‹ Histoire ancienne des peuples de l'OrientChapitre 45 sur 215 · Il Samuel , i · texte numérisé non relu

Il Samuel , i

LE ROYAUME HÉBREU

Àbner, gravement insulté par son maître, ne lavait pas abandonné. Ishbaal fut bientôt après assassiné par deux de ses gens, et David resta sans rival : les représentants des familles qui avaient soutenu la maison de Saül s’assemblèrent à Sichem et le déclarèrent seul roi. C’en était fait désormais des anciennes divisions : le moment était venu on les tribus, serrées en un seul faisceau, n’allaient plus former qu’une masse. Les chroniqueurs des derniers temps, qui jugeaient par expérience des avantages que la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’un roi avait procurés à la nation, prêtèrent leurs sentiments aux contemporains, et ils imaginèrent que l’avènement définitif de la royauté . s était accompli au milieu d’un cérémonial imposant. Ils supposèrent que toutes les tribus s’étaient présentées en armes à Hébron, et que, « se rangeant en bataille, d’un cœur joyeux, elles proclamèrent David roi sur tout Israël. Et ils restèrent là avec David, pendant trois jours, à manger et à boire ; car leurs frères les pourvoyaient et leurs voisins aussi, jusques en Issakar, en Zabulon, en Naphtali, leur apportaient du pain sur des ânes et sur des chameaux, sur des mulets et sur des bœufs, de la farine, des figues sèches, des raisins secs, du vin, de l’huile, et 1 on amenait des bœufs et des brebis en abondance, car il y avait joie en Israël1. »

Hébron, situé au centre de Juda, était la capitale naturelle de cette tribu, mais non celle d’un royaume qui prétendait englober Israël : David chercha une résidence moins reculée vers le sud, et son choix s’arrêta sur la forteresse cananéenne de Jébus, qui interceptait les communications entre les Hébreux méridionaux et la maison de Joseph. Un assaut vigoureux, conduit par Joab, eut raison de la ville *. changeant de possesseur, elle changea de nom, et elle devint Jérusalem. David se hâta de la mettfe en état de clétense : abandonnant Moriah au peuple, il garda Sion pour lui-même et il fortifia Millo, sans toutefois enfermer ces trois points dans une enceinte continue2. Plus tard, quand le succès de ses premières guerres lui laissa quelques inslants de répit,

i. I, Chroniques , xii, 40. — 2. II. Sam., v, 5-9; I Chron., u, 4-8.

il s’y construisit un palais en bois de cèdre et en pierre de taille, avec i’aide d’ouvriers tyriens1. Pour le moment, il y transféra de Kiriath-Jéarim une arche de Jahvéli célèbre, la meme, disait-on, qui avait été ravie par les Philistins sur le champ de bataille d’Aphek, et il la plaça auprès de lui sur la colline de Sion2 : il fallait, en effet, que son lieu d’habitation fût, selon l’usage oriental, la capitale non seulement administrative, mais religieuse du pays. Le site était des meilleurs. Jérusalem couronnait une éminence entourée, à Test, au sud, à l’ouest, par le lit du Kédron et par la gorge de Hinnom, bornée au nord par une légère dépression du sol. Postée à la croisée des routes qui mènent de Joppé au Jourdain, du désert en Syrie, elle commandait la majeure partie du territoire habité par les Hébreux. De son château royal, David, adossé à Juda, pouvait descendre par Jéricho sur la vallée du Jourdain et fondre de là sur Galaad, ou se précipiter par Bethhoron sur la plaine maritime et remonter vers la Galilée. Sans doute, Zabulon, Ashsher, Naphtali étaient encore éloignées de lui plus qu’il n’était avantageux : mais c’élaient des tribus de second rang, sans valeur politique. Pour dominer, il devait avoir toujours la main sur Éphraïm et sur Juda : c’est à quoi Jérusalem se prêtait admirablement.

Tant qu’lshbaal avait vécu, les Philistins, dont les discordes juives assuraient la tranquilité, n’avaient pas dénoncé la trêve. La réunion des douze tribus leur causa des inquiétudes sérieuses : ils essayèrent de la dissoudre avant que le nouveau roi eût affermi l’ordre et organisé une armée régulière. Ils envahirent Juda, ils menacèrent Jérusalem, ils assiégèrent Bethléhem, le tout en vain. David les battit à deux reprises, les poursuivit de Gabaon jusqu’à Guézer3, et les relança sur leur propre territoire. La lutte, engagée tout le long de la frontière, de Gath à Ékron, dura assez longtemps avant de produire aucun résultat : pendant plusieurs années, ce ne furent qu’incursions, pillages, alertes, escarmouches perpétuelles de part et d’autre. David ne se

1. Il Sam., v, 11 ; I Chron .. xiv, 1. — 2. II Sam , vi; I Chron., xm, xt-xvi. — 5. II Sam., v, 17-25; I Chron., xiv, 8-17,

LE ROYAUME HÉBREU

ménageait point. Un jour, il s’aventura si avant dans la mêlée qu’Abishaï eut peine à l'en tirer sain et sauf : ses compagnons lui défendirent désormais d’assister aux batailles. Il avait toujours avec lui un corps de six cents braves (gibborim), recrutés parmi les Hébreux et parmi les étrangers, Philistins', Crétois, Cananéens et Hittites; c’était le noyau de sa garde, et leurs chefs, Joab et Abishaï, Éléazar, fils de Dodo,

Elkhanan de Bethléhem, Jonathan, Bénaiah, restèrent à jamais popidaires en Israël. On se racontait, des siècles après leur mort, comment Jabsokham, fils de Hakmoni, avait abattu trois cents hommes à lui seul, un jour de combat1, et comment « Bénaiah aussi, fils de Jéhoiada, fils d’un vaillant homme de Kabzéel, avait accompli de grands exploits. Il tua deux des plus vaillants hommes de Moab, et il descendit et frappa un lion au milieu d’une fosse, un jour de neige. Il tua aussi un homme égyptien qui était haut de cinq coudées. Cèt ÉgypLien avait en

main une lance grosse comme

Un soldat cananéen.

une ensouple de tisserand; mais Génaiah descendit contre lui

avec un bâton, arracha la lance des mains de l'Egyptien et le- perça de sa propre lance5. » Les Philistins, las de leur mauvaise fortune, se résignèrent à la paix. Gath et les villages de son ressort demeurèrent au pouvoir des Israélites5, mais les quatre autres villes ne furent pas même astreintes à un tribut régulier. Leur puissance militaire ne

1. I Chron.. xi, 11. — 2. II Sam., xxiii, 20-21; I Chron., xi, 22-23. •— 3 I Chron., xviii, 1.

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