XI. Beekoudourqüssour (v
la permission de ramener son peuple au pays de Canaan, d’où ses ancêtres étaient issus : il aurait envahi la contrée située à l’est du Jourdain, mais il serait mort avant de pénétrer dans la Terre Promise. La conquête en était réservée à Josué, fils de Noun, son successeur dans le commandement.
Il est probable que les Hébreux s’attardèrent assez longtemps dans la péninsule du Sinaï : les victoires de Ramsès III ne devaient guère leur inspirer l’envie de s’attaquer aux régions où leurs anciens maîtres dominaient. La tradition postérieure assure qu’ils constituaient dès lors, comme la plupart des peuples de leur race1, une association de douze tribus, rattachées par une parenté plus ou moins directe aux douze fils du patriarche Jacob : Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issakhar, Zabulon, descendaient de sa première femme Lia, Joseph et Benjamin de sa seconde femme Rachel, Dan, Naphtali, Gad et Ashsher, des servantes de son harem. A Lévi et à Joseph on substituait les deux fils que Joseph avait eus d’une Égyptienne, Éphraïm et Manashshé. Cettedivision répondit toujours à une idée mythique plus qu’à la réalité des faits; mais elle entra à tel point dans les mœurs qu’elle subsista nominalement, même après que les tribus se furent fondues en un seul peuple ou qu’ elles eurent disparu en partie. Au temps que les Hébreux vivaient dans le désert, le nombre et la nomenclature n’en étaient pas fixés d’une manière aussi précise. Les clans qui les formaient étaient réunis les uns aux autres par des liens fort lâches : ils agissaient chacun à sa guise, sans unité d’action ou de commandement, sans direction religieuse commune. Après avoir erré quelque temps à la recherche d’un territoire, ils s’arrêtèrent au sud-ouest de la mer Morte, dans la région montueuse qui environne la ville de Kadesh2. Le pays est pauvre, aride; à peine offre-t-il quelques sources soigneuse-
1. Les Édomites avaient douze tribus, auxquelles était adjointe une tribu illégitime, celle d’Amalek ( Genèse , xxxvi, 4-14, 16-22) ; les Nakhorides ( Genèse , xxn, 26-24), les Ismaélites ( Genèse , xxv, 12-16) et les Qétouréens ( Genèse , xxx, 1-6) ont le même nombre. — 2. Aujourd’hui Aïn Qadis; cf. C. Trumbull, A visit to Aïn Qadis, lïie supposed site of Kadesh Barnea , dans le Pal. Expi. Fund, Quart. St., July 1881, p. 208 sqq.
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ruent ménagées, quelques ouadis favorables à la culture et à l’élevage des bestiaux. Les nouveaux venus y rencontrèrent des peuplades de même origine, les Kénites, les enfants d’Édom, les Madianites, avec lesquelles ils s’allièrent et ils se querellèrent tour à tour, menant la vie qu’v mènent
La vallée du Jabbok.
aujourd’hui les Bédouins, moitié bergers, moitié brigands. Le souvenir de cet âge pastoral leur demeura cher longtemps après qu’ils se furent installés en Canaan. Le Séîr et le S in aï furent pour eux les montagnes, saintes par excellence, celles où Jalivéh, leur dieu, siégeait dans sa gloire mystérieuse, et d’où il s'élancait au secours de ses fidèles, pendant les heures de danger1.
1. Cantique de Déborah [Juges, ch. v, v. 4-6), d’où découlent les passages : Deutéronome , xxxui, 2: Habbakuk, ni, 2; Psaumes, lxvih, 8.
etc-
Quelques familles, d’où procédèrent plus tard les tribus de Juda et de Siméon, poussèrent droit vers le nord et se cantonnèrent, en compagnie desKénites, dans les vallées les plus voisines de Kadesh, non loin d’Hébron1. Le gros de la nation ne s’engagea pas sur cette route, la plus tentante d.e toutes, probablement par crainte des Égyptiens et des peuples qui leur payaient tribut. Il contourna lentement le versant méridional de la mer Morte, il longea la frontière de Moab et d’Ammon, puis il déboucha dans le pays de Galaad. C’est, à huit cents mètres environ plus haut que le Jourdain, un plateau coupé de ravins profonds et de vastes pâturages : vers le sud, les arbres y sont rares et clairsemés; mais, à mesure que l’on monte vers le nord, ils se multiplient en véritables bois où le hêtre, le pin, le chêne-liège, le sycomore se mêlent aux térébinthes et à d’énormes figuiers. Trois vallées, taillées abruptes dans la masse, versent au Jourdain et à la mer Morte les eaux de l’Arnon, du Jabbok et de l'Yarmouk. On contait que les ancêtres de la race, Ésaü, Laban, Jacob, avaient autrefois erré dans ces parages, et la chronique s’efforça d’y retrouver leurs traces ; à Makhanaïm, Jacob avait vu Dieu face à face 2 ; à Pnouel, il avait lutté contre lui une nuit entière3. La tradition parle de batailles livrées par Moïse en Galaad, de victoires remportées par les Israélites confédérés sur Sihon, roi des Amorrhéens, et sur Og, roi de Bashan. La prise de possession ne comporta pas d’actions décisives et rapides ; elle fut lente et graduelle. Les immigrants se glissèrent dans le pays par bandes de bergers et de brigands, et, gagnant de proche en proche, ils s’y trouvèrent à la longue en nombre suffisant pour chasser, asservir ou absorber les anciens habitants. Gad retint pour lui le meilleur du territoire. Ruben essaya de se tailler un domaine sur la côte orientale de la mer Morte, aux dépens d’Ammon et de Moab. Plus tard, les clans de Makhir et de Jaïr, associés on ne sait comment à Manashshé, disputèrent aux Araméens les plaines situées entre le lac de Génésareth et la rive septentrionale de PYarmouk. Un moment même, le clan de Nobakh
l.B. Stade, Geschichte des Volkes Israël , p. 151-152. — 2. Genèse , xxxi, 2-3. — 5. Genèse , xxxii, 25-55.
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lança ses avant-postes à Kénath, au pied des montagnes du Hauran1. Une fois en possession-de leur patrimoine, ces tribus vécurent isolées du reste de la nation : lorsqu’une demande de secours leur parvenait, « Galaad restait au delà du Jourdain », et « près des ruisseaux de Ruben, grandes étaient les délibérations », mais sans effet2. Aussi bien
Le site de Jéricho.
avaient-elles assez à faire de se défendre contre les empiétements continuels des Syriens de Damas, des Bédouins du Désert, de Moab et d’Ammon3. Gad, toujours menacé, se défendit toujours victorieusement4 ; Ruben s’usa entièrement à ces luttes, et bientôt il ne fut plus qu’un nom parmi les enfants d’Israël5.
1. Stade, Gesckichte des Volkes Israël , p. 448-152. — 2. Cantique de Déborah [Juges, Y, 13 sqq.). — 3. Cf. les expressions employées dans la Bénédiction de Jacob [Genèse, xlix, 3) et dans celle de Moïse [Deutéronome, xxxiii, 6). — 4. Genèse, xlix, 10. — 5. Cf. I Chroniques , V, 18- 49, la mention, probablement historique, d’une des guerres de Ruben.
Au couchant du Jourdain, l’immigration se continua certainement dans des conditions analogues à celles qui avaient favorisé l’entrée en Galaad. La chronique sacerdotale n’en convenait pas volontiers : elle préférait y voir une conquête brusque, opérée d’un seul coup, par l’ordre et sous la protection visible de Dieu. Après la mort de Moïse, Josué,fils de Noun, aurait franchi le fleuve un peu au-dessus de son embouchure et enlevé Jéricho. La chute de cette place décida celle des villes voisines, Aï,Béthel, Sichem. Sichem,au cœur même de Canaan, devint aussitôt le point de ralliement du peuple : Josué y fixa sa résidence et il y érigea, sur le mont Ébal, un autel de pierre, où les titres principaux de la loi étaient gravés. Une première coalition, suscitée par les Cananéens du Sud aux ordres d’Adonisédek, roi de Jéhus, se brisa sous les murs de Gibéon et ses chefs furent mutilés ou égorgés. Une seconde, organisée par Jabin, roi d’Hazor, ne réussit pas mieux ; Jabin fut défait près des eaux de Mérom et sa capitale fut brûlée. Le terrain déblayé, le partage aurait eu lieu selon les règles, et chaque tribu aurait reçu des mains de Josué le lot que le sort lui avait assigné. Ce n’est pas là l’histoire, c’est la légende de l’invasion'. Les tribus n’agirent pas avec cet ensemble qu’on nous vante si fort : elles travaillèrent chacune pour leur compte, et les plus nombreuses profitèrent de leur force pour se tailler la part large. Elles s’infiltrèrent au delà du Jourdain, groupe à groupe, clan à clan. La tradition veut qu’elles se soient introduites par les gués de Jéricho, et il est probable, en effet, que plusieurs d’entre elles forcèrent par là. Cependant, si l’on réfléchit que la plus nombreuse de leurs colonies se groupa autour de Sichem, on ne peut s’empêcher de croire que le corps principal traversa le fleuve vers le milieu de son cours2. Arrivées sur la rive occidentale, elles se heurtèrent à des nations beaucoup plus civilisées qu’elles ne l'étaient elles-mêmes et pourvues de moyens de résistance efficaces ; les villes murées et les chars de fer, qui avaient bravé pendant des siècles les soldats exercés de Pharaon,
l. Reuss, la Bible, l'Histoire sainte et la Loi, t. I, p. 79. — » ? Stade, Geschichtc des Volhes Israël, p. 157-138.
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n’avaient pas grand’chose à craindre des bandes d IbraélitCb mal équipés qui rôdaient autour d’elles. Il n’y eut pas de guerres à proprement parler, mais une série de razzias, d escarmouches, de surprises, où mainte place fortifiée succomba. Plusieurs des peuplades cananéennes, harassées pai des alertes continuelles, préférèrent composer avec les pillards et leur céder une partie de leurs champs; d’autres leur ouvrirent leurs portes de bonne grâce et s allièrent avec eux pai des mariages. La plus puissante des tribus de Joseph, celle d’Éphraïm, s’implanta solidement au centre, dans les montagnes qui séparent la vallée du Jourdain de la côte syrienne, et elle engloba peu à peu les Amalécites qui l’y avaient précédée; les autres se logèrent du mieux qu elles purent, benjamin au sud, sur les hauteurs qui dominent la plaine tertile de Jéricho, Manashshé au nord, dans les marais du Jourdain et dans les gorges du Tliabor. Quatre tribus secondaires, Issakhar; Ashsher, Naplitaliet Zabulon, gagnèrent les collines qui s’élèvent derrière Tyr et Sidon. Deux autres, Simeon et Lévi, échouèrent dans un coup de main qu’elles tentèrent contre la cité de Sicliem : Lévi fut détruit en entier, Simeon réduit à quelques familles qui s’unirent ensuite a Juda . Les Danites errèrent longtemps à la recherche d un territoire. Six cents d’entre eux finirent par surprendre, en pleine paix le poste sidonien de Laïs ; iis passèrent les habitants au fil de l’épée, puis ils donnèrent leurnom à la ville2. Presque paitout la plaine et les citadelles cananéennes conservèrent leur autonomie, Beth-Anat, Beth-Shemesh, Mageddo, Taanak, Beth-Slieân, Sichem, au nord, Jébus, Gibéon, Guézer, Aialon et d’autres encore3, vers le sud. Faute d’avoir su comment s'en emparer, les envahisseurs se trouvèrent coupés en trois tronçons d’inégale importance et que rien ne reliait entre
1 11 est (lit déjà dans la Bénédiction de Jacob ( Genèse , xlix, v. 7) . « Je disperserai Lévi et Siméon en Jacob, je les disséminerai en Israël. » Siméon n’est plus nommé dans la Bénédiction de Moïse ( Deutéronome , xxxm), et les textes disent qu’il n’a jamais possédé qu’une petite enclave dans Juda (Josué, xix, 1-9), qu’il diminua insensiblement et qu il se fondit avec ses voisins, ou même qu’il émigra on ne sait ou (I Chroniques, iv, 24-45) . — 2. Juges, xVhi, 1, 27-31.— o. Juges; i, -1 sqq., ou est l’énumération des villes cananéennes non soumises.
eux . au centre, Éphraïm et la maison de Joseph; au sud, Juda et Siméon; au nord Issakhar, Ashsher, Naphtali, Zabulon et Dan.
Les années qui virent s’accomplir l'occupation et qui la suivirent sont l’âge héroïque du peuple hébreu. Les livres sacrés, qui nous en ont gardé la mémoire, supposaient quaprès la conquête, les nœuds qui rattachaient les tribus s’étaient relâchés, à mesure que le souvenir de Moïse et de Josué s’éloignait. Les vainqueurs « prirent pour femmes les filles des Hittites, des Amorrhéens, des Phérésiens, des Hivites et des Jébusites, et ils donnèrent leurs filles à leurs fils, et ils servirent leurs dieux. Les enfants d’Israël firent donc ce qui déplaît à Jahvéh ; ils oublièrent Jahvéh, leur Dieu, et ils servirent les Baalimet les Ashérahs1. » L’unité religieuse rompue, l’unité politique serait tombée d’elle-même. Les guerres éclatèrent de tribu à tribu, les plus fortes laissèrent les Cananéens opprimer les plus faibles, et toutes se révélèrent incapables de défendre leur indépendance. Israël, malgré ses quarante mille hommes en état de porter les armes, fut la proie facile des peuples voisins. Les Amorrhéens, les Ammonites, les Moabites, les Philistins, dominèrent tour à tour sur ses fractions diverses et ils lui rendirent avec usure les maux que Josué leur avait infligés. « Partout où les enfants d’Israël allaient, la main de Jahvéh était contre eux en mal, comme Jahvéh le leur avait dit et juré, et ils étaient dans de grandes angoisses. Alors Jahvéh leur suscitait des Juges2, qui les délivraient de la main de ceux qui les pillaient. Mais ils ne voulaient pas même écouter leurs Juges; ils paillardaient après d’autres dieux et ils se prosternaient ; ils se détournaient aussitôt du chemin par lequel leurs pères avaient marché, obéissant aux commandements de Jahvéh; mais eux ne faisaient pas ainsi. Or, quand Jahvéh leur suscitait des Juges, Jahvéh était aussi avec le Juge, et il les déli-
1. Juges, iii. 5-7. — 2. Le nom de Juge est assez mal choisi; il suggère l'idée d’une magistrature civile régulièrement organisée. Le mot hébreu Sh'ophet , le même que nous trouvons aux époques classiques sous la forme de suffète, a bien ce sens, mais il exprime plutôt l’idée d’un commandement absolu, régulier ou non ; il serait mieux traduit par chef , prince , capitaine.
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vrait de la main de leurs ennemis pendant tout le temps du Juge, car Jahvéh se repentait pour les sanglots qu’ils jetaient à cause de ceux qui les opprimaient et les accablaient. Puis,
Guerrier moabite.-
il arrivait qu’avec la mort du Juge ils se corrompaient de nouveau plus que leurs pères, allant après d’autres dieux pour les servir et pour se prosterner devant eux : ils ne diminuaient en rien leur mauvaise conduite ni leur entêtement1. » Rien de plus factice que cette manière d’envisager