Hérodote, II, xcii. — 2. Diodore, I
L'ÉGYPTE PRIMITIVE
la longueur d’une coudée. On s’en nourrit et on le vend publiquement; cependant les délicats ne le mangent qu’après l’avoir fait cuire au four1. » Ce « pain de lis » était une friandise recherchée et figurait sur les tables royales2 *; mais, quoi qu’en dise Hérodote5, la nourriture habituelle du peuple était le blé et les différentes espèces de céréales, le froment, l’orge, le sorgho, 1 ’olyra ( Triticum spelta) et la zéa 1 Triticum monococcum), que le sol d’Égypte produit en abondance. La vesce, le lupin, la fève, le pois chiche, la lentille,
Une ânesse et son ânon au tombeau de Ti.
plusieurs espèces de ricin naissaient naturellement dans les champs. La vigne venait à merveille dans certains cantons du Delta ou de l’Heptanomide; l’olivier était rare et restreint à quelques districts4.
Deux au moins des espèces animales qui vivent à présent sur les bords du Nil, le cheval et le chameau5, ne sont pas
1. Hérodote, II, xxxvi. — 2. Papyrus Anastasi IV, pl. XIV, 1.1. — 3. Hérodote, II, xxxvi. — 4. Strabon, 1. XVI l, 1. Le Musée du Caire possède un véritable herbier égyptien antique, fait par M. Schweinfurth
avec les fleurs, les graines et les tiges découvertes dans les tombeaux. Cf.
Schweinfurth, la Flore de l'ancienne Égypte, dans le Bulletin de l’ Insti¬
tut égyptien, 1882, et la Revue scientifique, n° du 21 juillet 1883. —
5. Fr. Lenormant, Sur l'antiquité de l’Ane et du Cheval , p. 2; Lefé-
figurées sur les monuments des plus anciennes dynasties et paraissent n’avoir été introduites que longtemps après la londation du royaume. En revanche, les Égyptiens possédaient plusieurs races de bœufs à longues cornes, analogues aux bœufs de Dongolah, plusieurs variétés de moutons, de chèvres et de chiens, le chien-renard à robe fauve, au nez effilé, aux oreilles pointues, à la queue épaisse, le sïoughi ou grand lévrier d’Afrique à oreilles longues et droites, le basset, le chien hyénoïde1. L’àne, d’origine africaine, garda sous ce climat favorable une beauté de formes et une vigueur de
tempérament que n’a point notre baudet d’Europe2. A côté des espèces domestiques, les premiers émigrants trouvèrent le lièvre à longues oreilles, l’ichneumon, une quantité innombrable d’oryx, de àubales, de gazelles, algazelles, defassas, antilopes à cornes en lyre qu’ils apprivoisèrent à moitié3 : puis des animaux plus redoutables, le chat sauvage, le loup, le chacal, le renard, l’hyène striée et mouchetée, le léopard, le guépard, le lion enfin4, qu’ils combattirent sans relâche et qu’ils refoulèrent vers le désert5. Deux monstres amphibies, le crocodile et l’hippopotame, vivaient sur les bords du Nil et ils en rendaient les abords dangereux pour les hommes et pour les bestiaux. Les hippopotames, assez nombreux sous les premiers rois, diminuèrent bientôt, grâce aux poursuites acharnées dont ils furent l’objet, et se retirèrent dans les marais de la Basse Égypte : quelques individus de leur espèce y subsistaient encore vers le milieu du treizième siècle après Jésus-Christ. Le crocodile, adoré et protégé dans certains
bure, Sur V ancienneté du Cheval en Égypte , dans Y Annuaire de la Faculté des Lettres de Lyon , 2e année, p. 1-11, admet que le cheval était connu en Égypte sous la MI° dynastie et très probablement aux temps antérieurs. Le chameau semble n’avoir été introduit que vers l’époque romaine. — 1. Fr. Lenormant. Sur les animaux employés par les anciens Égyptiens à la chasse et à la guerre , p. 2-3. — 2. Fr. Lenormant, Sur l'antiquité de l'Ane et du Cheval, p. 2. — 3. Fr. Lenormant, Notes d’un voyage en Égypte, p. 17. — 4. Hartmann, Zeitschrift fur Ægyptische Sprache, 1864-1865. — 5. C’était un des devoirs des rois de poursuivre et de détruire les animaux féroces. Un fait montrera quelle conscience ils mettaient à s’en acquitter : Aménôthés 111 tua deux cents lions dans les dix premières années de son règne.
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nomes, exécré et poursuivi dans certains autres, s’est maintenu jusqu’à nos jours. « Quand il passa devant Qénéh, Champollion vit jusqu’à quatorze crocodiles réunis en conciliabule sur un îlot. Si pareille bonne fortune n’échoit jamais maintenant au voyageur, c’est que le crocodile recule de plus en plus vers le sud devant les armes à feu et l’agitation produite par les bateaux à vapeur, et que bientôt le Nil jusqu’à Àssouan ne les connaîtra plus que par tradition1. »
L’Egvpte possède une grande quantité d’oiseaux, l’aigle, le milan, l’épervier, le faucon, le vautour, la corneille à
Fahaka.
mantelet, la pie, le pigeon, la tourterelle, la perdrix, le moineau. 'Les ibis blancs et noirs, les pélicans, le cormoran, l’oie, le canard, hantent les bas-fonds et couvrent les îlots du fleuve de leurs variétés infinies. L’oie et le canard, apprivoisés de toute antiquité, remplissaient la basse-cour des sujets de Menés et tenaient la place du poulet, encore très rare*. Les bras et les canaux du Delta fourmillent littéralement de poissons, la plupart bons à manger, « le rouget des marais de Péluse (?), engraissé dans les lotus, le mulet tacheté des étangs artificiels, le mulet ordinaire mêlé aux fahaka , 5 » l’oxyrrhynque au museau pointu, la torpille, la
1. Mariette, Itinéraire des Invités , p. 175. La prédiction de Mariette s’est complètement réalisée : il n’y a plus aujourd’hui de crocodiles au nord d’Assouan. — 2. Brugsch, Ægyptische GraberweLt, p. 14, affirme que le poulet était inconnu aux anciennes époques Cependant deux poulets sont représentés à Béni-Hassan (Champollion, Notices , t. II. p. 387). — 3. Papyrus Anastasi III, pl. Il, 1. 6-7. Cf. Maspero, Du Genre épistolaire , p. 104 sqq.
grande tortue d’eau douce. La nature semble avoir inventé le fahaka dans un moment de bonne humeur. C’est un poisson allongé qui a la faculté de se gonfler à volonté ; quand il ballonne outre mesure, et que le poids de son dos l’emporte, il bascule et s’en va à la dérive, le ventre en l’air et tout semé d’épines qui lui donnent l’air d’un hérisson. Au moment de l’inondation, la crue, en se retirant, l’abandonne dans les champs limoneux, où il devient la proie des oiseaux et des hommes, ou sert de jouet aux enfants. Les embouchures du Nil sont fréquentées par un grand nombre de poissons de mer qui remontent pour frayer en eau douce, et de poissons d’eau douce qui descendent déposer leur frai en pleine mer.
Ainsi tout en Égypte se règle sur le Nil, le sol, ses productions, l’espèce des animaux qui l’habitent et des oiseaux qu’il nourrit. Les Égyptiens le sentaient mieux que personne et ils s’en montraient reconnaissants : ils tenaient leur fleuve pour un dieu qu’ils appelaient flapi et dont ils ne se lassaient pas de célébrer la bienfaisance. « Salut à toi, ô Nil, qui sors « en cette terre et qui viens pour donner la vie à l’Égypte, « — toi dont les'îois sont cachées, ténèbres en plein jour, « mais dont pourtant on célèbre les lois, — toi qui détrempes « les champs que Râ crée — pour donner la vie à tout le « bétail, — toi qui arrosesla montagne loin de l’eau/ — car « ce n’est que ta rosée la pluie qui tombe, — qui aimes le « dieu Terre Gabou, — qui offres le dieu des grains Napri, « et qui fais prospérer l’atelier de Phtah, la terre d’Égypte ! « Seigneur des poissons, lui qui ramène au Sud les bandes « d’oiseaux, — par qui il n’y a plus d’oiseau qui attaque les « récoltes, — fabricant de l’orge, producteur du millet, « — qui met les temples en fêtes, — s’il est paresseux, « alors les nez se bouchent, — tout le monde est misérable, « — les pains d’offrandes aux dieux diminuent; — alors des « millions d’individus périssent parmi les hommes. — S’il « s’irrite, la Terre Entière souffre, — grands et petits sont « misérables, — et toutes les conditions sont confondues, « lorsqu’il leur va contre î — Si, au contraire, Khnoumou « d’Éléphantine l’a fait bon, — et qu'il se lève, alors la « terre est en allégresse, — tout ce qui a ventre est en joie,
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« — tout dos est secoué de rire grâce à lui, — toute dent « déchire. — O toi qui apportes les provisions et qui es « riche de nourritures, — créateur de toutes les bonnes « choses, — maître des réconforts, qui renouvelles les par- « fums (à ses venues), — de qui la peine est plaisir pour « les autres, — générateur des fourrages pour les bestiaux, « — qui pourvois aux sacrifices de tout dieu, — toi qui es « dans l'Hadès, au ciel, en la terre, sur « le trône de Tataouî, — qui remplis les « entrepôts, qui forces à élargir les gre- « niers, — qui pourvois de biens les « malheureux! — 11 fait croître tous les « bois utiles — sans qu’il en manque << — car c’est son fort de faire exister « les bateaux ! — On ne sculpte pas « dans les pierres pour lui — des sta- « tues où poser la double couronne; —
« on ne l’aperçoit point, — il n’a ni « serviteurs ni maîtres, — on ne l’ar- « rache pas au mystère, — on ignore le « lieu où il est, — et on ne trouve point « sa retraite par vertu de livres magi- « ques. — Il n’v a pas de maisons pour « ses revenus, — il n’y a point qui guide en son cœur ! — « Néanmoins ses générations et ses enfants se réjouissent, « — on s’informe de son état comme s’il était un roi — aux « ordonnances constantes, — qui se montre au Midi comme « au Nord, — par qui sont bus les pleurs de tous les yeux, « et qui prodigue l’abondance de ses biens! »
Origine des Égyptiens : les nomes
Les Égyptiens paraissent avoir perdu de bonne heure le souvenir de leur origine. Yenaient-ils du centre de l’Afrique ou de l’intérieur de l’Asie? Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartenaient à une race africaine qui, d’abord établie en Éthiopie sur le Nil moyen, serait descendue graduellement vers la mer en suivant le cours du