‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 35 sur 215 · La voûte céleste · texte numérisé non relu

La voûte céleste

5ÀÜ

relèvent fsis et Nephthys, lorsque tu sors du sein de ta mère Nouit! Lève-toi, Râ-ÏIarmakhis ! Tu te lèves, et te levant, culminant, tu prononces ta parole contre tes adversaires. Tu fais ouvrir ta cabine, tu repousses le méchant en son heure, afin qu’il n’avance pas, l’espace d’un moment! Tuas anéanti la valeur de l’impie : 1 adversaire de Râ tombe dans le feu; Nouhiho1 est repoussé en ses heures; les enfants de la rébellion n’ont plus de force; Râ prévaut contre ses adversaires. Les obstinés de cœur tombent sous les coups; tu fais vomir à l’impie ce qu’il avait dévoré. Lève-toi, Ra, dans l’intérieur de ta cabine :

a Fort est Râ; faible, l’impie!

« Haut est Râ; foulé, l’impie!

« Vivant est Râ; mort, l’impie!

« Grand est Râ; petit, l’impie!

« Rassasié est Râ; affamé, l’impie!

« Abreuvé est Râ; altéré, l’impie!

« Lumineux est Râ; terne, l’impie!

« Bon estRâ; mauvais, l’impie!

« Puissant est Râ; faible, l’impie!

« Râ existe ; Àpôp est anéanti !

« Oh! Râ! donne toute vie au Pharaon! Donne des pains à son ventre, de l’eau à son gosier, des parfums à sa chevelure! Oh! bienfaisant Râ-Harmakhis, navigue avec lui, en prière ! Ceux qui sont dans ta barque sont en exultation ; troublés, confondus, sont les impies!

« Un bruit de joie est dans le lieu grand; la cabine de la barque est en exultation. Ils poussent des exclamations dans la barque des millions d’années les nautoniers de Râ; leur cœur est joyeux quand ils voient Râ, Les dieux sont en exultation; le grand cycle divin est comblé de joie en rendant gloire à la grande bari ; des réjouissances se font dans la chapelle mystérieuse.

« Oh lève-toi, Amon-Râ-Harmakhis, qui se crée luimême! Tes deux sœurs2 sont debout à l’Orient, elles sont accueillies, elles sont portées vers ta barque, cette bonne barque de toute procréation. Râ, qui as émis tous les biens,

1. Face retournée , un des noms du démon. — 2. lsis et Nephthys

viens, Râ qui se crée lui-même! Fais que le Pharaon reçoive les offrandes qui se font clans Hâbonben1, sur les autels du Dieu dont secret est le nom! Honneur à toi, vieillard qui se manifeste en son heure, seigneur aux faces nombreuses. Uræus qui produit les rayons destructeurs des ténèbres! Tous les chemins sont pleins de tes rayons. C’est a toi que les cynocéphales donnent les offrandes qui sont dans leurs mains, à toi qu’ils adressent leurs chants, dansant pour toi, faisant pour toi leurs incantations et leurs prières2. Ils sont appelés dans le ciel et sur la terre ; ils sont conduits à tes gracieux levers; ils t’ouvrent (variante, ils brisent pour toi) les portes de l’horizon occidental du ciel; ils font aller Râ dans la paix, dans l’exaltation de ta mère Nouit, Ton âme examine ceux qui sont dans le ciel inférieur, et les âmes sont dans le ravissement matin et soir. Car tu fais le fléau qui tue et tu adoucis la souffrance d’Osiris, tu donnes les souffles à qui est dans la vallée funéraire.

<( Tu as illuminé la terre plongée dans les ténèbres; tu adoucis la douleur d'Osiris. Ceux qui sont goûtent les souffles

de la vie, ils poussent des exclamations vers toi, ils s’agenouillent devant cette forme qui est tienne de Seigneur des formes ! Ils rendent honneur à ta force dans cette figure bienfaisante qui est tienne de Dieu Matinl Les dieux tendent leurs bras vers toi, lorsqu’ils sont enfantés par ta mère Nouit. Viens au Pharaon, donne-lui ses mérites dans le ciel, sa puissance sur la terre, ô Râ! qui as réjoui le ciel, ô Ra! qui as frappé la terre de crainte.

« 0 bienfaisant Râ-Harmakhis 5 !

« Tu as soulevé le ciel d’en haut pour élever ton âme; lu as voilé le ciel inférieur pour y cacher tes formes funéraires !

« Tu as élevé le ciel d’en haut à la longueur de tes bras; tu as élargi la terre à l’écartement de tes enjambées.

« Tu as réjoui le ciel d’en haut par la grandeur de ton âme; la terre te craint, grâce à l’oracle de ta statue.

1. La demeure du Phénix , le grand temple d Héliopolis. — 2. Les monuments nous montrent, en effet, les cynocéphales adorant le soleil levant. — 3. Cette invocation doit être répétée dans chaque verset.

« Épervier samt, à l’aile fulgurante ; Phénix aux multiples couleurs ;

« Grand lion qui est par soi-même et qui ouvre les voies de la barque Soktit1,

a Ton rugissement abat tes adversaires, tandis que tu fais avancer la grande barque;

« Les hommes t’invoquent, les dieux te craignent; tri as abattu les ennemis sur leurs faces.

« Coureur du ciel, qu’on ne peut atteindre au matin de ses naissances, élevé plus -que les dieux et les hommes.

« Lève-toi pour nous, nous ne connaissons pas ton image; apparais à notre face, nous ne connaissons pas ton corps ;

« O bienfaisant Râ-Harmakhis !

« Tu te rues, mâle sur les femelles.

« Taureau la nuit, chef en plein jour, beau disque bleu2,

« Roi du ciel, souverain sur terre, la grande image dans les deux horizons du ciel,

« Râ — créateur des êtres, Totounen, vivificateur des êtres intelligents.

« Que le fds du Soleil, le Pharaon, soit vénéré pour tes mérites; qu’il soit adoré quand tu te lèves bienfaisant à l’horizon oriental du ciel. C’est, lui qui dirige ta course, renverse tes ennemis devant toi, repousse tous tes adversaires, examine pour YœiP en son lieu4. »

Cependant le Dieu passe, enveloppé de cette lumière éblouissante qui ne permet pas à l’œil humain de sonder les profondeurs de son être :

« O Dieu qui t’es ouvert les voies, ô toi qui as percé à travers les murailles! Oh! Dieu qui se lève en qualité de soleil! Etre qui devient sous la forme de Khopri dans le double horizon! Tu as éveillé ceux qui te font parcourir les chemins du ciel; approche-toi du Grand Chef pour faire le plan du temps durant le cours de l’éternité!

« Enfant qui nais chaque jour,

« Vieillard enfermé dans les bornes du temps,

i. La barque Soktit, était la barque du Soleil. — 2. Le disque qu’on voit sur la tête de plusieurs divinités est peint souvent en bleu ou en vert. — 5. L’œil droit du dieu est le Soleil, son œil gauche est la Lune. — 4. Lepsius, Denkm ., VI, pl. CXV, pl. CXVII.

LES GRANDES MIGRATIONS MARITIMES ET LA XXe DYNASTIE. 555

6 Vieillard qui parcours l’ éternité !

« Si immobile, qu’il ouvre toutes ses faces, a Si élevé qu’on ne peut l’atteindre ! a Seigneur de la demeure mystérieuse où il se tient caché.

« Être caché dont on ne connaît point l’image!

« Seigneur des années, qui donne la vie à qui lui a plu!

« Tu es venu, tu as ouvert les chemins, tu as parcouru les voies de l’éternité1. » C’est ainsi, au milieu des acclamations et 'des prières, qu’il poursuit sa marche radieuse, jusqu’au moment où, poussé toujours par le courant irrésistible, il plonge à l’occident et s’éclipse pour un temps dans la nuit du ciel inférieur.

Les pouvoirs malfaisants vaincus et contenus, l’œuvre du Dieu n’est pas encore complète. « Il a créé le sol, l’argent, l’or, — le lapis vrai à son bon plaisir2. — Il fait les herbages pour les bestiaux, les plantes dont se nourrissent les humains. — Il fait vivants le poisson dans le fleuve, — les oiseaux dans le ciel, — donnant les souffles à ceux qui sont dans un œuf. — 11 vivifie les reptiles, — fait ce dont vivent les oiseaux; — reptiles et oiseaux sont égaux à ses yeux. -— 11 fait des provisions au rat dans son trou, — et nourrit 1 oiseau sur la branche. — Sois béni pour tout cela, — ■ Un unique, multiple de bras3. » Enfin « les hommes sortent de ses deux yeux4 », et se répandent à la surface de la terre, « troupeau de Rà, » divisé en quatre races, les Égyptiens, les hommes par excellence, et les Nègres (Nahsi) qui sont sous le patronage d’Horus, les Asiatiques (Amou) et les peuples du nord, à peau blanche, sur lesquels Sokhit, la déesse à tête de lionne, étend sa protection5. « Salut à toi! disentils tous, — louange à toi, parce que tu demeures parmi nous ! — Prosternations devant toi, parce que tu nous crées ! » - — Tu es béni de toutes créatures; — tu as des adorateurs en toute région, — au plus haut des cieux, dans toute la lar-

1. Lepsius, Denkm.y VI, pl. CXX, 1. 66-77. —2. Papyrus de Boulaq , t. II, pl. XI, p. 8, 1. 6-7. — 5. Id., pl. XI, p. 6, 1. 5-7. — 4. itf., XI, p. 6,

Page 1