. Elle àpparaît aveé sa mère dans Lepsius* Dêttkinâleri III, 26, 1 b. -—2. Cf. Maspero, Notes sur quelques points de grammaire et d'histoire , dans la Zeitschrift , 1882, p. 132-Î33. — 3. Stèle d’Assouan, dansLepsius, Denkm., III, 16 a. — 4. Le titre égyptien est fils royal dè Koush. Dans le Papyrus d’Orbiney (pl. XlX, 1. 1), pat* exemple, le héros dli roman, fils de Pharaon, est nommé prince de Koush dès le moment de sa naissance.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
sentant directe des dynasties anciennes* Aussi, quand Thoutmôsis 1er l’appela à la régence1, sur la fin de ses jours, la raison d’État eut au moins autant de part à sa résolution que l’affection paternelle. L’autorité de la reine, consacrée par le chef de la famille, ne fit que s’accroître pendant la vie de Thoutmôsis IL Gelui-ci n’avait eu d’elle que des filles dont l’une était officiellement l’héritière, mais un enfant mal lui était né d’une concubine du nom d’Isis*, un Thoutmôsis, qu’il élevait pour le sacerdoce* dans le temple d’Amon thébain, Avant de mourir, il associa solennellement au trône ce fils à demi illégitime, et il le plaça sous la tutelle
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Les navires de là. flotte égyptienne.
cfHâtshopsouitou. Celle-ci le maria â sa fille Hatshopsouitou- Marirî, le seul enfant qui survécût de son union avec Thoufmôsis II*, mais elle ne lui laissa pendant longtemps que l’apparence du pouvoir dont elle se réservait la réalité. Ëlle construisit et dédia des temples, offrit le sacrifice royal, décida de la paix et de la guerre : elle alla jusqu’à se faire représentée eti homme, avec la barbe postiche de§ souve-
1. E* de Rougé, Études des monuments du massif de Karnak, dans les Mélanges d' archéologie, t; I, p. 50. — - 2* Maspero, Notes sur quel ques pointé de gramfhaire et d'histoire , dans la Zeitschrift , 1882, p. 432- 433. — 3. E. de Rongé, Étude sut lés monuments , dans les Mélanqeti t. I, p. 50.
rains. Elle sut d’ailleurs conserver intacte la domination sur les pays du Sud et du Nord, reçut, comme son père, les tributs de la Syrie, recommença l’exploitation des mines du Sinaï1 2 * *, et explora le Tonoutir, où nul Égyptien n’avait posé le pied. Le Tonoutir confinait au Pouanît et comprenait toutes les régions inconnues situées au sud-est de l’Égypte, sur les côtes de l’Afrique et de l’Arabie. Hatshopsouitou, sur l’ordre d’Amon, résolut de « connaître la terre de Pouanît, jusqu’aux extrémités du Tonoutir », et d’en tirer directement par mer les bois de luxe, l’ivoire, les gommes, les aromates, l’or, l’argent, le lapis-lazuli, les pierreries, toutes les denrées précieuses dont l’Égypte avait besoin pour son culte et pour son industrie. Elle lança sur la mer Ronge une escadre de cinq vaisseaux8, qu’un voyage heureux mena aux Échelles de l’Encens, sur la côte du pays des Aromates, à peu de distance du cap Guardafui. Les Égyptiens, descendus à terre, dressèrent une tente, dans laquelle ils entassèrent leurs pacotilles pour les échanger contre les produits du crû. Les indigènes appartenaient à la même race que les Koushites de l’Arabie méridionale et de la Nubie. Ils étaient grands, élancés, d’une couleur qui varie entre le rouge brique et le brun presque noir. Leur chef, nommé Parihou5 * *, avait le boumerang à la main, le poignard à la ceinture, un collier de verroterie au cou ; sa jambe droite était emboîtée dans de larges anneaux en métal jaune, probablement de l’or. Sa femme Ati et sa fille présentaient un aspect bizarre : la mère n’était qu’un amas de chairs pendantes, et la fille menaçait de ressembler à la mère. Rien n’est plus disgracieux à notre sens, mais les gens du Tonoutir étaient de ces peuples aux yeux desquels ce boursouflement paraît l’idéal de la beauté féminine \ Les principales
1. Stèle de XVI à Ouady Magharah (Lepsius, Denkm., III, 28 b). —
2. Voir dans Maspero, De quelque s navigations des Égyptiens ( Revue
historique, X. IX, p. 12, note 1), les raisons pour lesquelles on ne sau¬
rait admettre la présence de plus de cinq vaisseaux. — 3. Probablement
identique au nom arabe Farihou, de la racine fariha « laetus, hilaris
fuit ». — 4. Cf. Speke, les Sources du Nil , trad. fr., p. 483; Schwein-
furth, Au cœur de l’Afrique , trad.- fr., t. I, p. 282; Chabas, Études sur
l antiquité historique , p. 154; Mariette, Deir-el-Bahari , p. 30.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
conditions du marché se réglèrent probablement dans un banquet, où l’on servit aux barbares toutes les délicatesses de la cuisine égyptienne. Les envoyés reçurent d’eux, entre autres objets rares, trente-deux arbrisseaux à parfum, disposés dans des paniers avec des mottes de terre. Hatshopsouitou les planta par la suite dans ses jardins de Thèbes :
Le chef et la reine du Pouamt.
c’est je crois, le premier essai connu d’acclimatation1. Cette expédition avait eu lieu en l’an IX du règne officiel de Thoutmôsis III2 : la régente mourut vers l’an XX, et son
1. Les textes relatifs à cette exploration ont été publiés par Dümichen dans ses grands ouvrages : Die Flotte einer Ægyptischen Kcenigin, et Hist. Inschriften , t. II, ainsi que par Mariette, Deir-el-Baharî. Ils ont été étudiés par E. de Rougé, Étude des monuments du massif de Karnak, dans les Mélanges d.' archéologie , t. I, p. 49 sqq., et par G. Maspero, De quelques navigations des Égyptiens sur les côtes de la mer Erythrée, dans la Revue historique , t. IX, p. i sqq. Cf. Hommel, Die Semitischen Vôlker , t. I, p. 156 sqq. — 2. Cette date esl donnée dans Dümichen, Die Flotte , pl. XVIII, a, 3; mais on ne voit pas bien si elle
m CHAPITRE V.
neveu, depuis longtemps parvenu à l’âge d’homme, demeura seul sur le trône.
Il n’avail eu jusqu’alors que les titres et l’appareil de la royauté : à peine en possession du pouvoir réel, il se lança dans les guerres de conquêtes et dans les expéditions lointaines. L’effort de ses premières armes se concentra sur la Syrie. « Pendant des années, le pays des Routonou avait été en discorde i chacun se battait contre son voisin grand ou petit », et l'autorité de l'Égypte s'êtaît affaiblie au milieu de ces révoltes. Thoutmôsis itî assembla son armée, et quitta Zarou, sur la frontière du Delta, le 2b Pharrnouti. Arrivé à Gaaa le b Pakhons, il y séjourna le temps de célébrer l’anniversaire de son couronnement et d'inaugurer, au milieu des fêtes, la vîngt4roisiême aimée de son règne. Les jours suivants, il marcha lentement i le 1D, 11 «'était encore qu’à louhmou, h une vingtaine de lieues au nord de Gaza, et il y attendait ies rapports de ses éclaireurs pour régler définitivement son plan de campague. Il apprit enfin que le prince de Qodshou était entré â Mageddo, avec les contingents des confédérés, et qu'il s’y fortifiait. Il réunit aussitôt ses générait* et ii leur communiqua les dépêches qu'il venait de recevoir, Quelques-uns d'entre eu*, redoutant les dangers que présentait le passage des défilés auprès d'Àrouna, déclarèrent qu’il fallait tourner la position, par les sentiers qui menaient vers Zafffl, Thoutmôsis rejeta avec indignation leur avis qu’il trouvait entaché de lâcheté. « Par ma vie, par l’amour que Râ a pour moi, par la faveur dont je jouis auprès de mon père Amon, je passerai par ce chemin d’Arouna, Soit qu’il y en ait parmi vous à qui il plaise d’aller par les autres chemins dont vous m’avez parlé, soit qu’il y en ait parmi vous â qui il plaise de me suivre. Car que dirait-on chez ces vils ennemis que Râ déteste : « Est-ce que Pharaon « ne passe pas un autre chemin? Il s’écarte par peur de « nous; » voilà ce qu’ils diraient. » On répondit au roi : « Tou père Amon te protège. Nous te suivrons en tout lieu où tu
Marque le commencement de l’expédition, le retour des navires, oü le jour de l’inauguration du temple que Hatshopsouitou construisit en commémoration de l’événement.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
passeras, comme il convient que des serviteurs suivent leur maître. » Trois jours de marches forcées l’amenèrent au bourg d’Arouna. Le 20, de grand matin, il franchit le col, sans avoir heureusement à surmonter d’autre obstacle que la difficulté du terrain, s’arrêta un instant sur le versant septentrional de la montagne, afin de rallier son arrièregarde attardée, el déboucha en plaine, vers la septième heure. Comme il était trop tard pour rien entreprendre le jour même* il établit son camp au bord du Qina, en face du camp ennemi.
Le 21, dès l’aube, l’armée égyptienne se rangea en bataille. La droite s’appuyait au torrent, la gauche se déployait en plaine jusqu’au nord-ouest de Mageddo, sans doute afin de déborder l’ennemi et de le refouler sous les murs de la ville : le roi était au
centre. Les Syriens, enfoncés après une courte mêlée, furent saisis de panique, Ils abandonnèrent leurs chars et leürs chevaux et s’enfuirent dans la direction de Magéddo; comme ils se précipitaient pour se réfugier dans l’enceinte, la garnison, craignant de voir les Egyptiens entrer après eux, leur ferma les portes. C’est au pins si l’on consentit â hisser les généraux sur le rempart au moyen de cordes. « Et certes, plût à Dieu que les soldats de 8a Majesté ne se fussent pas laissés aller à prendre les dépouilles des ennemis ! Ils eussent pénètre dans Mageddo à l’instant.» La cupidité des Égyptiens sauva les vaincus^ il d’y eut que quatre-vingt-trois mort9 et cent quarante prisonniers, mais ott recueillit sur le champ de bataille deux mille cent trente-deux chevaux, neuf cent quatre*^ ngt-quatürae chars et tout le butin que les Asiatiques avaient abandonné dans la déroute. Le soir même, l’armée victorieuse défila devant
Thoutmôsis III et déposa les dépouilles à ses pieds. Il répondit à cet hommage par un discours de reproches : « Si ensuite vous aviez pris Mageddo, c’eût été une bien grande faveur que mon père Rà m’eut accordée en ce jour ; car tous les chefs du pays sont enfermés en elle, si bien que c’est prendre mille villes que prendre Mageddo. « La place, investie sans delai, capitula bientôt, et sa chute décida du succès de la campagne. Les chefs de la Syrie se hâtèrent de payer le tribut et de prêter le serment de fidélité1.
Trois expéditions successives, de Lan XXIV à l’an XXVIII, complétèrent la soumission de la Syrie et de la Phénicie méridionales. En l’an XXIX, Thoutmôsis III était au cœur du Naharanna, entre l’Euphrate et TOronte. Tounipou, Gargamish* et les districts à l’ouest de Khaloupou furent pillés consciencieusement pour la gloire d’Amon Thébain : or, argent, bronze, lapis-lazuli,toutceque renlermait le trésor des princes hittites passa dans les coffres du dieu. Le roi revenait vers l’Égypte, « le cœur joyeux », lorsqu’il s’avisa que le Zabi3, placé à l’écart des voies militaires, était une proie facile à saisir et de riche butin : les caves regorgeaient de vin, les greniers étaient pleins de blé, même la moisson n’était pas entamée, et les arbres étaient encore chargés de leurs fruits. 11 obliqua donc vers l’est et fondit à l’improviste sur le territoire d’Àrad. Ce fut une razzia plutôt qu’une guerre en règle : la ville échappa grâce à son fossé de mer, mais ses récoltes furent détruites, ses vergers saccagés, ses bestiaux emmenés, et tout le Zahi brûlé à plaisir. L’abon-
1. Les textes relatifs à cette campagne sont analysés dans les Notices de Champollion, t. II. p. 154-158, et publiés en entier par Lepsius, Denkvi., III, pl. 31 6-52. Ils ont été étudiés par E. de Rougé. Annales de Touthmès III, p, 8-9, 26-28, Sur quelques monuments inédits du règne de Touthmès III , p. 55-40; traduits par H. Brugsch, Geschichte Ægyptens, p. 294-305, et par Maspero, le Récit de la campagne contre Mageddo, dans le Recueil , t. II, p. 48-56, 139-150. — 2. Inscription (C Amonemhabi, publiée par Ebers, Thaten und Zeit Totlimes III, dans la Zeitschrift, 1873, p. 1 sqq., et dans la Zeitschrift der D. Morg. Gesellschaft, t. XXX, p. 591 sqq., t. XXXI, p. 459 sqq. J’identifie l’expédition mentionnée 1. 5-71 de ce texte avec la cinquième campagne de Thoutmôsis III. — 3. La Phénicie sepentrionale ; cf. p. 218 de cette histoire.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
dance fut telle au camp du vainqueur, que les soldats purent se servir d’huile d’olive chaque jour, luxe qu’ils ne s’accordaient en Egypte qu’aux jours de fête1. Ils reparurent l’année suivante avec le même succès. Qodshou, Simyra, les deux Arad, les villages du Nisrona, tombèrent l’une après l’autre, et les chefs durent livrer leurs fils en otages. La campagne se prolongea jusqu'en XXXI, et, le 5 Pachons, le roi célébra l’anniversaire de son avènement par le recensement des prises faites sur l’ennemi : outre le tribut annuel, les chefs des Routonou s’engagèrent à fournir de provisions toutes les stations où arrivaient Pharaon et son armée2. Deux années après, le Naharanna eut son tour. Le prince des Hittites affronta le choc de pied ferme, mais le sort des armes ne lui fut pas favorable : Thoutmôsis III enfonça les Asiatiques et les poursuivit longuement, « sans qu’aucun d’eux osât regarder derrière soi, mais ils ne songeaient qu’à fuir, en bondissant comme un troupeau de bouquetins ». Pour éterniser le souvenir de cette victoire, il éleva deux stèles, probablement auprès de Gargamish, l’une à l’orient du fleuve, l’autre auprès du cippe que son père, Thoutmôsis Ier, avait consacré presque un demi-siècle auparavant. Au retour, il s’empara de Nii5, et un épisode curieux signala son séjour dans cette ville. C’était l’usage et le devoir des rois égyptiens de détruire les bêtes féroces, et nous connaissons tel d’entre eux, Amenôthès III, par exemple, qui se vante d’avoir tué cent deux lions de sa propre main, pendant les dix premières années de son règne : Thoutmôsis 111 pourchassa les éléphants et il en massacra cent vingt4. Tous les peuples de la S,vrie durent s’incliner l’un après l’autre
1. Annales de Thoutmôsis III , 1. 1-7. — 2. Annales de Thoutmo sis III. 1. 7-15. Il semble que le nom de Nisrona ait été appliqué au Kouweik et au lac marécageux dans lequel se jette ce fleuve. Nisrona ne se retrouverait-il pas dans le bourg de Kinnesrîn? Cependant Neubauer (Géographie du Talmud, p. 307) donne le nom sous la forme Kan- Nischraya. — 3. Cette ville a été confondue avec Ninive (Cf. Zeitschrift , 1879, p. 58; Pognon, V Inscription de Bavian , p. 115-116). Elle paraît avoir été située dans la Cœlé-Syrie ou dans la Syrie du Nord. — 3. Rosellini. Mon. stor., pl. xliv. — 4. Un éléphant figure au tombeau de Rekhmiri, à Thèbes, avec un ours isabelle du Liban. La chasse aux éléphants est racontée dans l 'Inscription d’ Amene^abi, i. 22-23.
devant la puissance irrésistible du Pharaon, les Lamnanou1 , les Khati, les gens de Singara, ceux d’Asi* : leurs révoltes réitérées n’aboutirent qu’à alourdir le joug qui pesait sur eux. Une coalition, à la tête de laquelle le prinee de Naharanna figura en l’an XXXVII, fut dissoute non loin d’Àlouna, après une bataille sanglante5. L’année d’après, la ville d’Ono-Gasou succomba à son tour. En l’an XL1, la Cœlé- Syrie endura tout le poids de la guerre. Enfin, Qodshou fut assiégée en l’an XLII4, et son chef eut vainement recours pour se défendre aux ruses qu’autorisait la stratégie du temps : il fit sortir une cavale de la ville et la lança à tra' vers les rangs de l’armée égyptienne, espérant y jeter le désordre. Un des écuyers du roi, Àmenemhabi, courut audevant de la bête furieuse, l’abattit d’un coup d’épée et en offrit la queue à son maître, comme trophée. Qodshou fut emportée d’assaut et abandonnée à la fureur des soldats6.
En Éthiopie, il ne se passait guère d’année où le vice-roi n’eût affaire aux Ouaouaïtou. Les tribus du Haut-Nil, habituées de longue date à trembler devant Pharaon, lâchaient pied à la moindre alerte et se réfugiaient dans la brousse, sur la montagne ou dans les marais ; on occupait les villages déserts, on incendiait les cabanes, on saisissait quelques prisonniers, on ramassait les troupeaux et les objets précieux, bois d’ornement, peaux, poudre et lingots d’or, vases de métal émaillés ou ciselés, plumes d’autruehe, que les pauvres gens n’avaient pas eu le temps de eacher ou d’enlever avec eux, puis on rentrait triomphalement en Égypte après quelques semaines de brigandages faciles. Au Sud comme au Nord, le long règne de Thoutmôsis ÏII ne fut qu’une série de guerres toujours heureuses : aussi n’est-ce pas sans raison
1. Longtemps identifiés ayec les Arméniens, les Lampanou paraissent tirer leur nom de Labnana, le Liban, et désigner les habitants de la montagne, — 2. Le nom de l’ile de Chypre, d’après le texte du décret dp Canope, où le scribe égyptien a écrit Àsinaï par analogie aveç Asinê, qui était le nom d une ville de filp (Meprsius, Cypras , p. 28), peut-être Salamine. — 3. Annaleç de Thoutmôsis ///, 1. 37 sqq. — 4. La date n’est pas assurée : peut-être faudrait-il placer ce fait ep l’an XLI. Cf. Cbabas, Mélanges ëgyptologiques, 3° série, t. il, p. 297. 5. Insçrip-
tions d Amenemhabi, 1. 25-52; cf. K bers, &eit und Thaien Thotmes UL daws la Zeitschrift , 1873, p t>~7.
LA CONQUÊTE EGYPTIENNE. 25
(ju’on a prêté à ce prince le nom de Grand. Sans cesse en course d’une extrémité de son empire à l’autre, une année sous les murs de Gargamish et l’année d’après au fond de l’Éthiopie, il légua à ses successeurs le monde égyptien plus large qu’il ne l’avait reçu et tel qu’il ne fut jamais après lui ; quoi d'étonnant si ses hauts faits ont inspiré dignement lesppetes assemblés à sa cour!
« Je suis venu, » lui dit le dieu Amon sur une idèle découverte à Karnak, « je suis venu, je t’accorde d’écraser les princes de Zabi; je les jette sous tes pieds à travers leurs contrées; — je leur fais voir ta majesté telle qu’un seigneur de lumière, lorsque tu brilles sur leurs tètes comme mon image.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser les barbares d’Asie, d’emmener en captivité les chefs des peuples Routonou ; — je leur fais voir ta majesté, couverte de ta parure de guerre, quand tu saisis tes armes, sur le char.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser la terre d’Orient ; Kafti et Asi sont sous ta terreur; — ■ je leur fais voir ta majesté comme un taureau jeune, ferme de cœur, muni de ses cornes, auquel on n’a pu résister.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser les peuples qui résident dans leurs ports, et les régions de Mitanou tremblent sous ta terreur; — je leur fais voir ta majesté comme l’hippopotame, seigneur de l’épouvante, sur les eaux, et qu’on n’a pu approcher.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser les peuples qui résident dans leurs îles; eeux qui vivent au sein de la, mer sont sous ton rugissement; — je leur lais voir ta majesté comme un vengeur qui se dresse sur le dos de sa victime.
« Je suis venu, je t’aeeorde d’écraser les Tahonou; les îles des Danaens sont au pouvoir de ton esprit; — je leur fais voir ta majesté telle qu’im lion furien* qwi couche sur leurs cadavres à travers leurs vallées.
« Je suis venu, je t’accorde d'écraser les contrées maritimes, font le pourtour de la grande zone des eaux est lié à ton poing» — je leur fais voir ta majesté telle que le maître de l’aile (l’épervier), qui embrasse en un clin d’œil ce qui lui plaît.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser les peuples qui résident dans leurs lagunes, de lier les maîtres des sables (Hiroushaïtou) en captivité; — je leur fais voir ta majesté semblable au chacal du midi, seigneur de vitesse, coureur qui rôde à travers les deux régions.
« Je suis venu, je t’accorde d’écraser les barbares de Nubie ; jusqu’au peuple de Pout, tout est dans ta main ; — je leur faisvoir ta majesté semblable à tes deux frères, Horus et Sit, dont j’ai réuni les bras pour assurer ta puissance1. »
Tant de succès frappèrent vivement l’imagination du peuple : Thoutmôsis III tourna bientôt au héros de roman, comme le vieux Khéops et comme Ousirtasen Ier. Une seule nous est parvenue des mille et une légendes qui circulaient sur son compte quelques siècles après lui. Le prince de Joppé s’était révolté et battait la campagne. Pharaon, que sa grandeur attachait sans doute aux rivages du Nil, ne daigna pas marcher de sa personne contre lui : il envoya à la rescousse l’illustre Thoutii, un de ses généraux les plus braves. Thoutii attire le prince dans son camp, sous prétexte de lui montrer la canne magique du roi d’Egypte, et le tue. Mais ce n’est pas assez de s’être débarrassé de lui, il faut avoir raison de sa ville. Thoutii enferm < inq cents soldats dans des jarres, les transporte jusque sous les murs, et là contraint l’écuyer du prince à déclarer que les Égyptiens ont été défaits et qu’on ramène leur général prisonnier. On le croit, on ouvre les portes, les soldats sortent de leurs pots, et s’emparent de la place. C’est l’histoire d’Ali-Baba et des quarante voleurs habillée à l’égyptienne. Aussi bien, dès la XXe dynastie, Thoutmôsis III était devenu le roi à qui l’on attribuait toutes les guerres, tous les exploits, toutes les victoires, qui avaient fait la grandeur de l’Égypte. Plus tard
1. Mariette, Revue générale de F architecture, 1860, t. XYI1I, col. 57, 60, et Notice des principaux monuments du musée de Boulaq , 3* édit., p. 78-80; Rirch, Archoeologia , t. XXVIII; E. de Rongé, Revue archéologique, 1861 ; Maspero, Du genre épistolairc, p. 85-89. Ce bel hymne devint classique en Égypte. Quelques siècles après Thoutmôsis, Séti I" en copia une partie (ChampoJlion, Notices, t. II, p. 96), et Ramsès III en prit plusieurs phrases pour célébrer ses exploits (Dümichen, Hist. Inschriften, t. I, pl. XI-XïI).
LA CONQUÊTE EGYPTIENNE
sa renommée s’effaça devant celle de Ramsès II, et son nom disparut si bien de la mémoire des hommes, qu’on ne le connaîtrait plus, si nos contemporains n’étaient allés le déchiffrer parmi les ruines1.
11 mourut le dernier jour de Phamenoth, dans la cinquantecinquième année de son règne*, et il fut enseveli à Thèbes par son fils Amenôthès II. Les chefs syriens crurent le moment propice à rompre leur chaîne et saluèrent pan* une révolte l’avènement de celuici. Le châtiment fut prompt et complet. Amenôthès dévasta les districts du haut Joudain,
« comme un lion terrible qui met en fuite les pays 3 ». Le 26 Tybi, il franchit l’Oronte4, et s'avança afin de reconnaître les approches d’Anato;
« quelques Asiatiques vinrent « à cheval pour l’empêcher « de passer outre, mais il se « para de ses armes de « guerre , et sa prouesse « égala la puissance mysté- « rieuse de Sit en son heure :
« les barbares fléchirent dès que Sa Majesté regarda l’un d’eux, « et s’enfuirent ». Le 10 Epiphi, il était devant Nii, qui se
1 Goodwin, Translation of a Fragment of an Historical Narrative relating to the reign of Thotmes the Third, dans les Transactions of the Society of Biblical Archœology , 1874, t. III, p. 348; Birch, Egypt from the earlier times, p. 203-204; Maspero, les Contes populaires , p. 83-96 — 2 Ebers, Thaten und Zeit Thotmes III , dans la Zeitschrift , 1873, p.7. La durée exacte du règne est de cinquante-quatre ans et onze mois. — 3. Maspero, Notes sur quelques points , dans la Zeitschrift, 1882, p. 132. — 4. Brugscb donne pour ce nom l’orthographe Arinath ( Geschichte , p. 389), qui fait songer à l’Oronte. L’orthographe Arosati est dans les Notices de Champollion. Il y a dans le texte hiéroglyphique une faute : le nom est certainement celui de l’Oronte mal compris par le graveur qui restaura l’inscription#
rendit sans combat : « les habitants, hommes et femmes, étaient sur les murs pour honorer Sa Majesté1 * III, »* D’autres places, comme celle d’Akiti* soutinrent tin long siège, avant de céder. La révolte étouffée, Pharaon rentra dans la vallée triomphalement. Il avait, aü cours de ses exploits, abattu et pris de sa main sept des chefs du pays de ïakhisa î pendant le voyage qui le ramena jusqu’à Thèbes, ils étaient attachés à l’avant de sa barque. Six d’entre eux furent sàcri fiés solennellement devant Amon, leurs têtes et leurs mains exposées sur les murs du temple de Karnak ; le septième fut traîné à Napata ét traité de la même manière, pour servir d’exemple aux princes éthiopiens et pour leur apprendre à respecter l’autorité du maître2. Une insurrection des tribus qui habitaient le désert et les Oasis, à l’orient de l’Égypte, fut réprimée de même par Amenemhabi, qui remplissait auprès d’ Amenôthès II la même fonction d’écuyer qu’auprès de Thoutmôsis IIP* L’empire était en bonnes mains : Thoutmôsis IV, fils d’Amenôthès, commanda le respect aux étrangers par des expéditions heureuses en Syrie et en Éthiopie*, Sous Amenôthès III, qui succéda â Thoutmôsis IV, les limites de la domination égyptienne étaient fixées vers l'Euphrate au nord, au sud vers le pays des dallas5. Les roitelets syriens, jadis si turbulents, étaient résignés à leur sort et offraient leurs filles à Pharaon pour qu’il en ornât son harem6. La conquête paraissait terminée, au moins en Asie, et la correspondance des princes vassaux avec les gouverneurs égyptiens ne contient que des protestations de dévouement ou des mentions de brigandages sans importance. Les guerres n’étaient plus que des razzias, des chasses à l’esclave, entreprises pour recruter la population ouvrière et pour subvenir aux constructions du maître7
1. Champoilion, Notices } t, II, p. 185-186; Maspero, Notes sur quel *
que* points , dans la Zeitschrift , 1879, p. 55-58. — 2* Lepsius, Denkm.
III, pl. 65, 1. 16-20. — 3, Inscription d' Amenetnhdbi, 1. 39-42, dans Ebers, Thaten und Zeit Thotmes III, dans la Zeitschrift, ISIS, p. 1 sqq* — 4. Lepsius, Denkm., 111, pl. 69 e f, Sharpe. Eg. Inscript ., pl* 93, 1. 5-6; Louvre, G 202, — 5, Lepsius, Denkm., III, pl. 77 c } Louvre, Salle historique , vitrine N, 582. — 6* Brugsch, Ueber ein merkwür diges historisches Denkmal aus den Zeiten Konigs Amenophis III, dans la Zeitschrift , 1880, p. 81-87. — 7. Une partie de la correspondance
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
Les premiers rois de la dix-huitième dynastie, Ahmôsis et Amenôthès I*r, avaient eu assez à faire de chasser les Pasteurs et de réorganiser le gouvernement. Ils se bornèrent à rouvrir les carrières voisines de Memphis1 et à réparer les temples qui avaient souffert le plus pendant l’invasion et la guerre de l’indépendance. Thoutmôsis Ier* au retour de son expédition d’Asie, employa comme maçons les nombreux prisonniers qu’il ramenait à sa suite et commença des travaux, que ses successeurs continuèrent saps interruption. Toute la vallée du Nil, depuis la quatrième cataracte jusqu’à la mer, se couvrit de monuments. La Nubie fut aussi bien partagée à cet égard que l’Égypte elle-même. A Napata, aux pieds de la Colline Sainte, Amenôthès III fonda un temple superbe dont les avenues sont bordées de béliers accroupis, en guise de sphinx; il embellit aussi l’édifice élevé par Thoutmôsis III à Soleb, entre la deuxième et la troisième cataracte. Thoutmôsis III restaura, en son propre nom, le sanctuaire que le grand conquérant de la douzième dynastie, Sanouasrît III, avait consacré à Semnéh, et bâtit, près d’Amada, un temple de Rà, qui nous a conservé quelques-uns des textes historiques les plus curieux de l’époque*, A Éléphantine3, à Ombos4, à Esnéh6, à Eilithyia6, à Goptos7, à Üendérah8, à
avec les Pharaons Aménôthès III et IV a été découverte en 1888 à El-Àmarna, dans les ruines du palais d’Aménôthès IV. Elle est rédigée en caractères cunéiformes, pour la plupart dans l’idiome sémitique de la Syrie, et elle est tracée sur des tablettes de terre, comme la correspondance des scribes babyloniens. — 1. Stèle de l’an XXII d’Àhmôsis dans Vyse, Pyramids of Gizeh, t, III, p. 94; Lepsius, Denkm., III, pl. 3 a, b. ■ — 2. Cf. sur ce temple Chabas, Une inscription historique de Séti Ier. — 3. Le temple qui existait encore au commencement du siècle et qui a été détruit par Mohannned-Âli. — 4. Porte d’Amenôthès I® (Maspero, Notes dans la Zcitsehrift, 1883, p. 73); porte de Thoutmôsis Ilî, âu mur extérieur de la Ville (Lepsitls, Denkm., III, 28). — 5. Reconstruction du temple Sous Thoutmôsis III (Champollion, Notices , t. I, p. 728). — 6. Constructions de Thoutmôsis III (Champollion, Notices, t. î, p. 626). — 7. Piliers en granit au nom de Thoutmôsis III (Wilkinson, Modem Egypt and Thebet, p. 411). Un des piliers qui étaient encore debout a été renversé en 1883 par les chercheurs de trésors. — 8. Reconstruction du temple d’Hathor par Thoutmôsis III (Dümichen Bauutkundc, pl. XIV, XVI; Mariette, Dendérah , t. III, (p. 78).
Abydos1, à Memphis1, à Héliopolis3, dans la plupart des cités de l’Égypte propre, on reconnaît encore aujourd’hui les traces de l’activité des Pharaons de la dix-huitième dynastie.
Seule Tanis, la capitale des rois Pasteurs et le centre du culte de Soutkhou, fut négligée par eux; Ahmôsis l’avait démantelée, et ses descendants l’oublièrent systématiquement4.
Au temps des rois memphites, Thèbes n’était qu’une ville de province, sans autre monument d’importance qu’une chapelle dédiée à la triade d’Amon, Moût et Khonsou. Sur l’autre rive, à Drah abou’i-Neggah, se dressaient les pyramides funéraires des princes locaux et les tombeaux de leurs sujets. Les rois delà douzième dynastie s’employèrent de leur mieux à l'embellissement de leur capitale. Amenemhait Ier avait travaillé à l’Assassif6 : Sanouasrît 1er commença, à Karnak, la construction d’un temple de granit et de grès, auquel Amenemhait II et Amenemhaît 111 s’intéressèrent6. Quelques piliers et quelques pans de murs remaniés plus tard permettent, jusqu’à un certain point, d’en reconstituer le plan: c’était un édifice de petites dimensions, à colonnes polygonales comme les piliers de Béni-flassan. Il était encore intact au commencement de la dix-huitième dynastie, quand Thoutmôsis 1er, enrichi par la conquête de l’Éthiopie, songea à l’agrandir. Les architectes le conservèrent comme noyau de leurs plans nouveaux, mais ils ajoutèrent par devant deux chambres en granit, précédées de vastes cours, puis trois pylônes échelonnés l’un derrière l’autre et réunis par deux salles hypostyles : le tout présentait l’aspect d’un vaste rectangle posé debout sur Un autre rectangle allongé en
1. Travaux de Thoutmôsis I«f au temple d’Osiris (E. de Rougé Inscriptions, t. III, pl. XIX-XX). Colosse de Thoutmôsis III à l’entrée du petit temple d’Osiris (Mariette, Abydos, t. III, p. 6. — 2. Stèle de l’an XLMI de Thoutmôsis III, racontant la construction d'un mur à Héliopolis (Lepsius, Denkm., 111,29 b). — 3. Construction d’Ahmôsis dans le temple de Phtah (Lepsius, Denkm., 2 a-b). — 4. Mariette, Lettre à M. de Longé sur les fouilles de Tunis, dans la Revue archéologique, 1861, t- L — 5. [Wilkinson] tlandbook of a Traveller, p. 328. — 6. ld.p. 528, 376, 378; Champollion, Not. man., t. II, p. 45; cf. Mariette, karnak, in-folio, 1875, avec un vol. in-4° de Texte ; Maspero dans la Revue critique, 1877, t. I, p. 265 sqq.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
travers. Thoutmôsis II et Hatshopsouitou ne modifièrent pas cette conception; seulement la régente, pour introduire ses obélisques entre les pylônes, pratiqua une brèche dans un mur déjà achevé et démolit seize des vingt-deux colonnes levées en cet endroit. Thoutmôsis III termina les portions que ses prédécesseurs avaient laissées imparfaites, puis il répara à l’est d’anciennes chambres, dont la plus importante était employée comme reposoir lors des processions, enve¬
loppa l’ensemble d’une muraille de pierre, creusa au sud le lac sur lequel on lançait les barques sacrées les jours de fête. Il rompit de la sorte la juste proportion qui avait existé jusqu’alors entre le sanctuaire et la façade : l’enceinte extérieure devint trop large pour le pylône. Amenôthès III corrigea ce défaut un siècle plus tard : il planta en avant du pylône extérieur un nouveau pylône plus épais, plus massif, partant plus propre à servir de façade au temple agrandi.
Un seul sanctuaire ne suffisant plus, il en fonda un second, au sud de Karnak, et le consacra au culte d’Amon. Les ruines en subsistent encore au bord du fleuve, à Louqsor, et elles sont réputées à bon droit l’un des chefs-d’œuvre de l’architecture égyptienne. Sur la rive gauche du Nil, l’activité des souverains de la dix-huitième dynastie s’exerça librement, à l’Assassif, à Shéikh Abd-el-Gournah, à Médinet-Habou, à
Deir-el-Baharî, où la reine Hatshopsouîtou fit peindre et sculpter en détail sa campagne contre Y Arabie4, Devant le temple aujourd’hui ruiné d’Àmenôthès III siégeaient deux statues colossales taillées chacune dans un seul bloc, et qui longtemps remplirent d’étonnement le monde ancien. L’une d’elles se brisa pendant le tremblement de terre de l’an 97 av. J. -G. La partie supérieure se détacha et elle s’écrasa en tombant sur le sol; l’inférieure resta seule en place. Bientôt 9près, le bruit se répandit que des sons semblables à celui qu’une corde de harpe ou de lyre produit en se cassant2, sortaient du socle, chaque matin, au lever du soleil. Les touristes accoururent, une légende merveilleuse circula de bouche en bouche. Malgré le témoignage des habitants de Thèbes5, les Grecs se refusèrent à voir dans la statue vocale un colosse du Pharaon Amenôthos III, Elle était, à leurs yeux, un portrait de Memnon l’Éthiopien, fds de Tithon et de l’Aurore, qui, après la mort d’Hector, avait marché au secours de Priam contre les Grecs et avait été tué par Achille \ tous les matins, Memnon, en fds bien élevé, saluait sa mère d'une voix harmonieuse et pure. Vers le milieu du second siècle de notre ère, l’empereur Hadrien et l’impératrice Sabine entreprirent le voyage de la Haute Égypte pour entendre sa chanson miraculeuse. La popularité toujours croissante inspira enfin aux maîtres du monde le désir de rendre son intégrité à l’image; sous Septime-Sévèrp, elle fut restaurée à peu près telle qu’elle était avant sa chute, mais contre toute attente, elle se tut. « Je ne nie pas la réalité des harmonieux accords que tant de témoins affirment unanimement avoir entendu moduler par le merveilleux colpsse aussitôt qu’il était frappé des premiers rayons du soleil. Je dirai seulement que, plusieurs fois, assis au lever de l’aurore sur les immenses genoux de Memnon, aucun accord musical sorti de sa bouche n’est venu distraite mon attention du mélancolique tableau que je contemplais,
1. Publiée in extenso par Dümichen, Die Flotte einer Ægyptischen Kônigin, et tlistorùche Insch.iften, t. I et II ; Mariette, Deir-el-Dahari, enfin par Savifle, DHr-el-Bqhari t, lll, — 2, Strahon, 1. XYIL e. I, — 3. Pausamas, I, 42, 2.
LA CONQUETE EGYPTIENNE
la plaine de Thèbes, où gisent les membres épars de cette aînée des villes royales1. »
L’avènement et les habits faits de k dix-huitième dynastie n’avaient pas seulement valu à Thèbes la suprématie sur le territoire entier de l’Égypte; elles avaient assuré au dieu thébain Amon la prééminence sur les dieux des autres cités. Amon avait profité, plus peut-être que les rois eux-mêmes, du butin recueilli au Nord et au Sud : chaque succès des armées lui valait une part considérable des dépouilles ramassées sur le champ de bataille, des tributs arrachés à l’ennemi, des prisonniers emmenés en esclavage. Ces richesses, accrues régulièrement de génération en génération, avaient fait du grand prêtre un personnage presque aussi important que le Pharaon : on aurait pu dire avec apparence de raison que, pour lui, et pour lui seul, les Égyptiens avaient entrepris la conquête de l’Asie. En même Amon assis et le roi Harmhabi
temps que la puissance
matérielle, la puissance spirituelle s’accroissait sans relâche : à voir le roi de Thèbes recevoir l’hommage de la terre, les prêtres s’étaient persuadés à eux-mêmes qu’Amon avait droit
1. Champollion, Lettres écrites d’Égypte, p. 342. Çf. Letronne, la Statue vocale de JMemnon , in-4°, 4832. Selon Brugsch (Der fempel vor\ Deir-el-Medinch, dans la Zeitschrift, 1875, p. 123-128; Noch einmal Amenhotep der Sohn des Hapu , dans la Zeitschrift , 1876), l'architecte qui a dressé les colosses est un certain Ainenôthès, dont les statues retrouvées à Karnak sont aujourd’hui au Musée du Cairç.
à l’hommage du ciel, et qu’il était le dieu réel, auprès duquel les autres dieux ne comptaient plus. Ils tirèrent des textes anciens, qui le renfermaient en germe1, le dogme de l’unité divine et prétendirent l’imposer au reste du pays : Amon, le seul dieu toujours et partout victorieux, devint pour eux le seul dieu*. Les rois ne virent pas sans déplaisir ce développement de l’ambition sacerdotale et songèrent à se prémunir contre les tentatives d’usurpation qui pouvaient en résulter. Déjà Thoutmôsis IV avait, à la suite d’un rêve surnaturel, désensablé le Sphinx de Gizéh et remis en vigueur le vieux culte d’Harmakhouiti, le soleil dans les deux horizons5. Amenôthès III, rallié à l’antique tradition héliopolitaine, transporta à Thèbes la religion d’Atonou, le disque so laire, et, l’an X de son règne, il institua à Karnak une fête en l’honneur de l’intrus4. Son fils Amenôthès IV poussa plus loin l’audace : pour venir à bout plus sûrement du dieu Thébain, il imagina d’enlever à Thèbes le rang de capitale qu’elle détenait depuis vingt siècles, et d’imposer à son royaume une capitale nouvelle, dont le patron remplacerait Amon dans les prérogatives de dieu suprême. Peu de souverains ont été maltraités aussi piteusement parla postérité que ne l’a été Amenôthès IV : il semble que les historiens modernes aient eu à cœur d’aggraver les malédictions dont les prêtres thébains avaient chargé sa mémoire. Le grand nombre ne veut voir en lui qu’un fanatique exalté, les autres l’inculpent de folie, d’autres encore déclarent qu’il fut un simple eunuque. Sa mère Tii partage avec lui le privilège de fournir matière aux hypothèses les plus diverses : on s’accorde généralement à la croire étrangère, mais les uns affirment qu’elle était Sémite, les autres qu'elle était Libyenne. L’éducation étroite qu’elle aurait donnée à son fils aurait contribué à faire de celui-ci le personnage que l’on sait ; le dieu Atonou aurait été le dieu national de sa tribu, qu’elle aurait conspiré d’imposer à son pays d’adoption. Tii était
1. Cf. p. 33-34. — 2. Maspero, Bulletin de la religion de l'Égypte , dans la Revue de l'histoire des religions , 1882, t. V, p. 99-100. — 3. Vyse, Pyramids of Gizeh , t. III, p. 114; Lepsius, Denkm , III, pl. 63; Brugschi, Der Traum Kônigs Thutmes IV bei der Sphinx , dans la Zeitschrift , 1876, p. 89-95. — 4, Birch, History of Egypt , p. 107.
Aménôthès IV.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE. 249
pourtant une Égyptienne de vieille souche, comme l’indiquent son nom et celui de ses parents. Elle n’appartenait
pas à la race royale, mais elle sortait d’une famille de simples particuliers : peut-être, si nous-connaissions le fond de son histoire, n’y verrions-nous qu’un épisode de roman.
un roi épousant par amour la bergère traditionnelle1. Ame* nôthès IV, en montant sur le trône, paraît avoir d’abord essayé d’avancer par la douceur la réforme politique et religieuse qu’il méditait, Tout en accentuant sa préférence pour le dieu Atonou, U continua à rendre publiquement hommage à son père Àmenôthès et à l'Amende Karnak*. Mais bientôt Thèbes lui déplut i il la quitta, ae retira dans la moyenne Égypte, et construisit, un peu au nord de Siout, sur la rive droite du fleuve, une ville où rien ne lui rappelait plus le souvenir du sacerdoce théhain, L'usage s'était introduit dés longtemps de confier au dieu de la métropole la protection des colonies nouvelles t l'Éthiopie, les Oasis, colonisées par Thèbes, avaient pour religion le culte thébain d’Amon®, Amenôthès IV proclama Atonou dieu de sa capitale, appela la ville Khoutniatonou, l’horbum du disque, et changea son propre nom, qui était une profession de foi en l’honneur d’Amon, en celui de Khouniatonou, splendeur du disque solaire. Un nome nouveau, dont les bornes-fronlières sont encore en place4, fut créé au détriment des nomes anciens de Kousît et de Khmounou, La ville, bâtie rapidement sur l'ordre du maître, devint, en peu de mois, grande et somptueuse ! pendant quelques années* Thèbes et Memphis n’eurent plus que le second rang en Égypte,
La religion d 'Atonou était une variante des religions de flâ, la plus ancienne probablement, Le disque devant lequel on se prosterne n’y était pas seulement, comme dans certains mythes solaires, le corps éclatant et visible de la divinité, il était le dieu iuhméme.- Aussi est-ce à lui que les beaux hymnes gravés dans les tombeaux de Tell-el-Amarna s’adressent exclusivement, C’est lui a qui n’a point de pareil et qui réjouit le monde do ses rayons, A peine levé à l’horizon oriental du ciel, il prodigue la vie h ses créatures, à 1 homme, aux animaux qui ont quatre pattes, aux oiseaux,
1 . Maspero, Rapport mr une mission en Italie , dans le Recueil de Travaux , t. III, p. 157-158, et dans Rayet, Monuments de l'art antique , M. -=* %t Maviette, Monuments divers , pi. 57 <?, 3. Cf. Repsius, Ueber
whldet'kôpfigçn Qôt^er Opinion %ir\d Chuumis, in Re^iphung auf die Ammons-Oqsè , dans la Zeitschrift , 1877, p. 8-25.— 4. Lepsins, Denkm., lit, 91, g; Prisse d’Avennes, Monuments, pl. XII-XIV.
LA CONQUETE ÉGYPTIENNE
aux serpents, à tout ce qui se traîne sur terre et qui y vit1 ». Les grands prêtres de Khoutniatonou adoptèrent le titre de grands prêtres de Râ, et leur culte fut réglé sur le culte de Râ, à Héliopolis2, Les peintures et les bas-reliefs nous montrent Atonou sous la figure d’un disque dont les rayons descendent vers la terre; chacun d’eux est terminé par une main qui tient la croix ansée, symbole de vie. Partout où va le roi, le disque l’accompagne et répand sur lui sa bénédiction. Atonou n’est pas d’ailleurs une divinité exclusive. 11 proscrit la religion d’Amon, et demande qu’on martèle le nom de son rival sur tous les monuments, là où on peut l’atteindre; mais il respecte les autres dieux, Râ, Harmakhis, Horus, Osiris, Maît, qu’ils soient solaires ou non. Les préoccupations religieuses n’empêchèrent pas Khouniatonou d’être, à l’exemple de ses ancêtres, constructeur et conquérant. 11 édifia un temple de son dieu à Memphis3, un autre à Thèbes, en face du sanctuaire de Karnak*, d’autres en Éthiopie. Son règne dura au moins douze ans3 *, et sa mort n’arrêta point d’abord le développement de l’œuvre qu’il avait entreprise : ses gendres lui succédèrent l’un après l’autre, et pratiquèrent de leur mieux la religion dp 'disque solaire, bientôt cependant, Aï, le plus connu d’entre eux, suspendit les persécutions dont Amon avait été l’objet: il abandonna Khoutniatonou, où il s’était creusé un tombeau6, et revint se faire
1. La version la plus complète de cet hymne est celle qu’a publiée U. Bouriant, Beux jours de fouilles à Tell-el-Amarna, dans les Mémoires publiés par la Mission archéologique française au Caire, t. I, 1884. — 2. Maspero, Rapport sur une mission en, Itqlie , dpns le Recueil, t. III, p. 128. — 5. Sir Ch. Nicholson, On some remains of the Disk-Worshippers. Le Musée du Caire possède les restes de plusieurs tombes, découvertes à Saqqarah en 1882-1884, qui appartiennent au règne de Khouniatonou. Une des tours du Bab-en-Nqsr, et les mqrs de la mosquée du sultan Ilakem, au .Caire, renferment de nombreux frag¬
ments provenant du temple construit par lui à Memphis- — 4. Les fpuijies de 1882-1885 m’ont porté à croire que le petit édifice, bâti avec les débris d’un teçnple d’Amenothès II, entre le premier et le second pylône d'Harmhabi, pourrait bien être un reste du temple d'Atonoq; celles d(
1902 ont révélé le fait que le second pylône d’hariphabi est conspuait
entièrement avec les débris de ce temple. 5. C'est, la derpiére
date que portent ses monuments (bepsius, Ûenkm ., III, pl. Jül g). —
6. Le tombeau d'Aï fait partie de ce qu’on appelle le groupe du sud, à
enterrer à Thèbes, auprès d’Amenôthès III1. Son successeur Toulankhamonou était maître de i’ Égypte entière et reçut publiquement l’hommage des peuples étrangers*. Mais, après lui, la guerre civile éclata: des princes éphémères5, dont l’histoire ne nous a pas conservé le nom, se disputèrent le trône pendant quelques années, et la dix-huitième dynastie s’éteignit au milieu du désordre, sans qu’on sache quel fut son dernier roi.
La dix-neuvième dynastie : Sétoui Pr et Ramsès II.
La tentative d’Amenôthès IV avait été dirigée contre Thèbes et contre son dieu : la réaction se produisit à leur avantage. Harmhabi (Armais), dont nous ne connaissons pas l’origine4, rétablit le culte d’Amon dans sa splendeur, rasa le temple d’Atonou et en employa les matériaux à ériger l’une des portes triomphales qui mènent au sanctuaire de Karnak; le nom des adorateurs du disque fut martelé, et leurs monuments furent renversés de fond en comble. Le nouveau roi
Tell-el-Amarna. Il a été publié par Lepsius, Denkm ., III, 100, 103, 104, 105. — 1. Dans la vallée de l'ouest, tombeau n* 4. Il a été publié par Lepsius, Denlim., III, 113. — 2. Lepsius, Denkm , III, pl. 115-117. — 3. Le roi Teti, que nomment deux stèles du Louvre et de Marseille, est comme l’a indiqué N avilie, le fondateur de la VI* dynastie, dont le culte était encore en vigueur à Memphis, sous la XVIII* (Ed. Naville, le Roi Teta Merenphtah , dans la Zeitschrift , 1878, p. 69-72). — 4. Sur l’identité de ce roi qu’on appelle par erreur Horus, avec Armais, voir Devéria, le Papyrus judiciaire de Turin, p 70sqq., et plus récemment, J Krall, Studien zur Geschiclite des Alten Ægyptens , II, 1884, p. 60. Armais est classé d’ordinaire parmi les rois de la XV III* dynastie : il figure cependant, sur les monuments de ses successeurs, parmi les ancêtres de la XIX* et de la XX* dynastie, au même titre que Ramsès I*r. Brugsch pense qu’il avait épousé une sœur de Nofritîti, femme de Khouniatonou ( Geschichte , p. 439), et qu’il tenait d’elle ses droits : mais il monta jeune sur le trône, comme le prouvent ses portraits, et une sœur de Nofritîti aurait été sensiblement plus âgée que lui. Le récit de son avènement, conservé sur la base d’une statue de Turin, est trop vague pour rien nous apprendre (Birch, Inscription of Harmhehi on a statue at Turin, dans les Transactions of the Society of Biblical Archœology , t. III, p. 486 sqq.). Le buste du Musée du Caire (v. p. 253), considéré par Mariette comme un portrait de Ménéphlah, est un portrait d’Harmhahi (Maspero dans O. Rayet, les Monuments de l'art antique, t. 1).
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE. 2S3
avait beaucoup à taire pour réparer les désastres des années précédentes : au dedans, toute la machine gouvernementale
Buste d’Harmfr&hi.
était démontée et refusait service; au dehors, les peuples vassaux avaient cessé de payer le tribut. La correspondance des seigneurs des cités asiatiques1, nous montre com-
1. Voir sur cette correspondance ce qui est dit plus haut, p. 242,
ment, sousAménôthèslV, l’empire asiatique de l’Égypte s’était presque perdu* Les nations de la Phénicie et de la Syrie centrale s’étaient révoltées à la faveur des discordes religieuses de l’Égypte, et les Khati profitant de leurs rebellions avaient arraché aux Égyptiens la Syrie septentrionale tout entière. Harinhabi réprima le brigandage, punit de mort les employés prévaricateurs1 *, restitua aux templeè les biens qui leur avaient été ravis, et fut bientôt assez puissant pour entreprendre des guerres au dehors. ÎI renoua les relations avec le Pouanît lointain8, exécuta des razzias sur les tribus du haut Nil3, et se vanta d’avoir soumis les mêmes populations syriennes que Thoutmôsis III avait combattues4. Les renseignements précis manquent sur ses hauts faits, mais l’aspect de ses monuments, et ils sont nombreux, donne l'impression d’un règne glorieux, prospère et long5. On ne sait quand le sceptre passa aux mains de Ramsès 1er, ni comment ce prince était allié à son prédécesseur6 *. Après avoir servi sous Aï et sous Harmhabi, il s'assit sur le trône des Pharaons, dans un âge assez avancé i une expédition de l’an II contre l’Éthiopie^, une courte campagne contre les Syriens, terminée par un traité avec les Khati8, remplirent honnêtement son règne. Au bout de deux ou trois années, il mourut, laissant pour successeur son fds Sétoui, le Séthosis des traditions grecques.
1. Stèle trouvée en 1882, contre 1*1111 des pylônes d’Harmhabi (cf. U. Bouriant, Fouilles à TAèôe«,dâ ns le RëôUeil, 1884, t. VI), — 2. Mariette,
Mon. div., pl. 88 ; Brugsch, Recueil de monument $, t. Il, pl. JLVII, 3. —
3. Le petit spéos de Silsilis nous montre Harmhabi vainqueur et porté
en triomphe par ses lieutenants (Lepslus, Deitkm 111, 121), — 4. Une
liste des peuples du Nord vaincus par Harmhabi a été découverte en
1882 sur le premier pylône construit par ce prince, — b. L'idée émisa
par Birch [Zeitschrift, 1877, p. 148, dans l'article de Ëd. Mêÿer,, Die Stele des Horemhed ) qu Harmhabi aurait été déposé ou aurait abdiqué,
repose sur une identilication avec l’Harmhabi dont le tombeau a été déblayé à Saqqarah par Mariette : celui-ci fut bâti par Harmhabi avant son avènement. — 6. La théorie d’après laquelle Ramsès l“r aurait été d origine sémitique (Manette, la Stèle de tan 400) s’appuie sur une interprétation contestable d’un passage de la stèle de 1 arî 400, et n’a d’ailleurs aucune importance pour l’histoire. — 7. Stèle G 57 du Louvre. — 8. Traité de Ramsès II avec le prince de Khati, 1. 14, dans Brugsch, Recueil de monuments , t. L., pL XXVIII.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
Dès les premiers jours, Sétoui s’annonça au dehors comme un conquérant, « On était venu dire à Sa Majesté: les vils Shasou ont tramé la révolte, les chefs de leurs tribus, assemblés en un seul lieu et qui sont dans les régions de KharOu, ont été frappés d’aveuglement et d’esprit de violence* et chacun d’eux égorge son voisin1 ». Sétoui franchit, au
château de Zarou, le canal qui bornait l’Égypte et poussa droit vers l’Orient, à travers les ouadys dont cette partie du désert est sillonnée5. La longueur des étapes y est réglée encore aujourd’hui sur l’éloignement des sources : une forteresse, ou tout au moins une tour de garde, surveil-
1. Champollion, Notices , G 11, p. 93. — 2. Brugsch a essayé de déterminer la route parcourue par Sétoui 1er, mais, je crois, sans succès [Dict. Géogi\, p. 599-597 ; Geschichte,p. 458 sqq.). Il me semble, comme à M. Toukins ( The Fortress of Canaan , dans le Palestine Exploration Fund, Q. Stat., 1884, p. 59-60), que l'itinéraire do l’armée égyptienne coïncide, sur une grande partie de son parcours, avec l’itinéraire relevé par M. Holland [Palestine Exploration Fund , Q. Stat., 1870, p. 70-72, et 1884, p. 4-15).
lait chacune des fontaines ou des mares qui jalonnaient la route, la forteresse du Lion , la tour ( Maktel ) de Sétoui Ier , la citerne de Sétoui /*r, etc. Partout où l’ennemi fit tête, il fut aisément dispersé, ses arbres détruits et ses moissons hachées impitoyablement : de station en station, les Égyptiens atteignirent les deux forts deRabbitiet de Pakanana. Ce dernier, assis dans une assez belle position, auprès d’un petit lac, sur l’un des derniers plans des monts Amorrhéens, défendait l’accès d’un des cantons les plus riches que renferme la Syrie méridionale]1. 11 succomba au premier assaut, et toute la grasse vallée dont il barrait l’accès fut dévastée par les Égyptiens*. Ce premier succès en entraîna d’autres plus sérieux. Sétoui, remontant vers le nord, arriva au pied du Liban, où il força les Labnanou à couper leurs arbres et à les expédier en Égypte, pour les constructions qu’il avait commencées en l’honneur d’Amon3. De là il pénétra dans la vallée de l'Oronte, afin de se mesurer avec les Khati ; une victoire remportée sur ces ennemis traditionnels termina heureusement sa première campagne4. Sa rentrée fut une fête perpétuelle, depuis la frontière, où les barons et les prêtres l’accueillirent de leurs acclamations, jusqu’à Thèbes, où il offrit ses prisonniers à son père Amon6; l’Égypte crut qu’elle revenait aux beaux temps des Thoutmôsisetcîes Amenôthès. Par malheur, ces triomphes avaient plus d’apparence que de fond. L’état de l’Asie avait changé
L’emplacement de Pakanana a été fixé d’une manière fort heureuse à Khirbet-Kanâan, au sud d’Hébron, par M. Conder (The Fortress of Canaan, dans les Quart. Stat. du Pal. Expi. F ., oct. 1883, p. 175-176; cf. Tomkins, The Fortress of Canaan , ibid., 1884, p. 57-61). — 2. Les textes et les bas-reliefs relatifs à cette campagne ont été reproduits par Champollion, Notices manuscrites , t. II, p. 86 sqq., et Monuments , pl. CCLX-CCC ; Lepsius, Denkm., III, pi. 126 sqq., etc. Ils ont été traduits en anglais par R. Lushington, The Victories of Seti I recorded in the Great Temple at Karnak , dans les Trans. of the Society of Bibl. Arch., t. Vï, p. 5Ü9-534, en français par Guieysse, Inscription historique de Séti Ior, dans le Recueil de Travaux , t. XI, p. 52-77. — Champollion, Mon., pl. CGLXC, et Not., t. II, p. 87; Rosellini, Mon. stor., pl. 46. — 4. Champollion, Not., î. II, 96-97. — 5. Burton, Exc. Hier., pl. XXXVI; Lepsius, Denkm., III, 128. Les fouilles de 1903 ont montré que Sétoui Ier n avait lait que copier, en les développant, une série de tableaux triomphaux érigés par Amenôthès II à Kamak.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
depuis un siècle. La Syrie méridionale, écrasée par le passage des armées, avait abandonné toute idée de résistance acharnée et se livrait presque sans combat. Les Phéniciens estimaient qu’un tribut volontaire coûtait moins qu’une guerre contre les Pharaons, et se consolaient amplement de la diminution de leur liberté en accaparant le commerce maritime du Delta. Mais, au nord, les Khati se montraient plus redoutables qu’ils n’avaient jamais été. Kèunis tous sous le pouvoir d’un souverain unique, depuis la fin du règne d’Aménôthès III, non seulement ils avaient étendu leur suprématie sur tout le Naharanna, de Gargamisch à Qodshou, mais ils avaient surmonté le Taurus et ils s’étaient introduits assez avant dans l’Asie Mineure. On ne sait jusqu’où ils y avaient porté leur domination : il semble cependant qu’elle ne dépassait pas le pays de Qodi1, c’est-à-dire la plaine cilicienne de la Kataonie.
De toute manière, ils entrèrent en relations directes avec les peuples qui se partageaient alors les régions centrale et occidentale de la péninsule, les Lyciens, les Mysiens, les Dardaniens, les habitants d’Ilion et de Pédasos. Alliés aux uns, recrutant chez les autres des bandes de mercenaires, ils pouvaient ranger en ligne des forces capables de tenir tête à l’Égypte et de lui arracher ou du moins de lui disputer chèrement la victoire2. Sétoui le vit bien lorsqu’il les assaillit de front : sans doute il n’eut pas de peine à prendre Qodshou et la plupart des villes amorrhéennes de l’Oronte5, mais la ténacité des Khati, toujours prêts à recommencer la lutte
1. C’est du moins ce que je suis tenté de conclure d une phrase du Papyrus Anastasi ÏI, où le prince de Khati, voulant venir rendre visite à Ramsès II, ne convoque à l’accompagner que le prince de Qidi. Le nom de Qidi ou Qodi a été conservé à l’époque classique dans celui de Kvjtîç, que Ptolémée (Y, 8, 3) donne à un canton de la Cilicie Trachée, situé entre la mer et le mont Imbaros, en face de la côte septentrionale de Chypre, peut-être dans celui de Kataonie et chez les Kr(Tsto'. d’Homère ( Odyss ., XI, 519-521), que M. Gladstone ( Romen , Synchronisms , p. 169) a identifiés aux Khati. — 2. Robiou, Questions homériques , 1876, p. 61,65, sqq.; et Sayce, The Ancien L Empire of the East, t. 1, p. 525 sqq., où l’auteur a condensé la matière des mémoires qu il a publiés sur la question. — 3. Lepsius, Denkm ., III, pl. 130 a Charnpollion, Mon., CCLXCV.
■UT. ANC. UE L'ORIEKT. — MASFKftO*
malgré leur défaite, fut plus longue que sa patience. De guerre lasse, il renonça aux armes et il contracta avec le roi Morousîl, fils de Shoubbililioum, une alliance qui dura jusqu’à sa mort1. Désormais l’autorité des Pharaons ne dépassa plus les sources du Litany et de l’Oronte : restreinte à la Syrie du sud et à la Phénicie, elle gagna en solidité ce qu’elle perdait en extension. Il semble que Sétoui 1er, au lieu d’exiger simplement le tribut, imposa aux cantons annexés des gouverneurs de race égyptienne, et qu’il installa des garnisons permanentes dans quelques places, comme Gaza et Mageddo. C’était là sans doute une précaution excellente, mais, si l’on compare son empire à celui de Thoutmôsis III, on ne peut s’empêcher de remarquer combien l’Égypte était, plus forte au temps de la dix-huitième dynastie. Jamais les Pharaons d’alors n’auraient considéré les roitelets syriens comme des égaux, avec qui l’on concluait une paix honorable : ils ne voyaient en eux que des ennemis qu’il fallait vaincre, ou des rebelles qu’il fallait châtier. La chancellerie de Sétoui Ier conserva l’usage d’infliger aux rois de Khati les épithètes méprisantes que la chancellerie de Thoutmôsis III leur avait prodiguées ; elle l’appela le renversé de Khati, et son peuple l’humble Khati. Tout cela n’était que phraséologie officielle, comme les titres de vainqueur des barbares et de maître du monde entier, dont elle affublait le souverain.
Cela dit, on ne saurait nier que le règne de Sétoui Ier ne marque encore une époque brillante dans l’histoire d’Égypte. Le butin ramassé en Syrie servit à élever quelques-uns des monuments les plus parfaits de l’art égyptien : le temple funéraire d'Abydos2, la salle hypostyle de Karnak5, le tombeau du roi *. Sétoui fut aidé dans cette œuvre par son fils, Ramsès. Du vivant de son père, il avait épousé une princesse de l’ancienne famille royale, peut-être fille d’Harmhabi et petitefille d’Amenôthès III : il avait de la sorte effacé l’usurpation dont Ramsès Ier était coupable. Le fils qui naquit de cette
1. Traité de Ramsès II avec Le prince de Khati , 1, 14. — 2. Publié par Mariette. Abydos , t. 1,4871. — 5. Mariette, Karnak , p. 37. L’idée de la salle hypostyle fut conçue sous Ramsès Ier. — 4. Tombeau n° 17, dit Tombeau de Belzoni, du nom du chercheur d’antiquités italien, qui le découvrit au commencement du xix* siècle.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
union, Ramsès, hérita naturellement tous les droits de sa mère, et, dès l’instant de sa naissance, il fut considéré par les Égyptiens loyalistes comme le seul souverain légitime. Son père, roi de fait, fut contraint de l’associer au trône alors
Tête de la momie de Ramsès II.
qu’il était encore « petit garçon », sans doute pour éviter une révolution. Ce ne fut d’abord qu’une fiction légale, peu respectée par Sétoui lui-même ou par les ministres de son gouvernement. Pendant cette première partie de son existence, Ramsès ne fut précisément ni roi, ni prince héréditaire : il occupa entre ces deux conditions une place inter-
médiaire et probablement assez mal définie. Souverain reconnu des deux Égyptes, en principe il possédait tous les insignes et toutes les prérogatives de son rang, mais en fait il ne portait pas toujours les uns et il n’exerçait nullement les autres. Il avait droit à l’uræus et à la double couronne, mais il s’en tenait le plus souvent à la coiffure ordinaire des simples princes royaux, une grosse tresse recourbée et pendante. 11 avait droit aux deux cartouches et aux qualifications les plus pompeuses de la chancellerie égyptienne, mais les scribes chargés de rédiger les inscriptions oubliaient d’y insérer son nom, et ils ne lui accordaient que les titres modestes de « fils qui aime son père » ou d’héritier présomptif. Il avait droit au poste d’honneur et à la fonction principale dans les cérémonies du culte, mais les monuments nous le montrent toujours en seconde ligne : il lève un plat d’offrande, il verse une libation ou il prononce les invocations, tandis que son père accomplit les rites sacrés. Ramsès n’avait du roi que le titre et l’apparence : les scribes de la chancellerie oubliaient ses droits indiscutables, ou, s’ils se les rappelaient, ce n’était que par occasion et par boutade1.
Dès l’âge de dix ans, il fit la guerre en Syrie, et même, à n’en croire que les historiens grecs, en Arabie. C’est à la suite de ces campagnes qu’éprouvé par l’habitude du commandement militaire il commença de réclamer une part active au gouvernement intérieur de ses États et qu’il revendiqua son héritage royal. La transformation de l’associé obscur et presque inconnu en un Pharaon Maître des deux mondes et craint de tous ses ennemis se produisit lentement, graduellement, au fur et à mesure que la valeur personnelle de Ramsès se développait et s’accentuait de plus en plus. Sétoui, vieilli et fatigué par les exploits de sa jeunesse, lui céda peu à peu le pouvoir et finit par s’effacer presque entièrement devant son glorieux fils. Retiré dans ses palais, il y acheva sa vie entouré d’honneurs divins. Certains tableaux du temple d’Âbydos le montrent assis sur le trône, au milieu des dieux; il serre la massue
1. G. Maspero, Essai sur V inscription d’Abyaos et Revue critique, 1870, t. II, p. 35-40.
LA CONQUÊTE EGYPTIENNE. 261
d’une main, et, de l’autre, un sceptre complexe où sont réunis les divers symboles de force et de vie. Isis est à ses côtés et les dieux parèdres, alignés trois à trois, siègent derrière le couple tout-puissant auquel Ramsès adresse sa prière. C’est une apothéose anticipée, dont la conception fait honneur à la piété du régent, mais ne laisse aucun doute sur la situation réelle de Sétoui dans sa vieillesse. On adore un dieu, mais il ne règne pas. Sétoui ne faisait pas exception à cette règle commune; on l’adorait, mais il ne régnait plus1.
La paix fut menacée soudain par un danger imprévu. Les peuples de l’Asie Mineure étaient restés jusqu’alors en dehors de la sphère d’action de l’Égypte; plusieurs d’entre eux, les Shardana, les Tourshâ (Tyrsènes), dont les noms sonnaient étranges à des oreilles égyptiennes, débarquèrent sur la "ôte d’Afrique et s’allièrent aux Libyens. Ramsès II les battit. Les prisonniers qu’il avait faits sur eux furent incorporés dans la garde royale2 ; les autres retournèrent en Asie Mineure, emportant un tel souvenir de leur échec que l’Égvpte fut à l’abri de leurs incursions pendant près d’un siècle.
Le calme rétabli au nord, Ramsès se rendit en Éthiopie, où il occupa les dernières années du règne de son père à pourchasser et à razzier les tribus qui errent le long des rives du haut Nil. Même il remporta sur elles des succès que la tradition grecque eut le tort d'exagérer. « 11 dirigea d’abord ses armées contre les Éthiopiens, les défit et leur imposa des tributs consistant en bois d’ébène, en or et en dents d’éléphant. Il détacha ensuite vers la mer Rouge une flotte de quatre cents navires et fut le premier Égyptien qui équipa des vaisseaux de guerre. Cette flotte prit possession des îles situées dans ces parages ainsi que de tout le littoral jusqu’à l’indos5. » D’après Strabon, il avait pénétré en Afrique à la région où pousse la cannelle : on y montrait des stèles qu'il y avait érigées. Il avait colonisé aussi les côtes de la mer Rouge, où certains endroits s’appelaient encore, du temps des Ptolémées, « le mur de Sésostris » ; il avait gravé une
1. Maspero, dans la Revue critique , 1870. — 2. E. de Rougé, Extrait d'un mémoire sur les attaques , p. 5-6. — 3. Hérodote, II, ai.
inscription au promontoire Dirê, sur le détroit de Bab-el- Mandeb1. Ces récits sont évidemment controuvés : Sèsostris n’eut jamais de Hottes et n’alla jamais jusqu’à l’Indos. Rien n’indique non plus qu’il ait visité les peuplades riveraines de la mer Rouge et qu’il soit parvenu à l’Océan d'Afrique. 11 se borna, comme les inscriptions le prouvent, à exécuter contre les tribus du haut Nil quelques courses productives et peu dangereuses. \
A la nouvelle de la rnort de son père. Ramsès II, désormais seul roi, quitta l’Éthiopie et ceignit la couronne à Thèbes. Il était alors dans la maturité de l’âge, et il avait autour de lui un grand nombre d’enfants, dont quelquesuns étaient assez âgés pour combattre sous ses ordres. Ses premières années ne furent troublées par aucune guerre d’importance; c’est à peine si les inscriptions signalent deux courtes expéditions en Syrie, dont l’une, en l’an II, au pays des Amorrhéens, et l’autre, en l’an IV, au bord du Nahr-el- Kelb, près de Rérouth 2. Les Khati, fidèles au traité d’amitié conclu avec Sétoui, ne cherchèrent pas à attiser la révolte. Les peuples de Canaan, comprimés par la présence des garnisons égyptiennes, ne bougèrent pas. Tout semblait donc aller pour le mieux, quand, vers la tin de l’an IV, la situation changea soudain. Le roi de Khati, Moutalou, fils de Morousîl, avait été assassiné3 et remplacé par son frère Khatousîl. Celui-ci convoqua ses vassaux et ses alliés et rompit avec l’Lgypte. Le Naharanna et sa capitale Gargamisch, Arad et la Phénicie septentrionale, Qodshou et le pays d’Amaour, Qidi et le groupe compact des Lyciens, s’affilièrent à la coalition. L’espoir de piller, sinon l’Egypte elle-même, du moins les provinces égyptiennes de la Syrie, attira tous les aventuriers de la péninsule. Il en vint d’Ilion, de Pédasos, de Gergis, de la Mysie, de la Lycie, se joindre aux Khati contre Sèsostris4.
1. Strabon, I. XV, 2. — 2. Les stèles qu’il y a laissées sont reproduites par Lepsius, Denkm III, 197. — 3. Traité de Ramsès avec le prince de Khati, 1. 7-8. — 4. E. de Rougé, Extrait d'un Mémoire sur les attaques , p 4; Maspero, De Carcheriïis oppidi situ, p. 57-58. M. Ed. Meyer ( Geschichte von Troas, p. 60-61) a refusé d'admettre l’identité des peuples mentionnés dans le récit de cette campagne avec les populations de la iroade. Brugsch ( Geschichte , p. 491-492, etc.) y reconnaît en partie des peuples du Caucase et de l’Assyrie. Je ne vois aucune raison
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Aussi bien s est-on fait une idée exagérée de l’immobilité à laquelle les peuples de l’Orient antique auraient été condamnés. Ce que nous savons de la composition de l’armée que Piamsès opposa aux confédérés suffirait seul à prouver avec quelle facilité ils se déplaçaient.
Elle renfermait, à côté des Égyptiens de race indigène, des Li byens, des Mashouasha, des nègres, des Maziou, des Shardana, débris de l’invasion repoussée victorieusement quelques années auparavant1. Le Pharaon établit sa base d’opérations à la frontière de J’Égypte et du désert Arabique, dans la ville qu’il avait fondée récemment sous le nom de Pa-Ramsès Anakhouitou (la ville de Ramsès le très brave), traversa Canaan qui lui obéissait encore, se porta rapidement sur les contrées septentrionales et ne s’arrêta qu’à Shabtouna, bourgade syrienne située un peu au sud-ouesl de Qodshou, et en vue de la ville, il y séjourna quelques jours, étudiant le terrain et tâchant de discerner la position des ennemis, sur laquelle il possédait des données assez vagues. Les alliés au contraire, parfaitement rensei- Le roi Khalisaroo.
gnéspar leurs espions, qui appartenaient pour la plupart aux clans nomades des Shasou, n’ignoraient aucun de ses mouvements. Le prince de Khati,
soit pour altérer en Maiouna, comme le propose Chabas ( Antiquité historique, p. 190), la lecture Hiouna de E. de Rougé, soit pour rien changer aux identifications qu’il avait proposées. Il me paraît probable, toutefois, que les lliens, les Pédasier.s, les Mysiens de Khatisarou n’étaient que des bandes mercenaires qui se joignirent aux Khati. — 1. Voir plus haut, p. 218. Ces Shardana sont représentés dans Rosellini, Mon. atorici , pl. CI,
leur chef, imagina et exécuta une manœuvre habile, qui mit l’armée égyptienne à deux doigts de sa perte et qui n’échoua que devant la valeur personnelle du Pharaon.
Un jour que Ramsès s'était aventuré un peu au nord de Shabtouna, deux Bédouins vinrent lui dire: « Nos frères, qui sont les chefs des tribus réunies avec le vil chef de K bâti, nous envoient dire à Sa Majesté : Nous voulons servir le Pharaon v. s. f. Nous quittons le vil chef de Khati; il est dans le pays de Khaloupou au nord de la ville de Tounipa, où par crainte du Pharaon il a rétrogradé rapidement. » Le roi fut trompé par ce rapport qui ne manquait pas de vraisemblance : rassuré contre une surprise par l’éloignement présumé de l’ennemi (Khaloupou est en effet à quarante lieue? au nord de Qodshou),il s’avança sans méfiance en tête de ses colonnes, escorté seulement de sa maison militaire, tandis que le gros de ses troupes, les régiments d’Àmon, de Phrû. de Phtah et de Soutkhou. le suivaient à distance. Au momeni même où il divisait ainsi ses forces, les alliés, que des traîtres lui représentaient comme fort distants, se massaient en secret au nord-ouest de Qodshou, et se préparaient à fondre sur les Égyptiens, pendant la marche de flanc que ceux-ci devaient nécessairement exécuter le long de cette place. Leur nombre était considérable, à en juger par ce fait, qu’au jour de la bataille, un seul d’entre eux, le prince de Khaloupou, rangea en ligne dix-huit mille soldats d’élite; outre une infanterie bien disciplinée, ils comptaient deux mille cinq cents chars, dont chacun portait trois hommes.
Sur ces entrefaites, les éclaireurs amenèrent au quartier général deux autres espions qu’ils avaient saisis. Le roi semble dès lors avoir conçu quelques soupçons; il fit bétonner vertement les prisonniers et il leur ar racha des aveux complets. Ils confessèrent avoir été détachés pour surveiller les manœuvres de l’armée égyptienne, et ils déclarèrent que les alliés, concentrés depuis longtemps derrière Qodshou, n’attendaient pour s’ébranler qu’une occasion favorable. Ramsès convoqua aussitôt un conseil de guerre et il lui
CVI. Un des corps engagés dans la campagne de l’an V porte officiellement le nom sémitique de nârouna , les jeunes gens, recrues.
LA CONQUETE ÉGYPTIENNE
exposa sans ambages la situation critique dans laquelle il était. Ses officiers s’excusèrent de leur mieux, alléguant la nonchalance des gouverneurs de province, qui avaient négligé de reconnaître chaque jour la position de l’ennemi, et ils dépêchèrent un exprès vers le gros de l’armée pour le ramener, s’il en était temps, au secours de son chef. Le conseil était encore réuni quand on apprit que l’ennemi se démasquait et qu’il accentuait son mouvement. Le prince de Khati porta rapidement ses forces au sud de Qodshou, tandis que le roi était déjà au nord de la ville, sur la rive occidentale de l’Oronte, enfonça la légion de Plirâ, qui était au centre, et coupa en deux la ligne égyptienne. Le roi dut charger luimême à la tête de sa maison militaire. Huit fois de suite il s’élança sur les chars qui le cernaient, rompit les rangs, rallia ses bataillons dispersés et soutint l’assaut pendant le reste de la journée. Vers le soir, les Khati, perdant l’avantage qu’ils avaient depuis le matin, battirent en retraite devant les gros bataillons qui entraient enfin en action : la nuit seule suspendit l’attaque. Le choc décisif eut lieu le lendemain ; les confédérés plièrent sur plusieurs points, et se sauvèrent en pleine déroute. L’écuyer du prince, Garbatousa, le général de son infanterie et de ses chars, le chef des eunuques et Khalepsarou, l’écrivain des livres, sans doute l’annaliste officiel, chargé de transmettre à la postérité les gestes de son souverain, restèrent sur le carreau. Plusieurs des corps de l’armée syrienne, acculés à l’Oronte, se jetèrent dans le fleuve pour essayer de le franchir à la nage. Le frère du prince de Khati, Mizraïm, réussit à gagner l’autre rive ; le chef du pays de Nissa, moins heureux, se noya, et le prince de Khaloupou fut retiré du courant à moitié mort. Les tableaux du Ramesséum nous le montrent pendu par les pied et dégorgeant l’eau qu’il avait absorbée. Les vaincus auraient probablement péri jusqu’au dernier, si une sortie de la garnison n’avait arrêté le progrès des Egyptiens et permis aux blessés et aux fugitifs de s’abriter dans Qodshou. Dès le lendemain, le prince de Khati demanda et obtint une trêve1.
1. E. de Rougé, le Poème de Pentaour ; Cours de 1868-69, résumé par MM. Robiou dans la Revue contemporaine: Chabas, Analyse de l'inscription d’ibsamboul. Les questions relatives à la bataille de Qod-
Contre tonte espérance, ce triomphe éclatant ne termina rien ; le pays de Canaan et les provinces voisines se soulevèrent soudain sur les derrières du Pharaon victorieux. A la faveur de cette diversion, Khatousîl reprit courage, répara ses forces et dénonça la trêve : la Syrie entière était en feu des bords de l’Euphrate aux bords du Nil. La confédération, écrasée à Qodshou, ne se reforma pas : les peuples d’Asie Mineure abandonnèrent la partie et ne reparurent pas dans la lice. 1! n’y eut plus de grandes batailles, mais une série d’affaires de détails et de sièges qui remplirent près de quinze ans; les hostilités se portaient tantôt sur un point, tantôt sur un autre, éclatant au nord quand elles s’apaisaient au sud, sans plan déterminé. L’an VIII vit les Égyptiens en Galilée, sous les murs de Mérom1. L’an XI, Ascalon fut prise, malgré la résistance héroïque des Cananéens qui l’habitaient5. Dans une autre campagne, le roi poussa une pointe vers le nord, jusqu'aux environs de Toumpa, et s’empara de deux villes du pays de Khati où il trouva sa statu- 3. La guerre traîna ainsi d’année en année, jusqu’au moment où les rivaux, épuisés par tant d’efforts inutiles, se décidèrent à poser les armes. Khatousîl demanda une fois encore la paix au souverain de l'Egypte ; elle fut acceptée et scellée en l’an XXI.
La minute du traité avait été rédigée primitivement en langue de Khati : elle était gravée sur une lame d'argent, qui fut solennellement offerte au Pharaon dans son château de Ramsès. Les conditions v furent essentiellement les
mêmes que celles des traités conclus auparavant à plusieurs reprises, entre les deux empires, au temps de Ramsès Ier et de Sétoui 1er. Il y fut stipulé que la paix serait éternelle et qu il y aurait alliance : a Si quelque ennemi marche contre les pays soumis au grand roi d’Égjpte et qu’il envoie dire au grand prince de Khati : a Viens, amène-moi des forces « contre eux », le grand prince de Khati fera comme il lui
shou ont été discutées par M. Tomkins, On the Campanig of Rameses the Second , in his 1 th year against Kadesh on the Orontes , dans les Proceedings (1881-1882, p. 6-9) et dans les Transactions , t. VIII; Guievsse, Textes historiques d’ibsamboul, dans le Recueil de Travaux, t. XIV. — 1. Lepsius, Denkm., III, 150. La plus grande partie des noms de villes mentionnés à cette occasion est malheureusement illisible. — 2. Lepsius, Denkm., III, 145 c. — 3. Brugsch, Recueil , t. II, pl.V, I. 2 sqq.
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
aura été demandé par le grand roi d’Égypte; le grand prince de Khati détruira ses ennemis. Que si le grand prince de Khati préfère ne pas venir lui-même, il enverra les archers et les chars du pays de Khati au grand roi d’Égypte pour détruire ses ennemis. » Une clause analogue assure au prince de Khati l'appui des armes égyptiennes. Viennent ensuite des articles spéciaux, destinés à protéger le commerce et l’industrie des nations alliées et à rendre plus certaine chez elle l'action de la justice. Tout criminel qui essayera de se soustraire aux lois, en se réfugiant dans le pays voisin, sera remis aux mains des officiers de sa nation ; tout fugitif non criminel, tout sujet enlevé par force, tout ouvrier qui se transportera d’un territoire à l’autre pour s’v fixer à demeure, sera renvoyé chez son peuple, mais sans que son expatriation puisse lui être imputée à crime. « Celui qui sera ainsi extradé, que sa faute ne soit pas élevée contre lui, qu’on ne détruise ni sa maison, ni sa femme, ni ses enfants ; qu’on ne tue pas sa mère ; qu’on ne le frappe ni dans ses yeux, ni dans sa bouche, ni dans ses pieds; qu’enfin aucune accusation criminelle ne s’élève contre lui. » Égalité et réciprocité parfaite entre les deux peuples, alliance offensive et défensive, extradition des criminels et des transfuges, telles sont les principales conditions de ce traité, qu’on peut considérer jusqu'à présent comme le monument le plus ancien de la science diplomatique1.
Ainsi se terminèrent les guerres de Ramsès II. Si glorieuses qu’elles fussent en réalité, la tradition ne les jugea pas suffisantes. Suivant les historiens grecs, Sésostris8 aurait pénétré jusqu’au fond de l’Asie, écrasé la Syrie, la Médie, la Perse, la Bactriane, l’Inde jusqu'à l’Océan; puis, revenant par les déserts de la Scythie, il se serait avancé
1. Le texte de ce traité a été publié dans Champollion, Not. ?7ian.,t.Il ; Lepsius, Denkm ., III, 46; Brugsch, Monuments . t. I, pl. XXVIII; il a été traduit par E. de Rougé dans Egger, Etudes sur les traités publics , p. 245; par Chabas, le Voyage d'un Égyptien , p. 322 sqq.; par Goodwin, Treaty of peace between Ramsès II and the Hittites dans les Records of the Past , t. IV, p. 25-52; par Max Muller, der Bündnisvertrag Ramsès II und des Chetiterkbnigs , 1902. — 2. Le nom Sésostris et Sesoôsis est tiré d’un des noms populaires de Ramsès II. Sestouri ou Seesourî.
jusqu’au Tanaïs et il aurait oublié, dans les environs de la Palus Mæotis, un certain nomb red’Égyptiens, dont les descendants peuplèrent la Colchide*. On dit même qu’il vint en Europe, mais qu’il n’y dépassa pas la Thrace, où le manque de vivres et la rigueur du climat arrêtèrent l’essor de son ambition. Il rentra en Égypte après avoir, pendant neuf ans, couru de victoire en victoire, et consacré partout sur son chemin, en manière de trophées, des statues ou des stèles à son nom. Hérodote en avait vu plusieurs en Syrie et dans l’Ionie1 2 * *. Les voyageurs ont signalé en effet, non loin de Beyrout, à l’embouchure du Nahr-el-Kclb, trois stèles gravées dans le roc et datées des ans II et IV de Bamsès II \ Les deux figures qu’Hérodote disait exister de son temps en Asie Mineure sont debout aujourd’hui encore près de Ninfi, entre Sardes et Smyrne. Au premier abord, elles semblent avoir réellement le caractère des ouvrages pharaoniques; mais un examen attentif y fait ressortir une foule de détails qui ne confirment point cette impression. La chaussure est recourbée, comme les souliers à la poulaine du moyen âge, la coiffure plus semblable à une tiare phrygienne qu’à la double couronne, et la calasiris striée de droite à gauche au lieu de l’être de haut en bas*. C’est, comme le prouve l’inscription, l’œuvre d’un artiste asianique, et non celle d’un sculpteur égyptien5 *.
De l’an XXI à la mort du roi, pendant quarante-six ans, la paix ne fut pas troublée. On observa loyalement de part et d’autre les conditions du traité; bientôt même une alliance de famille resserra les liens d’amitié qui s’étaient noués entre les deux souverains. Ramsès épousa la fille aînée de Khatousîl8, et, quelques années après, il invita son
1. Hérodote, II, 103-105. M. Hyde Clarke a essayé de prouver la
réalité de cette tradition par la philologie. Memoir on the comparative
Gramrnar of Egyptian , Coptic and Ude. London, 1873. — 2. Hérodote, II, cu-cvn. — 3. Lepsius, Denkm III, 197. Une autre de ces stèles, mais
fort mutilée, a été retrouvée à Adloun, près Tyr (E. Renan, Mission de Phénicie , p. 661-662). — 4. Charles Texier, Asie Mineure , II, 304. On nomme calasiris 1 espèce de jupon court et bridant sur la hanche, qui était la pièce la plus importante du costume national égyptien. —
5. Sayce, The Monuments of the Hittites, dans les Trans. of the Soc.
of B. Arch., t. VIII, p. 265 sqq. — 6. Inscription d’ Ibsamboul , chez
LA CONQUÊTE ÉGYPTIENNE
beau-père à visiter la vallée du Nil. « Le grand chef de Khati mande au chef de Qidi : « Prépare-toi, que nous « allions en Égypte. La parole du roi s’est manifestée, « obéissons à Sésostris. Il donne les souffles de la vie à « ceux qui l’aiment : aussi toute terre l’aime, et Khati ne « fait plus qu’un avec lui1. » Khatousîl visita, en l’an XXXIII, la ville de Ramsès, peut-être même celle de Thèbes ; on grava, à cette occasion, une stèle sur laquelle il est représenté en compagnie de sa fille et de son gendre2. Ce ne fut pas sans un étonnement mêlé de reconnaissance que l’Égypte vil ses ennemis les plus acharnés devenir ses alliés les plus fidèles, et « les peuples de Kîmit n’avoir plus qu’un seul cœur avec les chefs de Khati, ce qui n’était pas arrivé depuis le temps du dieu Râ3. »
A la faveur de cette tranquillité, le roi put se livrer à son goût pour les constructions monumentales. « Il fit, disent les historiens grecs, bâtir un temple dans chaque ville à la divinité principale du lieu. » Et vraiment, Ramsès 11 est le roi maçon par excellence. Pendant les soixante-sept années de règne qui lui furent si largement mesurées, il eut le loisir d’achever ce que ses prédécesseurs avaient ébauché et d’accomplir l’ouvrage de plusieurs générations. On peut dire, sans crainte de se tromper, qu’il n’y a pas une ruine en Égypte et en Nubie où l’on ne lise son nom4. Le grand spéos d’isamboul était destiné à perpétuer le souvenir des expéditions contre les Nègres et contre les Syriens ; quatre colosses monolithes hauts de vingt mètres en décorent l’entrée. A Thèbes, on ajouta au temple d’Amenôlhès III à Louqsor une cour, deux pylônes et deux obélisques en granit, dont le plus beau est aujourd’hui en exil à Paris sur la place de la Concorde. Le temple de Gournah, projeté par Sétoui en l’honneur de Ramsès Ier, fut achevé et consacré. Le Ramesséion, connu des anciens sous le nom de Tombeau d’Osymandias, évoqua une fois
Bouriant, Notes de voyage , dans le Recueil de Travaux , t. XVIII, p. 164-166. — 1. Pap. Anastasi II, pl. II; Pap. Anastasi IV, pl. VI, 1. 7-9. Cf. Chabas, Mél. égyp., 2® série, p. 151, et G. Maspero, Du genre épistolaire, p. 102. — 2. Lepsius, Denkm ., III, 196. — 3. Id., pl. 193, 1. 26 sqq. — 4. Mariette, Hist. d'Égypte, p. 60-61.
de plus dans ses sculptures les épisodes de la campagne de l’an V. Partout, dans la nécropole d’Abydos1 comme à Memphis2 et à Bubaste, aux carrières de Silsilis5 comme aux mines du Sinaï, on retrouve la main de Ramsès II. Le temple de Tanis, négligé par les souverains de la dix-huitième dynastie, fut restauré et agrandi; la ville elle-même se repeupla et sortit neuve de ses ruines4. Dans plusieurs endroits, les architectes, accablés de besogne, commirent de véritables usurpations : ils effacèrent, sur des statues et sur des temples, le nom des rois consécrateurs, pour y substituer les cartouches de Ramsès5. Ce qui appartient bien en propre à ce souverain, c’est la décoration de la salle hypostyle de Karnak : Ramsès Ier en avait devisé le plan, Sétoui Ier la commença, Ramsès II l’orna presque entière.
Les travaux d’utilité publique eurent leur large part de ses soins et de son argent. Dès l’an III ii s’était inquiété d’assurer l’exploitation des mines d’or de Nubie, et il avait établi, sur la route qui mène du Nil au Gebel-Ollaki, comme une chaîne de stations munies de citernes et de puits6. Plus tard il nettoya et compléta le réseau' de canaux qui sillonnait la Basse Égypte, entre autres le canal creusé entre le Nil et la mer Rouge7, sur la limite du désert. Il répara les murailles et les postes fortifiés qui barraient l’isthme aux entreprises
t. Mariette, Abydos, t. I et II. Ramsès II finit le temple commencé par son père et construisit, pour son compte, un second temple, aujourd’hui entièrement ruiné. — 2. Le colosse renversé de Mit-Rahinéh et les débris de murailles, encore visibles près de Kom Àbou-Khanzîr, témoignent de l’étendue des travaux entrepris au temple de Phtah (Mariette, Monuments divers , pl. 31). — 3. Lepsius, Denkm ., III, 175 a, 200 d. ; Stern, Zeitschrift , 1873, p. 129 sqq., et 1875, p. 175 sqq., et Records of the Past , t. X, p. 3744, où sont publiées et traduites les trois principales inscriptions gravées à Silsilis sous le règne de Ramsès II. — 4. Mariette, Lettres à M. le vicomte de Rouge' sur les fouilles de Ta?iis , dans la Revue archéologique, 1860, t. IV, p. 97 sqq.; 1861, t. V, p. 297 sqq. — 5. Le grand sphinx A 21 du Louvre, par exemple, a été taillé sous un roi de la douzième ou de la treizième dynastie. — - 6. Birch, Upon an historical tablet. of Ramsès II, dans X Archœologia, t. XXXIV, p. 357, 399; Chabas, les Inscriptions des mines d'or, p. 13, 199. — 7. Aristote, Meteor ., I, 14; Strabon, 1. I, § 1 ; Pline, H. N., VI, 29, §165. Tous ces auteurs disent que l’entreprise fut commencée, mais non achevée. Un monument du temps de Seti l*r nous montre le canal en activité dès avant Ramsès II.
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des Bédouins1 ; même, les nécessités de la politique le forçant à résider à l’orient du Delta, il y fonda, presque sur la fronlière, plusieurs villes, dont la plus importante reçut son nom, Bamsès-Anakhoultou. Les poètes du temps nous en ont laissé
Choc d« chars Égyptiens et Hittites.
des descriptions pompeuses. « Elle s’étend, disent-ils, entre la Syrie et l’Egypte, toute remplie de provisions délicieuses. — Elle est comme la reproduction d’Hermonthis ; — sa durée est celle de Memphis ; — le soleil se lève — et se couche en elle. : — Tous les hommes quittent leur ville et s’installent