‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 34 sur 215 · Lieblein-Chabas, Deux Papyrus hiératiques , p · texte numérisé non relu

Lieblein-Chabas, Deux Papyrus hiératiques , p

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jadis : beaucoup de tombes, mal gardées, renfermaient des momies couvertes d’or et de bijoux. C’était grosse affaire d’y atteindre, car il fallait creuser des mines, avant de se glisser jusqu’à la chambre du sarcophage; les voleurs s’associèrent donc en bandes considérables qui exploitaient les sépultures. 11 y avait de tout dans ces syndicats, de simples ouvriers, des vagabonds, des employés, des prêtres, môme des affiliés de la police : la nécropole entière fut livrée au pillage, et les tombes des rois ne furent pas plus respectées que les autres. Sous Hamsès IX, une enquête révéla que l’hypogée du roi Sovkoumsaouf et de sa femme avaient été violé; que celui d’Amenôthès Ier et celui d’Antouf IV avaient été attaqués à la sape; que d’autres rois avaient été menacés1. Derrière la montagne qui borne au nord le ravin de Déir el-Baharî se creusait jadis une sorte de bassin, clos de tous les côtés et sans autre communication avec la plaine que des sentiers dangereux. lise divise en deux branches qui se croisent presque en équerre : l’une regarde le sud-est, tandis que l’autre s’allonge vers le sud-ouest et se subdivise en rameaux secondaires. A l’est, une montagne se dresse, dont la croupe rappelle, avec des proportions gigantesques, le profil de la pyramide à degrés de Saqqarah. Nul endroit n’était mieux approprié à servir de cimetière : la difficulté d’y accéder empêcha cependant qu’on n’v creusât des tombeaux pendant l’Ancien et le Moyen Empire. Enfin, vers le début de la dix-huitième dynastie, les ingénieurs, en quête d’emplacements favorables, remarquèrent que le vallon était séparé d’un ravin, qui débouche au nord de Gournali, par un simple seuil d’environ cinq cents coudées d’épaisseur. Ce n’était pas de quoi effrayer des mineurs aussi exercés qu’ils l’étaient. Ils taillèrent rapidement dans la roche vive une tranchée profonde , de cinquante à soixante coudées,

1. Cette enquête nous a été conservée parle Papyrus Abbott , traduit et commenté par Chabas, Une Spoliation des hypogées de Thèbes au XIe siècle , dans les Mélanges égyplologiques, 5e série, t. I, p. 1-172; par G. Maspero, Une Enquête judiciaire ,« Thèbes au temps de la XXe dynastie , in-4°; et par A. Erman, Beitràge zur Kcnntniss des ægyptischen Gerischtsverfahrens , dans la Zeitschrift , 1879, p. 81-85, 148-152.

au bout de laquelle un passage étranglé, semblable à une porte, donne accès dans le vallon. Est-ce sous A rué nô thés Ie- , est-ce sous Thoutmôsis Ier que ce travail gigantesque fut entrepris? Thoutmôsis Ier est le plus ancien roi dont on ait retrouvé la sépulture en cet endroit, bon fils Thoutmôsis II, puis son petit-fils Thoutmôsis III, vinrent s y loger à ses côtés, puis, à l’exemple des Pharaons de la XVIIL dynastie, ceux de la XIXe et de la XXe l’un après l’autre : leurs tombeaux valurent à la vallée le nom de Vallée des Rois, qu elle a conservé jusqu’à nos jours. Une commission, présidée parle grand prêtre d’Amon, Aménôthès, s y transporta, visita les s\ringes des Pharaons1, et constata fort heureusement quelles étaient intactes. Rien ne nous révèle mieux la décadence où l’Égvpte était tombée, un demi-siècle après Ramsès III, que cette impuissance de la police à protéger les momies royales contre les déprédations de la canaille tbéhaine.

Au milieu de la faiblesse générale, Amon seul et ses prêtres avaient grandi. Depuis la lutte qu’ils avaient soutenue contre Khouniatonou, la suprématie d’Amon n avait plus été contestée, et le dogme de l’unité divine, élaboré dans le sanctuaire de Ivarnak, avait prédominé au sud de l’Égypte. Les anciens textes furent interprétés dans le sens le plus favorable à ses prétentions, et souvent même interpolés de gloses destinées à mettre sa suprématie en évidence. Tout le système religieux d’autrefois fut adapté insensiblement aux idées nouvelles, et une cosmogonie habilement combinée montra le dieu unique à 1 oeuvre sur les éléments. Au commencement était le Nou, 1 Océan primordial, dans les profondeurs insondées duquel les germes des choses flottaient confondus. De toute éternité, le Dieu s’engendra et s’enfanta lui-même au sein de cette masse liquide, sans forme encore et sans usage. Ce Dieu des théologiens thébains était un être parfait, doué d’une science et d’une intelligence certaines, le « un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vive en substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas en-

1. On voit encore dans le tombeau de Sétoui Ier les procès-verbaux de celte visite.

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gendre; le père des pères, la mère des mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme à l’avenir, il remplit l’univers sans qu’imagé au monde puisse fournir même une faible idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part. Unique en essence, il n’est pas unique en personne. Il est père par cela seul qu’il est, et la puissance de sa nature est telle, qu’il engendre éternellement sans jamais s’affaiblir

Le dieu Soleil sur sa barque diurne

ou s’épuiser. 11 n’a pas besoin de sortir de lui-même pour devenir fécond; il a en son propre sein la matière de sa création, il conçoit son fruit, et, comme chez lui la conception ne saurait être distinguée de l’enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est à la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, sans sortir de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser l’unité de la nature divine, elles concourent toutes trois à son infinie perfection.

Ce Dieu triple et un a tous les attributs de Dieu, l’immensité, l’éternité, l’indépendance, la volonté souveraine, la bonté sans limites. Il développe éternellement ces qualités

maîtresses, ou plutôt, pour me servir d’une expression chère aux écoles religieuses de l’ancienne Thèbes, « il crée ses propres membres, qui sont les dieux1, » et qui s’associent à son action bienfaisante. Chacun de ces dieux seconds, considéré comme identique au Dieu un, peut former un type nouveau d’où émanent à leur tour, et par le même procédé, d’autres types inférieurs. De trinité en trinité, de personnification en personnification,, on en arrive bientôt à ce nombre vraiment incroyable de divinités aux traits parfois grotesques et souvent monstrueux, qui descendent par degrés presque insensibles de l’ordre le plus élevé aux derniers étages de la nature. Néanmoins, les noms variés, les aspects innombrables que le vulgaire est tenté d’attribuer à autant d’êtres distincts et indépendants, n’étaient pour Lladorateur thébain que des noms et des aspects d’un même être. Tous les types divins se pénétraient réciproquement et s’absorbaient dans le dieu suprême : leur division, même poussée à l’infini, ne rompait en aucune manière l’unité de la substance divine. Ce dieu unique, Amon-Râ, est-il le soleil lui-même ou simplement l’âme du soleil? La plupart convenaient qu’il était le soleil lui-même, et c’est au soleil que sont adressés les grands hymnes dont la littérature de l’époque des Ramessides nous a légué de si beaux modèles. Sa vie journalière, depuis le moment où il surgissait à l’horizon du matin jusqu’au moment où il sombrait derrière la montagne d’Occident, devint la vie du Dieu suprême, et sa lutte contre l’obscurité, la lutte du Dieu contre les mauvais principes.

C’est lui : le voici qui se dégage lentement des étreintes de la nuit. Il ne fait que pointer « à l’horizon oriental du ciel », et déjà « les rayons vivants de ses yeux pénètrent, animent, fortifient tous les êtres ». Debout dans la cabine de sa barque sacrée, « la bonne barque des millions d’années », enveloppé dans les replis du serpent Mihni, qui est l’emblème de son cours, il glisse lentement sur le flux éternel des eaux célestes, guidé et suivi par cette armée de dieux secondaires dont les peintures nous enseignent les

? Todtenbxich , ch. xvn, 1. 8.

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figures bizarres. Un llorus, debout à l’avant, sonde l’horizon du regard et signale l’ennemi, qu’il se tient prêt à percer de sa lance; un autre Horus est au gouvernail. LesAkhimou- Ûurdou, ceux qui jamais n’endurent l’inertie de la mort, et les Akhimou-Sokou, ceux qui jamais ne sont détruits, armés de longues rames, manœuvrent la barque et la maintiennent au fil de l’eau : ils se recrutent sans cesse parmi les âmes des fidèles, et les rois des deux Égyptes eux-mêmes réclament comme un honneur d’être affiliés à leur troupe.

« Tu t’éveilles bienfaisant, Amon-Râ-Harmakhis ! tu t’éveilles juste de voix, Amon-Râ, seigneur des deux horizons! O bienfaisant, resplendissant, flamboyant! Ils rament tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou-Ourdou! Ils te font avancer tes nautoniers, ceux-là qui sont les Akhimou- Sokou! Tu sors, tu montes, tu culmines en bienfaiteur, guidant ta barque sur laquelle tu croises, par l’ordre souverain de ta mère Nouit1, chaque jour! Tu parcours le ciel d’en haut, et tes ennemis sont abattus! Tu tournes ta face vers le couchant de la terre et du ciel : éprouvés sont tes os, souples tes membres, vivantes tes chairs, gonflées de sève tes veines, ton âme s’épanouit! On adore ta forme Sainte, on te guide sur le chemin des ténèbres, et tu entends l’appel de ceux qui t’accompagnent derrière la cabine en poussant des exclamations. Les nautoniers de ta barque, leur cœur est content; le seigneur du ciel est en joie; les chefs du ciel inférieur sont en allégresse ; les dieux et les hommes poussent des exclamations et s'agenouillent devant le soleil sur son pavois, par l’ordre souverain de ta mère Nouit; leur cœur est content parce que Râ a renversé ses ennemis ! Le ciel est en allégresse, la terre est en joie, les dieux et les hommes sont en fête, afin de rendre gloire à Râ-Harmakhis, lorsqu’ils le voient se lever dans sa barque et qu’il a renversé les ennemis à son heure ! La cabine est en sûreté, car le serpent Mihni est à sa place et l’uræus a détruit les ennemis.

« Avance sur ta mère Nouit, seigneur de l’éternité! Après avoir récité pour toi les charmes de l’enfantement, elles se

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